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États Unis d’Amérique : le procès de Khalid Cheikh Mohammed, accusé d’être le cerveau du 11-Septembre, fixé au 5 juin 2028

Plus de deux décennies après son arrestation, Khalid Cheikh Mohammed connaîtra enfin la date de son procès. Un juge militaire a ordonné, mercredi 26 août, l’ouverture des audiences le 5 juin 2028 à Guantánamo, dans une affaire qui porte sur les attentats du 11 septembre 2001 et près de 3 000 morts.

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Khalid Cheikh Mohammed, connu sous les initiales KSM, est l’homme que les autorités états-uniennes présentent comme le principal architecte des attentats du 11-Septembre. Capturé au Pakistan en mars 2003, il est détenu à Guantánamo depuis 2006 après avoir été emprisonné dans des sites secrets de la CIA.

Qui est Khalid Cheikh Mohammed ?

Né au Pakistan et élevé au Koweït, Khalid Cheikh Mohammed s’est engagé dans les milieux djihadistes avant de rejoindre Al-Qaïda. Le rapport de la commission d’enquête sur le 11-Septembre le décrit comme un organisateur d’attentats qui cherchait à mettre en œuvre ses propres projets.

Selon ce rapport, il avait présenté dès 1996 à Oussama ben Laden l’idée d’utiliser des avions comme armes. Le projet évoluera ensuite jusqu’à l’opération du 11 septembre 2001.

Ce jour-là, dix-neuf membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne. Deux s’écrasent contre les tours du World Trade Center à New York, un autre frappe le Pentagone et le quatrième s’écrase en Pennsylvanie après l’intervention de passagers.

Près de 3 000 personnes sont tuées.

Une arrestation en 2003, puis les prisons secrètes de la CIA

Khalid Cheikh Mohammed est arrêté au Pakistan en mars 2003. Après sa capture, il est transféré dans le programme clandestin de détention de la CIA.

Il y subit des interrogatoires au cours desquels des méthodes de torture sont utilisées, notamment la simulation de noyade. Ces conditions de détention pèseront lourdement sur la procédure judiciaire à venir : une partie du contentieux porte précisément sur la possibilité d’utiliser devant le tribunal des déclarations ou des éléments obtenus dans ce cadre.

En septembre 2006, KSM est transféré à Guantánamo, où il se trouve toujours.

Un procès bloqué pendant plus de vingt ans

Les accusations formelles ont été déposées en 2008. Pourtant, le procès n’a jamais véritablement commencé.

La procédure a été retardée par une succession de batailles judiciaires portant notamment sur les preuves, les interrogatoires de la CIA et les conséquences de la torture subie par les accusés.

En 2019, une première date avait été envisagée pour un procès en 2021. Elle n’a pas été tenue.

Plus récemment, une autre tentative de sortir de l’impasse avait été engagée avec un accord de plaider-coupable.

En 2024, Khalid Cheikh Mohammed et deux autres accusés avaient accepté de reconnaître leur culpabilité en échange notamment de l’abandon de la peine de mort. L’accord prévoyait des condamnations à perpétuité. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Lloyd Austin, avait tenté de l’annuler, déclenchant une nouvelle bataille judiciaire. En juillet 2025, une cour d’appel fédérale a finalement annulé les accords.

Le procès est donc redevenu la voie judiciaire à suivre.

Pourquoi le 5 juin 2028 ?

Les procureurs souhaitaient commencer le procès dès janvier 2027. Le juge militaire Michael Schrama a rejeté ce calendrier, estimant qu’il ne laissait pas suffisamment de temps pour régler les nombreuses questions préalables encore pendantes, notamment celles concernant l’admissibilité de certaines preuves.

Le calendrier prévoit une première étape consacrée à la sélection des membres de la commission militaire à partir du 5 juin 2028, avant les déclarations d’ouverture et la présentation des preuves.

Khalid Cheikh Mohammed sera jugé avec Walid bin Attash, Ali Abdul Aziz Ali et Mustafa al-Hawsawi, tous détenus à Guantánamo.

Un procès qui reste loin d’être garanti

La fixation d’une date ne signifie pas pour autant que le procès commencera nécessairement ce jour-là.

Le dossier demeure encombré de questions préalables et de recours. L’histoire de cette procédure montre d’ailleurs à quel point son calendrier peut encore changer.

Mais une étape importante vient d’être franchie : pour la première fois après des années de reports, le tribunal militaire a fixé une date précise pour juger l’homme accusé d’avoir été au cœur de la préparation du 11-Septembre.

Le 5 juin 2028, près de 27 ans après les attentats, Khalid Cheikh Mohammed devrait donc comparaître devant la justice militaire états-unienne.

Une échéance qui ramène à la surface une question restée irrésolue pendant toute l’après-guerre contre le terrorisme : comment juger les responsables présumés d’une attaque historique lorsque les méthodes utilisées pour les interroger sont elles-mêmes devenues une partie du procès ?

Celine Dou

Rwanda : Tom Byabagamba, ancien chef de la garde présidentielle de Paul Kagame, meurt en prison après douze ans de détention, sa famille ignore la cause du décès

L’ancien colonel rwandais Tom Byabagamba, qui avait dirigé la garde présidentielle chargée de la protection de Paul Kagame, est mort en détention à l’âge de 59 ans. Arrêté en 2014 et condamné après un procès controversé, il aura passé près de douze années derrière les barreaux. Au lendemain de sa mort, aucune cause de décès n’a été communiquée.

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Tom Byabagamba n’était pas un militaire ordinaire. Officier supérieur des Forces de défense du Rwanda, il avait fait partie du cercle sécuritaire de Paul Kagame avant de prendre la tête de la garde présidentielle. Il avait été écarté de cette fonction en 2010, sans explication publique, quatre ans avant son arrestation.

Le 24 août 2014, il est arrêté avec son beau-frère, le général à la retraite Frank Rusagara. Leur procès devant la Haute Cour militaire s’ouvre dans un climat tendu. Byabagamba est notamment poursuivi pour incitation à l’insurrection, atteinte à l’image du pays ou du gouvernement et outrage au drapeau national.

En mars 2016, la justice militaire le condamne à 21 ans de prison et lui retire son grade. En appel, en décembre 2019, la condamnation est maintenue mais la peine est ramenée à 15 ans. Human Rights Watch avait alors dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et fait état de graves préoccupations concernant le déroulement du procès et les conditions de détention.

Le 25 août 2026, Tom Byabagamba meurt en prison. Sa famille affirme avoir été informée de son décès par les autorités militaires. Mais, au 27 août, elle dit toujours ignorer ce qui a provoqué sa mort. Son frère David Himbara, ancien conseiller de Paul Kagame aujourd’hui en exil, a annoncé le décès sans en préciser la cause.

Cette absence d’explication donne à cette mort une portée particulière. L’homme qui avait autrefois été chargé de protéger le président rwandais a terminé sa vie derrière les barreaux, sans que sa famille sache encore de quoi il est mort.

Le dossier avait déjà connu une issue similaire avec Frank Rusagara, condamné dans la même affaire. L’ancien général est mort en prison en mars 2025, après environ onze années de détention.

L’affaire Byabagamba avait également été portée devant le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. Celui-ci avait conclu en 2017 que sa détention et celle de ses codétenus violaient le droit international et demandé leur libération. Le gouvernement rwandais avait contesté cette appréciation.

À ce jour, aucune explication officielle sur les circonstances médicales ou autres de la mort de Tom Byabagamba n’a été rendue publique. Le Rwanda n’a pas non plus commenté publiquement son décès, selon les informations disponibles au 27 août 2026.

Celine Dou

Papouasie-Nouvelle-Guinée : six ans après le vote de 97,7 % pour l’indépendance, le Parlement doit décider jeudi de l’avenir de Bougainville

En 2019, les habitants de Bougainville avaient répondu sans ambiguïté : 97,7 % avaient choisi l’indépendance plutôt qu’une autonomie renforcée. Six ans plus tard, leur choix arrive enfin devant le Parlement national de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les députés doivent commencer à en débattre jeudi 27 août. Pour qu’une ratification soit adoptée, il faudra au moins 89 voix sur 118.

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Le vote de 2019 n’avait toutefois pas suffi à faire de Bougainville un État indépendant. Le référendum avait été prévu par l’accord de paix signé en 2001 pour mettre fin au conflit qui avait opposé pendant des années les indépendantistes de Bougainville aux forces gouvernementales. Son résultat devait ensuite être soumis à des consultations entre le gouvernement national et le gouvernement autonome de Bougainville, avant une décision du Parlement.

Ces consultations ont finalement pris fin le 6 août. Le Premier ministre James Marape et le président de Bougainville, Ishmael Toroama, ont alors approuvé le rapport commun et le cadre destiné à encadrer la suite du processus. Le résultat du référendum peut désormais être présenté officiellement aux députés.

Un vote qui remonte aux années de guerre

La question de l’indépendance de Bougainville ne date pas de 2019.

Le conflit avait éclaté en 1988, notamment autour des tensions provoquées par l’exploitation de la mine de Panguna, les revendications sur les terres et la répartition des revenus miniers. La guerre a fait des milliers de morts et profondément détruit les infrastructures et les moyens de subsistance de Bougainville.

L’accord de paix de 2001 a permis de sortir de cette confrontation. Il prévoyait notamment une autonomie plus large pour Bougainville, le désarmement des combattants et un référendum sur son futur statut politique.

Dix-huit ans plus tard, le scrutin a livré une réponse écrasante. Sur 181 067 bulletins comptabilisés, 176 928 électeurs ont choisi l’indépendance, contre 3 043 pour une autonomie renforcée.

Mais le résultat était consultatif. La décision finale appartenait au Parlement national.

89 députés doivent dire oui

C’est maintenant que commence la partie la plus incertaine.

Le Parlement a fixé à trois quarts de ses 118 membres la majorité nécessaire pour ratifier le résultat. Il faudra donc 89 voix favorables.

Le gouvernement de James Marape affirme avoir rempli les obligations qui lui incombaient dans le cadre de l’accord de paix et de la Constitution. Le Premier ministre demande désormais aux députés de se prononcer librement, en évitant les menaces et les tensions entre les différentes régions du pays.

Cette prudence tient à la nature de la décision. Une ratification ouvrirait la voie à la séparation de Bougainville de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Un refus laisserait en revanche le territoire dans le cadre actuel et obligerait les deux parties à déterminer comment poursuivre le processus politique.

Le président Ishmael Toroama défend, lui, une position beaucoup plus directe : le choix exprimé en 2019 doit être respecté. Les autorités de Bougainville ont fixé au 1er septembre 2030 leur objectif pour l’indépendance. Elles prévoient auparavant une nouvelle étape vers un gouvernement pleinement autonome.

L’indépendance ne se décidera donc pas en un seul jour

Même si les 89 voix sont réunies jeudi, Bougainville ne deviendra pas immédiatement un nouvel État.

Il faudra organiser la transition, préciser les compétences transférées, régler les questions financières et préparer les institutions appelées à fonctionner après la séparation.

Les deux gouvernements travaillent déjà sur ce volet. Ils ont notamment convenu d’accélérer le transfert de pouvoirs et de progresser vers le transfert à Bougainville de l’intégralité des recettes générées localement par plusieurs secteurs, dont les mines, la pêche, la forêt et certaines taxes, d’ici la fin de 2026.

Pour Bougainville, le prochain rendez-vous est donc capital. Pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, il s’agit de prendre une décision qui touche directement à son territoire et à son organisation politique.

Jeudi 27 août, six ans après que 97,7 % des électeurs de Bougainville ont choisi l’indépendance, 118 députés auront entre leurs mains la suite d’un processus de paix engagé il y a vingt-cinq ans.

Celine Dou

Libéria : l’ancienne vice-présidente Jewel Howard-Taylor arrêtée à l’aéroport dans une enquête sur un réseau transnational de drogue

Jewel Howard-Taylor n’a pas quitté le Libéria comme prévu. Mercredi 19 août, l’ancienne vice-présidente a été arrêtée à l’aéroport international Roberts alors qu’elle s’apprêtait à quitter le pays. Quelques heures plus tard, les autorités judiciaires annonçaient son inculpation dans une enquête portant sur un réseau transnational de stupéfiants.

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La scène tranche avec le parcours de celle qui fut, pendant six ans, la deuxième personnalité de l’État libérien. Sous la présidence de George Weah, Jewel Howard-Taylor avait occupé la vice-présidence de 2018 à 2024. Elle avait auparavant siégé au Sénat pendant douze ans, représentant le comté de Bong.

Mercredi, son statut politique n’a pas empêché les autorités de lui barrer la route. Selon le ministère libérien de la Justice, elle a été empêchée de prendre son départ à l’aéroport international Roberts, puis conduite au quartier général de la police nationale pour être entendue dans le cadre de l’enquête. L’annonce de son inculpation est intervenue après l’examen des éléments réunis par une équipe nationale d’enquête associant plusieurs services de sécurité.

Les poursuites sont lourdes. La justice libérienne lui reproche notamment l’importation non autorisée de substances contrôlées, leur vente ou leur transport sans autorisation, ainsi que le trafic illicite de stupéfiants. Le dossier comporte également des accusations de sollicitation criminelle, de conspiration et de blanchiment d’argent. Ces chefs d’accusation sont fondés sur la législation libérienne relative aux stupéfiants, le Code pénal et la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Jewel Howard-Taylor n’est pas seule dans le viseur des enquêteurs. Trois ressortissants étrangers ont également été inculpés dans la même procédure, deux Croates et un Ukrainien. Tous trois sont recherchés et font l’objet de poursuites par contumace, les autorités libériennes ayant annoncé leur intention d’utiliser les voies judiciaires nationales et internationales pour tenter de les retrouver.

L’affaire prend une résonance particulière lorsqu’on regarde le parcours de l’ancienne vice-présidente. Jewel Howard-Taylor avait déjà occupé une place centrale dans la vie politique libérienne avant d’accéder au sommet de l’État. Son nom est aussi lié à celui de Charles Taylor, l’ancien président libérien qu’elle a épousé. Charles Taylor a dirigé le Liberia de 1997 à 2003 avant d’être condamné par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone pour son rôle dans les crimes commis pendant la guerre civile sierra-léonaise.

Mais c’est désormais le parcours de Jewel Howard-Taylor qui se retrouve devant la justice. Les autorités libériennes disent vouloir remonter la chaîne du réseau présumé et déterminer le rôle de chacun de ses membres. Le gouvernement assure qu’aucun statut, aucune fonction passée et aucune relation politique ne doivent constituer un écran lorsqu’une enquête fait apparaître des éléments susceptibles de justifier des poursuites.

L’avocat de l’ancienne vice-présidente, Kabineh M. Ja’neh, a confirmé à Reuters avoir rencontré sa cliente après son arrestation. Il a indiqué que les autorités l’avaient informé de leur intention de la poursuivre et que celle-ci demeurait détenue par la police. L’avocat précisait toutefois qu’il n’avait pas encore vu l’acte formel d’accusation au moment où il s’exprimait.

Pour l’ancienne numéro deux de l’État libérien, une nouvelle étape judiciaire commence donc dans un dossier dont les ramifications dépassent les frontières du pays. La justice devra désormais examiner les éléments retenus contre elle et déterminer si les accusations portées par les autorités reposent sur des faits susceptibles d’être établis devant un tribunal.

À ce stade, Jewel Howard-Taylor reste présumée innocente. Son inculpation ouvre une procédure ; elle ne vaut pas condamnation.

Celine Dou

Syrie : après les frappes israéliennes des 18 et 22 août, Damas et Tel-Aviv négocient en Jordanie une désescalade sous médiation des États-Unis d’Amérique

Deux attaques israéliennes en quatre jours, une inquiétude croissante autour de la présence militaire turque en Syrie et, au lendemain d’une nouvelle frappe, une rencontre discrète entre le ministre syrien des Affaires étrangères et le chef du Mossad. Le 23 août, Assaad al-Chaibani et Roman Gofman se sont retrouvés en Jordanie avec la médiation des États-Unis d’Amérique. Damas veut faire cesser les opérations israéliennes et reprendre les négociations sur un accord de sécurité. Israël cherche à préserver ses intérêts militaires, tandis que la Turquie s’affirme comme l’un des principaux soutiens du nouveau pouvoir syrien.

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Il aura fallu quelques jours pour que les bombes et la diplomatie se succèdent au même endroit.

Le 18 août, Israël frappait la base aérienne d’Abou al-Duhur, dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le 22, un drone israélien touchait un véhicule près de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le lendemain, le ministre syrien des Affaires étrangères Assaad al-Chaibani rencontrait Roman Gofman, le chef du Mossad, en Jordanie, sous médiation des États-Unis d’Amérique.

La proximité entre ces événements dit quelque chose de la fragilité du dialogue entre les deux pays. Les discussions ne portent pas encore sur la paix. Elles cherchent d’abord à empêcher que les opérations militaires israéliennes, la présence turque en Syrie et les ambitions du nouveau pouvoir de Damas ne se heurtent dans un pays qui sort à peine de quatorze années de guerre.

Selon l’agence officielle syrienne SANA, les représentants des deux camps ont discuté de mécanismes destinés à mettre fin aux frappes, arrestations et opérations ciblées israéliennes en Syrie. Ils ont également évoqué la reprise des négociations sur un accord de sécurité et les moyens d’empêcher la rivalité entre Israël et la Turquie de gagner le territoire syrien.

Une frappe qui avait la Turquie pour arrière-plan

L’affaire d’Abou al-Duhur permet de comprendre pourquoi cette rencontre a pris une telle importance.

Le 18 août, huit frappes israéliennes ont touché la piste et des installations de la base aérienne. Israël a affirmé vouloir empêcher le déploiement de forces turques sur le site. Le gouvernement syrien a rejeté cette accusation et assuré qu’aucune base turque permanente n’était prévue à Abou al-Duhur. La Turquie a également condamné l’attaque.

La base se trouve à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Elle est restée hors service pendant des années après avoir été durement affectée par la guerre civile. La Turquie, devenue l’un des principaux soutiens du président syrien Ahmad al-Chareh, participe désormais à la reconstruction des forces armées syriennes et fournit une assistance militaire et politique au nouveau pouvoir de Damas.

Pour Israël, cette évolution change les données de sécurité à sa frontière nord. Pour la Turquie, les frappes israéliennes constituent une attaque contre la souveraineté syrienne et contre la capacité du nouveau gouvernement à reconstruire son armée.

La tension aurait pu monter davantage. Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis d’Amérique en Turquie et envoyé spécial des États-Unis d’Amérique pour la Syrie, a déclaré que les autorités turques n’avaient pas été averties de l’attaque. Selon lui, Ankara aurait pu interpréter le passage des avions israéliens vers son territoire comme une menace et préparer une riposte. Il a qualifié la frappe d’« escalade inutile » et indiqué que les États-Unis d’Amérique travaillaient à un mécanisme de prévention des affrontements entre Israël, la Turquie et la Syrie.

Le lendemain, une nouvelle frappe dans le sud

Le 22 août, alors que les discussions entre Damas et Tel-Aviv étaient déjà envisagées, une nouvelle opération israélienne a touché le sud-ouest de la Syrie.

Un drone a frappé un véhicule près du village de Beit Jinn, à l’ouest de Damas. Le ministère syrien des Affaires étrangères a affirmé qu’il s’agissait d’un véhicule civil et fait état de blessés. L’armée israélienne a, de son côté, déclaré avoir visé un homme présenté comme un « terroriste » dont les activités constituaient, selon elle, une menace immédiate pour ses soldats.

Pour le gouvernement d’Ahmad al-Chareh, cette succession d’opérations est devenue difficilement compatible avec les discussions de sécurité. Pour Israël, elle répond à une logique différente : empêcher l’apparition de menaces qu’il estime susceptibles de viser ses soldats ou son territoire.

C’est dans cet espace étroit entre ces deux lectures que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir le dialogue.

Damas ne demande pas seulement l’arrêt des frappes

Assaad al-Chaibani avait déclaré avant la rencontre que la confiance entre la Syrie et Israël était inexistante. Il n’en demandait pas moins la reprise des négociations.

Le gouvernement syrien veut que les forces israéliennes reviennent aux positions qu’elles occupaient avant la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. Il demande également le rétablissement complet de l’accord de désengagement de 1974 et la fin des frappes, incursions et opérations israéliennes sur son territoire.

Damas refuse en revanche qu’un éventuel accord de sécurité limite sa capacité à reconstruire ses forces armées ou à choisir ses partenaires. Assaad al-Chaibani a clairement défendu le droit de la Syrie à recevoir une aide militaire de la Turquie, mais aussi d’autres pays de la région.

La question du plateau du Golan reste entière. La Syrie continue de considérer ce territoire comme sien, tandis qu’Israël en contrôle la majeure partie depuis 1967. Mais Damas estime que son statut définitif ne doit pas être le préalable aux discussions actuelles. La priorité est d’abord de mettre fin aux opérations militaires et de rétablir un cadre de sécurité.

Israël regarde désormais autant vers Ankara que vers Damas

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le problème israélien n’est plus seulement celui du régime syrien qui lui était hostile.

La Turquie a pris une place considérable auprès du nouveau pouvoir. Ankara aide à reconstruire l’armée syrienne, entretient des liens étroits avec Ahmad al-Chareh et entend conserver une influence durable en Syrie. Israël redoute qu’une présence militaire turque plus importante ne modifie l’équilibre stratégique à proximité de ses frontières.

Ce dossier avait d’ailleurs déjà été abordé directement entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman. Le 14 août, les deux hommes s’étaient entretenus par téléphone, quelques jours avant le bombardement d’Abou al-Duhur. Selon des sources citées par Reuters, la conversation avait notamment porté sur la présence militaire turque en Syrie, les livraisons d’armes et les drones fournis à l’armée syrienne.

La rencontre du 23 août n’est donc pas née de nulle part. Elle prolonge un canal de communication déjà utilisé au plus haut niveau, malgré une confiance presque inexistante entre les deux gouvernements.

Les États-Unis d’Amérique cherchent à empêcher une collision

L’administration de Donald Trump dispose d’un intérêt évident à empêcher que la Syrie ne devienne le lieu d’un affrontement entre Israël et la Turquie.

Les deux pays sont des partenaires importants des États-Unis d’Amérique, mais leurs intérêts en Syrie se rapprochent de moins en moins. L’attaque d’Abou al-Duhur a montré jusqu’où cette rivalité pouvait aller : Israël a frappé une installation syrienne en affirmant vouloir empêcher une implantation turque, tandis que la Turquie a dénoncé une atteinte à la souveraineté de son allié syrien.

Tom Barrack cherche donc à mettre en place un canal permettant aux trois gouvernements de se parler avant qu’une opération militaire ne provoque une réaction en chaîne. Un mécanisme de « désescalade » entre Israël, la Turquie et la Syrie est déjà en préparation.

Les États-Unis d’Amérique cherchent parallèlement depuis plus d’un an à obtenir un accord de sécurité entre Israël et le nouveau gouvernement syrien. Selon Assaad al-Chaibani, les deux parties étaient parvenues à un accord sur une grande partie du texte au début de l’année, notamment sur des zones de sécurité dans le sud de la Syrie et une zone tampon où seules les forces des Nations unies seraient présentes. Damas estime cependant qu’Israël n’a jamais réellement accepté de mettre ces dispositions en œuvre.

Pas de paix, mais une tentative pour éviter la prochaine frappe

Il serait donc excessif de parler d’un rapprochement entre la Syrie et Israël.

Les deux pays restent techniquement en état de guerre. Ils n’ont pas de relations diplomatiques et continuent de s’opposer sur le Golan. Israël maintient des forces dans des secteurs du sud de la Syrie qu’il a occupés après la chute de Bachar al-Assad et poursuit des opérations militaires qu’il présente comme nécessaires à sa sécurité. Damas considère ces opérations comme des violations de sa souveraineté.

Mais quelque chose a changé : les deux camps ont désormais intérêt à maintenir un canal direct.

La Syrie cherche du temps pour reconstruire son État et son armée. Israël veut éviter que la Turquie ne transforme son soutien à Damas en présence militaire durable près de ses frontières. La Turquie veut préserver son influence sans entrer dans une confrontation directe avec Israël. Et les États-Unis d’Amérique veulent empêcher que cette rivalité ne transforme la Syrie en nouveau foyer de guerre.

La rencontre entre Assaad al-Chaibani et Roman Gofman ne règle aucune de ces questions. Elle évite, pour l’instant, qu’elles ne soient réglées par les armes.

La véritable épreuve viendra maintenant : obtenir de chacun des engagements suffisamment précis pour qu’une prochaine frappe ne fasse pas voler en éclats le fragile canal de dialogue que les États-Unis d’Amérique tentent de maintenir.

Celine Dou

France – Présidentielle 2027 : jugeant les Écologistes incapables de gagner seuls, Yannick Jadot rallie Raphaël Glucksmann

Yannick Jadot apporte son soutien à Raphaël Glucksmann au lendemain de l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2027. Le sénateur écologiste estime que son camp ne dispose pas, à lui seul, des moyens politiques pour remporter l’élection. Il participera à la préparation des 100 premiers jours d’une éventuelle présidence Glucksmann, avec un projet d’« état d’urgence écologique ».

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Yannick Jadot a choisi Raphaël Glucksmann. L’ancien candidat écologiste à la présidentielle de 2022 a annoncé son soutien lundi 24 août sur France Inter, quelques heures après l’officialisation de la candidature de Glucksmann.

Pour justifier son choix, le sénateur écologiste ne s’est pas contenté d’invoquer une proximité politique. Il a reconnu les limites de sa propre famille politique dans la course présidentielle. Selon lui, « l’écologie politique pour cette élection présidentielle n’est pas en capacité de rassembler et de jouer la gagne ».

Jadot considère Raphaël Glucksmann comme le candidat le mieux placé pour réunir plusieurs électorats autour de la justice sociale, de l’écologie, de la démocratie et de l’Europe. Il estime également que le député européen dispose d’une possibilité réelle de victoire.

Une candidature Glucksmann à peine officialisée

Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature dimanche 23 août. Le député européen de Place publique participera à la primaire sociale-démocrate prévue en octobre avec le Parti socialiste et son propre mouvement.

Cette primaire doit départager plusieurs personnalités de la gauche sociale-démocrate avant le premier tour de la présidentielle. Glucksmann cherche ainsi à construire une candidature capable de dépasser les seuls rangs de Place publique.

Le soutien de Jadot lui apporte une figure connue de l’écologie politique. En 2022, l’ancien candidat écologiste avait obtenu 4,6 % des suffrages au premier tour de la présidentielle.

Jadot ne rejoint toutefois pas Glucksmann uniquement pour soutenir sa candidature. Il doit également travailler sur le programme écologique du futur candidat.

Jadot chargé des 100 premiers jours

En cas de victoire de Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot devra préparer les mesures des 100 premiers jours consacrées à l’écologie. Il a notamment évoqué la création d’un « état d’urgence écologique ».

Le dispositif doit porter sur plusieurs priorités : renforcer les moyens des pompiers, protéger les populations les plus vulnérables face aux conséquences du changement climatique et adapter les territoires.

Le choix de Jadot donne donc une place importante à l’écologie dans le projet de Glucksmann. Il ne signifie pas pour autant que les deux hommes partagent toutes les mêmes positions.

La question de l’énergie reste notamment sensible. Glucksmann est favorable au développement de nouveaux réacteurs nucléaires, tandis que Jadot défend depuis longtemps une position beaucoup plus critique à l’égard du nucléaire. Leur rapprochement repose donc sur des convergences politiques, sans effacer leurs divergences.

Les Écologistes face à un choix stratégique

La décision de Yannick Jadot intervient aussi dans une famille écologiste qui doit encore déterminer sa stratégie pour 2027.

Marine Tondelier défend l’existence d’un courant écologiste autonome. D’autres responsables écologistes souhaitent travailler avec La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Jadot, lui, choisit désormais le camp de la social-démocratie représenté par Glucksmann.

La différence entre ces orientations dépasse la seule question du candidat. Elle porte sur la conception même du rassemblement de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon veut construire une candidature autour de La France insoumise et de son propre projet politique. Raphaël Glucksmann défend une autre ligne : une gauche sociale-démocrate, écologiste et attachée à la construction européenne. Le Parti socialiste et Place publique doivent précisément tenter de donner une forme électorale à cette seconde orientation à travers la primaire annoncée pour octobre.

Pour les Écologistes, le choix sera donc déterminant. Une candidature autonome permettrait au mouvement de défendre directement son programme, mais risquerait de disperser davantage les voix de gauche. Un rapprochement avec Glucksmann offrirait une autre possibilité : peser sur une candidature plus large et obtenir des garanties sur la place de l’écologie dans son programme.

Glucksmann veut élargir son électorat

Le soutien de Jadot apporte à Raphaël Glucksmann un appui politique qui dépasse le cadre de Place publique. Le candidat cherche à réunir des électeurs sociaux-démocrates, écologistes et pro-européens autour d’une même candidature.

Son résultat aux élections européennes de 2024 constitue l’un de ses principaux points d’appui. La liste commune de Place publique et du Parti socialiste avait obtenu 13,83 % des suffrages et terminé devant celle de La France insoumise.

Mais une présidentielle impose une autre échelle. Glucksmann doit désormais transformer cette base électorale en candidature nationale, obtenir les parrainages nécessaires et convaincre une gauche qui reste divisée sur son candidat et sur sa stratégie.

Le soutien de Jadot ne règle aucune de ces difficultés. Il apporte cependant à Glucksmann un relais supplémentaire auprès d’un électorat écologiste qui sera particulièrement disputé dans les mois à venir.

Une gauche toujours sans candidat commun

À ce stade, aucune des principales composantes de la gauche n’a réussi à imposer une candidature commune pour 2027.

La France insoumise avance avec Jean-Luc Mélenchon. Le Parti socialiste et Place publique préparent leur primaire sociale-démocrate. Les Écologistes doivent encore arrêter leur stratégie définitive.

Le choix de Yannick Jadot constitue donc un positionnement clair : plutôt que de défendre une candidature écologiste autonome, il préfère soutenir un candidat qui, selon lui, peut réunir davantage de Français et atteindre le second tour.

Cette décision pourrait alimenter les discussions au sein des Écologistes dans les prochains mois. Elle pose une question simple à la famille écologiste : faut-il chercher à gagner la présidentielle avec un candidat issu de l’écologie politique ou utiliser une candidature plus large pour imposer ses priorités au futur pouvoir ?

Yannick Jadot a choisi sa réponse. Raphaël Glucksmann devra maintenant démontrer qu’il peut transformer ce soutien en force électorale.

Celine Dou

Cameroun : 74 jours d’absence, des rumeurs sur sa santé, des questions sur le pouvoir… Paul Biya est de retour, ce 20 août 2026

Pendant 74 jours, une question aura occupé une place singulière dans la vie publique camerounaise : où est Paul Biya ? Parti de Yaoundé le 7 juin pour ce qui avait été annoncé comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais n’est finalement rentré que ce jeudi 20 août. Entre-temps, son absence a dépassé le simple cadre d’un déplacement présidentiel. Elle a nourri des rumeurs sur son état de santé, provoqué des démentis officiels, suscité des interrogations sur l’exercice du pouvoir et replacé, plus tôt que prévu, la question de l’après-Biya au centre des conversations politiques.

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Paul Biya est de nouveau au Cameroun. À 93 ans, le chef de l’État a atterri jeudi après-midi à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, en provenance de Genève, avant de rejoindre le palais de l’Unité. Son retour met fin à la plus longue absence de son règne hors du territoire national. Il ne met cependant pas fin aux questions apparues pendant ces dix semaines : sur sa santé, sur la manière dont le pouvoir a fonctionné sans sa présence physique et sur le mécanisme appelé à organiser la succession du chef de l’État en cas de vacance.

Une absence qui devait être courte

Le 7 juin, lorsque Paul Biya quitte le Cameroun accompagné de son épouse Chantal Biya, rien ne laisse officiellement présager une absence aussi longue. Le séjour est présenté par les services de la présidence comme un déplacement privé de courte durée en Europe.

Les jours passent pourtant sans retour ni apparition publique du président. Genève devient progressivement le point de référence de ce séjour, tandis que les informations officielles sur son agenda restent rares. Une absence qui, au départ, pouvait encore être considérée comme une affaire privée finit ainsi par devenir une question publique.

À mesure que les semaines s’accumulent, le silence devient lui-même une information. Cinquante jours, puis davantage. Le record d’absence est dépassé. Dans un pays où Paul Biya exerce le pouvoir depuis 1982, où la présidence concentre une grande partie des décisions politiques et où le chef de l’État est âgé de 93 ans, cette durée ne pouvait rester sans conséquences sur le débat public.

Quand l’absence laisse la place aux rumeurs

C’est alors que les « mauvaises langues » entrent en scène.

Les spéculations ne portent plus seulement sur la date du retour. Elles touchent directement à l’état de santé du président. Des rumeurs d’hospitalisation circulent, puis des affirmations beaucoup plus graves vont jusqu’à annoncer sa mort.

Le gouvernement finit par sortir de son silence. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, assure début août que Paul Biya est vivant et affirme qu’il travaille depuis Genève. Il annonce également son retour prochain. Ces déclarations visent à mettre un terme aux rumeurs les plus alarmistes.

Le 18 juin déjà, René Emmanuel Sadi avait démenti l’information selon laquelle le président aurait été hospitalisé dans une clinique genevoise. Mais le démenti n’a pas suffi à faire disparaître les interrogations. L’absence prolongée, l’absence d’images publiques et la rareté des informations officielles ont continué à alimenter les discussions.

Il faut ici séparer les faits des rumeurs. Rien ne permettait d’établir que Paul Biya était mort ou incapable d’exercer ses fonctions. En revanche, il est établi que ces affirmations ont circulé et qu’elles ont contraint le pouvoir à les démentir publiquement.

C’est précisément cette différence qui compte. Une rumeur n’est pas une information. Mais lorsqu’une rumeur devient suffisamment persistante pour obliger un gouvernement à communiquer, elle devient un fait politique à part entière.

Le pouvoir, lui, continuait de fonctionner

L’autre pièce du puzzle est moins spectaculaire, mais beaucoup plus importante.

Pendant que Paul Biya demeurait en Suisse, des actes présidentiels continuaient d’être pris. Des décrets ont été signés à distance, notamment dans le domaine militaire. Le pouvoir camerounais entendait ainsi montrer que l’absence physique du président ne signifiait pas une absence du chef de l’État dans la conduite des affaires publiques.

C’est là qu’une distinction essentielle apparaît : être absent du territoire n’est pas constitutionnellement la même chose qu’être absent du pouvoir.

Le gouvernement soutenait que le président continuait à travailler. Ses opposants, eux, ont progressivement dénoncé un fonctionnement du pays « en pilote automatique » et demandé que la question de sa capacité à exercer ses fonctions soit examinée.

Le Conseil constitutionnel n’a finalement pas engagé de procédure d’intérim pendant cette période. Le pays a donc continué à fonctionner avec Paul Biya officiellement aux commandes, mais physiquement absent.

Une coïncidence institutionnelle difficile à ignorer

Il existe pourtant une autre pièce, antérieure au départ du président, qui donne à cette absence une portée supplémentaire.

En avril 2026, le Cameroun a réintroduit dans sa Constitution la fonction de vice-président. Le projet avait été présenté alors que Paul Biya, âgé de 93 ans, venait d’entamer un huitième mandat. Reuters avait déjà relevé que cette fonction pouvait notamment jouer un rôle dans la continuité du pouvoir en cas de décès ou d’incapacité du chef de l’État.

La réforme a ensuite été promulguée. Mais pendant l’absence de Paul Biya, le poste est resté vacant. Cette situation a donné une résonance particulière aux interrogations sur la succession : le pays venait précisément de modifier son architecture institutionnelle en prévision de la continuité du pouvoir, sans encore disposer d’un vice-président.

Il ne faut pas pour autant transformer cette réforme en preuve d’un scénario préparé. Elle constitue un élément du contexte, pas la démonstration d’une intention cachée.

Mais dans un pays dirigé par le même homme depuis 1982, où la question de sa succession revient régulièrement, le rapprochement était inévitable.

L’après-Biya s’est invité avant même son retour

Pendant que le président demeurait à Genève, la question n’était donc plus seulement : quand reviendra-t-il ?

Elle devenait : que se passerait-il s’il ne pouvait plus exercer ses fonctions ?

Des responsables de l’opposition ont appelé le Conseil constitutionnel à examiner la situation. Dans le même temps, les spéculations sur la succession se sont intensifiées. La création récente de la vice-présidence a donné une nouvelle dimension à ces débats, tandis que des rivalités et des positionnements autour de l’après-Biya ont été rapportés dans les cercles proches du pouvoir.

Même la vie interne du RDPC a été observée sous cet angle. Fin juillet, le parti au pouvoir a réuni plusieurs de ses hauts responsables alors que l’absence du président commençait à susciter des critiques croissantes. La réunion avait été présentée comme une séance de travail, sans que son agenda détaillé soit rendu public.

Ainsi, pendant que certains comptaient les jours avant le retour du président, d’autres commençaient déjà à regarder ce qui pourrait se passer après lui.

Et puis, Paul Biya est revenu

Jeudi 20 août, la réponse est finalement arrivée par l’image.

Paul Biya a atterri à Yaoundé-Nsimalen vers 16 h 45, en provenance de Genève. Il a ensuite quitté l’aéroport à bord de son cortège pour rejoindre le palais de l’Unité. Des militants du RDPC s’étaient massés le long du parcours pour saluer son retour. Le président, aperçu à bord de son véhicule, leur a fait signe à travers une vitre entrouverte.

Son retour est donc bien réel.

Il apporte une réponse très concrète à certaines des spéculations qui ont accompagné ces dernières semaines : Paul Biya n’est pas mort. Il est rentré au Cameroun et reprend physiquement place au sommet de l’État.

Mais il serait trop simple d’en conclure que les 74 jours précédents n’ont été qu’une parenthèse.

Car les questions soulevées par cette absence ne disparaissent pas avec le retour de l’avion présidentiel.

Ce que les 74 jours ont changé

L’épisode aura surtout montré à quel point, au Cameroun, la présence du chef de l’État reste intimement liée à la perception du fonctionnement du pouvoir.

Une absence prolongée peut être juridiquement compatible avec la continuité de l’État. Elle peut même être accompagnée de décrets et de décisions prises à distance. Mais lorsque cette absence se prolonge pendant plus de deux mois, dans un pays où la présidence occupe une place centrale dans l’architecture politique, elle crée inévitablement un espace pour les interrogations.

Et les interrogations ont trouvé trois terrains : la santé du président, la capacité du système à fonctionner sans sa présence physique et la succession.

Le premier point relève désormais largement de la communication présidentielle et de l’observation des prochains jours. Le deuxième concerne le fonctionnement réel des institutions. Le troisième, lui, dépasse déjà le seul épisode de Genève.

Paul Biya est rentré. L’après-Biya, lui, n’est pas rentré dans les tiroirs.

C’est peut-être la principale leçon de ces 74 jours : une absence peut se terminer en quelques heures, mais les questions qu’elle a fait naître peuvent durer beaucoup plus longtemps.

Celine Dou

France : condamné définitivement dans l’affaire des emplois de son épouse, François Fillon suspendu dix ans de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite

Près de dix ans après l’éclatement de l’affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle, François Fillon voit désormais ses distinctions nationales frappées par une sanction disciplinaire. Deux décrets signés le 19 août 2026 et publiés au Journal officiel le 20 août suspendent pour dix ans l’exercice des droits et prérogatives attachés à ses grades dans la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite.

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L’ancien Premier ministre est grand officier de la Légion d’honneur et grand’croix de l’ordre national du Mérite. La mesure ne constitue pas une nouvelle peine prononcée par un tribunal et ne signifie pas qu’il est définitivement radié de ces deux ordres. Elle est la conséquence disciplinaire d’une condamnation pénale devenue définitive en février 2026, après son désistement de son pourvoi en cassation dans l’affaire des emplois de son épouse, Penelope Fillon.

Une sanction qui trouve son origine dans l’affaire des emplois de Penelope Fillon

Pour comprendre la décision publiée cette semaine, il faut revenir à janvier 2017.

Alors candidat de la droite à l’élection présidentielle, François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire alors que la réalité de son travail fait l’objet de sérieuses contestations. L’affaire prend rapidement une ampleur nationale et devient l’un des éléments déterminants de sa campagne.

La justice finit par retenir sa responsabilité pénale. La Cour de cassation avait confirmé en avril 2024 sa culpabilité pour détournement de fonds publics. Elle avait toutefois renvoyé la question des peines devant une nouvelle formation de la cour d’appel de Paris. Autrement dit, la culpabilité était déjà définitive ; seul le volet concernant la peine devait encore être rejugé.

Le 17 juin 2025, la cour d’appel de Paris fixe finalement cette peine à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

François Fillon forme alors un pourvoi en cassation. Mais le 16 février 2026, il se désiste de ce recours. Sa peine devient donc définitive.

C’est cette dernière étape qui complète le puzzle.

Pourquoi une condamnation pénale entraîne-t-elle une sanction dans la Légion d’honneur ?

La Légion d’honneur n’est pas seulement une décoration que l’on conserve indépendamment de son comportement ultérieur. Le code qui régit l’ordre prévoit une discipline propre à ses membres.

Trois sanctions disciplinaires sont prévues : la censure, la suspension totale ou partielle des droits et prérogatives attachés à la qualité de membre, et l’exclusion de l’ordre.

Le code prévoit notamment que les droits et prérogatives d’un membre peuvent être suspendus en cas de condamnation à une peine correctionnelle. Il prévoit également qu’une personne condamnée pour un crime ou à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an est exclue de l’ordre.

Dans le cas de François Fillon, la condamnation prononcée en 2025 est une peine correctionnelle entièrement assortie du sursis. Il ne se trouve donc pas dans le cas d’une exclusion automatique correspondant à une peine d’emprisonnement ferme d’au moins un an.

Le droit permet en revanche une suspension des droits et prérogatives. C’est précisément la mesure retenue.

Dix ans de suspension, mais pas une radiation définitive

C’est une distinction importante.

Dire que François Fillon est « suspendu de la Légion d’honneur » ne signifie pas qu’il a définitivement perdu sa distinction.

Pendant dix ans, il est privé de l’exercice des droits et prérogatives attachés à son grade de grand officier de la Légion d’honneur. La suspension touche également son grade de grand’croix de l’ordre national du Mérite.

La différence avec une exclusion est prévue noir sur blanc par le code : l’exclusion retire définitivement la qualité de membre de l’ordre, tandis que la suspension prive le décoré, pendant la durée fixée, des droits et prérogatives attachés à cette qualité.

La mesure a néanmoins une portée concrète : durant la suspension, le droit de porter les insignes des décorations relevant de la grande chancellerie est lui aussi suspendu.

Une procédure distincte du procès pénal

La sanction disciplinaire n’est donc pas prononcée par la cour d’appel de Paris.

Les deux procédures ne se confondent pas.

Le procès pénal a établi la responsabilité de François Fillon dans l’affaire des emplois de son épouse et fixé une peine. La procédure disciplinaire relève, elle, du régime propre aux ordres nationaux.

Le code prévoit que les décisions judiciaires concernant les membres de la Légion d’honneur sont transmises au grand chancelier. L’intéressé doit ensuite pouvoir prendre connaissance du dossier et présenter ses explications et sa défense. Le conseil de l’ordre émet un avis sur la sanction à prendre.

Depuis une modification réglementaire entrée en vigueur en 2025, lorsque les conseils de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite sont saisis du même dossier et rendent des avis différents, le grand chancelier intervient pour formuler une proposition dans le cadre prévu par le code.

La décision finale de suspension est ensuite prononcée par décret du président de la République dans le cadre prévu par le code. Les décisions de suspension et d’exclusion sont publiées au Journal officiel.

Pourquoi l’ordre national du Mérite est-il également concerné ?

François Fillon ne détenait pas seulement la Légion d’honneur.

L’ancien Premier ministre est également grand’croix de l’ordre national du Mérite, une dignité particulièrement élevée.

Les deux ordres sont distincts, mais ils sont administrés par le même grand chancelier. Surtout, le code prévoit que les sanctions et la procédure disciplinaires applicables à la Légion d’honneur s’appliquent également aux membres de l’ordre national du Mérite, sous réserve de certaines dispositions particulières.

La suspension prononcée contre François Fillon concerne donc les deux distinctions.

Une conséquence qui arrive après neuf années de procédures

Le calendrier permet de mesurer la portée de la décision.

L’affaire éclate en 2017, au moment où François Fillon est candidat à l’élection présidentielle et figure parmi les principaux prétendants à l’Élysée. Sa campagne est profondément affectée par les révélations.

La procédure judiciaire se poursuit pendant plusieurs années. La culpabilité devient définitive en 2024. La cour d’appel fixe ensuite la peine en juin 2025. François Fillon se désiste finalement de son pourvoi en février 2026, rendant cette peine définitive.

Six mois plus tard, les conséquences disciplinaires concernant ses distinctions nationales sont officialisées.

Ce décalage explique pourquoi une affaire politique vieille de près d’une décennie revient aujourd’hui dans l’actualité : la justice pénale avait terminé son travail, mais les conséquences attachées au statut de décoré devaient encore suivre leur propre procédure.

Ce que cette décision dit réellement

Il serait donc réducteur de présenter la décision comme une simple « perte de la Légion d’honneur ».

François Fillon n’est pas radié définitivement de l’ordre. Il est suspendu pendant dix ans de l’exercice des droits et prérogatives liés à ses deux dignités nationales.

La décision constitue néanmoins une sanction institutionnelle significative. Elle vient ajouter une conséquence disciplinaire à une condamnation pénale devenue définitive, après une affaire qui avait déjà mis fin à ses ambitions présidentielles en 2017.

Le parcours de François Fillon connaît ainsi un nouvel épisode judiciaire et institutionnel : après la condamnation, puis la fin des recours, c’est désormais le statut de décoré de la République qui est directement touché.

Celine Dou

France : Yvette Roudy, première ministre des Droits de la femme, est morte à 97 ans

Yvette Roudy est morte mardi 18 août à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986 dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius, elle fut la première à occuper en France un ministère de plein exercice consacré aux droits des femmes. Son nom reste attaché au remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale et à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais son parcours raconte aussi une période où l’égalité entre les femmes et les hommes commençait à sortir du seul champ militant pour entrer dans celui de l’action gouvernementale.

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En 1981, un ministère change de nom et de dimension

Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en mai 1981, la question des femmes n’est pas nouvelle dans la politique française. Françoise Giroud avait déjà été secrétaire d’État chargée de la Condition féminine sous Valéry Giscard d’Estaing.

Mais le gouvernement socialiste fait un choix différent. Yvette Roudy reçoit un ministère consacré aux Droits de la femme.

La nuance compte.

Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à la situation des femmes ou de mettre en place des actions ponctuelles. Le gouvernement inscrit leurs droits dans un portefeuille ministériel identifié et dans l’administration de l’État. Les archives du ministère montrent d’ailleurs l’ampleur progressivement donnée à cette structure, avec des relais régionaux et départementaux et des dossiers portant aussi bien sur le travail que sur la contraception, l’IVG, les associations ou les relations avec le Parlement.

Roudy arrive à ce poste avec un parcours déjà consacré à la cause des femmes. En 1964, elle avait traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, publié sous le titre La Femme mystifiée. Elle avait également signé en 1971 le Manifeste des 343 et participé aux mouvements féministes avant son engagement gouvernemental.

Elle ne découvre donc pas le féminisme en entrant au gouvernement. Elle y apporte des revendications qu’elle veut désormais transformer en décisions publiques.

Après la loi Veil, l’IVG reste une question d’accès

L’un de ses premiers combats concerne l’avortement.

Il faut ici distinguer deux étapes que les hommages rendus depuis sa mort tendent parfois à rapprocher. La loi Veil de 1975 avait dépénalisé l’IVG sous certaines conditions. Yvette Roudy n’est pas à l’origine de cette légalisation.

Son combat porte sur ce qui vient ensuite : la prise en charge financière de l’intervention.

En 1982, le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale est adopté. Une liberté reconnue par la loi quelques années auparavant devient ainsi moins dépendante des ressources financières des femmes qui souhaitent y recourir. La mesure constitue l’une des principales réalisations de son passage au gouvernement.

Le raisonnement qui sous-tend cette réforme est alors décisif : un droit reconnu par la loi peut rester théorique si les conditions matérielles permettant de l’exercer ne sont pas réunies.

En 1983, le travail devient le nouveau terrain de bataille

La deuxième grande réforme porte sur l’emploi.

La loi du 13 juillet 1983, qui prendra le nom de « loi Roudy », interdit notamment de fonder sur le sexe le refus d’une embauche, d’une formation ou d’une promotion. Elle impose également aux entreprises concernées de présenter un rapport comparant la situation professionnelle des femmes et des hommes.

L’objectif est de donner aux inégalités professionnelles une existence juridique et de contraindre les entreprises à regarder leur propre fonctionnement.

Mais le texte porte déjà en lui une difficulté qui apparaîtra avec les années : la loi peut fixer une obligation sans garantir qu’elle sera respectée.

Roudy le constatera elle-même. Des décennies après l’adoption de son texte, elle déplorera encore son application insuffisante et la persistance des écarts entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel.

Cette distance entre le droit et la réalité constitue l’une des limites de son bilan, mais aussi l’une des raisons pour lesquelles son action demeure importante : elle avait fait entrer l’égalité professionnelle dans la loi à une époque où elle n’allait nullement de soi.

Même les mots deviennent une affaire d’État

Son ministère s’intéresse également au vocabulaire.

En 1984, une commission est créée pour travailler sur la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de grades et de titres. Elle est présidée par Benoîte Groult.

La démarche répond à une évolution très concrète : les femmes occupent de plus en plus de professions et de responsabilités, mais la langue administrative continue largement à les désigner au masculin.

La féminisation des fonctions n’est donc pas, pour Roudy, une question décorative. Elle accompagne la place nouvelle que les femmes cherchent à prendre dans la vie professionnelle et publique.

Le sujet, aujourd’hui banal dans de nombreux usages, était alors suffisamment controversé pour devenir une véritable question politique.

Roudy n’a pourtant pas remporté toutes ses batailles

C’est aussi ce qui distingue son parcours d’un récit simplement triomphal.

En 1983, elle défend un projet de loi visant à lutter contre le sexisme. Le texte rencontre une forte opposition, notamment autour de la publicité et de la liberté d’expression, et ne débouche pas sur la réforme espérée. Les archives du Calvados conservent d’ailleurs les traces de cette bataille politique menée alors qu’elle était ministre.

La représentation politique des femmes constitue un autre terrain difficile.

En 1982, une disposition destinée à favoriser la présence des femmes sur les listes municipales est censurée par le Conseil constitutionnel. La volonté politique d’introduire une représentation plus équilibrée se heurte ainsi au cadre constitutionnel de l’époque.

Il faudra attendre près de vingt ans pour qu’une réforme constitutionnelle puis la loi du 6 juin 2000 permettent d’instaurer la parité dans les élections politiques.

Roudy continuera, entre-temps, à défendre cette cause.

Une bataille commencée en 1981 qui ne s’arrête pas en 1986

Son départ du gouvernement ne signifie pas son retrait du combat.

Députée du Calvados, puis maire de Lisieux de 1989 à 2001, elle continue de s’investir dans la représentation des femmes et dans les questions d’égalité. Le combat pour la parité devient notamment l’un de ses engagements des années suivantes.

Cette continuité est importante.

La ministre qui avait vu une première tentative de quota censurée en 1982 poursuit son action jusqu’à l’adoption, en 2000, de la loi favorisant l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives.

Entre ces deux dates, la société française a changé. Le principe même de la parité, longtemps considéré comme incompatible avec une conception stricte de l’égalité devant la loi, finit par trouver sa place dans le droit.

Une ministre, mais surtout une femme qui avait changé de terrain

Yvette Roudy avait commencé sa vie professionnelle loin des sommets de l’État. Née à Pessac en 1929, elle entre dans la vie active comme dactylographe avant de devenir traductrice et militante.

Cette trajectoire explique en partie la nature de son engagement.

Elle avait connu le monde du travail avant d’en faire un objet de réforme. Elle avait découvert les grandes idées du féminisme international par son travail de traduction. Elle avait participé aux mobilisations féministes avant de rejoindre les institutions.

Puis elle avait fait le chemin inverse de celui que beaucoup de militants redoutent : elle n’a pas abandonné ses revendications en entrant au pouvoir ; elle a tenté de donner au pouvoir les moyens de les appliquer.

C’est là que se trouve la singularité de son passage au gouvernement.

Ce que son parcours dit de la France d’aujourd’hui

Yvette Roudy disparaît alors que plusieurs des questions qu’elle avait portées sont toujours présentes dans la société française.

L’égalité professionnelle demeure un sujet, malgré les nombreuses réformes adoptées depuis 1983. La représentation des femmes dans la vie politique a progressé avec la parité, sans que toutes les fonctions de pouvoir soient devenues également accessibles. Et les droits liés à la santé reproductive continuent de dépendre, au-delà des textes, de l’accès concret aux services et aux soins.

Roudy avait elle-même refusé de considérer les avancées obtenues comme définitives. En 2018, lors de la création de sa fondation, elle rappelait que des progrès avaient été accomplis mais que le chemin restait long. La fondation devait notamment soutenir des actions consacrées à l’égalité professionnelle, à l’accès aux droits, à l’IVG et à la contraception.

Son décès rappelle ainsi une réalité que son propre parcours avait déjà illustrée : les droits peuvent être inscrits dans la loi en quelques années, mais leur traduction dans la vie quotidienne demande beaucoup plus de temps.

Une page de la politique française se tourne

Yvette Roudy est morte à Cabestany à 97 ans, après une vie politique qui aura traversé plusieurs générations du féminisme français. Les hommages rendus depuis l’annonce de sa disparition saluent notamment la ministre qui fit adopter le remboursement de l’IVG, la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle et la reconnaissance officielle du 8 mars.

Mais son parcours ne se résume pas à une liste de réformes.

En 1981, elle avait reçu une mission nouvelle : faire des droits des femmes une responsabilité gouvernementale à part entière. Certaines de ses propositions ont abouti. D’autres ont échoué. Certaines lois ont été adoptées sans produire immédiatement les changements espérés.

C’est précisément cette histoire, faite d’avancées et de résistances, qui donne à sa disparition sa portée politique.

Yvette Roudy n’a pas achevé le combat qu’elle avait commencé. Elle a contribué à déplacer son lieu : des mouvements féministes vers l’État, puis de l’État vers la société tout entière.

Celine Dou

Irlande : la New IRA menace-t-elle les migrants d’un ultimatum de 24 heures pour quitter le pays ?

Une vidéo diffusée début août montre un homme annonçant que des migrants pourraient recevoir un ultimatum de 24 heures pour quitter l’Irlande. Des sources du renseignement britannique, citées par le Mail on Sunday, affirment que la New IRA chercherait à transformer la colère contre l’immigration en campagne de violence. Mais une pièce essentielle manque encore : aucune revendication publique de la New IRA ne permet d’attribuer cette menace à l’organisation avec certitude.

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