Droit du sol et du sang : que dit l’Histoire de France sur l’attribution de la nationalité française ?

La question de l’attribution de la nationalité française, notamment à travers le droit du sol – qui n’existe, intégralement ou partiellement, que dans 32 pays à travers le monde -, est régulièrement débattue, tout particulièrement en cette période électorale

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Google Earth : le jour où Google a découvert qu’il ne peut pas se permettre de fabriquer le faux dans l’outil qui sert à vérifier le vrai

Pendant moins de vingt-quatre heures, Google a placé un générateur d’images par intelligence artificielle directement dans Google Earth. L’expérience devait permettre de reconstituer des lieux historiques, d’imaginer des projets immobiliers ou de visualiser des transformations urbaines. Des chercheurs en sources ouvertes ont rapidement démontré autre chose : le même outil pouvait ajouter à des paysages réels des cratères de bombardement, des installations nucléaires ou des camps de réfugiés qui n’existaient pas.

Google a retiré la fonction dès le lendemain. L’affaire pourrait pourtant laisser une trace beaucoup plus durable que l’outil lui-même : que devient une image géographique lorsqu’un logiciel réputé servir à vérifier le monde permet aussi d’en fabriquer une version fictive ?

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ISLANDE : pourquoi un pays déjà si proche de l’Union européenne refuse-t-il de reprendre le chemin de l’adhésion ?

La question européenne n’est pas nouvelle en Islande. Elle a simplement changé de nature. Après avoir demandé à rejoindre l’Union européenne au lendemain de la crise financière de 2008, puis suspendu le processus quelques années plus tard, le gouvernement islandais vient de refermer une nouvelle fois la porte aux négociations. Le 29 août, 52,8 % des électeurs ont refusé leur reprise. Un choix qui ne signifie pourtant ni rupture avec l’Europe ni rejet de ses institutions : l’Islande reste membre de l’Espace économique européen, de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange. Alors, pourquoi aller jusqu’à l’adhésion lorsque l’essentiel des liens économiques avec l’Union existe déjà ?

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Un « non » qui porte d’abord sur des négociations

La première précision est essentielle. Les Islandais n’ont pas voté pour ou contre l’adhésion à l’Union européenne.

La question soumise au référendum était : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? »

Le « non » l’a emporté avec 118 040 voix, soit 52,8 %, contre 105 339 voix pour le « oui », soit 47,2 %. La participation a atteint 82,6 %, avec 225 031 suffrages exprimés sur 272 591 électeurs inscrits.

Le résultat est donc serré, mais il est politiquement clair. Le gouvernement de la Première ministre sociale-démocrate Kristrún Frostadóttir avait annoncé qu’il respecterait le verdict des urnes. Il ne relancera pas les négociations pendant l’actuel mandat, qui court jusqu’en 2028. Le Parlement islandais devra par ailleurs examiner l’éventuel retrait formel de la candidature islandaise.

Le vote referme ainsi, pour plusieurs années au moins, un dossier ouvert il y a dix-sept ans.

L’Islande avait pourtant frappé à la porte en pleine crise

En juillet 2009, l’Islande avait officiellement demandé son adhésion à l’Union européenne. À l’époque, le pays venait de subir l’une des crises financières les plus graves de son histoire.

Les négociations ont commencé en 2010. Elles ont progressé rapidement sur plusieurs dossiers : 27 des 33 chapitres substantiels avaient été ouverts lorsque le processus a été suspendu en 2013, et 11 avaient été provisoirement clôturés.

Le changement de gouvernement intervenu en 2013 a mis fin à cette dynamique. En 2015, le gouvernement islandais a demandé à ne plus être considéré comme un pays candidat.

La candidature n’a toutefois jamais été formellement retirée. C’est cette particularité juridique qui a permis au gouvernement actuel de proposer, en 2026, de reprendre les négociations plutôt que de lancer une nouvelle procédure.

Entre-temps, la situation économique du pays avait profondément changé.

L’argument qui avait poussé une partie des responsables islandais vers l’Union après la crise financière de 2008 a perdu de sa force. L’économie s’est redressée et le produit intérieur brut a encore progressé de 1,3 % en 2025.

L’urgence qui pouvait justifier une adhésion en 2009 n’existe donc plus dans les mêmes termes.

Une proximité déjà très forte avec l’Europe

C’est l’un des paradoxes de ce référendum.

L’Islande n’est pas membre de l’Union européenne, mais elle est loin d’être extérieure au projet européen. Elle appartient depuis 1994 à l’Espace économique européen, qui lui donne accès au marché unique. Elle fait également partie de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange.

Autrement dit, une grande partie de l’intégration économique et de la libre circulation existe déjà sans adhésion politique.

Pour les partisans de l’Union, cette situation présente cependant une faiblesse : l’Islande applique une partie importante des règles du marché intérieur sans participer pleinement à leur élaboration dans les institutions européennes.

Pour leurs adversaires, c’est précisément ce qui permet de conserver les avantages économiques de la proximité avec l’Union sans abandonner certaines compétences nationales.

Le référendum a donc opposé deux conceptions de cette relation : aller jusqu’au bout de l’intégration pour avoir davantage de poids dans les décisions, ou conserver une relation étroite avec l’Union européenne tout en gardant la maîtrise des secteurs considérés comme stratégiques.

La pêche, ligne rouge de l’électorat islandais

Aucun dossier n’a autant pesé que celui de la pêche.

Le secteur représente près de 40 % de la valeur des exportations de marchandises islandaises. En 2025, les produits marins représentaient précisément 38,9 % de la valeur totale des exportations de biens.

La pêche est également liée à l’histoire politique du pays. Les « guerres de la morue » menées par l’Islande contre le Royaume-Uni au XXe siècle ont profondément marqué la mémoire nationale. Le contrôle des eaux et des ressources halieutiques est devenu bien davantage qu’une question commerciale : il touche à la souveraineté.

L’adhésion à l’Union aurait nécessairement placé la politique islandaise de la pêche dans le cadre de la politique commune de la pêche.

C’est précisément ce que redoutaient les professionnels du secteur. Selon les données citées pendant la campagne, environ 90 % des entreprises de la pêche se déclaraient opposées à une adhésion.

La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, avait pourtant reconnu les spécificités islandaises dans les domaines de la pêche et de l’agriculture et assuré que celles-ci seraient examinées avec attention lors de négociations éventuelles.

Cela n’a pas suffi.

La souveraineté plutôt que les promesses économiques

Le débat ne s’est toutefois pas résumé aux poissons.

Pour une partie du camp du « non », rejoindre l’Union aurait signifié transférer davantage de compétences aux institutions européennes alors que le pays dispose déjà d’un accès privilégié au marché européen.

La question de la monnaie a également nourri les discussions. L’Islande conserve la couronne islandaise et mène sa propre politique monétaire. Une éventuelle adhésion aurait ouvert, à terme, le dossier de l’euro.

Les partisans du « oui » répondaient que l’intégration pourrait apporter davantage de stabilité économique, notamment dans un pays confronté à une inflation et à des taux d’intérêt élevés. Ils faisaient aussi valoir qu’en restant à l’extérieur, l’Islande continue de reprendre certaines règles européennes sans disposer d’un siège au Conseil de l’Union européenne ni de députés au Parlement européen.

Mais cet argument institutionnel n’a pas convaincu suffisamment d’électeurs.

L’Arctique a changé la question européenne

Le contexte international aurait pu faire basculer le vote.

L’Islande se trouve dans une région devenue stratégique. La guerre en Ukraine, le retour des rivalités de puissance dans l’Arctique et les déclarations du président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, sur le Groenland ont modifié la perception des questions de sécurité dans le nord de l’Atlantique.

Le gouvernement islandais avait donc aussi présenté le rapprochement avec l’Union européenne sous l’angle de la sécurité et de la position internationale du pays.

L’argument était sérieux : l’Islande est membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord mais ne possède pas d’armée permanente. Elle dispose depuis 1951 d’un accord de défense avec les États-Unis d’Amérique. Après le référendum, le gouvernement islandais cherche d’ailleurs à renforcer ses partenariats de sécurité avec d’autres pays, notamment la Finlande, la Norvège, le Japon et le Canada.

Mais la géopolitique n’a pas suffi à effacer les préoccupations nationales.

Reykjavik et les régions rurales ne regardent pas l’Europe de la même manière

Le scrutin a également révélé une fracture géographique.

La capitale, Reykjavik, a majoritairement voté en faveur de la reprise des négociations. Dans plusieurs circonscriptions rurales, le « non » s’est imposé plus nettement.

Cette différence n’est pas anodine. Dans les régions où la pêche et l’agriculture occupent une place importante, l’idée de soumettre davantage ces secteurs aux règles européennes suscite davantage de méfiance.

Le vote ne traduit donc pas seulement une opinion sur l’intégration européenne. Il reflète aussi une opposition entre une capitale plus ouverte à cette intégration et des territoires davantage attachés à la maîtrise nationale des ressources.

Pourquoi l’Union européenne espérait tant un « oui »

Pour l’Union européenne, l’adhésion éventuelle de l’Islande aurait eu une portée qui dépassait largement les quelque 400 000 habitants du pays.

L’Islande aurait été l’un des rares nouveaux membres riches à rejoindre l’Union depuis longtemps. Son adhésion aurait constitué une vitrine pour la politique d’élargissement européenne : un État démocratique, stable, prospère et déjà largement aligné sur les normes européennes.

Elle aurait aussi renforcé la présence politique de l’Union européenne dans l’Arctique.

Le « non » constitue donc un revers pour l’Union européenne, même si les relations entre les deux parties ne sont pas remises en cause. La Commission européenne a pris acte du résultat et rappelé que l’Islande demeurait un partenaire proche de l’Union européenne.

L’Islande ne tourne pas le dos à l’Europe

C’est probablement la conclusion la plus importante de ce référendum.

Le vote ne remet ni en cause l’Espace économique européen, ni Schengen, ni les nombreux accords qui lient déjà le gouvernement islandais aux institutions européennes.

L’Islande a simplement choisi de ne pas transformer cette proximité en appartenance politique.

Le résultat peut ainsi être lu moins comme un rejet de l’Europe que comme un choix en faveur du statu quo : conserver l’accès au marché unique et la coopération européenne, tout en maintenant la souveraineté sur les secteurs que les électeurs considèrent comme essentiels.

Le gouvernement islandais a d’ailleurs annoncé qu’il continuerait à défendre activement les intérêts du pays dans le cadre de l’Espace économique européen.

Ce que le « non » dit de l’Europe d’aujourd’hui

Le cas islandais est intéressant parce qu’il inverse une logique longtemps dominante dans l’histoire de l’Union.

Pour de nombreux pays européens, l’adhésion représente l’accès à un espace de stabilité, de prospérité et de sécurité. L’Ukraine, les pays des Balkans occidentaux et plusieurs autres candidats continuent de considérer l’Union comme un horizon stratégique majeur.

En Islande, la question se pose autrement.

Le pays dispose déjà d’un niveau élevé de prospérité, bénéficie du marché unique et appartient à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Il n’a donc pas besoin de l’adhésion pour obtenir les principaux avantages économiques et sécuritaires que celle-ci pourrait apporter à un autre État.

La question devient alors : qu’aurait-il à gagner en transférant davantage de compétences aux institutions européennes ?

Le gouvernement n’a pas réussi à convaincre une majorité d’électeurs que les bénéfices supplémentaires justifiaient ce changement.

Le résultat ne signifie pas que les Islandais sont massivement hostiles à l’Union. Avec 47,2 % des suffrages favorables à la reprise des négociations, le pays apparaît au contraire profondément partagé. Mais le scrutin montre qu’une proximité économique et politique avec l’Europe ne conduit pas nécessairement à l’adhésion.

Pour l’Union européenne, c’est peut-être la leçon la plus intéressante de ce vote islandais : dans un pays riche, stable et déjà largement intégré au marché européen, l’adhésion ne constitue pas une évidence. Elle doit encore répondre à une question simple : qu’apporte-t-elle de plus que ce que le pays possède déjà ?

Celine Dou

FRANCE : l’interdiction du téléphone portable arrive dans les lycées, mais tous les établissements ne pourront pas l’appliquer dès la rentrée

À partir du 1er septembre 2026, l’usage du téléphone portable est interdit dans les lycées français. La mesure, déjà appliquée dans les écoles et les collèges, s’étend désormais aux établissements du second cycle. Sur le papier, le calendrier est fixé. Dans les lycées, en revanche, les modalités d’application restent encore à organiser.

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La rentrée scolaire ne se fera donc pas partout avec les mêmes règles. Le texte national interdit désormais aux élèves d’utiliser leur téléphone dans l’enceinte du lycée et lors des activités scolaires organisées à l’extérieur. Mais chaque établissement doit encore inscrire cette nouvelle obligation dans son règlement intérieur et définir les conditions de sa mise en œuvre. À quelques heures de la rentrée, certains proviseurs disposent déjà d’un dispositif, tandis que d’autres doivent encore achever les procédures nécessaires.

Une interdiction qui entre en vigueur le 1er septembre

La nouvelle règle résulte de la loi adoptée au mois d’août 2026. Elle étend aux lycées l’interdiction d’utilisation des téléphones portables et, plus largement, des équipements terminaux de communications électroniques par les élèves.

Le principe est national et s’applique à compter de la rentrée 2026-2027.

L’interdiction ne concerne toutefois pas tous les usages dans les mêmes conditions. Le cadre fixé par le ministère permet notamment de prévoir certaines exceptions lorsque l’utilisation de l’appareil répond à un besoin pédagogique, médical ou à une nécessité liée à la vie de l’établissement.

Les conditions précises doivent être inscrites dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe également les règles relatives à la confiscation et à la restitution d’un appareil lorsqu’un élève ne respecte pas les dispositions prévues.

Les proviseurs doivent encore adapter leur règlement intérieur

C’est cette étape qui complique l’application immédiate de la mesure dans certains établissements.

Un proviseur ne peut pas modifier seul le règlement intérieur. La procédure implique la communauté éducative et doit aboutir à une adoption par le conseil d’administration du lycée.

La nouvelle réglementation ayant été publiée tardivement avant la rentrée, les chefs d’établissement disposent de peu de temps pour achever cette procédure lorsqu’elle n’a pas été anticipée.

Des représentants des personnels de direction ont d’ailleurs prévenu que tous les établissements ne seraient pas en mesure d’appliquer la nouvelle règle de façon identique dès le premier jour. Le délai laissé entre la publication du texte et la rentrée est notamment mis en cause.

Certains lycées avaient cependant commencé à travailler sur le sujet avant les vacances. Ils pourront donc accueillir les élèves avec des règles déjà arrêtées.

Que deviennent les téléphones pendant la journée ?

La loi fixe le principe, mais ne demande pas à tous les établissements de choisir le même système.

Un lycée peut demander aux élèves de conserver leur téléphone éteint et rangé dans leur sac. Un autre peut mettre en place des espaces de dépôt ou des pochettes individuelles. Le choix dépend notamment de l’organisation de l’établissement et des dispositions adoptées dans son règlement intérieur.

Le ministère recommande aux établissements d’organiser matériellement cette mise à l’écart lorsque cela est nécessaire. Les solutions peuvent aller des casiers individuels à des dispositifs de rangement collectif.

Cette organisation représente également une dépense. Dans les établissements qui choisissent les pochettes individuelles, il faut acheter le matériel, assurer son attribution et organiser sa restitution quotidienne.

La gestion des téléphones saisis en cas d’infraction constitue une autre question. L’établissement doit pouvoir conserver les appareils dans des conditions suffisamment sûres et déterminer précisément quand et à qui ils seront rendus.

Des exceptions restent possibles

L’interdiction n’est pas absolue.

Le règlement intérieur peut autoriser certains usages lorsqu’ils sont nécessaires aux apprentissages ou répondent à des situations particulières. Des dispositions spécifiques peuvent également concerner les élèves présentant un handicap ou un trouble de santé nécessitant l’utilisation d’un équipement électronique.

Le ministère prévoit par ailleurs des adaptations pour certains lieux ou moments de la vie scolaire, notamment lorsque le téléphone peut être nécessaire à une activité pédagogique.

Cette possibilité d’adaptation explique en partie pourquoi les règles pourront différer d’un lycée à l’autre.

Une mesure qui prolonge celle appliquée au collège

Le gouvernement présente l’extension aux lycées comme la suite logique de la politique engagée dans les établissements scolaires depuis plusieurs années.

L’objectif affiché est de limiter les distractions liées aux écrans, de favoriser les apprentissages et les échanges directs entre élèves et de mieux protéger les adolescents contre certains usages problématiques du numérique.

L’expérience des collèges constitue à ce titre un précédent important. Mais le lycée présente une difficulté supplémentaire : les élèves y sont plus âgés et disposent généralement d’une autonomie beaucoup plus importante dans leur vie quotidienne.

Le téléphone sert aussi à de nombreux usages pratiques. Les établissements doivent donc distinguer ce qui relève d’un usage interdit de ce qui peut être autorisé dans le cadre scolaire.

Une règle commune, des applications différentes

La France se retrouve ainsi avec un principe désormais commun à tous les lycées, mais avec des modalités susceptibles de varier selon les établissements.

Un élève pourra devoir déposer son téléphone à son arrivée dans un lycée, tandis qu’un autre devra simplement le maintenir éteint et rangé. Les horaires, les lieux concernés, les exceptions et les procédures de confiscation pourront également différer.

Cette souplesse permet de tenir compte des réalités locales. Elle risque aussi de rendre la nouvelle règle moins lisible pour les familles qui auront plusieurs enfants scolarisés dans des établissements différents.

Le ministère assume cette adaptation locale : l’objectif est d’imposer un cadre national tout en laissant aux établissements la possibilité de déterminer les modalités correspondant à leur fonctionnement.

Une rentrée sous surveillance

L’entrée en vigueur de la mesure ne devrait donc pas produire une situation uniforme dès le 1er septembre.

Dans les lycées qui ont anticipé la réforme, les élèves découvriront immédiatement le nouveau dispositif. Dans ceux qui n’ont pas encore achevé leur procédure interne ou leur organisation matérielle, la mise en œuvre pourra prendre davantage de temps.

Le principe, lui, ne fait plus débat sur le plan juridique : à compter de cette rentrée, l’utilisation du téléphone portable par les élèves est interdite dans les lycées, sous réserve des exceptions prévues par les textes et le règlement intérieur.

Reste à voir comment cette règle sera vécue au quotidien par les élèves, les enseignants et les personnels de direction. Car entre une interdiction inscrite dans la loi et une règle respectée dans plusieurs milliers de salles de classe, il y a toute une organisation à mettre en place.

Celine Dou

AFRIQUE : À ADDIS-ABEBA, LES MINISTRES DE LA SANTÉ ADOPTENT DES MESURES POUR FINANCER LES SYSTÈMES DE SANTÉ, FORMER 3 MILLIONS DE SOIGNANTS ET MIEUX PRÉPARER LES ÉPIDÉMIES

Pendant quatre jours, les ministres de la Santé des 47 États membres de la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé ont confronté les fragilités du continent à une exigence devenue incontournable : disposer de systèmes de santé capables de fonctionner, de se financer et de répondre aux crises sans attendre systématiquement des solutions venues de l’extérieur. Réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 25 au 28 août, ils ont adopté plusieurs stratégies régionales qui engagent les pays africains sur la prochaine décennie.

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La soixante-seizième session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique s’est achevée avec plusieurs décisions concrètes. Les États ont notamment adopté l’Agenda africain pour les personnels de santé 2026-2035, avec l’objectif de former, employer et retenir trois millions de professionnels supplémentaires d’ici 2035. Ils ont également approuvé une stratégie de financement durable de la santé, une nouvelle stratégie sur la réglementation des médicaments et autres produits médicaux, ainsi qu’un cadre destiné à préserver les capacités développées pendant la campagne mondiale d’éradication de la poliomyélite. Un centre régional de données sanitaires a par ailleurs été lancé pour améliorer la surveillance et la prise de décision.

Trois millions de personnels de santé supplémentaires d’ici 2035

C’est l’un des engagements les plus chiffrés de la réunion.

Les ministres africains de la Santé ont adopté l’Agenda africain pour les personnels de santé 2026-2035. Le document fixe un objectif de trois millions de professionnels de santé supplémentaires à former, employer et surtout retenir sur le continent d’ici 2035.

L’enjeu ne consiste plus seulement à augmenter le nombre de diplômés. La stratégie prévoit une meilleure planification des besoins, l’adaptation des formations, le recrutement et la fidélisation des personnels.

Cette orientation répond à une difficulté bien connue des systèmes de santé africains : les investissements consentis pour former des médecins, des infirmiers, des sages-femmes, des pharmaciens ou des techniciens ne suffisent pas lorsque les pays ne parviennent pas ensuite à les conserver.

Les États membres ont donc choisi d’aborder la question comme celle d’un véritable marché du travail de la santé, avec des besoins à prévoir, des personnels à employer et des conditions à améliorer.

Les États veulent réduire le poids des dépenses de santé supportées par les ménages

Le deuxième engagement majeur concerne le financement.

Les ministres ont adopté la Stratégie pour le financement de l’avenir de la santé dans la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé, 2026-2035.

L’objectif est de rendre les systèmes de santé moins vulnérables aux difficultés budgétaires et à la diminution des financements extérieurs.

Le problème est considérable : selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 385 millions de personnes dans la Région africaine tombent chaque année dans la pauvreté ou s’y enfoncent davantage en raison des dépenses de santé qu’elles doivent payer directement. Les gouvernements doivent parallèlement composer avec l’endettement, la stagnation des dépenses publiques et la diminution de certaines aides extérieures.

La stratégie adoptée à Addis-Abeba propose donc une trajectoire sur dix ans destinée à accroître la solidité financière des systèmes de santé et à réduire le risque que l’accès aux soins entraîne un appauvrissement des familles.

La question financière est ainsi placée au même niveau que la question médicale : un système de santé ne peut être durable si les États ne peuvent pas assurer son financement et si les ménages doivent payer directement une part excessive des soins.

Des règles communes pour mieux contrôler les médicaments

Les ministres ont également adopté la Stratégie régionale sur la réglementation des produits médicaux pour 2026-2035.

Elle concerne les médicaments, les vaccins, les produits sanguins, les tests de diagnostic et les dispositifs médicaux.

L’objectif est de renforcer les autorités nationales chargées de vérifier la qualité, la sécurité et l’efficacité de ces produits. La stratégie prévoit notamment d’augmenter le nombre d’autorités nationales atteignant le niveau de maturité 3 de l’Organisation mondiale de la Santé, de renforcer l’Agence africaine du médicament, de développer les systèmes numériques et de favoriser les évaluations et inspections conjointes entre pays.

Le choix est également industriel.

L’Afrique cherche à développer sa production locale de médicaments et de produits médicaux. Mais produire davantage ne suffit pas : encore faut-il disposer de systèmes capables de contrôler la qualité de ce qui est fabriqué et distribué.

Les États veulent donc avancer simultanément sur les deux fronts : produire davantage en Afrique et mieux réglementer ce qui y est produit ou importé.

Préserver ce que la lutte contre la poliomyélite a construit

Autre décision importante : l’adoption d’un cadre 2026-2035 pour la transition et la pérennisation des acquis de la lutte contre la poliomyélite.

La Région africaine a été certifiée exempte de poliovirus sauvage autochtone en 2020. Mais les flambées liées aux poliovirus circulants dérivés de souches vaccinales continuent.

Plus de 180 détections de poliovirus avaient été signalées dans la Région africaine en 2026, notamment dans le bassin du lac Tchad et dans la Corne de l’Afrique.

Le nouveau cadre adopté à Addis-Abeba vise à éviter que les infrastructures construites pendant des décennies de lutte contre la poliomyélite disparaissent avec la baisse progressive des financements consacrés à cette maladie.

Les États se sont engagés à intégrer progressivement dans leurs systèmes nationaux les fonctions essentielles développées grâce à la lutte contre la poliomyélite : surveillance épidémiologique, laboratoires, personnels spécialisés, vaccination, réseaux communautaires et capacités d’intervention d’urgence.

L’enjeu dépasse donc la seule poliomyélite.

Ces infrastructures ont déjà servi lors d’épidémies d’Ebola, de maladie à virus Marburg, de mpox, de choléra ou de fièvre jaune. Les conserver revient à maintenir une partie de l’architecture de sécurité sanitaire du continent.

Un centre régional pour mieux exploiter les données sanitaires

Les ministres ont également accompagné cette évolution par un nouvel outil.

L’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique a lancé le Centre régional de données sanitaires, destiné aux 47 États membres.

L’objectif est de rassembler des données sanitaires aujourd’hui dispersées afin de permettre aux autorités de détecter plus rapidement les menaces, de mieux répartir les ressources et de prendre leurs décisions sur la base d’informations plus complètes.

Cette infrastructure répond à un problème très concret.

Lorsqu’une épidémie apparaît, la rapidité avec laquelle les autorités identifient un foyer, mesurent sa progression et repèrent les populations exposées conditionne une grande partie de la réponse.

Disposer de données plus fiables et mieux partagées doit donc permettre de raccourcir le temps entre l’apparition d’une menace et la décision publique.

Donner aux enfants un meilleur départ

Les travaux d’Addis-Abeba ont également dépassé la seule gestion des urgences sanitaires.

Les États membres ont adopté une stratégie régionale sur le développement de la petite enfance pour 2026-2032. Elle vise à renforcer les interventions en matière de nutrition, de santé, d’apprentissage précoce, de protection sociale, d’eau et d’assainissement et d’accompagnement des parents.

Cette décision part d’un constat démographique : d’ici 2050, deux enfants sur cinq nés dans le monde devraient être africains. Or, selon l’Organisation mondiale de la Santé, jusqu’à deux tiers des enfants d’Afrique subsaharienne pourraient ne pas atteindre leur plein potentiel de développement.

Les gouvernements veulent donc intervenir dès les premières années de la vie, avec des politiques qui associent santé, nutrition, éducation et protection sociale.

L’épidémie d’Ebola rappelle pourquoi ces décisions comptent

Ces décisions ont été prises alors que la République démocratique du Congo fait face à une importante épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo.

Le sujet figurait directement au programme de la session. Les ministres ont également travaillé sur les moyens de renforcer les équipes médicales d’urgence et la préparation des pays aux futures crises sanitaires.

L’épidémie congolaise donne une dimension concrète aux engagements pris à Addis-Abeba : surveillance, personnels qualifiés, laboratoires, équipes d’intervention, financement et circulation des données constituent précisément les moyens nécessaires pour contenir une flambée avant qu’elle ne s’étende.

Dans le même temps, l’Ouganda a annoncé le 27 août la fin de son épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le virus Bundibugyo, après 42 jours sans nouveau cas confirmé. L’Organisation mondiale de la Santé et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont toutefois appelé à maintenir la vigilance.

Le contraste entre les deux situations est instructif : un pays peut parvenir à interrompre une transmission, tandis qu’un autre affronte une flambée majeure. La capacité à conserver les systèmes de surveillance et d’intervention après la fin d’une crise devient donc aussi importante que la réponse elle-même.

Une décennie de transformation annoncée

Au-delà des décisions sectorielles, les États membres ont posé les bases d’une orientation de long terme avec le cadre « Une nouvelle ère pour la santé en Afrique : action unie pour la Vision 2035 ».

Le document articule plusieurs priorités : soins de santé primaires, résilience des systèmes, financement durable, transformation numérique et plus grande responsabilité des pays africains dans la conduite de leurs politiques sanitaires.

La réunion d’Addis-Abeba aura donc produit plus qu’une déclaration politique.

Elle a fixé des objectifs précis : trois millions de personnels de santé supplémentaires d’ici 2035, des mécanismes de financement plus durables, des autorités de réglementation plus solides, le maintien des capacités héritées de la lutte contre la poliomyélite et un système régional de données pour mieux anticiper les menaces.

La difficulté commence désormais.

Les textes adoptés ne produiront d’effets que si les États les traduisent dans leurs budgets, leurs politiques nationales et leurs systèmes de santé.

C’est sur ce passage des engagements aux résultats que sera jugée la portée réelle du conclave d’Addis-Abeba.

Celine Dou

CANADA : MARK CARNEY DIVERSIFIE LES PARTENAIRES MILITAIRES DU PAYS POUR RÉDUIRE SA DÉPENDANCE AUX ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE SANS ROMPRE AVEC WASHINGTON

Le Canada est en train de changer la manière dont il pense sa défense. Le gouvernement de Mark Carney augmente fortement les dépenses militaires, développe les capacités de production nationales et multiplie les accords avec des partenaires européens. Le groupe suédois de défense et d’aéronautique Saab est désormais le fournisseur privilégié pour un futur système de surveillance aérienne. Le constructeur naval allemand Thyssenkrupp Marine Systems négocie la fourniture de jusqu’à douze sous-marins. Le Canada participe aussi au dispositif européen de financement de la défense SAFE. Ces choix ne signifient pas que le gouvernement canadien abandonne les États-Unis d’Amérique. Ils montrent plutôt qu’il veut pouvoir défendre les intérêts canadiens sans dépendre d’un seul partenaire pour ses équipements et ses chaînes d’approvisionnement militaires.

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Cette réorientation a une origine plus profonde que la seule détérioration des relations entre Mark Carney et Donald Trump. Le gouvernement canadien cherche à corriger une faiblesse qu’il reconnaît lui-même : pendant des décennies, le pays a insuffisamment investi dans ses forces armées et son industrie de défense, en comptant largement sur sa situation géographique et sur ses alliés. La nouvelle stratégie canadienne repose désormais sur trois verbes : construire au Canada lorsque les capacités existent, travailler avec des alliés lorsque le pays ne peut agir seul, puis acheter à l’étranger lorsque cela est nécessaire. La Suède, l’Allemagne, la Norvège et l’Union européenne prennent ainsi une place nouvelle dans la défense canadienne, sans que la coopération militaire avec les États-Unis d’Amérique soit remise en cause.

Mark Carney change d’abord la doctrine d’achat militaire

Le changement commence par une décision politique prise avant les principaux choix européens.

En février 2026, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a présenté la première stratégie industrielle de défense de son gouvernement. Son principe est formulé en trois mots : « construire, travailler en partenariat, acheter ».

Le gouvernement canadien veut d’abord confier aux entreprises canadiennes les marchés correspondant aux capacités que le pays maîtrise déjà. Lorsque ces capacités n’existent pas, il veut travailler avec des alliés afin d’attirer des investissements, de transférer des technologies et d’intégrer les entreprises canadiennes aux chaînes de production. Ce n’est qu’après ces deux possibilités que l’achat à l’étranger doit intervenir.

La stratégie poursuit un objectif qui dépasse le renouvellement des équipements militaires : accroître l’autonomie stratégique du Canada.

Mark Carney l’a explicitement liée à la souveraineté canadienne, notamment dans l’Arctique, mais aussi à la capacité du pays à agir indépendamment lorsque ses intérêts l’exigent.

Cette inflexion est importante parce qu’elle modifie la question posée lors d’un achat militaire.

Le gouvernement canadien ne demande plus seulement quel équipement répond le mieux aux besoins des Forces armées canadiennes. Il demande également ce que cet achat laissera derrière lui au Canada : des emplois, des compétences, des capacités de maintenance, des entreprises intégrées à des chaînes de production et, surtout, une moindre vulnérabilité lorsqu’une relation politique avec un fournisseur étranger se détériore.

Le choix du groupe suédois Saab n’est pas encore un contrat

Le premier exemple est celui du groupe suédois de défense et d’aéronautique Saab.

Le 27 mai, le gouvernement canadien a annoncé l’ouverture de négociations avec Saab, retenu comme fournisseur privilégié pour la capacité canadienne de détection et de contrôle aéroporté.

La solution proposée est le GlobalEye, un appareil équipé de systèmes de surveillance et de commandement capables de détecter et de suivre des menaces à longue distance. Le gouvernement canadien indique que le système doit notamment renforcer la surveillance de l’Arctique et améliorer la contribution du Canada au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord.

Une précision est essentielle : le Canada n’a pas encore conclu le contrat.

La sélection de Saab comme fournisseur privilégié permet aux autorités canadiennes d’examiner plus précisément les aspects techniques, commerciaux et industriels de la proposition. Le gouvernement canadien précise lui-même que cette étape ne constitue pas un engagement contractuel.

Le choix du GlobalEye demeure toutefois significatif.

L’appareil proposé repose sur le Global 6500 du constructeur aéronautique canadien Bombardier. Le gouvernement de Mark Carney veut ainsi associer une technologie militaire suédoise à une plateforme fabriquée au Canada. La future coopération doit également créer des possibilités de production et d’intégration au Canada, de transfert de technologies et de participation d’entreprises canadiennes aux chaînes mondiales de l’aéronautique et de la défense.

Le dossier Saab illustre donc exactement la nouvelle doctrine canadienne : le Canada ne possède pas seul toutes les technologies dont il a besoin, mais il veut que leur acquisition renforce aussi ses propres capacités.

Avec l’Allemagne et la Norvège, le Canada prépare l’après-Victoria

Le deuxième dossier est beaucoup plus lourd.

Le 6 juillet, Mark Carney a annoncé que le gouvernement canadien retenait le constructeur naval allemand Thyssenkrupp Marine Systems comme fournisseur privilégié pour son prochain programme de sous-marins de patrouille.

Le projet porte sur jusqu’à douze sous-marins à propulsion classique capables d’opérer sous la glace. Les quatre premiers doivent être livrés en 2034. Le gouvernement canadien veut conclure les accords contractuels au plus tard à la fin de 2027.

Là encore, il ne s’agit pas encore d’un contrat définitif.

Le gouvernement canadien doit désormais négocier avec Thyssenkrupp Marine Systems. Si ces négociations échouaient, l’entreprise sud-coréenne Hanwha Ocean pourrait être désignée comme fournisseur privilégié à son tour.

Mais le choix allemand a déjà produit un effet stratégique : il rapproche le Canada de l’Allemagne et de la Norvège, qui coopèrent autour du sous-marin de type 212CD.

Le 7 juillet, Mark Carney, le chancelier allemand Friedrich Merz et le premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre ont annoncé leur volonté de construire un partenariat stratégique de long terme. Le Canada doit rejoindre la coopération germano-norvégienne autour du sous-marin choisi, avec l’objectif d’approfondir les relations industrielles et militaires entre les trois pays.

Pour le Canada, l’enjeu est aussi géographique.

Ses forces navales doivent pouvoir agir dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Arctique. Les futurs sous-marins doivent donc être capables d’assurer une présence sous-marine plus durable, notamment sous les glaces de l’Arctique.

Le choix du constructeur allemand répond ainsi à un besoin militaire canadien précis, mais il ouvre en même temps une coopération industrielle et stratégique avec deux pays européens.

Le réarmement canadien ne se résume pourtant pas aux achats européens

Il serait faux de présenter la politique de Mark Carney comme une simple substitution de fournisseurs européens aux fournisseurs des États-Unis d’Amérique.

Le gouvernement canadien investit également dans ses propres entreprises.

En juillet, il a conclu un partenariat stratégique avec General Dynamics Land Systems-Canada, entreprise spécialisée dans les véhicules blindés et implantée à London, dans la province de l’Ontario. Le gouvernement prévoit près de deux milliards de dollars canadiens sur quatre ans pour construire 190 véhicules blindés supplémentaires destinés aux Forces armées canadiennes.

Le gouvernement canadien a également annoncé avoir atteint en mars l’objectif de 2 % du produit intérieur brut consacré à la défense fixé par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, après des années de dépenses militaires plus faibles. Il indique avoir engagé plus de 63 milliards de dollars canadiens supplémentaires dans la défense sur une période d’un an.

Le message de Mark Carney est donc cohérent : réarmer les forces canadiennes, mais utiliser cet effort pour reconstruire une base industrielle nationale.

Pourquoi l’Europe entre-t-elle dans cette équation ?

Le rapprochement militaire avec l’Europe ne commence pas avec le choix de Saab.

En décembre 2025, le Canada a conclu avec l’Union européenne un accord permettant sa participation à Security Action for Europe, ou SAFE, le dispositif européen destiné à soutenir les investissements communs dans la défense. Le mécanisme européen représente jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts destinés aux investissements de défense.

Le Canada est ainsi devenu le premier pays non européen à participer à SAFE.

Pour le gouvernement canadien, l’intérêt n’est pas uniquement financier. L’accord doit aussi favoriser la constitution de chaînes d’approvisionnement de défense plus résilientes entre les industries canadienne et européennes.

Le choix de Saab, le rapprochement avec l’Allemagne et la Norvège et la participation à SAFE appartiennent donc à une même logique : multiplier les partenaires capables de fournir au Canada des équipements, des technologies, des investissements et des capacités industrielles.

Donald Trump a changé la valeur politique de cette diversification

Cette stratégie ne doit pas être attribuée entièrement au retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique. Elle était déjà inscrite dans le programme de Mark Carney.

Mais les relations entre le gouvernement canadien et l’administration de Donald Trump lui ont donné une dimension beaucoup plus concrète.

Depuis plusieurs mois, les deux pays se livrent une confrontation commerciale. En août, après l’échec de nouvelles négociations, l’administration de Donald Trump a appliqué de nouveaux droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens. Le gouvernement de Mark Carney a suspendu les négociations et annoncé des mesures de rétorsion d’un montant équivalent, qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre.

Le conflit commercial a une conséquence qui dépasse les marchandises frappées de droits de douane.

Il oblige le Canada à regarder autrement sa dépendance à l’égard de son voisin.

Pendant des décennies, la proximité avec les États-Unis d’Amérique a été un avantage considérable pour l’économie et la défense canadiennes. Les deux pays partagent une frontière, des infrastructures, des chaînes industrielles et un système de défense continental. Le Canada coopère notamment avec les forces armées des États-Unis d’Amérique au sein du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord.

Mais cette intégration signifie aussi que certaines décisions prises par l’administration des États-Unis d’Amérique peuvent avoir des conséquences directes sur la capacité du Canada à agir.

Mark Carney veut réduire cette vulnérabilité.

Il ne prétend pas la supprimer.

Le Canada ne peut pas se passer des États-Unis d’Amérique

C’est ici que la lecture du virage canadien doit rester rigoureuse.

Le Canada ne remplace pas l’alliance avec les États-Unis d’Amérique par une alliance avec l’Europe.

Le gouvernement canadien reste membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Il continue de participer à la défense collective du continent nord-américain et à la coopération militaire avec les forces armées des États-Unis d’Amérique.

Même le choix du GlobalEye renforce la coopération continentale : le gouvernement canadien présente cette capacité comme un moyen d’améliorer la surveillance de l’espace nord-américain et la contribution du Canada au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord.

La logique de Mark Carney est donc moins celle d’un éloignement que celle d’une diversification stratégique.

Le gouvernement canadien veut conserver la relation avec les États-Unis d’Amérique tout en réduisant le nombre de domaines dans lesquels il n’existe pratiquement aucune alternative.

C’est une différence fondamentale.

Le véritable sujet est la capacité du Canada à décider seul

La question militaire rejoint ici la question économique.

Lorsque Mark Carney affirme vouloir construire davantage au Canada, travailler avec des partenaires fiables et acheter à l’étranger seulement lorsque cela est nécessaire, il ne décrit pas uniquement une politique industrielle.

Il définit une conception de la souveraineté.

Un pays peut être membre d’une alliance sans confier à ses alliés la totalité de ses capacités. Il peut partager des équipements, des renseignements et des chaînes de production tout en conservant suffisamment de compétences, d’infrastructures et de moyens financiers pour prendre ses propres décisions.

C’est précisément ce que le gouvernement canadien entend renforcer.

La stratégie industrielle de défense annoncée en février fixe d’ailleurs comme objectif de réduire l’exposition du Canada à une défaillance d’un seul partenaire ou d’une seule alliance. Le gouvernement associe explicitement la diversification des partenariats à la recherche d’une plus grande autonomie stratégique.

Les achats européens prennent alors leur véritable signification.

Le GlobalEye donne au Canada accès à une technologie suédoise tout en utilisant une plateforme aéronautique canadienne.

Les sous-marins de Thyssenkrupp Marine Systems rapprochent le Canada de l’Allemagne et de la Norvège tout en intégrant des entreprises canadiennes aux chaînes industrielles liées au programme.

SAFE ouvre au Canada une porte vers les mécanismes européens de financement et d’achat de défense.

Et les investissements dans General Dynamics Land Systems-Canada montrent que le gouvernement canadien ne veut pas seulement diversifier ses fournisseurs : il veut aussi renforcer les entreprises capables de produire au Canada.

Une autonomie relative, mais une dépendance moins dangereuse

Il serait excessif de parler d’indépendance militaire canadienne.

Le Canada restera profondément lié aux États-Unis d’Amérique. La géographie, l’économie et l’architecture de défense nord-américaine rendent cette réalité durable.

La stratégie de Mark Carney poursuit un objectif plus réaliste : réduire les dépendances qui pourraient empêcher le Canada de choisir librement sa politique si ses relations avec un partenaire se détérioraient.

C’est ce qui donne aux choix de Saab, de Thyssenkrupp Marine Systems et de l’Union européenne une portée qui dépasse les contrats eux-mêmes.

Le Canada ne cherche pas un nouveau protecteur.

Il cherche à disposer de davantage de leviers.

La différence est importante. Car dans une période où les alliances occidentales sont soumises à des tensions politiques, où les chaînes d’approvisionnement militaires sont devenues un enjeu stratégique et où les États redécouvrent la valeur de leurs capacités industrielles, la question n’est plus seulement de savoir qui peut défendre un pays avec lui.

Elle est aussi de savoir ce que ce pays est encore capable de produire, de financer et de décider lorsqu’il doit défendre ses propres intérêts.

C’est sur ce terrain que Mark Carney entend désormais reconstruire la puissance canadienne.

Celine Dou

Monde : si les États-Unis d’Amérique peuvent sanctionner une banque égyptienne pour ses relations avec Téhéran, qui peut encore commercer librement dans le monde ?

Il ne s’agit, en apparence, que d’une affaire bancaire. Une banque égyptienne, Banque Misr, se retrouve dans le viseur des États-Unis d’Amérique. Plus précisément, les mesures annoncées le 28 août concernent ses succursales aux Émirats arabes unis, accusées par le Trésor états-unien d’avoir traité environ 1,8 milliard de dollars de transactions pour des entreprises liées aux réseaux financiers iraniens. La banque examine la notification reçue, tandis que la banque centrale des Émirats arabes unis a ouvert une enquête urgente sur ses activités.

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L’affaire pourrait rester cantonnée aux pages économiques si elle ne posait pas une question beaucoup plus dérangeante : jusqu’où peut aller le pouvoir d’un État lorsqu’une grande partie du commerce mondial dépend de sa monnaie et de son système financier ?

Les États-Unis d’Amérique ne disent pas simplement à l’Iran qu’ils refusent de commercer avec lui. Ils cherchent désormais à convaincre, et parfois à contraindre, les établissements financiers étrangers à faire le même choix.

Le mécanisme est redoutablement efficace. Une banque étrangère peut être parfaitement légale dans son propre pays, mais si elle a besoin d’accéder au dollar, aux banques correspondantes ou à certaines infrastructures financières internationales, elle doit aussi tenir compte des décisions prises aux États-Unis d’Amérique.

C’est précisément ce qui donne aux sanctions une portée qui dépasse les frontières états-uniennes.

Dans le cas de Banque Misr, le Trésor des États-Unis d’Amérique a proposé de couper les succursales concernées de leur accès aux opérations en dollars avec les établissements financiers états-uniens. Le Caire a précisé que la mesure ne visait ni les activités de Banque Misr en Égypte ni les autres banques égyptiennes.

Mais le message adressé au secteur bancaire international est, lui, beaucoup plus large : celui qui facilite financièrement les échanges avec l’Iran prend le risque d’en payer le prix, même s’il n’est pas iranien.

C’est là que le débat commence véritablement.

Les États-Unis d’Amérique ont parfaitement le droit de défendre leurs intérêts, de lutter contre le financement d’activités qu’ils considèrent comme dangereuses et d’utiliser leurs propres instruments économiques. Personne ne peut sérieusement leur contester ce droit.

Mais une question demeure : à partir de quel moment la défense des intérêts d’une puissance devient-elle une capacité à fixer les limites de l’action économique des autres ?

Car le problème ne concerne pas uniquement l’Iran.

Aujourd’hui, c’est Téhéran. Demain, ce pourrait être un autre pays placé sous sanctions. Et les mêmes banques étrangères pourraient devoir choisir entre leurs relations commerciales avec ce pays et leur accès au système financier dominé par le dollar.

La Chine a déjà compris le risque. Pékin a averti qu’il protégerait ses intérêts alors que les États-Unis d’Amérique préparaient de nouvelles sanctions visant les partenaires commerciaux de l’Iran. La Turquie et les Émirats arabes unis figurent également parmi les pays dont les relations économiques avec Téhéran sont particulièrement surveillées.

Le monde commercial que l’on présente souvent comme ouvert et mondialisé repose donc sur une réalité moins confortable : tous les acteurs ne disposent pas du même degré de liberté.

Une puissance qui contrôle une monnaie internationale, un vaste réseau bancaire et des infrastructures financières incontournables possède un levier dont la portée dépasse largement son territoire.

Ce levier peut être utilisé contre un adversaire. Il peut aussi être utilisé pour empêcher cet adversaire de trouver des partenaires.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut laisser l’Iran contourner les sanctions des États-Unis d’Amérique. Ce serait réduire le problème. La vraie question est de savoir si le commerce international peut rester véritablement international lorsque l’accès à ses principaux circuits financiers dépend, en partie, de la conformité aux décisions d’une seule puissance.

C’est un sujet qui concerne aussi l’Afrique.

Les économies africaines commercent avec la Chine, la Russie, l’Iran, les pays du Golfe, l’Europe et les États-Unis d’Amérique. Elles ont besoin de capitaux, de banques correspondantes, de devises et d’un accès aux marchés internationaux. Dans cet environnement, la marge de manœuvre d’un État peut rapidement se réduire lorsqu’un de ses partenaires économiques devient la cible de sanctions.

La souveraineté ne consiste alors plus seulement à contrôler ses frontières, son territoire ou ses institutions. Elle touche aussi à une question beaucoup moins visible : la possibilité de choisir librement ses partenaires économiques.

Les sanctions contre Banque Misr constituent donc bien davantage qu’une nouvelle mesure dans la guerre économique menée contre l’Iran. Elles rappellent au monde une vérité que l’on préfère parfois oublier : dans l’économie internationale, la puissance ne se mesure pas seulement au nombre de soldats ou de missiles. Elle se mesure aussi à la capacité de décider qui peut accéder à l’argent, aux banques et aux marchés.

Et lorsque cette capacité appartient largement à un seul acteur, une question finit nécessairement par se poser :

le commerce mondial est-il réellement libre, ou seulement libre dans les limites fixées par les puissances qui contrôlent ses principaux instruments ?

Celine Dou

FRANCE : SÉBASTIEN DELOGU, DÉJÀ CONVOQUÉ EN JUSTICE APRÈS SON ALTERCATION AVEC DES POLICIERS, VISÉ PAR UNE PLAINTE DE SON EX-ÉPOUSE RÉVÉLÉE PAR LE JOURNAL DU DIMANCHE

Le député de La France insoumise fait l’objet d’une plainte déposée par son ex-épouse autour du 22 juillet, selon les informations du Journal du dimanche. Le dossier concerne un différend familial autour de leur fils et des pensions alimentaires que la plaignante affirme ne pas avoir reçues. L’existence de cette procédure était restée publique inconnue jusqu’à sa révélation, le 29 août.

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Sébastien Delogu fait l’objet d’une plainte dont l’existence n’avait pas été rendue publique jusqu’ici. Le Journal du dimanche rapporte que son ex-épouse a saisi la police aux alentours du 22 juillet, après un épisode conflictuel concernant leur fils.

Selon le récit rapporté par le quotidien, le député aurait voulu récupérer ses enfants avant de repartir avec son fils. Son ex-épouse aurait ensuite gagné un commissariat pour déposer plainte. L’enfant aurait finalement été ramené dans la nuit.

La plaignante aurait également signalé des pensions alimentaires qu’elle affirme ne pas avoir reçues. Le Journal du dimanche indique que Sébastien Delogu avait été convoqué au commissariat le 11 août dans cette affaire et qu’il ne s’y serait pas présenté. Une nouvelle convocation lui aurait ensuite été adressée pour le 26 août.

Ces informations décrivent les faits tels qu’ils sont rapportés par le Journal du dimanche et les déclarations attribuées à l’ex-épouse. Elles ne constituent pas une décision de justice. Les suites judiciaires de cette plainte ne sont pas connues.

La révélation survient après une garde à vue

Le nom de Sébastien Delogu est déjà au centre d’une autre procédure judiciaire.

Le 24 août, trois policiers en civil se sont rendus dans l’immeuble marseillais où réside le député. Ils recherchaient un homme soupçonné d’avoir volé une montre. Une altercation a opposé les fonctionnaires à l’élu.

Les policiers affirment que le député s’est opposé à leur intervention et leur a adressé des insultes. Sébastien Delogu conteste leur récit. Il affirme notamment que les policiers ne lui auraient pas immédiatement indiqué leur qualité et soutient avoir lui-même subi des violences physiques et verbales. Les trois fonctionnaires ont porté plainte ; le député a également saisi la justice.

Le 27 août, Sébastien Delogu s’est présenté au commissariat central de Marseille avec son avocat. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête ouverte pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. Après plus de huit heures, il a été libéré.

La justice lui a fixé une prochaine échéance au 13 novembre 2026. Le député doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Marseille pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Au lendemain de sa garde à vue, Sébastien Delogu a donné sa version des événements. Il affirme avoir été « injurié et agressé » et conteste avoir voulu empêcher les policiers d’effectuer leur intervention.

Une plainte familiale déposée avant l’affaire des policiers

La chronologie permet de comprendre la portée de l’information révélée par le Journal du dimanche.

La plainte de l’ex-épouse aurait été déposée autour du 22 juillet, soit plus d’un mois avant l’altercation survenue dans l’immeuble du député, le 24 août. Elle n’est donc pas la conséquence de cette affaire et ne constitue pas une procédure ouverte à la suite de sa garde à vue.

Ce que le Journal du dimanche rend public le 29 août, c’est l’existence de cette procédure familiale, alors que Sébastien Delogu vient de passer plusieurs heures en garde à vue et qu’il doit désormais répondre devant le tribunal correctionnel de Marseille des faits d’outrage qui lui sont reprochés.

Les deux dossiers suivent leurs propres chemins judiciaires. Dans l’affaire familiale, les accusations rapportées contre le député restent celles de la plaignante et devront être examinées par les autorités compétentes. Dans l’affaire marseillaise, Sébastien Delogu conteste les faits qui lui sont reprochés et affirme avoir lui-même été victime des policiers.

Pour l’heure, aucune condamnation n’a été prononcée dans l’une ou l’autre de ces affaires.

Celine Dou

SOUDAN : KHARTOUM LÈVE L’ÉTAT D’URGENCE, MAIS LA GUERRE SE DÉPLACE VERS LE KORDOFAN

Après plus de deux ans de couvre-feu, les habitants de la capitale soudanaise peuvent désormais circuler et travailler à toute heure. La mesure traduit le retour progressif de l’administration et de la vie civile dans une ville reprise par l’armée, mais elle ne signifie pas la fin de la guerre. À plusieurs centaines de kilomètres, les combats continuent de faire des victimes et de provoquer de nouveaux déplacements.

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À Khartoum, les habitants peuvent de nouveau circuler librement la nuit. Le Comité de sécurité de l’État a annoncé le 27 août la levée de l’état d’urgence et l’abrogation de l’ordre d’urgence n° 3 de 2024, mettant également fin au couvre-feu instauré dans la capitale.

La décision autorise désormais les habitants à se déplacer et à travailler à toute heure. Elle reste toutefois assortie de restrictions. Les patrouilles et les points de contrôle sont maintenus, et les autorités demandent aux habitants de conserver leurs documents d’identité sur eux. L’entrée dans la capitale demeure par ailleurs réglementée pour les étrangers arrivant par bus, train ou véhicule privé.

Cette décision intervient plusieurs mois après la reprise de Khartoum par l’armée soudanaise. Le gouvernement, qui avait transféré ses activités à Port-Soudan pendant les combats, est revenu dans la capitale en janvier 2026. L’aéroport a également repris ses activités et les organisations humanitaires recommencent progressivement à y travailler.

Une liberté retrouvée dans une capitale encore meurtrie

La levée du couvre-feu donne à Khartoum les apparences d’une ville qui reprend son activité. Mais la réalité quotidienne reste difficile.

Les infrastructures ont été lourdement endommagées pendant les combats. Les coupures d’électricité demeurent particulièrement longues dans plusieurs secteurs contrôlés par l’armée. À Omdurman, notamment, les pannes perturbent les activités professionnelles et contraignent des familles à renoncer à certains usages domestiques faute de pouvoir conserver leurs aliments ou faire fonctionner leurs équipements.

Le retour des habitants ne suffit donc pas à rétablir une vie normale. Il faut encore reconstruire les réseaux électriques, les routes, les logements et les services publics détruits pendant les combats.

La sécurité elle-même demeure fragile. La levée de l’état d’urgence ne s’accompagne pas d’un retrait des forces de sécurité : les patrouilles et les contrôles restent présents dans la capitale. Des risques liés aux drones et aux munitions non explosées subsistent également pour les personnes qui regagnent les zones touchées par la guerre.

Le front s’est déplacé

Le contraste est frappant. Alors que Khartoum cherche à retrouver un rythme de vie ordinaire, le conflit continue de s’intensifier dans d’autres régions.

Le Kordofan est devenu l’un des principaux théâtres de la guerre entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Les deux camps y cherchent à consolider leurs positions et leurs voies d’approvisionnement, faisant de cette région un espace stratégique entre les territoires contrôlés par l’armée à l’est et ceux dominés par les FSR à l’ouest.

Les violences ont encore fait des victimes ces derniers jours. Des frappes de drones ont tué huit civils dans le Kordofan du Nord, selon l’organisation Emergency Lawyers, qui demande une enquête indépendante. Une première attaque a visé des civils dans la ville de Sowdari, avant qu’une seconde frappe ne touche des personnes venues porter secours aux blessés.

Le recours aux drones est devenu l’une des caractéristiques du conflit soudanais. Les Nations unies estiment qu’ils ont représenté une part majeure des décès de civils enregistrés au cours des premiers mois de 2026.

Une crise humanitaire toujours immense

Depuis le déclenchement de la guerre, le 15 avril 2023, le Soudan reste confronté à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les estimations internationales évoquent au moins 59 000 morts et environ 13 millions de personnes déplacées, tandis que plusieurs régions sont confrontées à la famine.

Les déplacements de population se poursuivent. Dans le Kordofan, les combats poussent encore des familles à fuir. À El-Obeid et dans les camps qui entourent la ville, l’arrivée massive de nouveaux déplacés exerce une pression croissante sur l’eau, la nourriture, les soins et les installations sanitaires. Plus de 15 000 familles seraient arrivées depuis la mi-juillet, selon les données rapportées par les acteurs humanitaires.

La fin de l’état d’urgence à Khartoum doit donc être lue pour ce qu’elle est : une mesure administrative et sécuritaire destinée à rétablir progressivement la vie civile dans une capitale contrôlée par l’armée, pas un signe de fin du conflit soudanais.

Khartoum peut désormais vivre sans couvre-feu. Mais à mesure que la capitale tente de se relever de ses ruines, la guerre continue de faire rage dans le centre et l’ouest du pays. Le véritable retour à la normale dépendra moins de la disparition des restrictions dans la capitale que de l’issue du conflit qui déchire encore le Soudan.

Celine Dou

États Unis d’Amérique : le procès de Khalid Cheikh Mohammed, accusé d’être le cerveau du 11-Septembre, fixé au 5 juin 2028

Plus de deux décennies après son arrestation, Khalid Cheikh Mohammed connaîtra enfin la date de son procès. Un juge militaire a ordonné, mercredi 26 août, l’ouverture des audiences le 5 juin 2028 à Guantánamo, dans une affaire qui porte sur les attentats du 11 septembre 2001 et près de 3 000 morts.

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Khalid Cheikh Mohammed, connu sous les initiales KSM, est l’homme que les autorités états-uniennes présentent comme le principal architecte des attentats du 11-Septembre. Capturé au Pakistan en mars 2003, il est détenu à Guantánamo depuis 2006 après avoir été emprisonné dans des sites secrets de la CIA.

Qui est Khalid Cheikh Mohammed ?

Né au Pakistan et élevé au Koweït, Khalid Cheikh Mohammed s’est engagé dans les milieux djihadistes avant de rejoindre Al-Qaïda. Le rapport de la commission d’enquête sur le 11-Septembre le décrit comme un organisateur d’attentats qui cherchait à mettre en œuvre ses propres projets.

Selon ce rapport, il avait présenté dès 1996 à Oussama ben Laden l’idée d’utiliser des avions comme armes. Le projet évoluera ensuite jusqu’à l’opération du 11 septembre 2001.

Ce jour-là, dix-neuf membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux s’écrasent contre les tours du World Trade Center à New York, un autre frappe le Pentagone et le quatrième s’écrase en Pennsylvanie après l’intervention de passagers.

Près de 3 000 personnes sont tuées.

Une arrestation en 2003, puis les prisons secrètes de la CIA

Khalid Cheikh Mohammed est arrêté au Pakistan en mars 2003. Après sa capture, il est transféré dans le programme clandestin de détention de la CIA.

Il y subit des interrogatoires au cours desquels des méthodes de torture sont utilisées, notamment la simulation de noyade. Ces conditions de détention pèseront lourdement sur la procédure judiciaire à venir : une partie du contentieux porte précisément sur la possibilité d’utiliser devant le tribunal des déclarations ou des éléments obtenus dans ce cadre.

En septembre 2006, KSM est transféré à Guantánamo, où il se trouve toujours.

Un procès bloqué pendant plus de vingt ans

Les accusations formelles ont été déposées en 2008. Pourtant, le procès n’a jamais véritablement commencé.

La procédure a été retardée par une succession de batailles judiciaires portant notamment sur les preuves, les interrogatoires de la CIA et les conséquences de la torture subie par les accusés.

En 2019, une première date avait été envisagée pour un procès en 2021. Elle n’a pas été tenue.

Plus récemment, une autre tentative de sortir de l’impasse avait été engagée avec un accord de plaider-coupable.

En 2024, Khalid Cheikh Mohammed et deux autres accusés avaient accepté de reconnaître leur culpabilité en échange notamment de l’abandon de la peine de mort. L’accord prévoyait des condamnations à perpétuité. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Lloyd Austin, avait tenté de l’annuler, déclenchant une nouvelle bataille judiciaire. En juillet 2025, une cour d’appel fédérale a finalement annulé les accords.

Le procès est donc redevenu la voie judiciaire à suivre.

Pourquoi le 5 juin 2028 ?

Les procureurs souhaitaient commencer le procès dès janvier 2027. Le juge militaire Michael Schrama a rejeté ce calendrier, estimant qu’il ne laissait pas suffisamment de temps pour régler les nombreuses questions préalables encore pendantes, notamment celles concernant l’admissibilité de certaines preuves.

Le calendrier prévoit une première étape consacrée à la sélection des membres de la commission militaire à partir du 5 juin 2028, avant les déclarations d’ouverture et la présentation des preuves.

Khalid Cheikh Mohammed sera jugé avec Walid bin Attash, Ali Abdul Aziz Ali et Mustafa al-Hawsawi, tous détenus à Guantánamo.

Un procès qui reste loin d’être garanti

La fixation d’une date ne signifie pas pour autant que le procès commencera nécessairement ce jour-là.

Le dossier demeure encombré de questions préalables et de recours. L’histoire de cette procédure montre d’ailleurs à quel point son calendrier peut encore changer.

Mais une étape importante vient d’être franchie : pour la première fois après des années de reports, le tribunal militaire a fixé une date précise pour juger l’homme accusé d’avoir été au cœur de la préparation du 11-Septembre.

Le 5 juin 2028, près de 27 ans après les attentats, Khalid Cheikh Mohammed devrait donc comparaître devant la justice militaire états-unienne.

Une échéance qui ramène à la surface une question restée irrésolue pendant toute l’après-guerre contre le terrorisme : comment juger les responsables présumés d’une attaque historique lorsque les méthodes utilisées pour les interroger sont elles-mêmes devenues une partie du procès ?

Celine Dou

Népal : plus de 350 morts, 1 300 disparus dont des centaines d’étrangers après l’effondrement d’un glacier à la frontière du Tibet

Le bilan de la catastrophe qui a frappé le nord du Népal mercredi 26 août ne cesse de s’alourdir. Les autorités népalaises font désormais état de 359 morts et de près de 1 400 personnes portées disparues, après des crues soudaines et des coulées de boue qui ont balayé plusieurs localités proches de la frontière avec le Tibet chinois.

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Parmi les disparus figurent de nombreux étrangers. Le ministère népalais du Tourisme recense 570 touristes portés disparus, dont 517 ressortissants étrangers provenant de 33 pays. Des citoyens indiens, états-uniens, malaisiens, ukrainiens, australiens, britanniques, canadiens et sud-coréens figurent notamment parmi les personnes recherchées.

Une catastrophe partie des hauteurs himalayennes

Les premières heures avaient laissé planer le doute sur l’origine du phénomène. Un signal sismique enregistré dans la région avait d’abord été interprété comme un séisme. L’analyse du United States Geological Survey a depuis conduit à une autre conclusion : le signal provenait de l’effondrement d’une masse glaciaire et rocheuse, suivi d’une coulée de débris.

La masse de glace, de roches et de boue a dévalé les vallées avant de provoquer une montée extrêmement rapide des eaux. La rivière Trishuli, notamment, a connu une hausse spectaculaire de son niveau, tandis que des villages, des routes et des ponts étaient emportés sur plusieurs dizaines de kilomètres.

À Syabrubesi, dans le district de Rasuwa, des secteurs entiers ont été ravagés. Des installations hydroélectriques, des axes routiers et des ponts ont également subi d’importants dégâts, compliquant l’arrivée des secours et l’évacuation des habitants.

Des touristes et des pèlerins toujours recherchés

L’ampleur des disparitions dépasse largement le seul cadre népalais. La zone touchée est fréquentée par des touristes et des pèlerins étrangers, notamment ceux qui se rendent vers les sites himalayens et le mont Kailash.

L’Inde compte le plus grand nombre de ressortissants recherchés, avec 178 personnes, devant les États-Unis d’Amérique avec 65, l’Ukraine avec 53, la Malaisie avec 51, l’Australie avec 35 et le Royaume-Uni avec 33.

Au Tibet, du côté chinois de la frontière, la situation est également très grave. Les autorités ont annoncé trois morts et 558 disparus dans le comté de Gyirong, dont 260 étrangers. Le poste-frontière de Gyirong, un point important pour les échanges et les déplacements entre le Tibet et le Népal, a été durement touché.

Une nouvelle menace en amont

Les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions difficiles. L’eau, la boue et les débris ont coupé plusieurs voies d’accès, tandis que les secours doivent encore atteindre certaines zones isolées.

Une autre menace inquiète les autorités chinoises : l’accumulation de débris en amont a formé une retenue d’eau susceptible de céder et de provoquer une nouvelle crue brutale. Des équipes chinoises ont été mobilisées pour surveiller la situation et prévenir les populations exposées.

Pour les secouristes, la priorité reste la même : retrouver les disparus et évacuer les habitants menacés avant une éventuelle nouvelle montée des eaux.

La catastrophe rappelle aussi la fragilité des vallées himalayennes face aux mouvements de glace, de roches et d’eau. Dans cette région où les glaciers reculent et où les masses glaciaires deviennent plus instables, les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le risque de crues soudaines liées aux effondrements glaciaires.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

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