Droit du sol et du sang : que dit l’Histoire de France sur l’attribution de la nationalité française ?

La question de l’attribution de la nationalité française, notamment à travers le droit du sol – qui n’existe, intégralement ou partiellement, que dans 32 pays à travers le monde -, est régulièrement débattue, tout particulièrement en cette période électorale

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Attaques des houthis du Yemen au moyen orient : l’Arabie saoudite rejette l’aide militaire israélienne contre les Houthis et intensifie ses frappes

Alors que les tensions s’aggravent au Yémen, l’Arabie saoudite aurait refusé une proposition israélienne de coopération militaire contre les rebelles houthis, selon le quotidien israélien Haaretz. Dans le même temps, Riyad a bombardé un site pétrolier près de Sanaa, provoquant une riposte des insurgés qui ont visé le territoire saoudien. Sur le terrain, les combats s’intensifient également à Marib et à Taëz, faisant craindre une nouvelle escalade régionale.

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Défense européenne : la France peut-elle rejoindre le programme anglo-allemand de missiles à très longue portée ?

Alors que le Royaume-Uni et l’Allemagne accélèrent leur coopération dans le domaine de la frappe à très longue portée, la France pourrait apporter une capacité technologique déterminante grâce au projet B-Strike d’ArianeGroup. L’enjeu dépasse la seule conception de nouveaux missiles : il touche à l’autonomie stratégique européenne, au partage des technologies sensibles et à l’avenir de la coopération militaire entre Paris, Londres et Berlin.

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Moyen-Orient : le FMI prévoit une récession en 2026, le conflit en Iran fragilise les économies du Golfe

La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, les perturbations des exportations énergétiques et l’escalade militaire au Moyen-Orient pèsent lourdement sur les perspectives économiques régionales. Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international (FMI) anticipe désormais une contraction de 0,3 % de l’économie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale en 2026, contre une croissance de 1,9 % prévue six mois auparavant.

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France : trois morts dans la Manche alors que les traversées vers le Royaume-Uni reculent de 42 %

Un enfant de 10 ans et deux femmes sont morts lundi 28 septembre dans la Manche, à bord d’une embarcation qui transportait 105 personnes. Le drame porte à 22 le nombre de morts enregistrés depuis le début de l’année sur cette route migratoire. Pourtant, le nombre de personnes arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations a chuté de 42 % sur un an. Derrière cette baisse, une autre évolution inquiète les autorités : les canots sont de plus en plus chargés.

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L’embarcation était partie de la côte du Pas-de-Calais dans la matinée. Lorsque ses occupants ont demandé de l’aide, elle se trouvait à environ six kilomètres au large. Les secours français ont récupéré les 105 passagers. Trois d’entre eux étaient déjà morts : deux femmes d’une trentaine d’années et un garçon de 10 ans, probablement originaire d’Érythrée. Selon les premiers éléments communiqués par le préfet du Pas-de-Calais, les victimes auraient été écrasées dans la cohue provoquée par la surcharge du bateau, et non noyées.

Une traversée qui ne ressemble plus seulement à un naufrage

Le terme de « naufrage » ne suffit pas à raconter ce qui s’est passé lundi. L’embarcation n’a pas coulé. La plupart des passagers ont pu être secourus après avoir eux-mêmes appelé les secours. Le problème s’est produit à bord, dans un espace saturé de personnes.

Cette situation correspond à une méthode utilisée depuis plusieurs mois sur le littoral du Pas-de-Calais : le « taxi-boat ». Des embarcations arrivent par la mer au plus près du rivage, prennent des passagers dans une zone peu profonde, puis repartent vers le large. Cette organisation permet aux réseaux de passeurs de réduire le temps passé sur les plages, où les forces françaises surveillent les départs. Mais elle rend aussi les embarquements particulièrement désordonnés. Trois corps avaient déjà été retrouvés la semaine précédente dans le Pas-de-Calais après des départs de ce type.

Le 28 septembre, la préfecture maritime a dû mobiliser plusieurs moyens de secours : le navire Ridens, l’Abeille Normandie, le patrouilleur Pluvier et un hélicoptère de la Marine nationale transportant une équipe du SMUR maritime. Sur les 105 personnes récupérées, plusieurs nécessitaient des soins, tandis que les trois victimes n’ont pu être réanimées.

Moins d’arrivées au Royaume-Uni, mais des bateaux plus remplis

Au 27 septembre, 19 135 personnes avaient atteint le Royaume-Uni par petites embarcations depuis le début de l’année. Elles étaient 33 083 à la même date en 2025, soit une baisse de 42 %. Les données du Home Office restent provisoires et peuvent être révisées.

La diminution est donc réelle. Elle ne signifie cependant pas que les départs ont disparu ni que les traversées sont devenues moins dangereuses.

Au contraire, la capacité des embarcations utilisées par les réseaux de passeurs a fortement augmenté. Entre septembre 2025 et septembre 2026, les bateaux arrivés au Royaume-Uni transportaient en moyenne 67 personnes, contre beaucoup moins les premières années du phénomène. En août, une embarcation avait même transporté 230 personnes, un niveau qui avait attiré l’attention des autorités britanniques.

Le calcul est simple : moins de bateaux peuvent suffire à transporter un nombre important de personnes lorsqu’ils sont davantage remplis. Pour ceux qui montent à bord, cette concentration augmente mécaniquement les risques liés à la stabilité du bateau, aux mouvements de foule et aux incidents pendant la traversée.

Le drame de lundi en donne une illustration particulièrement brutale : les trois victimes ne seraient pas mortes après le naufrage du canot, mais dans la cohue à bord.

Paris et Londres ont pourtant renforcé leur dispositif

Cette évolution intervient alors que la France et le Royaume-Uni ont considérablement renforcé leur coopération.

Le partenariat conclu en 2026 prévoit une augmentation de 53 % des effectifs français financés dans le cadre du dispositif, de 907 personnes sur la période précédente à 1 392 pour la période 2026-2029. Londres doit également consacrer jusqu’à 500 millions de livres, soit environ 580 millions d’euros, au renforcement du contrôle du littoral du nord de la France, auxquels peuvent s’ajouter 161 millions de livres destinés à de nouvelles actions évaluées selon leur efficacité.

Le dispositif vise notamment les départs depuis les plages, les embarcations utilisées par les passeurs et les réseaux criminels qui organisent les traversées. La France et le Royaume-Uni cherchent donc moins à gérer les arrivées une fois les personnes débarquées qu’à empêcher le départ et à atteindre les organisateurs.

Les autorités françaises ont aussi renforcé la surveillance des zones où les passeurs utilisent des « taxi-boats ». Mais la géographie du littoral et la rapidité des embarquements compliquent le travail des forces de l’ordre.

Pourquoi la baisse des traversées ne règle pas la question

La baisse de 42 % constitue un changement important, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité de chacune des mesures prises par Paris et Londres.

Les chiffres dépendent aussi de la météo, des stratégies des passeurs, du nombre de départs empêchés en France et de l’évolution des routes empruntées. Le 23 septembre, la préfecture maritime indiquait ainsi avoir secouru 129 personnes en trois jours lors de plusieurs opérations distinctes. Une personne était morte dans la même période.

Le phénomène reste donc actif, même lorsque les conditions empêchent momentanément les départs. Et lorsque les réseaux disposent de fenêtres météorologiques favorables, ils peuvent tenter de faire partir un nombre très important de personnes en peu de temps.

Le 23 septembre, 781 personnes étaient arrivées au Royaume-Uni en une seule journée, un record pour 2026, alors même que le bilan annuel demeurait nettement inférieur à celui de 2025.

Cette combinaison, moins d’arrivées sur l’ensemble de l’année, mais des opérations ponctuelles très massives complique la lecture du phénomène.

Une route moins fréquentée, mais toujours meurtrière

Les trois décès du 28 septembre portent à 22 le nombre de personnes mortes cette année en tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche, selon le décompte de l’AFP établi à partir des données françaises et britanniques. En 2025, 29 morts avaient été recensés sur l’ensemble de l’année.

Le chiffre de 2026 n’est donc pas encore celui de l’année précédente, mais il rappelle que la diminution des arrivées ne suit pas nécessairement la même courbe que le risque mortel.

Le calendrier joue aussi. La préfecture maritime rappelle que la Manche est l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde, avec des courants puissants, des bancs de sable et des conditions susceptibles de changer rapidement. Fin septembre, les coefficients de marée atteignaient 101 les 28 et 29 septembre.

Pour les passeurs, ces contraintes sont aussi une raison de profiter des périodes jugées favorables. Pour les personnes embarquées, elles rendent chaque départ incertain.

La France et le Royaume-Uni peuvent donc se prévaloir d’une baisse nette des arrivées en 2026. Mais le drame de lundi pose une question différente : combien de personnes faut-il encore entasser dans des embarcations précaires avant qu’une baisse statistique cesse d’être synonyme de vies toujours exposées ?

La réponse ne dépendra pas uniquement du nombre de patrouilles sur les plages. Elle dépendra aussi de la capacité des deux pays à démanteler les réseaux qui organisent les départs, à maintenir la pression sur leurs activités et à proposer, lorsqu’elles existent, des voies légales suffisamment accessibles pour modifier les choix des personnes qui prennent aujourd’hui la mer.

Sur le papier, la tendance de 2026 est favorable à Paris et Londres : les arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations ont diminué de 42 % en un an.

Sur le littoral du Pas-de-Calais, la réalité est plus dure. Lundi, 105 personnes ont embarqué sur un même canot. Trois sont mortes, dont un enfant de 10 ans. Et 22 personnes ont déjà perdu la vie cette année sur cette route.

La baisse des chiffres n’a donc pas fait disparaître le problème. Elle en a changé les proportions. Moins de personnes traversent, mais les embarcations restent surchargées et les réseaux de passeurs continuent d’exploiter chaque fenêtre possible.

Celine Dou

Éthiopie : trois ans après Pretoria, pourquoi la paix du Tigré est à nouveau au bord de la rupture

L’offensive lancée le 23 septembre par les forces tigréennes a ouvert la crise la plus grave depuis l’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022. Après plusieurs jours d’avancées dans le nord de l’Éthiopie, les forces fédérales ont repris lundi Alamata, dans le sud du Tigré. Mais le retour des combats dépasse désormais les frontières de la région : l’Afar et l’Amhara sont touchés, sept groupes armés se sont alliés contre le pouvoir fédéral et Addis-Abeba accuse plusieurs pays voisins de soutenir ses adversaires. Trois ans après Pretoria, les fragilités que l’accord n’avait pas réglées ressurgissent une à une.

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Le calme n’aura finalement été qu’une parenthèse fragile. Depuis le 23 septembre, les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) affrontent de nouveau l’armée fédérale éthiopienne dans le nord du pays. Elles ont pris le contrôle de plusieurs positions et des aéroports de Mekele, Axoum et Shire, avant d’étendre leurs opérations à l’Afar et à l’Amhara. L’Union africaine a dénoncé une nouvelle escalade et appelé les protagonistes à reprendre immédiatement les discussions dans le cadre de l’accord de Pretoria.

Le rapport de force a toutefois commencé à évoluer. Lundi 28 septembre, les forces fédérales et leurs alliés ont annoncé avoir repris Alamata, une ville située à environ 120 kilomètres au sud de Mekele. Des images vérifiées par Reuters montrent des soldats favorables au gouvernement dans ses rues. Cette reprise constitue le premier retournement important depuis le début de l’offensive tigréenne.

Alamata n’est pourtant qu’un épisode d’une bataille beaucoup plus large. Dans l’Afar voisin, les forces tigréennes ont pris Erebti, tandis que les combats se poursuivent dans certaines zones de l’Amhara. Les communications sont perturbées dans le Tigré et l’accès aux populations devient plus difficile. Médecins sans frontières a signalé une forte augmentation du nombre de blessés pris en charge dans plusieurs établissements de santé.

Le fait nouveau n’est donc pas seulement le retour des armes dans le Tigré. C’est le déplacement du conflit d’une question territoriale et politique essentiellement tigréenne vers une confrontation susceptible de toucher plusieurs régions et, à terme, l’équilibre de la Corne de l’Afrique.

Pretoria avait arrêté la guerre, pas réglé ses causes

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir au 2 novembre 2022.

Après deux années de guerre entre le gouvernement fédéral et le TPLF, les deux camps avaient signé à Pretoria un accord de cessation des hostilités sous la médiation de l’Union africaine. Le texte avait permis de faire taire les armes et d’engager un processus de désarmement, de restauration des services et de retour à une administration normale du Tigré.

Mais plusieurs questions essentielles étaient restées ouvertes.

La plus explosive concerne le Tigré occidental, contrôlé pendant la guerre par des forces amhara et fédérales. Des centaines de milliers de Tigréens ont été déplacés et les dirigeants du TPLF réclament toujours le retour de cette population et la restitution du territoire. Les forces amhara rejettent, elles aussi, la revendication tigréenne sur cette zone.

Le désarmement du TPLF constitue un autre point de friction. Addis-Abeba accuse les forces tigréennes de ne pas avoir complètement renoncé à leurs capacités militaires. Les autorités du Tigré répondent que le retrait des autres forces présentes dans la région et le retour des déplacés n’ont pas été réalisés conformément à leurs attentes.

Le règlement politique n’a pas davantage produit les résultats espérés. Le TPLF a repris le contrôle de l’administration régionale cette année, tandis que le Tigré n’a pas participé aux élections fédérales de juin 2026. Plusieurs mécanismes prévus après la guerre sont ainsi restés inachevés.

Pretoria avait donc suspendu le conflit sans faire disparaître les désaccords qui l’avaient nourri.

Un rapprochement improbable contre Abiy Ahmed

La nouveauté de cette crise tient aussi à la recomposition des forces armées.

Le 21 septembre, quelques jours avant l’offensive tigréenne, sept groupes armés éthiopiens ont annoncé la création de l’Ethiopian Peoples’ Forces Alliance for Survival, avec pour objectif déclaré de renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. L’alliance rassemble notamment le TPLF, le mouvement amhara Fano et l’Armée de libération oromo.

Cette coalition a quelque chose d’inédit.

Durant la guerre de 2020-2022, les forces amhara combattaient aux côtés de l’armée fédérale contre le TPLF. Aujourd’hui, certains de leurs représentants se retrouvent dans la même alliance que leur ancien adversaire.

Cette proximité ne signifie pas que les groupes partagent le même projet pour l’Éthiopie. Ils ont des revendications territoriales, politiques et identitaires différentes. Ce qui les réunit est d’abord leur opposition au pouvoir d’Abiy Ahmed. Sa solidité militaire et politique reste donc à démontrer. Mais pour Addis-Abeba, le changement est considérable : le TPLF n’est plus seul dans sa confrontation avec le gouvernement fédéral.

Le conflit du Tigré doit ainsi être lu à l’intérieur d’une crise plus large de l’État éthiopien, où plusieurs insurrections et tensions régionales se superposent.

Pourquoi l’Afar compte autant

L’extension des combats à l’Afar est particulièrement sensible.

Cette région relie le nord de l’Éthiopie au corridor qui conduit vers Djibouti, principal débouché maritime de l’économie éthiopienne. Pour un pays enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, cet axe représente bien davantage qu’une simple route commerciale.

Toute perturbation durable de cette zone peut affecter les déplacements, les approvisionnements et le commerce extérieur de l’Éthiopie.

C’est ce qui donne à l’offensive tigréenne une portée différente de celle d’une simple reprise des combats autour de Mekele. Le TPLF cherche à défendre ses positions dans le Tigré, mais son extension vers l’Afar ouvre aussi une porte sur des axes stratégiques qui dépassent largement les frontières de la région. Les combats dans l’Amhara ajoutent un autre front au dispositif.

La situation est d’autant plus préoccupante que l’Éthiopie fait face simultanément à d’autres foyers de violence, notamment dans l’Oromia et l’Amhara.

L’Érythrée, le voisin qui peut faire basculer l’équation

La dimension régionale devient encore plus sensible lorsqu’on regarde vers l’Érythrée.

Pendant la guerre de 2020-2022, l’Érythrée avait combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes contre le TPLF. Depuis, les relations entre Asmara et Addis-Abeba se sont profondément dégradées.

La question de l’accès éthiopien à la mer Rouge est au cœur de cette détérioration. L’Éthiopie cherche à sécuriser un accès maritime durable et s’intéresse notamment aux possibilités offertes par les ports de la région. Pour l’Érythrée, toute perspective donnant à son voisin une présence stratégique sur son littoral constitue un sujet de souveraineté particulièrement sensible.

Aujourd’hui, Addis-Abeba accuse l’Érythrée de soutenir financièrement le TPLF. Le chef d’état-major éthiopien, le maréchal Birhanu Jula, a également évoqué un soutien du Soudan et de l’Égypte aux forces hostiles au gouvernement. L’Érythrée et le Soudan rejettent ces accusations.

Il faut ici distinguer les accusations des faits établis. Aucune preuve publique suffisante ne permet de présenter comme acquis un soutien militaire direct de ces trois États au TPLF. En revanche, les rivalités entre eux sont bien réelles : le Soudan est lui-même plongé dans une guerre, l’Égypte est en désaccord avec Addis-Abeba sur le Nil et le Grand barrage de la Renaissance, tandis que l’accès à la mer Rouge empoisonne les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée.

Le retour de la guerre au Tigré intervient donc dans une région déjà traversée par plusieurs lignes de fracture.

Le précédent de 2020 pèse sur chaque décision

La prudence de l’Union africaine et des Nations unies s’explique par le bilan de la précédente guerre.

Entre 2020 et 2022, le conflit avait provoqué une catastrophe humaine majeure. L’Union africaine avait estimé à environ 600 000 le nombre de morts liés aux combats, à la famine et à l’effondrement des services de santé. Des centaines de milliers de personnes étaient également restées déplacées après la fin des hostilités.

Les premiers signes de la nouvelle escalade sont déjà préoccupants. L’Associated Press rapporte environ 150 000 déplacés dans l’Afar et une forte augmentation des blessés dans plusieurs hôpitaux du nord du pays. Ces chiffres restent difficiles à consolider dans une zone où les communications sont perturbées.

L’ONU redoute précisément que la nouvelle confrontation ne débouche sur un conflit « plus large et plus dévastateur ». L’Union africaine, elle, continue de considérer Pretoria comme la base du règlement politique et a demandé à son ancien médiateur, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, de reprendre rapidement contact avec les protagonistes.

La question n’est plus seulement de savoir qui contrôle Alamata

La reprise d’Alamata donne pour l’instant un avantage ponctuel aux forces fédérales. Elle ne règle rien sur le fond.

Le TPLF conserve des capacités militaires et bénéficie désormais d’une alliance avec des mouvements qui combattent le gouvernement sur plusieurs autres fronts. Addis-Abeba, de son côté, dispose toujours d’une armée nationale et de forces alliées capables de reprendre du terrain.

Le véritable enjeu des prochains jours sera donc de savoir si ce nouvel affrontement peut encore être contenu dans le cadre politique de Pretoria.

Car les conditions qui avaient permis l’accord de 2022 ne sont plus exactement les mêmes. Le TPLF a retrouvé une partie de son autonomie politique, les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont détériorées, les groupes amhara et oromo poursuivent leurs propres combats et une nouvelle coalition armée cherche désormais à contester le pouvoir fédéral.

Trois ans après Pretoria, la paix n’est donc pas officiellement morte. Mais les fondations sur lesquelles elle reposait sont de nouveau soumises à rude épreuve.

Si les combats restent cantonnés au nord de l’Éthiopie, Pretoria peut encore servir de point de départ à une nouvelle négociation. S’ils se connectent durablement aux conflits de l’Amhara, de l’Oromia et aux tensions avec l’Érythrée et le Soudan, la crise du Tigré pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle période d’instabilité dans toute la Corne de l’Afrique.

Celine Dou

Népal : le Premier ministre Balendra Shah propose à la Chine et à l’Inde un mécanisme commun face aux risques climatiques dans l’Himalaya

Un mois après la catastrophe qui a dévasté plusieurs vallées himalayennes, le Népal veut changer d’échelle. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Balendra Shah a demandé un soutien financier sous forme de dons pour reconstruire son pays et proposé avec la Chine et l’Inde un mécanisme commun de surveillance et d’alerte face aux risques qui menacent l’Himalaya

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Le 26 août, l’effondrement d’une masse de glace et de roches sur le massif du Langtang Lirung a déclenché une cascade meurtrière dans la région de Rasuwa, au nord du Népal. Les dernières données du gouvernement font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 disparus. Treize installations hydroélectriques ont été touchées et les dégâts et pertes représentent environ 4 à 5 % du produit intérieur brut népalais. À New York, Balendra Shah a voulu tirer de cette catastrophe une proposition régionale : partager les données satellitaires, surveiller les lacs glaciaires et mettre en place des systèmes d’alerte communs avec la Chine et l’Inde.

Une catastrophe qui ne s’arrête pas à la frontière

Le drame du 26 août n’a pas commencé dans les vallées où l’eau a tout emporté. Il trouve son origine à haute altitude, sur le versant nord du Langtang Lirung, montagne d’environ 7 200 mètres située dans la région himalayenne. À 8 h 37, heure népalaise, un important effondrement de glace et de roches s’est produit. La masse déstabilisée a déclenché une succession de phénomènes qui ont propagé l’eau, les débris et les matériaux vers les vallées en contrebas.

Le phénomène a ensuite franchi les frontières. La catastrophe a touché le Népal et la Chine avant que les eaux ne poursuivent leur trajectoire vers l’Inde. C’est précisément cette dimension transfrontalière que Balendra Shah a placée au cœur de son discours devant les Nations unies le 24 septembre.

« Le changement climatique ne reconnaît pas les frontières », a déclaré le Premier ministre népalais, en appelant à dépasser les dispositifs nationaux dispersés.

La proposition qui accompagne ce constat est concrète : créer un Himalayan Climate Resilience Mechanism, piloté par le Népal, la Chine et l’Inde. Le dispositif aurait pour fonctions de partager les données satellitaires et l’expertise scientifique, surveiller les lacs glaciaires dangereux, renforcer les systèmes d’alerte précoce et coordonner les secours lorsqu’une catastrophe traverse les frontières.

L’idée répond à une faiblesse déjà observée lors de la catastrophe. Des images satellitaires avaient permis d’observer l’évolution de la masse de glace et de roches avant son effondrement. Des chercheurs ont depuis souligné que les moyens d’observation existaient, tandis que la transmission de l’information vers ceux capables d’agir restait un problème majeur.

L’Himalaya devient un problème de sécurité humaine

La proposition népalaise dépasse donc la seule reconstruction des zones sinistrées.

Le massif de l’Hindu Kush-Himalaya fournit de l’eau, des terres agricoles, des écosystèmes et des moyens de subsistance à près de deux milliards de personnes, selon les données avancées par Balendra Shah devant l’ONU. Une perturbation majeure des glaciers et des cours d’eau peut donc produire des conséquences bien au-delà du territoire népalais.

La catastrophe du 26 août a également montré la succession possible de plusieurs risques. L’effondrement glaciaire a provoqué une importante coulée de matériaux et une crue soudaine. Des travaux scientifiques ont également documenté une activité sismique liée à l’effondrement, illustrant le caractère en cascade de certains risques de haute montagne.

La température constitue un autre élément du dossier. Une revue scientifique rapide citée par Nature conclut que les températures exceptionnellement élevées enregistrées en juillet et août ont contribué à déstabiliser une zone déjà particulièrement vulnérable. Cela ne signifie pas que le changement climatique constitue l’unique cause de la catastrophe : la géologie du massif, la présence de glace et de roches instables ainsi que la dynamique propre de l’effondrement ont également joué un rôle.

Cette combinaison rend les systèmes d’alerte particulièrement importants. Une surveillance efficace doit désormais permettre de détecter plusieurs signaux successifs, depuis l’évolution d’un glacier ou d’un versant jusqu’à l’arrivée d’une crue dans les vallées habitées.

Plus de 1 450 morts, 5 000 disparus et des milliards à reconstruire

Un mois après la catastrophe, l’urgence humanitaire demeure considérable. Les dernières données communiquées par le gouvernement népalais font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 personnes toujours portées disparues. Les destructions ont affecté les habitations, les routes, les ponts, les moyens de subsistance et les infrastructures énergétiques. Treize projets hydroélectriques ont été touchés. Les dégâts et pertes sont évalués à environ 4 à 5 % du PIB du Népal.

Le coût de la reconstruction pourrait toutefois être nettement supérieur. Le gouvernement népalais l’évalue à près de 5 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB du pays.

La différence entre les deux chiffres tient à leur périmètre. Les 4 à 5 % correspondent à l’estimation actuelle des pertes et dégâts, tandis que les quelque 10 % évoqués par le gouvernement correspondent à l’effort global de reconstruction envisagé.

Pour un pays en développement comme le Népal, une telle facture représente un choc majeur. Une catastrophe qui détruit des infrastructures financées au fil des années oblige l’État à consacrer de nouvelles ressources à la réparation plutôt qu’à l’éducation, à la santé, aux transports ou au développement économique.

Le Premier ministre népalais veut donc éviter que son pays reconstruise indéfiniment ce que les catastrophes détruisent.

Katmandou réclame des dons plutôt que de nouvelles dettes

Devant les Nations unies, Balendra Shah a également insisté sur la question du financement.

Le Népal a sollicité 20 millions de dollars auprès du Fonds pour répondre aux pertes et dommages, soit le montant maximal actuellement accessible dans ce mécanisme. Cette demande reste très inférieure aux besoins du pays.

Le système international de financement climatique se trouve lui-même sous pression. Nature rapporte que plus d’une centaine de pays attendent des décisions sur des demandes de financement, pour un montant total très supérieur aux ressources disponibles du fonds. Le Népal devient ainsi l’un des premiers grands tests de la capacité de ce mécanisme à apporter rapidement une aide aux pays frappés par une catastrophe climatique majeure.

Balendra Shah a donc demandé que l’aide destinée à la reconstruction prenne la forme de dons plutôt que de prêts. Son argument est simple : le Népal a très peu contribué aux émissions mondiales de gaz à effet de serre et ne veut pas s’endetter pour réparer des dégâts auxquels il estime avoir peu contribué.

Cette revendication renvoie au principe de « responsabilités communes mais différenciées » adopté dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le Premier ministre népalais demande que les États ayant davantage contribué historiquement au problème et disposant de moyens financiers plus importants prennent une part plus importante de l’effort.

Chine, Inde, Népal : une coopération difficile à construire

La proposition himalayenne comporte cependant une dimension diplomatique importante.

Le Népal se trouve entre la Chine et l’Inde, deux puissances asiatiques dont les relations sont marquées par des intérêts stratégiques parfois concurrents. Leur coopération dans la surveillance des glaciers, le partage des données et les systèmes d’alerte supposerait donc de faire circuler rapidement des informations scientifiques et opérationnelles entre trois États qui n’ont pas toujours les mêmes priorités.

Le climat offre ici un terrain de coopération très concret. Une masse glaciaire ne tient aucun compte des frontières politiques, pas plus qu’une rivière en crue. Une alerte transmise quelques minutes ou quelques heures plus tôt peut pourtant modifier radicalement le nombre de personnes exposées.

Le projet de Balendra Shah cherche ainsi à transformer une contrainte géographique en dispositif commun. Le Népal ne demande pas à la Chine et à l’Inde de régler leurs différends. Il leur propose de partager des informations lorsque la vie de populations situées dans plusieurs pays peut en dépendre.

Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a poursuivi cette offensive diplomatique le 25 septembre lors d’un événement organisé aux Nations unies consacré à la résilience climatique de l’Himalaya. Le Népal y a notamment réuni le Bhoutan, les Maldives, la Nouvelle-Zélande, les Samoa et le Tadjikistan autour de cette question.

Des satellites aux systèmes d’alerte : ce qui manque désormais

Le débat prend une dimension particulière parce que les technologies nécessaires à une meilleure surveillance existent déjà en partie.

Les images satellitaires ont permis d’observer des signes de déplacement de la masse glaciaire avant son effondrement. Des chercheurs estiment que les systèmes d’observation peuvent aujourd’hui être reliés à des chaînes d’alerte capables de transmettre rapidement une information aux populations exposées.

Le problème devient alors institutionnel : qui surveille, qui reçoit l’information, qui décide de déclencher l’alerte et qui organise l’évacuation ?

C’est précisément ce que Balendra Shah veut modifier. Dans son discours, il a appelé à passer d’une gestion ponctuelle des catastrophes à une véritable « culture de la préparation », avec des infrastructures plus solides, des systèmes d’alerte efficaces, des investissements dans l’assurance et l’innovation et une meilleure coordination transfrontalière.

La catastrophe du 26 août a montré le prix de l’absence de coordination suffisante. La prochaine étape consiste à savoir si les États concernés accepteront de transformer les capacités scientifiques disponibles en un système régional permanent.

À New York, le Premier ministre népalais n’a donc pas seulement demandé de l’argent pour réparer les dégâts. Il a proposé de changer la manière dont les États de l’Himalaya se préparent aux catastrophes. La Chine et l’Inde sont désormais placées devant une proposition qui touche directement à la sécurité de leurs populations et à la gestion d’un espace montagneux dont les risques ignorent les frontières.

Un mois après les inondations qui ont fait plus de 1 451 morts et laissé plus de 5 000 personnes disparues, le Népal tente de transformer une catastrophe nationale en projet régional. Le mécanisme proposé par Balendra Shah reste à construire, son financement à trouver et la coopération entre Katmandou, Pékin et New Delhi à organiser.

Le message adressé à l’ONU est toutefois précis : les satellites peuvent détecter les signes avant-coureurs, les scientifiques peuvent identifier les risques et les États peuvent partager les informations. Encore faut-il que ces moyens soient réunis avant que la prochaine masse de glace et de roches ne dévale les vallées.

Celine Dou

Littérature : le Goncourt retire le roman de Thélyson Orélien après les accusations d’IA et de plagiat

Le 21 septembre, C’était ça ou mourir remportait le Prix du Roman Fnac 2026 et figurait encore parmi les prétendants au Goncourt. Quatre jours plus tard, l’Académie Goncourt retirait le roman de sa sélection. Entre-temps, des analyses avaient pointé une utilisation massive de l’intelligence artificielle et des recherches avaient fait ressurgir plusieurs textes anciens accusés de plagiat. L’affaire pose aussi une question beaucoup plus embarrassante pour le monde littéraire : que récompense-t-on encore lorsque des textes standardisés, emphatiques et fabriqués selon des procédés désormais caractéristiques de l’IA sont présentés comme de grandes œuvres littéraires ?

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Publié en France par Grasset le 19 août 2026, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien était devenu l’un des romans les plus commentés de la rentrée. Sélectionné pour plusieurs grands prix, présenté par son éditeur comme « le phénomène littéraire de l’année 2026 » et récompensé par le Prix du Roman Fnac, le livre connaît désormais une chute brutale. Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a annoncé son retrait de la sélection, en invoquant les accusations de plagiat visant des textes anciens de l’auteur et les résultats convergents de plusieurs analyses portant sur l’utilisation présumée de l’intelligence artificielle.

Quatre jours pour passer du prix Fnac à l’exclusion du Goncourt

Le calendrier suffit à mesurer le retournement.

Le 21 septembre, C’était ça ou mourir recevait le Prix du Roman Fnac 2026. Le roman, publié quelques semaines auparavant en France, avait déjà intégré les sélections du Goncourt, du Renaudot, du Femina, du Médicis et du Prix Décembre. Grasset le présentait comme « le phénomène littéraire de l’année 2026 » et son auteur comme « une grande voix de la littérature contemporaine ».

Le succès commercial accompagnait cette reconnaissance. Le livre s’était vendu à environ 35 000 exemplaires en cinq semaines selon les chiffres rapportés par Le Monde, avant d’approcher les 40 000 exemplaires quelques jours plus tard.

Puis l’affaire a éclaté.

Le compte X « Balance ton Claude » a accusé Thélyson Orélien d’avoir fait rédiger son roman presque entièrement par une intelligence artificielle. Le soupçon a rapidement dépassé les réseaux sociaux après l’examen du texte par Pangram. Le Monde, qui a soumis plus de la moitié du roman à cet outil, a rapporté que plus de 95 % du texte analysé avait été classé comme généré par une IA avec un niveau de confiance élevé.

Ce résultat n’est pas arrivé seul. D’autres analyses ont été produites et l’Académie Goncourt a finalement évoqué des résultats convergents de chercheurs et de journalistes qu’elle juge dignes de foi. Le 25 septembre, elle a donc retiré le roman de sa sélection, estimant que le livre était « selon toute vraisemblance très largement » issu d’une intelligence artificielle.

Thélyson Orélien conteste ces accusations. Il affirme ne pas avoir utilisé l’IA pour écrire son roman et estime que la controverse cherche à le faire taire.

Le plagiat fait ressurgir les anciens textes

L’affaire aurait déjà été considérable avec le seul dossier de l’intelligence artificielle. Des recherches sur les publications antérieures de Thélyson Orélien ont ajouté un autre volet : celui du plagiat.

En 2012, un texte intitulé Où va le monde, soumis à Radio-Canada puis récompensé par un prix du public, reprend de larges passages de la préface du Matin des magiciens, publié en 1960 par Louis Pauwels et Jacques Bergier. Les ressemblances relevées portent sur des passages suffisamment importants pour que plusieurs médias canadiens les aient documentées.

Un autre cas concerne Ne mettons pas nos héros sur un piédestal, publié en 2013 dans La Presse et Mediapart. Le texte présente de fortes similitudes avec une chronique publiée cinq jours auparavant dans The Philippine Star par Andy Bautista.

Ces textes sont antérieurs à C’était ça ou mourir. Ils ne constituent donc pas, à eux seuls, une démonstration de la manière dont le roman de 2026 aurait été écrit. Ils ont cependant profondément modifié la nature du dossier : l’accusation portant sur l’intelligence artificielle n’est plus examinée isolément, puisqu’elle arrive après la découverte de précédents documentés concernant l’appropriation de textes d’autrui.

Le 24 septembre, les Éditions du Boréal ont suspendu les activités promotionnelles autour du livre, déclarant travailler avec l’auteur pour établir que le texte avait bien été écrit par lui. Le même jour, le Salon du livre de l’Estrie a retiré à Thélyson Orélien son statut d’invité d’honneur et annulé deux de ses participations.

Le style du roman devient lui aussi une pièce du dossier

Il reste un aspect particulièrement révélateur dans cette affaire : le style.

La suspicion d’utilisation de l’IA ne naît pas seulement des outils de détection. Elle se nourrit aussi de la manière dont certains lecteurs et critiques décrivent le texte. C’était ça ou mourir repose sur une écriture très démonstrative, chargée d’émotion, d’aphorismes, de métaphores, de formules destinées à être retenues et de répétitions. Michel Guerrin, dans Le Monde, a notamment critiqué les « aphorismes creux », les métaphores abondantes et les répétitions du roman.

Ce qui était présenté hier comme les signes d’une écriture foisonnante peut aujourd’hui être relu autrement.

Les intelligences artificielles génératives produisent volontiers une prose parfaitement fluide, immédiatement compréhensible, ponctuée de formules fortes, d’émotions explicites, de métaphores nombreuses et de phrases qui semblent conçues pour être citées. Elles savent reproduire les codes d’une littérature expressive avec une facilité déconcertante.

Or cette manière d’écrire n’appartient plus seulement aux machines.

Une partie croissante de la production littéraire contemporaine utilise les mêmes mécanismes : phrases courtes destinées à produire de l’intensité, formules sentencieuses, métaphores systématiques, émotions surlignées, répétitions, grandes affirmations sur la vie, la douleur, l’amour, l’exil ou la liberté. Une langue qui devrait être singulière devient parfois une succession de procédés reconnaissables.

C’est précisément là que l’affaire Thélyson Orélien devient plus profonde qu’une simple controverse autour d’un logiciel.

Si une machine produit aujourd’hui une prose qui ressemble à celle que l’on récompense déjà, c’est aussi parce qu’elle a appris à reproduire les codes auxquels le monde éditorial donne de la valeur. Et si ces codes se retrouvent dans une quantité croissante de livres écrits par des humains, la frontière stylistique entre une écriture humaine standardisée et une écriture générée par IA devient de plus en plus difficile à percevoir.

Le problème ne vient donc pas uniquement de la machine. Il vient aussi de ce que le monde littéraire accepte de considérer comme de la littérature.

Quand les superlatifs remplacent le jugement littéraire

Le parcours de C’était ça ou mourir pose à ce titre une autre question : comment un texte dont le style peut aujourd’hui être décrit comme mécanique, répétitif ou emphatique a-t-il pu être porté aussi rapidement au rang de « phénomène littéraire » et de « grande voix de la littérature contemporaine » ?

Les formules employées par les maisons d’édition et les médias ne sont jamais neutres. Elles participent à la fabrication d’une réputation. Lorsqu’un roman est présenté comme un événement avant même que le temps permette de mesurer sa place dans une œuvre, le discours critique accompagne parfois davantage le succès qu’il ne l’interroge.

La littérature a pourtant toujours exigé autre chose que la simple efficacité d’un texte.

Une grande œuvre ne se définit pas par le nombre de phrases que l’on peut extraire pour les transformer en citations sur les réseaux sociaux. Elle tient à une voix, à une construction, à une pensée, à une langue reconnaissable. Elle peut être dépouillée ou baroque, sèche ou lyrique, complexe ou limpide. Ce qui compte, c’est qu’elle possède une nécessité intérieure et une singularité qui ne se réduisent pas à l’assemblage de procédés.

Lorsque les mêmes effets sont reproduits livre après livre, la facilité de lecture peut finir par être confondue avec la qualité littéraire. L’émotion immédiate remplace l’exigence stylistique. La formule remplace la phrase. La métaphore remplace l’image. L’emphase remplace la profondeur.

L’intelligence artificielle arrive alors dans un paysage qui lui est déjà favorable.

Elle n’a pas inventé cette standardisation. Elle sait simplement l’imiter à une vitesse et dans des proportions inédites.

Un livre produit par une IA peut-il concourir pour un grand prix littéraire ?

La question devient difficile à contourner.

Un prix littéraire sérieux récompense une œuvre de création. Il distingue le travail d’un écrivain, sa langue, son imagination, sa construction romanesque et sa capacité à produire une œuvre qui porte une voix propre.

Si un roman est effectivement écrit en grande partie par une intelligence artificielle, il ne s’agit plus d’une simple question d’outil utilisé pendant le processus de création. C’est l’identité même du créateur qui devient incertaine.

Une correction orthographique assistée par ordinateur n’a évidemment pas le même statut que la génération de centaines de pages par un modèle d’IA. Entre les deux se trouve toute une zone de pratiques qu’il faudra désormais définir avec précision. Pour les grands prix littéraires, la limite fondamentale demeure pourtant claire : on ne peut pas présenter comme le fruit d’une création littéraire humaine une œuvre dont une part substantielle aurait été produite par une machine.

Un tel livre peut être lu. Il peut même trouver son public. Rien n’empêche un lecteur de s’intéresser à une œuvre produite avec l’aide d’une IA.

Le problème change de nature lorsqu’une institution littéraire lui attribue un prix censé distinguer l’écriture d’un auteur.

Récompenser une œuvre largement produite par une machine reviendrait à déplacer le sens même du prix. Ce ne serait plus seulement l’écrivain et son travail qui seraient distingués, mais sa capacité à utiliser une technologie pour produire un objet correspondant aux attentes du marché littéraire.

Le Goncourt a précisément rappelé cette conception lorsqu’il a justifié le retrait du roman par la défense de « l’intégrité du prix Goncourt » et de sa mission de récompenser une littérature écrite par des femmes et des hommes.

La littérature face à une nouvelle crise de ses critères

L’affaire ne concerne donc plus seulement Thélyson Orélien.

Elle touche au fonctionnement d’un système littéraire qui doit désormais affronter une situation nouvelle : les machines sont capables de produire une prose qui ressemble à celle de nombreux écrivains contemporains, tandis que certaines écritures humaines adoptent elles-mêmes des formes de plus en plus standardisées.

La menace n’est pas simplement technologique.

Elle est aussi esthétique.

Si les critiques ne distinguent plus la singularité d’une langue de la simple efficacité émotionnelle d’un texte, si les éditeurs confondent facilité de lecture et puissance littéraire, si les jurys consacrent des œuvres pour leur capacité à produire immédiatement de l’émotion plutôt que pour leur qualité d’écriture, l’intelligence artificielle trouvera naturellement sa place dans cet écosystème.

Elle produira exactement ce que l’on demande déjà.

Le cas Orélien arrive ainsi à un moment où le monde littéraire doit regarder ses propres critères. La machine sait désormais fabriquer une prose qui ressemble à celle que l’on encense. La question n’est plus seulement de savoir comment empêcher la machine d’entrer dans la littérature. Il faut aussi savoir quelle littérature on entend encore défendre.

Le retrait de C’était ça ou mourir du Goncourt pourrait donc marquer davantage qu’un épisode de la rentrée littéraire 2026. Il oblige les éditeurs, les critiques et les jurys à définir ce qu’ils entendent par création, auteur et œuvre à l’heure où l’intelligence artificielle peut produire des centaines de pages en quelques secondes. Il oblige surtout le monde littéraire à retrouver une exigence : reconnaître une voix véritable plutôt qu’une simple maîtrise des codes qui donnent l’apparence de la littérature.

Le cas Thélyson Orélien concentre plusieurs dérives qui étaient jusque-là traitées séparément : la question du plagiat, celle de l’écriture assistée ou produite par l’IA, la standardisation des styles et l’affaiblissement possible des critères permettant de distinguer une œuvre singulière d’un texte simplement efficace.

Un grand prix littéraire ne devrait pas avoir pour fonction de consacrer ce qu’une machine sait désormais produire à volonté. Il devrait distinguer ce que l’écriture humaine possède de plus difficile à reproduire : une voix, une pensée, une langue et une œuvre.

La controverse autour de C’était ça ou mourir oblige désormais le monde littéraire à répondre à une question qu’il ne pourra plus repousser : qu’allons-nous encore appeler littérature lorsque la machine sait parfaitement imiter les signes extérieurs du talent ?

Celine Dou , Christian Estevez

États-Unis d’Amérique : Donald Trump invite Vladimir Putin au G20 de Miami, le dialogue avec la Fédération de Russie reprend malgré la guerre en Ukraine

Donald Trump invite Vladimir Putin à Miami. Le président des États-Unis d’Amérique veut maintenir le contact direct avec son homologue russe alors que les discussions sur la guerre en Ukraine n’ont toujours pas débouché sur un accord. Pour l’Union européenne, cette ouverture ne modifie pas sa position : les sanctions contre la Fédération de Russie restent en place et le soutien à l’Ukraine se poursuit.

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Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique, a annoncé le 23 septembre l’invitation adressée à Vladimir Putin pour le sommet du G20 des 14 et 15 décembre à Miami. Le Kremlin a confirmé avoir reçu la proposition et dit l’examiner, sans annoncer la venue du président russe. Une éventuelle participation de Vladimir Putin serait sa première présence physique à un sommet des dirigeants du G20 depuis Osaka, au Japon, en 2019. Quelques semaines plus tôt, Anton Silouanov, ministre russe des Finances, avait déjà participé à une réunion financière du G20 aux États-Unis d’Amérique.

Donald Trump élargit le canal de dialogue avec Vladimir Putin

Marco Rubio a annoncé l’invitation après avoir rencontré Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Le secrétaire d’État états-unien a présenté le sommet de Miami comme une occasion pour Vladimir Poutine de rencontrer Donald Trump et d’échanger avec les autres dirigeants du G20.

Le Kremlin n’a pas fermé la porte. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a déclaré que l’invitation était examinée. Il n’a cependant annoncé ni déplacement de Vladimir Poutine aux États-Unis d’Amérique ni rencontre programmée avec Donald Trump.

Donald Trump et Vladimir Putin s’étaient rencontrés à Anchorage, en Alaska, en août 2025 pour discuter de la guerre en Ukraine. Cette rencontre n’avait pas permis de parvenir à un accord. Depuis, les échanges diplomatiques ont continué sans produire de règlement du conflit.

L’entretien de New York entre Marco Rubio et Sergueï Lavrov, le 23 septembre, constitue l’un des derniers épisodes de ce dialogue. L’invitation adressée au président russe donne désormais à ces contacts un cadre plus large : celui d’un sommet réunissant les principales puissances économiques mondiales.

Une présence russe déjà réapparue dans les réunions du G20

L’annonce de Donald Trump prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée d’un événement survenu quelques semaines plus tôt.

Anton Silouanov avait participé fin août à la réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, en Caroline du Nord. Plusieurs responsables européens avaient contesté cette présence. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, avait notamment exprimé ses réserves, tandis que plusieurs ministres européens avaient menacé de ne pas participer à la photographie officielle du groupe.

La Fédération de Russie n’a pourtant jamais été exclue du G20. Après l’annexion de la Crimée en 2014, les autres membres avaient suspendu le format du G8, dont elle faisait partie. Le G20 avait, lui, conservé la Fédération de Russie parmi ses membres.

Ce qui changerait à Miami serait donc la présence de Vladimir Putin lui-même au sommet des dirigeants. Le président russe n’a plus assisté physiquement à une réunion des chefs d’État et de gouvernement du G20 depuis 2019.

Le passage d’une représentation ministérielle à une invitation adressée directement au chef de l’État russe donne une nouvelle portée au dialogue entre les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie.

L’Ukraine reste loin d’un règlement

Cette évolution diplomatique ne signifie pas que Donald Trump et Vladimir Putin se sont rapprochés sur le fond du dossier ukrainien.

Les discussions menées depuis plusieurs mois n’ont pas permis de mettre fin à la guerre. Les désaccords restent importants sur les conditions d’un éventuel règlement et sur les garanties qui accompagneraient un cessez-le-feu.

Volodymyr Zelensky souhaite lui aussi que le dossier ukrainien reste au centre des discussions. Le président ukrainien a déclaré à New York qu’il était prêt à envisager une rencontre avec Vladimir Putin à Miami dans un format réunissant les États-Unis d’Amérique, l’Ukraine et la Fédération de Russie, si un tel rendez-vous était organisé. Aucune rencontre de ce type n’est toutefois programmée à ce stade.

Le sommet pourrait donc réunir, dans un même espace diplomatique, Donald Trump, Vladimir Putin et éventuellement Volodymyr Zelensky. Leur présence simultanée ne suffirait toutefois pas à rapprocher leurs positions.

Le précédent d’Anchorage reste significatif : Donald Trump et Vladimir Putin avaient déjà choisi la rencontre directe pour tenter de débloquer les discussions. Elle n’avait pas produit l’accord recherché.

L’Union européenne maintient la pression sur la Fédération de Russie

Pendant que Donald Trump cherche à maintenir un contact direct avec Vladimir Putin, l’Union européenne conserve sa politique de sanctions.

Le Conseil de l’Union européenne a prolongé jusqu’en septembre 2029 les mesures restrictives visant plus de 3 000 personnes et entités liées, selon les institutions européennes, à des actions portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ces mesures comprennent notamment des gels d’avoirs et des interdictions de déplacement.

La Commission européenne a également fait savoir que l’Union européenne continuerait de condamner la guerre menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine au sommet du G20, que Vladimir Putin accepte ou non l’invitation de Donald Trump.

Deux démarches diplomatiques vont donc se retrouver dans la même salle. Donald Trump cherche à conserver un dialogue direct avec le président russe. Les dirigeants européens veulent maintenir la pression économique et politique sur la Fédération de Russie tout en poursuivant leur soutien à l’Ukraine.

Miami, un rendez-vous diplomatique sans garantie de résultat

La présence de Vladimir Putin au G20 ne réglerait pas la guerre en Ukraine. Elle pourrait cependant offrir un cadre pour de nouveaux échanges entre dirigeants qui disposent aujourd’hui de peu d’espaces de discussion directe.

Pour Donald Trump, le sommet représente une nouvelle occasion de parler avec Vladimir Putin au-delà des échanges entre diplomates. Pour le président russe, une participation lui permettrait de retrouver physiquement les dirigeants du G20 après plusieurs années d’absence personnelle à ce niveau.

Pour Volodymyr Zelensky, la réunion pourrait offrir la possibilité de présenter directement les positions ukrainiennes face au président russe. Pour les dirigeants européens, elle constituera une nouvelle enceinte où défendre leur ligne sur les sanctions et le soutien à l’Ukraine.

Le fait nouveau est donc le passage d’un dialogue bilatéral entre les États-Unis d’Amérique et la Fédération de Russie vers une enceinte multilatérale où leurs désaccords seront exposés devant d’autres puissances.

Après la présence d’Anton Silouanov à une réunion financière du G20, Donald Trump propose maintenant à Vladimir Putin de venir lui-même au sommet des dirigeants.

Le président russe n’a pas encore accepté. S’il se rend à Miami, le sommet pourrait devenir l’un des principaux rendez-vous diplomatiques de la fin de l’année autour de la guerre en Ukraine. Mais entre une rencontre, des discussions et un accord de paix, le chemin reste entier.

Celine Dou

France : primaire de la gauche, après la querelle Royal-Glucksmann, les cinq candidats face à leurs divergences sur LFI, l’Ukraine et Gaza

Le rappel à l’ordre adressé à Ségolène Royal par la commission d’organisation de la primaire sociale-démocrate aurait pu rester une simple péripétie de campagne. Il prend une autre dimension depuis que la même commission a expliqué que les règles du débat entre candidats de la primaire ne pouvaient être exactement les mêmes que celles du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Deux jours plus tard, le premier débat télévisé entre les cinq prétendants a déplacé les échanges vers les sujets qui pourraient réellement déterminer la suite : alliances électorales, Ukraine, Gaza, pouvoir d’achat et dette.

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Ségolène Royal avait déclenché la séquence en s’en prenant directement à Raphaël Glucksmann, dont elle mettait en doute l’expérience politique. La commission d’organisation, présidée par Patrick Mennucci, lui a demandé de revenir à une attitude respectueuse, au nom de la charte signée par les candidats et de « l’esprit de camaraderie » attendu pendant la primaire. Mais son communiqué contenait aussi une précision politique : selon elle, la nature du débat interne à cette primaire n’est pas la même que celle du débat avec la droite et « l’extrême droite ». Le 23 septembre, les cinq candidats se sont retrouvés sur le même plateau. La querelle de personnes a laissé place à des désaccords plus profonds sur la stratégie que la gauche pourrait défendre pour 2027.

Une remontrance qui en dit plus que les seules attaques de Ségolène Royal

La séquence commence avec une formule de Ségolène Royal dans une interview accordée à Libération. Pour distinguer sa candidature de celle de Raphaël Glucksmann, l’ancienne ministre socialiste a mis en avant son expérience et estimé qu’on ne pouvait pas « mettre un stagiaire à la tête d’une entreprise » lorsqu’il s’agit de diriger un pays.

Raphaël Glucksmann, député européen et candidat soutenu par Place publique, lui a répondu en mettant à son tour en cause son parcours politique. L’échange aurait pu rester dans le registre classique de la campagne électorale. La commission d’organisation de la primaire a choisi d’intervenir.

Présidée par Patrick Mennucci, elle a rappelé que les candidats avaient signé une charte leur imposant notamment un comportement éthique et l’interdiction des attaques personnelles. Elle a demandé à Ségolène Royal de revenir à une attitude respectueuse à l’égard du processus démocratique et a appelé les candidats à se conformer à un « esprit de camaraderie ».

Jusque-là, le principe paraît simple : une primaire doit permettre à plusieurs candidats appartenant au même espace politique de se confronter sans transformer la compétition en règlement de comptes.

Mais le communiqué de la commission contient une phrase qui mérite davantage d’attention. L’instance précise que « la nature du débat politique de la primaire n’est pas le même que dans le débat face à la droite et l’extrême droite ».

Cette distinction n’est pas anodine. Elle signifie que la commission ne considère pas le débat interne et l’affrontement avec les adversaires extérieurs au même espace politique comme deux exercices identiques. À l’intérieur de la primaire, la confrontation doit préserver les conditions d’un rassemblement après le scrutin. Face aux autres familles politiques, les règles du débat peuvent donc être différentes selon cette conception.

La question mérite d’être posée sans confondre les catégories politiques. La droite n’est pas synonyme d’« extrême droite », et la droite nationaliste ne constitue pas automatiquement une catégorie identique à celle que les formations de gauche désignent comme « extrême droite ». Ces appellations ont une histoire, des usages politiques et des définitions variables selon les acteurs qui les emploient.

Le point intéressant, pour autant, n’est pas de trancher ici la querelle des étiquettes. Il est de constater que la commission introduit elle-même une différence entre la manière de traiter un désaccord au sein de la gauche et celle de combattre les formations placées hors de son périmètre politique.

Cette distinction renvoie à une question plus large du débat français : jusqu’où peut aller la confrontation politique lorsqu’il s’agit d’un adversaire considéré comme extérieur à son propre camp, et à partir de quel moment la dénonciation d’une idéologie devient-elle une manière de disqualifier politiquement ceux qui la portent ?

La commission, elle, n’apporte pas de réponse générale à cette question. Elle parle du fonctionnement particulier de cette primaire et de la nécessité, pour les candidats, de pouvoir se rassembler après le vote.

Le débat du 23 septembre change la nature de la campagne

Deux jours après ce rappel à l’ordre, les cinq candidats se sont retrouvés face à face sur LCI : Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel.

Cette fois, les attaques personnelles n’ont pas occupé le centre de la soirée. Les échanges ont porté sur les choix que chacun entend défendre pour la France et, surtout, sur les forces politiques avec lesquelles une éventuelle majorité pourrait être construite.

La question de La France insoumise a constitué l’un des principaux points de désaccord.

Raphaël Glucksmann a affirmé qu’il n’y aurait pas d’accord avec La France insoumise, y compris pour les élections législatives. Jérôme Guedj défend également cette ligne. Olivier Faure privilégie, lui, la recherche d’un rassemblement plus large de la gauche et insiste sur la réalité des coopérations parlementaires entre socialistes et députés de La France insoumise.

Ségolène Royal a contesté ce qu’elle considère comme une focalisation excessive sur cette formation. Selon elle, la question doit être replacée dans une réflexion plus large sur la reconstruction de la gauche, qui doit également prendre en compte les écologistes et les communistes. Emmanuel Maurel défend lui aussi l’idée d’une coalition à gauche.

Derrière cette querelle sur les alliances se trouve une question électorale très concrète : avec qui gouverner si le candidat issu de la primaire accède à la présidentielle puis, éventuellement, aux élections législatives ?

La réponse n’est pas secondaire. Elle permet de distinguer une candidature conçue comme l’affirmation d’une ligne politique autonome d’une autre qui privilégierait le rassemblement le plus large possible afin de constituer une majorité.

Ukraine : même soutien, réponses différentes

La guerre en Ukraine a offert un autre exemple de divergences qui ne se résument pas à une opposition entre gauche et droite.

Les cinq candidats se sont accordés sur le principe d’un soutien à l’Ukraine, mais leurs propositions diffèrent sur les moyens à employer et sur la place à donner à la négociation.

Raphaël Glucksmann défend une aide militaire renforcée à l’Ukraine et une politique européenne plus déterminée face à la Russie. Ségolène Royal insiste davantage sur la négociation et la recherche d’une issue diplomatique. Jérôme Guedj a notamment interrogé les conséquences d’une éventuelle protection aérienne de l’espace ukrainien, qui pourrait accroître le risque de confrontation directe avec les forces russes.

Ce débat montre une réalité importante : partager un même diagnostic sur une menace ne signifie pas nécessairement partager la même stratégie.

La différence porte ici sur la frontière entre soutien militaire, dissuasion, négociation et risque d’escalade. Pour une future candidature présidentielle, ce ne sont pas des nuances secondaires : elles déterminent la conception de la politique étrangère, de la défense française et du rôle de la France en Europe.

Gaza, le vocabulaire et les limites du débat

La situation à Gaza a provoqué un autre échange tendu.

Olivier Faure et Ségolène Royal ont employé le terme de « génocide » pour qualifier la situation. Raphaël Glucksmann ne reprend pas cette qualification. La discussion a également porté sur la distinction entre la critique du gouvernement de Benyamin Netanyahou et la lutte contre l’antisémitisme en France.

Jérôme Guedj a contesté certains propos de Ségolène Royal sur la nécessité de faire davantage entendre des voix israéliennes et juives dénonçant la situation à Gaza. Le débat a alors porté non seulement sur le conflit au Proche-Orient, mais aussi sur la manière de parler des Juifs de France lorsqu’on critique la politique du gouvernement israélien.

Là encore, les désaccords portent autant sur les mots que sur les conséquences politiques à tirer des événements.

Cette dimension est importante dans une primaire qui cherche à construire une candidature commune. Une formation politique peut partager certains objectifs cessez-le-feu, aide humanitaire, pression diplomatique ou respect du droit international tout en divergeant profondément sur la qualification des événements et sur les moyens d’action.

Du pouvoir d’achat à la dette, les différences deviennent économiques

Le débat a également permis aux candidats de préciser leurs propositions économiques.

Sur le prix des carburants, Ségolène Royal a défendu une baisse à 1,70 euro le litre jusqu’à la fin de l’année. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure privilégient davantage des aides ciblées vers les ménages qui en ont le plus besoin. Emmanuel Maurel propose notamment un emprunt national citoyen destiné à financer l’électrification, tandis que Jérôme Guedj défend une fiscalité prenant davantage en compte les enjeux climatiques.

Les différences apparaissent également sur les revenus et la fiscalité. Olivier Faure défend notamment un salaire minimum à 1 700 euros net. Raphaël Glucksmann propose de modifier la fiscalité successorale afin de financer une baisse de la contribution sociale généralisée pour les salariés.

La dette publique complète ce tableau. Aucun des cinq candidats ne propose de simplement effacer la dette. Les divergences portent plutôt sur les recettes supplémentaires, les dépenses publiques, les économies possibles et les investissements nécessaires à la réindustrialisation.

La primaire ne se résume donc plus à la question de savoir qui peut incarner la gauche. Elle oblige chacun à préciser quelle politique économique il entend mener et comment il compte la financer.

Une primaire qui doit encore définir son propre périmètre

Le premier débat a ainsi fait apparaître un paradoxe.

La commission d’organisation demande aux candidats de préserver la camaraderie parce que le vainqueur aura besoin du soutien des autres. Mais les échanges du 23 septembre montrent que le rassemblement ne pourra pas être obtenu uniquement par une discipline de campagne.

Les désaccords sont réels : ils concernent les alliances, la relation à La France insoumise, la politique étrangère, l’Ukraine, Gaza, la fiscalité, les carburants, les retraites et le financement des politiques publiques.

La question centrale devient alors celle du périmètre politique de cette primaire. Elle rassemble le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste, mais ne réunit pas toutes les formations de gauche. Elle doit donc déterminer non seulement son candidat, mais aussi les limites du rassemblement qu’il cherchera ensuite à construire.

Le rappel à l’ordre de Ségolène Royal prend ici un autre sens. La commission a voulu protéger le cadre d’une compétition dont le principe repose sur une idée simple : plusieurs candidats peuvent se combattre pour obtenir le même mandat, puis accepter le résultat et soutenir celui qui l’emporte.

Reste une question plus délicate, que le débat français dépasse largement cette primaire : la défense de la démocratie peut-elle conduire à considérer que certaines formes de confrontation sont acceptables contre des adversaires politiques extérieurs, alors qu’elles deviennent inadmissibles entre membres d’une même famille politique ?

La commission a, de fait, posé cette distinction dans son communiqué. La campagne permettra désormais de voir jusqu’où cette conception du débat peut être tenue lorsque les enjeux deviendront plus directement électoraux.

Deux autres débats sont prévus avant le vote, les 1er et 4 octobre. Le premier tour de la primaire aura lieu les 9 et 10 octobre, avec un second tour prévu les 16 et 17 octobre si aucun candidat ne l’emporte au premier.

La querelle entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann aura donc servi de point de départ. Mais désormais, le véritable enjeu est ailleurs : les cinq candidats doivent démontrer que leur conception de la gauche peut survivre à la compétition interne et, surtout, définir avec qui et sur quelles bases elle entend gouverner.

Celine Dou

F-35 : des pièces parties d’Australie pour les États-Unis d’Amérique auraient été récupérées par la Chine, que s’est-il passé ?

Une expédition de composants d’un F-35 australien, envoyée vers les États-Unis d’Amérique pour inspection et éventuelle réparation, a pris une autre direction. Après un passage par la Corée du Sud, le chargement a été dérouté vers Hong Kong. Selon Bloomberg, les autorités chinoises auraient depuis pris possession des pièces. Le Pentagone cherche à les récupérer et tente de comprendre comment elles ont quitté le circuit prévu.

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L’affaire ne se résume pas à une erreur d’acheminement. Elle met en question la sécurité d’une chaîne logistique internationale qui alimente le programme F-35, l’un des principaux systèmes d’armes des États-Unis d’Amérique et de leurs partenaires. Au cœur du dossier : une verrière de cockpit et une porte de soute à armement, toutes deux fournies par Lockheed Martin et, selon Bloomberg, recouvertes de matériaux absorbant les ondes radar. Canberra affirme toutefois qu’il ne s’agit pas de composants considérés comme sensibles. Entre ces deux affirmations, une question demeure : comment ces pièces ont-elles pu parvenir à Hong Kong ?

Une expédition australienne qui change de destination

Les composants provenaient d’un F-35A de la Royal Australian Air Force. Ils ont quitté l’Australie à la fin du mois de mai pour rejoindre les États-Unis d’Amérique, où ils devaient être inspectés et éventuellement réparés ou mis au rebut.

Le transport était assuré par UPS pour le compte d’un intermédiaire de Lockheed Martin, selon les informations rapportées par Bloomberg. Le chargement aurait transité par la Corée du Sud avant d’être réorienté vers Hong Kong. La raison de cette escale et celle du changement de destination ne sont toujours pas établies.

Le Pentagone a confirmé l’existence d’un « problème d’expédition » concernant des composants F-35 inutilisables. Le bureau chargé du programme, le F-35 Joint Program Office, indique travailler avec les autorités des États-Unis d’Amérique et les industriels concernés pour récupérer les pièces, établir les circonstances de l’incident et renforcer les mesures de protection.

Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, a lui aussi confirmé que les composants avaient abouti à Hong Kong. Canberra affirme examiner ce qui s’est produit depuis le départ du matériel d’Australie et coopérer avec les États-Unis d’Amérique et Lockheed Martin.

Deux pièces au cœur des interrogations

Le détail du contenu du chargement donne à l’affaire une autre portée.

Bloomberg rapporte qu’il comprenait une verrière de cockpit et une porte de soute à armement. Les deux composants auraient été fabriqués par Lockheed Martin et recouverts de matériaux absorbant les ondes radar destinés à contribuer aux caractéristiques de furtivité du F-35.

La verrière n’est donc pas uniquement une protection transparente placée devant le pilote. Elle fait partie d’un ensemble de matériaux et de traitements conçus pour limiter la signature radar de l’appareil.

Mais il serait excessif d’en déduire que la Chine disposerait désormais de la technologie furtive complète du F-35.

Richard Marles a déclaré que, selon les informations dont il disposait, les composants concernés n’étaient pas des équipements sensibles. Lockheed Martin a également indiqué que les pièces étaient inutilisables et présentaient, selon l’entreprise, un faible risque d’exploitation.

Cette position contraste avec les inquiétudes exprimées aux États-Unis d’Amérique depuis la révélation de l’affaire. Le Congrès des États-Unis d’Amérique s’est notamment intéressé au dossier, alors que des responsables et des analystes cherchent à déterminer si ces composants pourraient fournir des informations supplémentaires sur le fonctionnement du F-35.

Ce que la Chine aurait récupéré

Le nouvel élément apparu cette semaine est précisément là.

Selon des personnes informées de l’affaire citées par Bloomberg, le gouvernement chinois aurait pris possession des composants après leur arrivée à Hong Kong. Le média affirme également que les pièces n’ont pas été restituées.

Cette information n’a toutefois pas été officiellement confirmée par le gouvernement chinois.

Le ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine n’a pas publiquement reconnu avoir récupéré les composants. Hong Kong, région administrative spéciale de la République populaire de Chine, n’a pas davantage donné de détails sur leur éventuelle prise en charge.

Il faut donc distinguer ce qui est établi de ce qui est rapporté.

Il est établi que les pièces ont quitté l’Australie, qu’elles étaient destinées aux États-Unis d’Amérique et qu’elles se sont retrouvées à Hong Kong. Il est rapporté par Bloomberg que les autorités chinoises les détiennent. En revanche, les circonstances exactes du détournement et l’utilisation qui aurait pu être faite des composants ne sont pas connues.

Une chaîne logistique qui dépasse largement l’Australie

Pour comprendre l’importance de l’incident, il faut regarder le fonctionnement du programme F-35.

L’Australie possède 72 F-35A et fait partie des pays qui utilisent un système mondial de pièces détachées pour ces appareils. Les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, le Danemark, l’Italie, les Pays-Bas et la Norvège participent à ce dispositif commun.

Cette organisation permet aux différents utilisateurs de partager un réseau de pièces, de maintenance et de réparation. Elle implique aussi que certains composants quittent leur pays d’origine pour rejoindre des installations spécialisées situées ailleurs.

Le Government Accountability Office des États-Unis d’Amérique, l’organisme chargé du contrôle et de l’évaluation des politiques publiques fédérales, avait déjà signalé des difficultés dans la gestion de cette chaîne.

Dans un rapport publié en juin 2026, le GAO a constaté que le programme F-35 continuait de rencontrer des problèmes d’approvisionnement en pièces et de capacité industrielle. Le programme devait mobiliser 13,7 milliards de dollars supplémentaires jusqu’en 2031 dans le cadre d’une nouvelle stratégie destinée à améliorer son soutien logistique.

Un précédent rapport du GAO avait également souligné les difficultés du Département de la Défense des États-Unis d’Amérique à assurer une comptabilisation complète des pièces du stock mondial. En août 2026, certaines mesures destinées à renforcer cette traçabilité restaient encore en cours de mise en œuvre.

L’affaire de Hong Kong intervient donc dans une chaîne qui n’est pas nouvelle, mais dont la complexité constitue déjà un sujet de préoccupation pour les autorités des États-Unis d’Amérique.

La question n’est pas seulement : « qui possède les pièces ? »

C’est probablement la question la plus importante du dossier.

Si les informations de Bloomberg sont exactes, deux composants d’un avion de combat australien ont quitté le circuit prévu et sont arrivés sur le territoire d’une puissance considérée par les États-Unis d’Amérique comme un concurrent militaire majeur.

Mais avant de parler d’espionnage, plusieurs étapes doivent être éclaircies.

Qui a préparé l’expédition ? Qui avait la responsabilité du transport ? Pourquoi le chargement est-il passé par la Corée du Sud ? Qui a décidé de l’envoyer à Hong Kong ? La modification de l’itinéraire était-elle accidentelle ou volontaire ? Qui a réceptionné les composants ? À quel moment les autorités australiennes et celles des États-Unis d’Amérique ont-elles appris leur nouvelle destination ?

Pour l’heure, l’enquête ne permet pas de répondre à toutes ces questions.

C’est précisément ce qui empêche de transformer l’affaire en récit d’espionnage déjà établi.

Une pièce réelle ne vaut pas les plans d’un avion

L’intérêt potentiel des composants doit lui aussi être replacé à sa juste mesure.

Un adversaire qui récupère une pièce physique peut éventuellement en étudier les matériaux, les traitements, les méthodes de fabrication ou certaines caractéristiques techniques. Mais cela ne signifie pas qu’il obtient les plans complets de l’appareil, son logiciel, ses données opérationnelles ou l’ensemble des procédés utilisés pour concevoir sa furtivité.

Le F-35 est un système beaucoup plus vaste qu’une collection de pièces. Sa signature radar dépend de sa géométrie, de ses matériaux, de ses revêtements, de ses équipements et de leur intégration.

La récupération éventuelle d’une verrière ou d’une porte de soute ne permet donc pas, à elle seule, de reconstituer l’avion.

Elle peut néanmoins fournir des informations supplémentaires à un acteur qui cherche déjà à comprendre les technologies employées sur l’appareil. C’est ce qui explique les inquiétudes apparues aux États-Unis d’Amérique.

Entre Canberra, Lockheed Martin et le Pentagone, une enquête à plusieurs niveaux

Le gouvernement australien cherche à établir ce qui s’est produit sur son territoire et au cours de l’expédition.

Lockheed Martin, constructeur du F-35 et responsable de la gestion de la chaîne mondiale d’approvisionnement du programme, affirme avoir respecté les règles des États-Unis d’Amérique en matière d’expédition et de contrôle des exportations. L’entreprise participe à l’enquête.

Le Département de la Défense des États-Unis d’Amérique examine de son côté les circonstances du transport et cherche à récupérer les composants.

Ces responsabilités se croisent parce que le F-35 repose précisément sur une coopération internationale étroite. L’Australie exploite les appareils, Lockheed Martin en assure la construction et une partie essentielle du soutien industriel, tandis que le gouvernement des États-Unis d’Amérique encadre le programme et ses technologies.

Une faille dans cette organisation ne signifie pas nécessairement que le système de protection technologique a été compromis. Elle oblige toutefois ses responsables à expliquer comment une expédition contrôlée a pu prendre une destination qui n’était pas prévue.

Une affaire qui dépasse finalement deux pièces de F-35

L’incident pose une question plus large sur les armes modernes.

Un avion de combat peut être protégé dans une base militaire, surveillé par des systèmes de sécurité et soumis à des règles strictes de contrôle des exportations. Ses pièces, elles, doivent circuler entre ateliers, fabricants, entrepôts et pays partenaires.

La sécurité du système dépend donc aussi de ce qui se passe entre deux aéroports, dans un entrepôt ou au cours d’une opération de transport.

Dans le cas du F-35, cette réalité est particulièrement visible parce que le programme repose sur une chaîne mondiale. Les mêmes avantages qui permettent à plusieurs pays de partager des capacités de maintenance créent aussi davantage de points de passage à contrôler.

Pour l’instant, rien ne permet d’affirmer que la Chine a obtenu une information décisive sur le F-35, ni qu’un acte d’espionnage a été organisé. Mais l’hypothèse d’une simple erreur de livraison ne suffit pas davantage à clore le dossier.

La question centrale reste entière : comment deux composants d’un avion de combat aussi étroitement contrôlé ont-ils pu quitter leur itinéraire prévu, arriver à Hong Kong et, selon Bloomberg, finir entre les mains des autorités chinoises ?

La réponse déterminera si l’affaire relève d’une défaillance logistique, d’une rupture dans les procédures de contrôle ou d’un problème de sécurité beaucoup plus sérieux.

Celine Dou

Site d'information généraliste international indépendant