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Venezuela : morgues saturées, milliers de déplacés et bilan toujours plus lourd, le pays s’enfonce dans une crise humanitaire après le double séisme

Une semaine après le double séisme qui a frappé le nord du Venezuela, l’urgence ne faiblit pas. Le bilan officiel s’élève désormais à au moins 1 943 morts et plus de 10 000 blessés, tandis que des milliers de personnes restent sans abri. Dans les zones les plus touchées, les morgues débordent, les hôpitaux sont sous pression et les opérations de secours se poursuivent dans l’espoir, de plus en plus mince, de retrouver des survivants.

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Si les secousses ont cessé, leurs conséquences continuent de se faire sentir. À mesure que les recherches avancent, le pays fait face à une autre épreuve : prendre en charge les victimes, venir en aide aux survivants et répondre à une crise humanitaire dont l’ampleur ne cesse de grandir.

Le dernier bilan communiqué par les autorités vénézuéliennes fait état d’au moins 1 943 morts et de plus de 10 000 blessés. Environ 15 000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, tandis que des dizaines de milliers de signalements de disparitions continuent d’être recensés, alimentant les craintes d’une nouvelle hausse du nombre de victimes.

Dans les États les plus durement touchés, notamment celui de La Guaira, les secouristes poursuivent leurs fouilles au milieu des immeubles effondrés. Mais après plusieurs jours d’intervention, les opérations entrent progressivement dans une nouvelle phase. Les chances de retrouver des survivants diminuent, tandis que les équipes sont désormais largement mobilisées pour évacuer les corps, identifier les victimes et porter assistance aux familles endeuillées.

L’une des images les plus marquantes de cette catastrophe est celle des morgues improvisées. Face à l’afflux de victimes, les infrastructures existantes ont rapidement été dépassées. Des installations provisoires ont été aménagées pour accueillir les dépouilles, alors que les médecins légistes travaillent sans relâche. Les Nations unies ont annoncé l’acheminement de milliers de sacs mortuaires afin de soutenir les opérations d’identification.

Pour les survivants, le quotidien reste marqué par une profonde incertitude. Des milliers de familles vivent sous des tentes ou dans des centres d’hébergement d’urgence, beaucoup refusant de regagner leur logement de peur qu’il ne s’effondre lors d’éventuelles répliques. Dans plusieurs localités, l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins demeure fortement perturbé.

Les structures hospitalières, déjà fragilisées avant le séisme, peinent à absorber l’afflux de blessés. Médecins et organisations humanitaires alertent sur le risque d’infections liées aux blessures mal soignées, tandis que les pénuries de médicaments et de matériel médical compliquent la prise en charge des patients. Les conditions de vie dans certains camps de déplacés font également craindre l’apparition de maladies.

Face à l’ampleur du drame, la mobilisation internationale s’est intensifiée. Les Nations unies, la Croix-Rouge et plusieurs organisations humanitaires coordonnent l’acheminement de vivres, d’eau potable, de matériel médical et d’abris d’urgence. Plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Espagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, l’Inde ainsi que plusieurs États d’Amérique latine, ont également envoyé des équipes de secours, des spécialistes du sauvetage et une aide matérielle.

Dans les régions sinistrées, la colère gagne toutefois une partie de la population. Des habitants dénoncent la lenteur de certaines interventions et les difficultés d’accès aux secours dans les premières heures qui ont suivi le séisme. Pour beaucoup, cette catastrophe met aussi en lumière la vulnérabilité des infrastructures et les difficultés auxquelles le système de santé est confronté depuis plusieurs années.

Alors que les médias internationaux ont progressivement déplacé leur attention vers d’autres sujets, le Venezuela continue de vivre l’une des plus graves catastrophes naturelles de son histoire récente. Pour des milliers de familles, l’heure n’est plus seulement au deuil, mais à la reconstruction d’un quotidien bouleversé, dans un pays où les besoins humanitaires demeurent immenses et où le bilan pourrait encore s’alourdir dans les prochains jours.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

France : à l’approche d’une nouvelle canicule, où vont les plus de 3 milliards d’euros générés chaque année par la journée de solidarité ?

Une nouvelle vague de chaleur doit toucher la France à partir de ce vendredi. Dans plusieurs régions, les températures pourraient grimper jusqu’à 35 ou 36 °C dès le début de la semaine prochaine. Ce nouvel épisode remet en lumière un dispositif né dans le sillage de la canicule de 2003 : la journée de solidarité. Plus de vingt ans après sa création, elle rapporte chaque année plus de 3 milliards d’euros. Mais comment cet argent est-il utilisé ?

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Le retour de températures exceptionnellement élevées ravive le souvenir de l’été 2003, au cours duquel près de 15 000 personnes avaient perdu la vie en France. Cette tragédie avait conduit les pouvoirs publics à repenser la prise en charge des personnes les plus vulnérables et à instaurer un mécanisme de financement inédit. Aujourd’hui encore, son efficacité continue d’alimenter le débat.

Créée en 2004, la journée de solidarité repose sur un principe simple : les salariés effectuent une journée de travail supplémentaire, sans rémunération additionnelle, tandis que les employeurs versent une contribution dédiée au financement des politiques en faveur des personnes âgées en perte d’autonomie et des personnes en situation de handicap.

Au fil des années, cette contribution est devenue une ressource majeure. Elle génère désormais plus de 3 milliards d’euros par an, soit plusieurs dizaines de milliards d’euros collectés depuis sa mise en place.

Ces recettes sont versées à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui les répartit entre différents dispositifs. Elles contribuent notamment au financement des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des services d’aide à domicile, de l’accompagnement des personnes en situation de handicap ainsi que d’autres politiques publiques liées à la perte d’autonomie.

Sur le papier, le dispositif constitue un levier essentiel du financement de la dépendance. Dans les faits, son fonctionnement continue toutefois de susciter des interrogations.

À chaque épisode de fortes chaleurs, les critiques refont surface. Des associations, des représentants du secteur médico-social ainsi que plusieurs responsables politiques estiment que les établissements accueillant des personnes âgées demeurent confrontés à des difficultés persistantes. Manque de personnel, locaux parfois mal adaptés aux températures extrêmes, équipements de rafraîchissement insuffisants : autant de limites qui nourrissent le sentiment d’un décalage entre les sommes collectées et la réalité observée sur le terrain.

Les pouvoirs publics rappellent, pour leur part, que la journée de solidarité n’a jamais eu vocation à financer uniquement les mesures destinées à faire face aux canicules. Les recettes alimentent un ensemble plus vaste de politiques consacrées à l’autonomie. Depuis plusieurs années, elles sont intégrées au budget global de la CNSA avant d’être redistribuées selon les priorités définies par l’État.

Cette architecture budgétaire ne convainc toutefois pas tout le monde. À chaque nouvel épisode caniculaire, des voix s’élèvent pour réclamer davantage de transparence sur l’utilisation des recettes issues de la journée de solidarité. Pour leurs détracteurs, il reste difficile d’apprécier concrètement l’impact de cette contribution sur l’amélioration des conditions de prise en charge des personnes les plus fragiles.

Au-delà de la question budgétaire, le débat s’inscrit dans un contexte plus large. Les épisodes de chaleur extrême se multiplient en France sous l’effet du changement climatique, tandis que le vieillissement de la population accentue les besoins en matière d’accompagnement et de prévention.

La France dispose aujourd’hui de dispositifs d’alerte plus efficaces qu’en 2003 et la coordination entre les services sanitaires, les collectivités et les établissements médico-sociaux s’est renforcée. Mais chaque nouvelle canicule rappelle que la protection des personnes les plus vulnérables demeure un défi permanent.

Alors qu’une nouvelle vague de chaleur s’apprête à traverser le pays, la journée de solidarité retrouve toute son actualité. Plus de vingt ans après sa création, le débat ne porte plus seulement sur les milliards d’euros qu’elle génère chaque année, mais sur leur capacité à répondre à un enjeu devenu durable : adapter la société française à des canicules désormais appelées à se répéter.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Afrique du Sud : pourquoi les manifestations contre les immigrés illégaux trouvent aujourd’hui un écho inédit

En quelques semaines, plus de 25 000 étrangers ont quitté l’Afrique du Sud. Ils ne fuyaient ni une guerre, ni une catastrophe naturelle. Beaucoup sont partis parce qu’un climat d’hostilité s’est progressivement installé autour des immigrés en situation irrégulière, jusqu’à culminer avec les manifestations organisées le 30 juin dans plusieurs villes du pays. Avant même que les cortèges ne se mettent en marche, certains commerces avaient fermé leurs portes par précaution, des familles étrangères avaient quitté leur quartier et plusieurs États voisins avaient commencé à organiser le retour de leurs ressortissants.

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Les images des rassemblements de Johannesburg, Pretoria, Durban ou Bloemfontein ont rapidement fait le tour du continent. Derrière les drapeaux sud-africains, les pancartes et les slogans réclamant le départ des immigrés illégaux, une même idée revenait : le pays ne serait plus capable d’absorber une immigration clandestine qui pèserait sur l’emploi, les services publics et la sécurité.

Présentées ainsi, ces manifestations pourraient donner l’impression d’une réaction spontanée née d’un mécontentement populaire. Elles sont en réalité l’aboutissement de plusieurs mois de mobilisation. Depuis le début de l’année, des organisations comme Operation Dudula ou March and March multiplient les rassemblements, les campagnes sur les réseaux sociaux et les actions de terrain pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme l’inaction des autorités face à l’immigration illégale. Le 30 juin devait marquer une démonstration de force. Il a surtout montré que leur discours trouve désormais un écho bien au-delà de leurs seuls militants.

La question est donc moins de savoir pourquoi des milliers de Sud-Africains ont manifesté que de comprendre pourquoi ce discours rencontre aujourd’hui autant d’adhésion.

L’Afrique du Sud n’est pas un pays qui découvre l’immigration. Depuis la fin de l’apartheid, elle constitue le principal pôle économique d’Afrique australe. Des centaines de milliers de personnes venues du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi, de la République démocratique du Congo, du Nigeria ou encore d’Éthiopie s’y sont installées au fil des années, attirées par une économie plus dynamique que celle de leurs pays d’origine. Pour beaucoup, franchir la frontière représentait la possibilité de travailler, d’ouvrir un commerce ou simplement d’offrir un avenir différent à leur famille.

Pendant longtemps, cette immigration a été perçue comme la conséquence logique de la position dominante qu’occupe l’Afrique du Sud dans la région. Aujourd’hui, le regard d’une partie de la population a profondément changé.

Ce changement s’explique d’abord par la situation intérieure du pays.

Trente-deux ans après les premières élections démocratiques, l’Afrique du Sud reste confrontée à des inégalités parmi les plus fortes au monde. Les progrès réalisés depuis la fin de l’apartheid sont réels, mais ils n’ont pas répondu aux attentes de millions de Sud-Africains. Dans de nombreuses villes, le chômage frappe durablement les jeunes. Les coupures d’électricité continuent de perturber l’activité économique. Les services publics peinent à suivre les besoins d’une population en croissance, tandis que le coût de la vie alimente un sentiment de déclassement dans les quartiers populaires.

Lorsqu’une économie ralentit et que les perspectives se réduisent, la compétition pour les emplois les plus précaires devient plus visible. Dans les marchés, les petits commerces, les chantiers ou la restauration, Sud-Africains et étrangers travaillent souvent côte à côte. Cette proximité nourrit une perception de concurrence directe, même lorsqu’elle n’est pas confirmée par les études économiques.

C’est sur cette perception que les mouvements anti-immigration ont construit leur discours.

Leur message est simple : si les frontières étaient mieux contrôlées et si les immigrés en situation irrégulière quittaient le pays, les emplois seraient plus nombreux, les salaires remonteraient et les services publics retrouveraient un fonctionnement normal. Cette démonstration séduit parce qu’elle apporte une explication immédiate à des difficultés qui, elles, sont anciennes et complexes.

Pourtant, les données disponibles racontent une réalité plus nuancée.

Les étrangers représentent une part limitée de la population sud-africaine et tous ne sont pas en situation irrégulière. Beaucoup exercent une activité indépendante, créent des commerces ou occupent des emplois peu recherchés par les travailleurs locaux. Les économistes peinent d’ailleurs à établir un lien direct entre l’immigration et le chômage massif qui touche le pays.

Cette contradiction est au cœur de la crise actuelle. Les statistiques ne suffisent pas à effacer le sentiment d’abandon qui traverse une partie de la société sud-africaine. À l’inverse, ce sentiment ne transforme pas automatiquement les immigrés en responsables des difficultés économiques. Entre les deux s’est installé un récit politique qui gagne progressivement du terrain.

Les responsables des mouvements anti-immigration affirment que l’État a perdu le contrôle de ses frontières et ne protège plus suffisamment les citoyens. À leurs yeux, les manifestations du 30 juin visaient moins les étrangers eux-mêmes que le gouvernement, accusé de laisser s’installer une situation devenue, selon eux, incontrôlable.

Ce discours trouve un terrain favorable parce que la confiance envers les institutions s’est considérablement érodée ces dernières années. Les scandales de corruption, les difficultés de gouvernance et les problèmes chroniques des services publics ont nourri l’idée d’un État incapable de répondre efficacement aux préoccupations quotidiennes de la population.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Une fusillade éclate près d’une fan zone du Mondial 2026 aux États-Unis : un mort, un blessé grave

La Coupe du monde 2026 a été endeuillée par un drame survenu dimanche 29 juin aux États-Unis. Une fusillade a éclaté à proximité d’une fan zone officielle installée à San José, en Californie, faisant un mort et un blessé grave. Si l’incident a suscité une vive inquiétude parmi les supporters, les autorités ont rapidement assuré qu’il ne semblait pas être lié à l’organisation du tournoi.

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Le Pakistan mène des frappes dans l’est de l’Afghanistan au lendemain d’un important séisme

À peine remis d’un puissant tremblement de terre, l’Afghanistan fait désormais face à une nouvelle épreuve. Moins de vingt-quatre heures après un séisme de magnitude 6,1 qui a secoué l’est du pays, le Pakistan a annoncé avoir mené une série de frappes aériennes et d’opérations militaires de l’autre côté de la frontière, ravivant les tensions entre les deux voisins.

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Irak : une vaste opération anticorruption conduit à l’arrestation de 47 responsables

Les autorités irakiennes ont lancé, dimanche 28 juin, une vaste opération anticorruption qui s’est soldée par l’arrestation de 47 responsables politiques et administratifs. Douze députés, des hauts fonctionnaires ainsi que plusieurs responsables du ministère du Pétrole figurent parmi les personnes interpellées, selon l’agence de presse officielle INA.

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Les arrestations ont été menées à Bagdad et dans plusieurs provinces. Dans la capitale, les forces de sécurité ont bouclé la Zone verte, siège des principales institutions de l’État, où plusieurs perquisitions ont été effectuées au domicile ou sur le lieu de travail des suspects.

L’enquête, ouverte en octobre 2025, a pris une nouvelle ampleur après l’arrestation, le mois dernier, d’Adnan al-Joumaïli, ancien vice-ministre chargé du raffinage. Les informations recueillies au cours des investigations auraient permis aux magistrats d’identifier un réseau de responsables soupçonnés d’avoir participé à des détournements de fonds publics. Avant le déclenchement de l’opération, le Parlement avait levé l’immunité des députés concernés afin de permettre les poursuites judiciaires.

Selon les autorités, plusieurs personnes recherchées n’ont pas encore été appréhendées. Les investigations se poursuivent et d’autres arrestations ne sont pas exclues.

Cette opération intervient à un moment politiquement sensible. Le Premier ministre Ali al-Zaïdi, entré en fonction en mai dernier, a fait de la lutte contre la corruption l’un des axes de son action. Il doit effectuer, dans les prochaines semaines, une visite officielle aux États-Unis d’Amérique, où les questions de gouvernance et de transparence figurent parmi les sujets attendus des échanges avec les autorités états-uniennes.

La corruption demeure l’un des principaux défis de l’Irak depuis plus de vingt ans. Malgré les nombreuses campagnes lancées par les gouvernements successifs, les détournements de fonds publics continuent d’affecter les institutions et les secteurs stratégiques, en particulier celui du pétrole, qui assure l’essentiel des revenus de l’État. L’ampleur de cette opération lui confère donc une portée particulière, même si son impact dépendra désormais des suites judiciaires qui seront données aux dossiers.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Séismes au Venezuela : le bilan grimpe à 920 morts, plus de 50 000 disparus, l’aide internationale afflue

Le Venezuela traverse l’une des plus graves catastrophes naturelles de son histoire récente. Deux jours après les puissants séismes qui ont frappé le pays, le bilan humain continue de s’alourdir. Les autorités recensent désormais 920 morts, 3 360 blessés et plus de 50 000 personnes portées disparues, tandis que les opérations de recherche se poursuivent dans des conditions extrêmement difficiles.

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Zimbabwe : le Parlement ouvre la voie à une prolongation du mandat d’Emmerson Mnangagwa jusqu’en 2030

Le Parlement zimbabwéen a franchi une étape décisive dans l’adoption d’une réforme constitutionnelle aux conséquences politiques majeures. Après l’Assemblée nationale, le Sénat a approuvé plusieurs amendements qui pourraient permettre au président Emmerson Mnangagwa de rester au pouvoir jusqu’en 2030. Le texte prévoit également une profonde évolution du mode de désignation du chef de l’État.

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Le Sénat a adopté mercredi le projet de réforme par 75 voix contre 4, quelques jours après son approbation par l’Assemblée nationale. Il ne reste désormais plus que la promulgation par le président pour que ces dispositions entrent en vigueur.

Parmi les mesures les plus significatives figure l’allongement de la durée des mandats présidentiels et parlementaires, qui passerait de cinq à sept ans. Réélu en 2023 pour un second mandat, Emmerson Mnangagwa pourrait ainsi demeurer à la tête du Zimbabwe jusqu’en 2030.

La réforme ne se limite toutefois pas à une extension des mandats. Elle prévoit également de confier au Parlement la désignation du président de la République, mettant fin à l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct, en vigueur depuis 1987. Ce changement modifierait profondément l’équilibre institutionnel du pays.

Le projet a été porté par la ZANU-PF, qui dispose d’une confortable majorité dans les deux chambres du Parlement. Cette domination a facilité son adoption malgré les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile, qui dénoncent une concentration accrue du pouvoir et un recul des garanties démocratiques.

Ces derniers mois, plusieurs recours judiciaires et des campagnes de mobilisation ont été engagés pour tenter de freiner la réforme, sans succès. Human Rights Watch a également fait état d’allégations d’intimidations et de violences visant certains opposants au projet.

Arrivé au pouvoir en novembre 2017 après la chute de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, aujourd’hui âgé de 83 ans, avait été élu une première fois en 2018 avant d’être reconduit en 2023. Jusqu’à présent, la Constitution limitait le président à deux mandats de cinq ans.

Le gouvernement défend cette réforme au nom de la stabilité politique et de la continuité de l’action publique. Pour ses détracteurs, elle traduit au contraire une volonté de renforcer durablement l’emprise du parti au pouvoir sur les institutions. Si les amendements sont promulgués, le Zimbabwe s’engagera dans une transformation majeure de son système politique, dont les effets dépasseront largement la seule question de la durée du mandat présidentiel.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Taliban à Bruxelles, contacts avec le Hamas, coopération avec la Libye : jusqu’où l’Occident est-il prêt à composer avec ses anciens ennemis ?

Pendant des années, les capitales occidentales ont présenté les taliban et le Hamas comme des ennemis de l’ordre international. Cette semaine pourtant, une délégation talibane était reçue à Bruxelles tandis que des révélations faisaient état de contacts entre des représentants français et le Hamas. Au même moment, Amnesty International accusait l’Union européenne de fermer les yeux sur les abus commis contre les migrants en Libye. Trois informations distinctes, une même question : que devient une politique de refus lorsque ceux que l’on refusait hier deviennent incontournables ?

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À Bruxelles, les responsables européens ont pris soin de préciser que la rencontre avec les taliban ne constituait en rien une reconnaissance du régime afghan. L’exercice de communication était prévisible. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les taliban demeurent au cœur de profondes tensions avec les pays occidentaux, notamment en raison des restrictions imposées aux femmes et aux filles. Pourtant, les représentants du mouvement ont bien été reçus dans la capitale de l’Union européenne afin d’évoquer la question des réfugiés afghans et les mécanismes de retour vers l’Afghanistan.

L’image est difficile à ignorer. Pendant vingt ans, les États-Unis d’Amérique et leurs alliés ont mené une guerre destinée, entre autres, à empêcher les taliban de gouverner le pays. Des milliers de soldats ont été déployés, des milliards de dollars investis et un État afghan soutenu à bout de bras. Aujourd’hui, les mêmes puissances doivent traiter avec ceux qu’elles ont combattus pendant deux décennies.

La guerre s’est achevée. La géographie, elle, n’a pas changé. Les taliban contrôlent Kaboul, les administrations, les frontières et les institutions du pays. Pour qui souhaite gérer la question migratoire afghane, il n’existe pas d’interlocuteur alternatif.

La même réalité se dessine en filigrane dans le dossier palestinien.

Les informations évoquant une rencontre entre des représentants français et le Hamas ont été officiellement démenties par Paris. En l’absence d’éléments permettant d’établir les faits avec certitude, la prudence s’impose. Mais le débat né de ces révélations dépasse largement la question de leur véracité.

Depuis des mois, les chancelleries occidentales réfléchissent à l’avenir de Gaza. Elles parlent de reconstruction, de gouvernance, de sécurité et d’architecture politique pour l’après-guerre. Pourtant, une difficulté demeure au centre de toutes les équations : comment imaginer l’avenir d’un territoire en faisant abstraction de l’un des acteurs qui y exerce encore une influence majeure ?

Le Hamas reste considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne. Cette qualification n’est pas remise en cause. Mais elle ne répond pas à la question pratique à laquelle se heurtent les diplomates. Une organisation peut être condamnée, sanctionnée et combattue. Lorsqu’elle conserve une capacité d’action sur le terrain, elle ne disparaît pas pour autant des calculs politiques.

L’affaire libyenne complète ce tableau sous un angle différent.

Depuis plus d’une décennie, la lutte contre l’immigration irrégulière est devenue l’une des priorités stratégiques de l’Union européenne. Pour contenir les départs vers les côtes européennes, Bruxelles a progressivement renforcé sa coopération avec différents acteurs libyens. Cette politique a contribué à réduire certains flux migratoires. Elle a aussi exposé l’Union européenne à des critiques persistantes.

Les rapports des Nations unies, les enquêtes journalistiques et les organisations de défense des droits humains décrivent depuis des années un environnement marqué par les violences contre les migrants, les détentions arbitraires et les abus. Amnesty International accuse désormais les institutions européennes de privilégier les objectifs migratoires au détriment des principes qu’elles affirment défendre.

Là encore, la controverse révèle une contradiction plus profonde que la seule question libyenne. L’Europe continue de dénoncer certaines pratiques tout en coopérant avec des acteurs qu’elle juge indispensables à la protection de ses frontières.

Les trois dossiers ne racontent pas une conversion idéologique de l’Occident. Les taliban ne sont pas devenus fréquentables aux yeux des Européens. Le Hamas n’est pas devenu acceptable parce que certains réfléchissent à l’avenir de Gaza. Les autorités libyennes n’ont pas acquis une réputation exemplaire en matière de droits humains.

Ce qui a changé n’est pas la nature de ces acteurs. Ce sont les rapports de force.

Depuis la fin de la guerre froide, les puissances occidentales ont souvent pensé les relations internationales à travers une distinction relativement claire entre partenaires et adversaires. Les événements de ces dernières années ont progressivement brouillé cette frontière. L’Afghanistan, Gaza et la Libye rappellent chacun à leur manière qu’il est parfois plus facile de condamner un acteur que de l’écarter durablement du jeu.

Les diplomates le savent depuis longtemps : la politique internationale ne consiste pas à choisir ses interlocuteurs mais à composer avec les réalités du terrain. Les opinions publiques, elles, découvrent plus difficilement cette logique lorsque ceux avec lesquels on dialogue aujourd’hui sont précisément ceux que l’on présentait hier comme des ennemis irréconciliables.

C’est sans doute ce qui explique le malaise suscité par ces trois actualités. Elles mettent en lumière un décalage grandissant entre le langage des principes et celui des intérêts. Les premiers continuent de structurer les discours officiels. Les seconds orientent de plus en plus les décisions.

Les responsables européens répètent que dialoguer ne signifie pas reconnaître et que coopérer ne revient pas à approuver. La formule est diplomatiquement utile. Elle ne change toutefois rien au constat que révèlent les événements de ces derniers jours : les acteurs que l’on promettait hier d’isoler sont aujourd’hui devenus des interlocuteurs que l’on ne peut plus ignorer.

Celine Dou, pour la Boussole-infos

Colombie : plusieurs villes secouées par des manifestations après la victoire d’Abelardo de la Espriella

L’élection n’aura laissé aucun répit au pays. Quelques heures après l’annonce de la victoire d’Abelardo de la Espriella à l’élection présidentielle, des milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs grandes villes colombiennes pour exprimer leur rejet du président élu. Si les manifestations traduisent les profondes divisions qui traversent la société colombienne, elles soulèvent également une question plus large : comment les démocraties contemporaines vivent-elles l’alternance lorsque celle-ci porte au pouvoir une personnalité jugée inacceptable par une partie de l’opinion ?

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À Bogotá, Cali, Medellín et dans plusieurs autres centres urbains, les images ont rapidement circulé. Banderoles, slogans hostiles au président élu, appels à la « résistance » : la mobilisation a commencé avant même qu’Abelardo de la Espriella ne prenne officiellement ses fonctions.

Le phénomène est d’autant plus remarquable que la contestation intervient dans la foulée d’un scrutin dont la validité n’a pas été remise en cause par les institutions électorales. L’élection a été organisée selon les règles constitutionnelles en vigueur et les résultats ont été proclamés par les autorités compétentes. Ce n’est donc pas tant le déroulement du vote qui est contesté que son issue politique.

La rapidité de la réaction témoigne de la place singulière qu’occupe désormais le président élu dans le débat public colombien.

Avocat médiatique devenu figure politique, Abelardo de la Espriella a bâti sa campagne sur un discours de fermeté en matière de sécurité, de lutte contre les groupes criminels et de restauration de l’autorité de l’État. Admirateur assumé de Donald Trump, du président salvadorien Nayib Bukele et du dirigeant argentin Javier Milei, il a fait de la rupture avec l’héritage de Gustavo Petro l’un des axes majeurs de sa candidature.

Pour ses partisans, il incarne une réponse à la montée de l’insécurité et aux frustrations accumulées au cours des dernières années. Pour ses opposants, il représente au contraire le risque d’un durcissement politique susceptible de fragiliser certains équilibres démocratiques.

Cette opposition frontale explique en partie l’intensité des réactions observées depuis l’annonce des résultats.

Une contestation qui dépasse la personne du président élu

Les manifestations ne traduisent pas uniquement le rejet d’un homme ou d’un programme. Elles révèlent également l’état de polarisation atteint par une partie de la société colombienne.

Depuis plusieurs années, le débat politique dans le pays s’est structuré autour de clivages de plus en plus marqués : sécurité contre libertés publiques, ordre contre réformes sociales, conservatisme contre progressisme. La campagne présidentielle a souvent donné l’impression que deux visions du pays s’affrontaient davantage que deux projets de gouvernement.

Dans un tel contexte, la victoire d’un camp est parfois vécue par l’autre non comme un épisode normal de la vie démocratique mais comme une défaite existentielle.

C’est précisément ce qui ressort de nombreux discours entendus depuis l’élection. Une partie des manifestants ne critique pas seulement les orientations du futur gouvernement ; elle exprime la conviction que l’arrivée au pouvoir de son adversaire constitue en elle-même un danger pour le pays.

Cette évolution n’est pas propre à la Colombie. Elle s’observe, sous des formes différentes, dans plusieurs démocraties où les oppositions idéologiques se sont durcies au point de rendre l’alternance plus difficile à accepter.

Le paradoxe des démocraties polarisées

La manifestation constitue l’un des droits fondamentaux des sociétés démocratiques. Pouvoir contester un gouvernement, dénoncer une décision ou exprimer une inquiétude collective relève de l’exercice normal des libertés publiques.

La situation devient plus complexe lorsque la mobilisation intervient immédiatement après une élection reconnue comme régulière.

La question n’est pas de savoir si les opposants à Abelardo de la Espriella ont le droit de descendre dans la rue. Ce droit est incontestable. La véritable interrogation porte sur le rapport entretenu avec le verdict des urnes.

Dans les démocraties contemporaines, un phénomène de plus en plus visible tend à brouiller la frontière entre opposition politique et remise en cause de la légitimité du vainqueur. L’adversaire n’est plus seulement perçu comme porteur d’idées différentes ; il est présenté comme intrinsèquement illégitime, voire comme une menace qu’il faudrait empêcher d’exercer le pouvoir obtenu par les urnes.

Cette logique nourrit un climat où chaque élection apparaît moins comme un arbitrage démocratique que comme une confrontation dont le résultat est difficilement accepté par les perdants.

Une épreuve pour les institutions colombiennes

L’avenir dira si les manifestations observées ces derniers jours relèvent d’une réaction ponctuelle ou du début d’un mouvement plus durable.

Une chose est déjà certaine : le prochain mandat s’ouvrira dans un climat de défiance réciproque. Les soutiens du président élu attendent une rupture avec les politiques précédentes. Ses opposants se préparent à exercer une vigilance constante à l’égard du nouveau pouvoir.

Entre ces deux camps, les institutions colombiennes seront appelées à jouer un rôle essentiel. Leur capacité

Celine Dou, pour la Boussole-infos