La Cour de répression des infractions économiques et financières a inculpé trois anciens ministres d’Alpha Condé pour « détournement et complicité de détournement de deniers publics » dans l’affaire dite « Nabayagate ». Plus de 100 milliards de francs guinéens (+ 10 millions d’euros) aurait été détournés.
Un ex-ministre guinéen a été écroué et un autre placé sous contrôle judiciaire à Conakry pour » détournement de deniers publics et corruption « , a annoncé mardi soir un parquet spécial. L’ancienne ministre de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle, Zenab Nabaya Dramé, qui alimente les débats en Guinée, a aussi été inculpée, bien que absente du pays.
L’ex-ministre du Budget sous Alpha Condé, Ismaël Dioubaté, a été placé sous mandat dans une prison de Conakry et l’ex-ministre d’État et conseiller spécial à la présidence pendant cette période, Tibou Camara, placé sous contrôle judiciaire, a indiqué un communiqué du parquet de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief).
MM. Dioubaté et Camara ont comparu mardi devant la Chambre d’instruction de la Crief et sont poursuivis pour « détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, corruption et complicité », a précisé, dans ce communiqué signé de son procureur spécial Aly Touré, la Crief, créée par les militaires qui ont renversé, le 5 septembre 2021, le président Condé.
La Crief a également inculpé et placé sous mandat de dépôt, mercredi, Mme Eveline Folla Mansara, ex-directrice administrative et financière du ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle. Une information judiciaire a aussi été ouverte contre Mme Zenab Dramé, dite Zenab Nabaya, qui dirigeait ce département ministériel sous Alpha Condé.
Cette affaire remonte à novembre 2020. Une commission de lutte contre la corruption, rattachée à la présidence d’Alpha Condé, épingle la gestion financière de la ministre de l’Enseignement technique, Zenab Nabaya Dramé, entre 2014 et 2018. D’après cette commission, cette responsable cumule près de 28 milliards de GNF (soit près de 3 millions d’euros) non justifiés et plus de 100 milliards de GNF (équivalent à plus de 10 millions d’euros) de déficit d’un précédent poste de directrice administrative et financière. En cause, par exemple, des présumés fonds destinés à l’achat d’équipements pour des écoles qui auraient été détournés. Au total, la ministre aurait détourné près de 50 millions de dollars (Plus de 45 millions d’euros).
L’affaire Nabayagate est révélée par le site d’information « Guineenews ». La ministre Zenab Nabaya avait poursuivi trois journalistes qui ont enquêté sur ce dossier pour diffamation. Cette affaire complexe, qui implique plusieurs départements du gouvernement, est restée pendante devant la justice.
Il faut attendre septembre 2021, à la faveur du renversement d’Alpha Condé, pour que le dossier revienne sur la table des juges. Créée en décembre, la Crief reprend le dossier en main. Et ouvre une information judiciaire. Les investigations sont toujours en cours et d’autres personnalités pourraient bien être auditionnées par les juges d’instruction.
Les militaires qui ont pris le pouvoir par la force en Guinée ont fait de la lutte contre la corruption, réputée endémique, un de leurs grands combats. Le colonel Mamady Doumbouya , chef de la junte qui s’est fait investir président, a assuré qu’il n’y aurait pas de « chasse aux sorcières » mais que la justice serait la « boussole » du pays. La junte a procédé à l’éviction de nombreux cadres des services de l’État.
Joseph Kouamé