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France : trois morts dans la Manche alors que les traversées vers le Royaume-Uni reculent de 42 %

Un enfant de 10 ans et deux femmes sont morts lundi 28 septembre dans la Manche, à bord d’une embarcation qui transportait 105 personnes. Le drame porte à 22 le nombre de morts enregistrés depuis le début de l’année sur cette route migratoire. Pourtant, le nombre de personnes arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations a chuté de 42 % sur un an. Derrière cette baisse, une autre évolution inquiète les autorités : les canots sont de plus en plus chargés.

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L’embarcation était partie de la côte du Pas-de-Calais dans la matinée. Lorsque ses occupants ont demandé de l’aide, elle se trouvait à environ six kilomètres au large. Les secours français ont récupéré les 105 passagers. Trois d’entre eux étaient déjà morts : deux femmes d’une trentaine d’années et un garçon de 10 ans, probablement originaire d’Érythrée. Selon les premiers éléments communiqués par le préfet du Pas-de-Calais, les victimes auraient été écrasées dans la cohue provoquée par la surcharge du bateau, et non noyées.

Une traversée qui ne ressemble plus seulement à un naufrage

Le terme de « naufrage » ne suffit pas à raconter ce qui s’est passé lundi. L’embarcation n’a pas coulé. La plupart des passagers ont pu être secourus après avoir eux-mêmes appelé les secours. Le problème s’est produit à bord, dans un espace saturé de personnes.

Cette situation correspond à une méthode utilisée depuis plusieurs mois sur le littoral du Pas-de-Calais : le « taxi-boat ». Des embarcations arrivent par la mer au plus près du rivage, prennent des passagers dans une zone peu profonde, puis repartent vers le large. Cette organisation permet aux réseaux de passeurs de réduire le temps passé sur les plages, où les forces françaises surveillent les départs. Mais elle rend aussi les embarquements particulièrement désordonnés. Trois corps avaient déjà été retrouvés la semaine précédente dans le Pas-de-Calais après des départs de ce type.

Le 28 septembre, la préfecture maritime a dû mobiliser plusieurs moyens de secours : le navire Ridens, l’Abeille Normandie, le patrouilleur Pluvier et un hélicoptère de la Marine nationale transportant une équipe du SMUR maritime. Sur les 105 personnes récupérées, plusieurs nécessitaient des soins, tandis que les trois victimes n’ont pu être réanimées.

Moins d’arrivées au Royaume-Uni, mais des bateaux plus remplis

Au 27 septembre, 19 135 personnes avaient atteint le Royaume-Uni par petites embarcations depuis le début de l’année. Elles étaient 33 083 à la même date en 2025, soit une baisse de 42 %. Les données du Home Office restent provisoires et peuvent être révisées.

La diminution est donc réelle. Elle ne signifie cependant pas que les départs ont disparu ni que les traversées sont devenues moins dangereuses.

Au contraire, la capacité des embarcations utilisées par les réseaux de passeurs a fortement augmenté. Entre septembre 2025 et septembre 2026, les bateaux arrivés au Royaume-Uni transportaient en moyenne 67 personnes, contre beaucoup moins les premières années du phénomène. En août, une embarcation avait même transporté 230 personnes, un niveau qui avait attiré l’attention des autorités britanniques.

Le calcul est simple : moins de bateaux peuvent suffire à transporter un nombre important de personnes lorsqu’ils sont davantage remplis. Pour ceux qui montent à bord, cette concentration augmente mécaniquement les risques liés à la stabilité du bateau, aux mouvements de foule et aux incidents pendant la traversée.

Le drame de lundi en donne une illustration particulièrement brutale : les trois victimes ne seraient pas mortes après le naufrage du canot, mais dans la cohue à bord.

Paris et Londres ont pourtant renforcé leur dispositif

Cette évolution intervient alors que la France et le Royaume-Uni ont considérablement renforcé leur coopération.

Le partenariat conclu en 2026 prévoit une augmentation de 53 % des effectifs français financés dans le cadre du dispositif, de 907 personnes sur la période précédente à 1 392 pour la période 2026-2029. Londres doit également consacrer jusqu’à 500 millions de livres, soit environ 580 millions d’euros, au renforcement du contrôle du littoral du nord de la France, auxquels peuvent s’ajouter 161 millions de livres destinés à de nouvelles actions évaluées selon leur efficacité.

Le dispositif vise notamment les départs depuis les plages, les embarcations utilisées par les passeurs et les réseaux criminels qui organisent les traversées. La France et le Royaume-Uni cherchent donc moins à gérer les arrivées une fois les personnes débarquées qu’à empêcher le départ et à atteindre les organisateurs.

Les autorités françaises ont aussi renforcé la surveillance des zones où les passeurs utilisent des « taxi-boats ». Mais la géographie du littoral et la rapidité des embarquements compliquent le travail des forces de l’ordre.

Pourquoi la baisse des traversées ne règle pas la question

La baisse de 42 % constitue un changement important, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’efficacité de chacune des mesures prises par Paris et Londres.

Les chiffres dépendent aussi de la météo, des stratégies des passeurs, du nombre de départs empêchés en France et de l’évolution des routes empruntées. Le 23 septembre, la préfecture maritime indiquait ainsi avoir secouru 129 personnes en trois jours lors de plusieurs opérations distinctes. Une personne était morte dans la même période.

Le phénomène reste donc actif, même lorsque les conditions empêchent momentanément les départs. Et lorsque les réseaux disposent de fenêtres météorologiques favorables, ils peuvent tenter de faire partir un nombre très important de personnes en peu de temps.

Le 23 septembre, 781 personnes étaient arrivées au Royaume-Uni en une seule journée, un record pour 2026, alors même que le bilan annuel demeurait nettement inférieur à celui de 2025.

Cette combinaison, moins d’arrivées sur l’ensemble de l’année, mais des opérations ponctuelles très massives complique la lecture du phénomène.

Une route moins fréquentée, mais toujours meurtrière

Les trois décès du 28 septembre portent à 22 le nombre de personnes mortes cette année en tentant de rejoindre le Royaume-Uni par la Manche, selon le décompte de l’AFP établi à partir des données françaises et britanniques. En 2025, 29 morts avaient été recensés sur l’ensemble de l’année.

Le chiffre de 2026 n’est donc pas encore celui de l’année précédente, mais il rappelle que la diminution des arrivées ne suit pas nécessairement la même courbe que le risque mortel.

Le calendrier joue aussi. La préfecture maritime rappelle que la Manche est l’une des zones maritimes les plus fréquentées au monde, avec des courants puissants, des bancs de sable et des conditions susceptibles de changer rapidement. Fin septembre, les coefficients de marée atteignaient 101 les 28 et 29 septembre.

Pour les passeurs, ces contraintes sont aussi une raison de profiter des périodes jugées favorables. Pour les personnes embarquées, elles rendent chaque départ incertain.

La France et le Royaume-Uni peuvent donc se prévaloir d’une baisse nette des arrivées en 2026. Mais le drame de lundi pose une question différente : combien de personnes faut-il encore entasser dans des embarcations précaires avant qu’une baisse statistique cesse d’être synonyme de vies toujours exposées ?

La réponse ne dépendra pas uniquement du nombre de patrouilles sur les plages. Elle dépendra aussi de la capacité des deux pays à démanteler les réseaux qui organisent les départs, à maintenir la pression sur leurs activités et à proposer, lorsqu’elles existent, des voies légales suffisamment accessibles pour modifier les choix des personnes qui prennent aujourd’hui la mer.

Sur le papier, la tendance de 2026 est favorable à Paris et Londres : les arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations ont diminué de 42 % en un an.

Sur le littoral du Pas-de-Calais, la réalité est plus dure. Lundi, 105 personnes ont embarqué sur un même canot. Trois sont mortes, dont un enfant de 10 ans. Et 22 personnes ont déjà perdu la vie cette année sur cette route.

La baisse des chiffres n’a donc pas fait disparaître le problème. Elle en a changé les proportions. Moins de personnes traversent, mais les embarcations restent surchargées et les réseaux de passeurs continuent d’exploiter chaque fenêtre possible.

Celine Dou

Népal : le Premier ministre Balendra Shah propose à la Chine et à l’Inde un mécanisme commun face aux risques climatiques dans l’Himalaya

Un mois après la catastrophe qui a dévasté plusieurs vallées himalayennes, le Népal veut changer d’échelle. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Balendra Shah a demandé un soutien financier sous forme de dons pour reconstruire son pays et proposé avec la Chine et l’Inde un mécanisme commun de surveillance et d’alerte face aux risques qui menacent l’Himalaya

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Le 26 août, l’effondrement d’une masse de glace et de roches sur le massif du Langtang Lirung a déclenché une cascade meurtrière dans la région de Rasuwa, au nord du Népal. Les dernières données du gouvernement font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 disparus. Treize installations hydroélectriques ont été touchées et les dégâts et pertes représentent environ 4 à 5 % du produit intérieur brut népalais. À New York, Balendra Shah a voulu tirer de cette catastrophe une proposition régionale : partager les données satellitaires, surveiller les lacs glaciaires et mettre en place des systèmes d’alerte communs avec la Chine et l’Inde.

Une catastrophe qui ne s’arrête pas à la frontière

Le drame du 26 août n’a pas commencé dans les vallées où l’eau a tout emporté. Il trouve son origine à haute altitude, sur le versant nord du Langtang Lirung, montagne d’environ 7 200 mètres située dans la région himalayenne. À 8 h 37, heure népalaise, un important effondrement de glace et de roches s’est produit. La masse déstabilisée a déclenché une succession de phénomènes qui ont propagé l’eau, les débris et les matériaux vers les vallées en contrebas.

Le phénomène a ensuite franchi les frontières. La catastrophe a touché le Népal et la Chine avant que les eaux ne poursuivent leur trajectoire vers l’Inde. C’est précisément cette dimension transfrontalière que Balendra Shah a placée au cœur de son discours devant les Nations unies le 24 septembre.

« Le changement climatique ne reconnaît pas les frontières », a déclaré le Premier ministre népalais, en appelant à dépasser les dispositifs nationaux dispersés.

La proposition qui accompagne ce constat est concrète : créer un Himalayan Climate Resilience Mechanism, piloté par le Népal, la Chine et l’Inde. Le dispositif aurait pour fonctions de partager les données satellitaires et l’expertise scientifique, surveiller les lacs glaciaires dangereux, renforcer les systèmes d’alerte précoce et coordonner les secours lorsqu’une catastrophe traverse les frontières.

L’idée répond à une faiblesse déjà observée lors de la catastrophe. Des images satellitaires avaient permis d’observer l’évolution de la masse de glace et de roches avant son effondrement. Des chercheurs ont depuis souligné que les moyens d’observation existaient, tandis que la transmission de l’information vers ceux capables d’agir restait un problème majeur.

L’Himalaya devient un problème de sécurité humaine

La proposition népalaise dépasse donc la seule reconstruction des zones sinistrées.

Le massif de l’Hindu Kush-Himalaya fournit de l’eau, des terres agricoles, des écosystèmes et des moyens de subsistance à près de deux milliards de personnes, selon les données avancées par Balendra Shah devant l’ONU. Une perturbation majeure des glaciers et des cours d’eau peut donc produire des conséquences bien au-delà du territoire népalais.

La catastrophe du 26 août a également montré la succession possible de plusieurs risques. L’effondrement glaciaire a provoqué une importante coulée de matériaux et une crue soudaine. Des travaux scientifiques ont également documenté une activité sismique liée à l’effondrement, illustrant le caractère en cascade de certains risques de haute montagne.

La température constitue un autre élément du dossier. Une revue scientifique rapide citée par Nature conclut que les températures exceptionnellement élevées enregistrées en juillet et août ont contribué à déstabiliser une zone déjà particulièrement vulnérable. Cela ne signifie pas que le changement climatique constitue l’unique cause de la catastrophe : la géologie du massif, la présence de glace et de roches instables ainsi que la dynamique propre de l’effondrement ont également joué un rôle.

Cette combinaison rend les systèmes d’alerte particulièrement importants. Une surveillance efficace doit désormais permettre de détecter plusieurs signaux successifs, depuis l’évolution d’un glacier ou d’un versant jusqu’à l’arrivée d’une crue dans les vallées habitées.

Plus de 1 450 morts, 5 000 disparus et des milliards à reconstruire

Un mois après la catastrophe, l’urgence humanitaire demeure considérable. Les dernières données communiquées par le gouvernement népalais font état de plus de 1 451 morts et de plus de 5 000 personnes toujours portées disparues. Les destructions ont affecté les habitations, les routes, les ponts, les moyens de subsistance et les infrastructures énergétiques. Treize projets hydroélectriques ont été touchés. Les dégâts et pertes sont évalués à environ 4 à 5 % du PIB du Népal.

Le coût de la reconstruction pourrait toutefois être nettement supérieur. Le gouvernement népalais l’évalue à près de 5 milliards de dollars, soit environ 10 % du PIB du pays.

La différence entre les deux chiffres tient à leur périmètre. Les 4 à 5 % correspondent à l’estimation actuelle des pertes et dégâts, tandis que les quelque 10 % évoqués par le gouvernement correspondent à l’effort global de reconstruction envisagé.

Pour un pays en développement comme le Népal, une telle facture représente un choc majeur. Une catastrophe qui détruit des infrastructures financées au fil des années oblige l’État à consacrer de nouvelles ressources à la réparation plutôt qu’à l’éducation, à la santé, aux transports ou au développement économique.

Le Premier ministre népalais veut donc éviter que son pays reconstruise indéfiniment ce que les catastrophes détruisent.

Katmandou réclame des dons plutôt que de nouvelles dettes

Devant les Nations unies, Balendra Shah a également insisté sur la question du financement.

Le Népal a sollicité 20 millions de dollars auprès du Fonds pour répondre aux pertes et dommages, soit le montant maximal actuellement accessible dans ce mécanisme. Cette demande reste très inférieure aux besoins du pays.

Le système international de financement climatique se trouve lui-même sous pression. Nature rapporte que plus d’une centaine de pays attendent des décisions sur des demandes de financement, pour un montant total très supérieur aux ressources disponibles du fonds. Le Népal devient ainsi l’un des premiers grands tests de la capacité de ce mécanisme à apporter rapidement une aide aux pays frappés par une catastrophe climatique majeure.

Balendra Shah a donc demandé que l’aide destinée à la reconstruction prenne la forme de dons plutôt que de prêts. Son argument est simple : le Népal a très peu contribué aux émissions mondiales de gaz à effet de serre et ne veut pas s’endetter pour réparer des dégâts auxquels il estime avoir peu contribué.

Cette revendication renvoie au principe de « responsabilités communes mais différenciées » adopté dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le Premier ministre népalais demande que les États ayant davantage contribué historiquement au problème et disposant de moyens financiers plus importants prennent une part plus importante de l’effort.

Chine, Inde, Népal : une coopération difficile à construire

La proposition himalayenne comporte cependant une dimension diplomatique importante.

Le Népal se trouve entre la Chine et l’Inde, deux puissances asiatiques dont les relations sont marquées par des intérêts stratégiques parfois concurrents. Leur coopération dans la surveillance des glaciers, le partage des données et les systèmes d’alerte supposerait donc de faire circuler rapidement des informations scientifiques et opérationnelles entre trois États qui n’ont pas toujours les mêmes priorités.

Le climat offre ici un terrain de coopération très concret. Une masse glaciaire ne tient aucun compte des frontières politiques, pas plus qu’une rivière en crue. Une alerte transmise quelques minutes ou quelques heures plus tôt peut pourtant modifier radicalement le nombre de personnes exposées.

Le projet de Balendra Shah cherche ainsi à transformer une contrainte géographique en dispositif commun. Le Népal ne demande pas à la Chine et à l’Inde de régler leurs différends. Il leur propose de partager des informations lorsque la vie de populations situées dans plusieurs pays peut en dépendre.

Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a poursuivi cette offensive diplomatique le 25 septembre lors d’un événement organisé aux Nations unies consacré à la résilience climatique de l’Himalaya. Le Népal y a notamment réuni le Bhoutan, les Maldives, la Nouvelle-Zélande, les Samoa et le Tadjikistan autour de cette question.

Des satellites aux systèmes d’alerte : ce qui manque désormais

Le débat prend une dimension particulière parce que les technologies nécessaires à une meilleure surveillance existent déjà en partie.

Les images satellitaires ont permis d’observer des signes de déplacement de la masse glaciaire avant son effondrement. Des chercheurs estiment que les systèmes d’observation peuvent aujourd’hui être reliés à des chaînes d’alerte capables de transmettre rapidement une information aux populations exposées.

Le problème devient alors institutionnel : qui surveille, qui reçoit l’information, qui décide de déclencher l’alerte et qui organise l’évacuation ?

C’est précisément ce que Balendra Shah veut modifier. Dans son discours, il a appelé à passer d’une gestion ponctuelle des catastrophes à une véritable « culture de la préparation », avec des infrastructures plus solides, des systèmes d’alerte efficaces, des investissements dans l’assurance et l’innovation et une meilleure coordination transfrontalière.

La catastrophe du 26 août a montré le prix de l’absence de coordination suffisante. La prochaine étape consiste à savoir si les États concernés accepteront de transformer les capacités scientifiques disponibles en un système régional permanent.

À New York, le Premier ministre népalais n’a donc pas seulement demandé de l’argent pour réparer les dégâts. Il a proposé de changer la manière dont les États de l’Himalaya se préparent aux catastrophes. La Chine et l’Inde sont désormais placées devant une proposition qui touche directement à la sécurité de leurs populations et à la gestion d’un espace montagneux dont les risques ignorent les frontières.

Un mois après les inondations qui ont fait plus de 1 451 morts et laissé plus de 5 000 personnes disparues, le Népal tente de transformer une catastrophe nationale en projet régional. Le mécanisme proposé par Balendra Shah reste à construire, son financement à trouver et la coopération entre Katmandou, Pékin et New Delhi à organiser.

Le message adressé à l’ONU est toutefois précis : les satellites peuvent détecter les signes avant-coureurs, les scientifiques peuvent identifier les risques et les États peuvent partager les informations. Encore faut-il que ces moyens soient réunis avant que la prochaine masse de glace et de roches ne dévale les vallées.

Celine Dou

Littérature : le Goncourt retire le roman de Thélyson Orélien après les accusations d’IA et de plagiat

Le 21 septembre, C’était ça ou mourir remportait le Prix du Roman Fnac 2026 et figurait encore parmi les prétendants au Goncourt. Quatre jours plus tard, l’Académie Goncourt retirait le roman de sa sélection. Entre-temps, des analyses avaient pointé une utilisation massive de l’intelligence artificielle et des recherches avaient fait ressurgir plusieurs textes anciens accusés de plagiat. L’affaire pose aussi une question beaucoup plus embarrassante pour le monde littéraire : que récompense-t-on encore lorsque des textes standardisés, emphatiques et fabriqués selon des procédés désormais caractéristiques de l’IA sont présentés comme de grandes œuvres littéraires ?

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Publié en France par Grasset le 19 août 2026, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien était devenu l’un des romans les plus commentés de la rentrée. Sélectionné pour plusieurs grands prix, présenté par son éditeur comme « le phénomène littéraire de l’année 2026 » et récompensé par le Prix du Roman Fnac, le livre connaît désormais une chute brutale. Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a annoncé son retrait de la sélection, en invoquant les accusations de plagiat visant des textes anciens de l’auteur et les résultats convergents de plusieurs analyses portant sur l’utilisation présumée de l’intelligence artificielle.

Quatre jours pour passer du prix Fnac à l’exclusion du Goncourt

Le calendrier suffit à mesurer le retournement.

Le 21 septembre, C’était ça ou mourir recevait le Prix du Roman Fnac 2026. Le roman, publié quelques semaines auparavant en France, avait déjà intégré les sélections du Goncourt, du Renaudot, du Femina, du Médicis et du Prix Décembre. Grasset le présentait comme « le phénomène littéraire de l’année 2026 » et son auteur comme « une grande voix de la littérature contemporaine ».

Le succès commercial accompagnait cette reconnaissance. Le livre s’était vendu à environ 35 000 exemplaires en cinq semaines selon les chiffres rapportés par Le Monde, avant d’approcher les 40 000 exemplaires quelques jours plus tard.

Puis l’affaire a éclaté.

Le compte X « Balance ton Claude » a accusé Thélyson Orélien d’avoir fait rédiger son roman presque entièrement par une intelligence artificielle. Le soupçon a rapidement dépassé les réseaux sociaux après l’examen du texte par Pangram. Le Monde, qui a soumis plus de la moitié du roman à cet outil, a rapporté que plus de 95 % du texte analysé avait été classé comme généré par une IA avec un niveau de confiance élevé.

Ce résultat n’est pas arrivé seul. D’autres analyses ont été produites et l’Académie Goncourt a finalement évoqué des résultats convergents de chercheurs et de journalistes qu’elle juge dignes de foi. Le 25 septembre, elle a donc retiré le roman de sa sélection, estimant que le livre était « selon toute vraisemblance très largement » issu d’une intelligence artificielle.

Thélyson Orélien conteste ces accusations. Il affirme ne pas avoir utilisé l’IA pour écrire son roman et estime que la controverse cherche à le faire taire.

Le plagiat fait ressurgir les anciens textes

L’affaire aurait déjà été considérable avec le seul dossier de l’intelligence artificielle. Des recherches sur les publications antérieures de Thélyson Orélien ont ajouté un autre volet : celui du plagiat.

En 2012, un texte intitulé Où va le monde, soumis à Radio-Canada puis récompensé par un prix du public, reprend de larges passages de la préface du Matin des magiciens, publié en 1960 par Louis Pauwels et Jacques Bergier. Les ressemblances relevées portent sur des passages suffisamment importants pour que plusieurs médias canadiens les aient documentées.

Un autre cas concerne Ne mettons pas nos héros sur un piédestal, publié en 2013 dans La Presse et Mediapart. Le texte présente de fortes similitudes avec une chronique publiée cinq jours auparavant dans The Philippine Star par Andy Bautista.

Ces textes sont antérieurs à C’était ça ou mourir. Ils ne constituent donc pas, à eux seuls, une démonstration de la manière dont le roman de 2026 aurait été écrit. Ils ont cependant profondément modifié la nature du dossier : l’accusation portant sur l’intelligence artificielle n’est plus examinée isolément, puisqu’elle arrive après la découverte de précédents documentés concernant l’appropriation de textes d’autrui.

Le 24 septembre, les Éditions du Boréal ont suspendu les activités promotionnelles autour du livre, déclarant travailler avec l’auteur pour établir que le texte avait bien été écrit par lui. Le même jour, le Salon du livre de l’Estrie a retiré à Thélyson Orélien son statut d’invité d’honneur et annulé deux de ses participations.

Le style du roman devient lui aussi une pièce du dossier

Il reste un aspect particulièrement révélateur dans cette affaire : le style.

La suspicion d’utilisation de l’IA ne naît pas seulement des outils de détection. Elle se nourrit aussi de la manière dont certains lecteurs et critiques décrivent le texte. C’était ça ou mourir repose sur une écriture très démonstrative, chargée d’émotion, d’aphorismes, de métaphores, de formules destinées à être retenues et de répétitions. Michel Guerrin, dans Le Monde, a notamment critiqué les « aphorismes creux », les métaphores abondantes et les répétitions du roman.

Ce qui était présenté hier comme les signes d’une écriture foisonnante peut aujourd’hui être relu autrement.

Les intelligences artificielles génératives produisent volontiers une prose parfaitement fluide, immédiatement compréhensible, ponctuée de formules fortes, d’émotions explicites, de métaphores nombreuses et de phrases qui semblent conçues pour être citées. Elles savent reproduire les codes d’une littérature expressive avec une facilité déconcertante.

Or cette manière d’écrire n’appartient plus seulement aux machines.

Une partie croissante de la production littéraire contemporaine utilise les mêmes mécanismes : phrases courtes destinées à produire de l’intensité, formules sentencieuses, métaphores systématiques, émotions surlignées, répétitions, grandes affirmations sur la vie, la douleur, l’amour, l’exil ou la liberté. Une langue qui devrait être singulière devient parfois une succession de procédés reconnaissables.

C’est précisément là que l’affaire Thélyson Orélien devient plus profonde qu’une simple controverse autour d’un logiciel.

Si une machine produit aujourd’hui une prose qui ressemble à celle que l’on récompense déjà, c’est aussi parce qu’elle a appris à reproduire les codes auxquels le monde éditorial donne de la valeur. Et si ces codes se retrouvent dans une quantité croissante de livres écrits par des humains, la frontière stylistique entre une écriture humaine standardisée et une écriture générée par IA devient de plus en plus difficile à percevoir.

Le problème ne vient donc pas uniquement de la machine. Il vient aussi de ce que le monde littéraire accepte de considérer comme de la littérature.

Quand les superlatifs remplacent le jugement littéraire

Le parcours de C’était ça ou mourir pose à ce titre une autre question : comment un texte dont le style peut aujourd’hui être décrit comme mécanique, répétitif ou emphatique a-t-il pu être porté aussi rapidement au rang de « phénomène littéraire » et de « grande voix de la littérature contemporaine » ?

Les formules employées par les maisons d’édition et les médias ne sont jamais neutres. Elles participent à la fabrication d’une réputation. Lorsqu’un roman est présenté comme un événement avant même que le temps permette de mesurer sa place dans une œuvre, le discours critique accompagne parfois davantage le succès qu’il ne l’interroge.

La littérature a pourtant toujours exigé autre chose que la simple efficacité d’un texte.

Une grande œuvre ne se définit pas par le nombre de phrases que l’on peut extraire pour les transformer en citations sur les réseaux sociaux. Elle tient à une voix, à une construction, à une pensée, à une langue reconnaissable. Elle peut être dépouillée ou baroque, sèche ou lyrique, complexe ou limpide. Ce qui compte, c’est qu’elle possède une nécessité intérieure et une singularité qui ne se réduisent pas à l’assemblage de procédés.

Lorsque les mêmes effets sont reproduits livre après livre, la facilité de lecture peut finir par être confondue avec la qualité littéraire. L’émotion immédiate remplace l’exigence stylistique. La formule remplace la phrase. La métaphore remplace l’image. L’emphase remplace la profondeur.

L’intelligence artificielle arrive alors dans un paysage qui lui est déjà favorable.

Elle n’a pas inventé cette standardisation. Elle sait simplement l’imiter à une vitesse et dans des proportions inédites.

Un livre produit par une IA peut-il concourir pour un grand prix littéraire ?

La question devient difficile à contourner.

Un prix littéraire sérieux récompense une œuvre de création. Il distingue le travail d’un écrivain, sa langue, son imagination, sa construction romanesque et sa capacité à produire une œuvre qui porte une voix propre.

Si un roman est effectivement écrit en grande partie par une intelligence artificielle, il ne s’agit plus d’une simple question d’outil utilisé pendant le processus de création. C’est l’identité même du créateur qui devient incertaine.

Une correction orthographique assistée par ordinateur n’a évidemment pas le même statut que la génération de centaines de pages par un modèle d’IA. Entre les deux se trouve toute une zone de pratiques qu’il faudra désormais définir avec précision. Pour les grands prix littéraires, la limite fondamentale demeure pourtant claire : on ne peut pas présenter comme le fruit d’une création littéraire humaine une œuvre dont une part substantielle aurait été produite par une machine.

Un tel livre peut être lu. Il peut même trouver son public. Rien n’empêche un lecteur de s’intéresser à une œuvre produite avec l’aide d’une IA.

Le problème change de nature lorsqu’une institution littéraire lui attribue un prix censé distinguer l’écriture d’un auteur.

Récompenser une œuvre largement produite par une machine reviendrait à déplacer le sens même du prix. Ce ne serait plus seulement l’écrivain et son travail qui seraient distingués, mais sa capacité à utiliser une technologie pour produire un objet correspondant aux attentes du marché littéraire.

Le Goncourt a précisément rappelé cette conception lorsqu’il a justifié le retrait du roman par la défense de « l’intégrité du prix Goncourt » et de sa mission de récompenser une littérature écrite par des femmes et des hommes.

La littérature face à une nouvelle crise de ses critères

L’affaire ne concerne donc plus seulement Thélyson Orélien.

Elle touche au fonctionnement d’un système littéraire qui doit désormais affronter une situation nouvelle : les machines sont capables de produire une prose qui ressemble à celle de nombreux écrivains contemporains, tandis que certaines écritures humaines adoptent elles-mêmes des formes de plus en plus standardisées.

La menace n’est pas simplement technologique.

Elle est aussi esthétique.

Si les critiques ne distinguent plus la singularité d’une langue de la simple efficacité émotionnelle d’un texte, si les éditeurs confondent facilité de lecture et puissance littéraire, si les jurys consacrent des œuvres pour leur capacité à produire immédiatement de l’émotion plutôt que pour leur qualité d’écriture, l’intelligence artificielle trouvera naturellement sa place dans cet écosystème.

Elle produira exactement ce que l’on demande déjà.

Le cas Orélien arrive ainsi à un moment où le monde littéraire doit regarder ses propres critères. La machine sait désormais fabriquer une prose qui ressemble à celle que l’on encense. La question n’est plus seulement de savoir comment empêcher la machine d’entrer dans la littérature. Il faut aussi savoir quelle littérature on entend encore défendre.

Le retrait de C’était ça ou mourir du Goncourt pourrait donc marquer davantage qu’un épisode de la rentrée littéraire 2026. Il oblige les éditeurs, les critiques et les jurys à définir ce qu’ils entendent par création, auteur et œuvre à l’heure où l’intelligence artificielle peut produire des centaines de pages en quelques secondes. Il oblige surtout le monde littéraire à retrouver une exigence : reconnaître une voix véritable plutôt qu’une simple maîtrise des codes qui donnent l’apparence de la littérature.

Le cas Thélyson Orélien concentre plusieurs dérives qui étaient jusque-là traitées séparément : la question du plagiat, celle de l’écriture assistée ou produite par l’IA, la standardisation des styles et l’affaiblissement possible des critères permettant de distinguer une œuvre singulière d’un texte simplement efficace.

Un grand prix littéraire ne devrait pas avoir pour fonction de consacrer ce qu’une machine sait désormais produire à volonté. Il devrait distinguer ce que l’écriture humaine possède de plus difficile à reproduire : une voix, une pensée, une langue et une œuvre.

La controverse autour de C’était ça ou mourir oblige désormais le monde littéraire à répondre à une question qu’il ne pourra plus repousser : qu’allons-nous encore appeler littérature lorsque la machine sait parfaitement imiter les signes extérieurs du talent ?

Celine Dou , Christian Estevez

Algérie-Maroc : 33 Marocains remis à la frontière, mais derrière eux, plus de 800 dossiers suivis par l’AMSV

Trente-trois ressortissants marocains, dont une femme, ont été remis aux autorités de leur pays par l’Algérie au poste-frontière de Zouj Bghal. L’information, annoncée par l’Association marocaine d’aide aux migrants en situation vulnérable (AMSV), pourrait n’être qu’une nouvelle séquence de rapatriement. Elle prend une autre dimension lorsqu’elle est rapprochée des centaines de dossiers que l’association affirme suivre en Algérie.

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La remise de ce groupe constitue la deuxième du mois de septembre selon l’AMSV. Depuis plusieurs mois, le même poste-frontière est ponctuellement ouvert pour permettre le retour de ressortissants marocains détenus, retenus ou bloqués en Algérie après des parcours migratoires irréguliers. En août, l’association évoquait plus de 800 dossiers de Marocains dans différentes situations. Ce chiffre ne correspond pas à 800 personnes actuellement détenues : il englobe notamment des détenus, des personnes en rétention administrative, des personnes en cours de rapatriement et des disparus.

Le transfert s’est effectué au poste de Zouj Bghal, à la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Les 33 personnes sont originaires de plusieurs villes marocaines, parmi lesquelles Nador, Safi, Meknès, Oujda, Fès, Berkane, Salé, Taounate, Khémisset, Ksar El Kébir, Zagora, Madagh et Tissa. Selon l’AMSV, plusieurs ont retrouvé leurs familles après leur arrivée au Maroc.

Cette remise n’est pas un épisode isolé. Le 30 avril, 56 ressortissants marocains avaient déjà été transférés par le même point de passage. Le 25 mai, 21 autres avaient regagné le Maroc. En août, deux groupes avaient encore été remis aux autorités marocaines : dix personnes le 12 août, puis 49 le 19 août. À eux seuls, ces groupes représentent 169 personnes depuis le début de l’année, sans compter d’autres éventuels transferts qui ne figurent pas dans cette série de chiffres.

Le chiffre est d’autant plus significatif que le poste de Zouj Bghal ne constitue pas un passage frontalier ordinaire. La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis 1994. Les ouvertures observées dans le cadre de ces rapatriements sont donc ponctuelles et répondent à des situations particulières.

Plus de 800 dossiers, mais des situations différentes

En août, l’AMSV indiquait suivre environ 800 dossiers de Marocains bloqués en Algérie après des tentatives de migration irrégulière. Le président de l’association, Hassan Ammari, précisait que ces dossiers concernaient plus de 600 personnes incarcérées dans des prisons algériennes, environ 100 ressortissants faisant encore l’objet d’enquêtes, ainsi que 113 personnes en cours de rapatriement ou maintenues en rétention administrative après avoir terminé leur peine.

Ces catégories ne doivent pas être confondues. Un Marocain condamné et incarcéré en Algérie ne se trouve pas dans la même situation qu’une personne ayant terminé sa peine mais attendant encore son éloignement. De même, un dossier de disparition ne signifie pas que la personne est nécessairement détenue.

Cette distinction est importante parce que le nombre de 800 pourrait facilement être compris comme celui de personnes actuellement emprisonnées. Il s’agit du volume de dossiers suivis par l’AMSV, selon les informations communiquées par l’association à Hespress. Les autorités algériennes n’ont pas publié, dans les sources consultées, un chiffre équivalent permettant de confirmer indépendamment ce décompte.

Une frontière fermée qui sert pourtant aux rapatriements

Le paradoxe est difficile à ignorer. Alger et Rabat n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 2021 et leur frontière terrestre reste fermée depuis plus de trois décennies. Pourtant, lorsqu’il s’agit de permettre à des ressortissants marocains de regagner leur pays, le poste de Zouj Bghal peut être rouvert temporairement.

Ce mécanisme ne constitue pas pour autant une réouverture de la frontière ni un signe suffisant d’apaisement entre les deux États. Il s’agit d’arrangements ponctuels autour de situations individuelles.

La comparaison avec une frontière normalement ouverte est donc trompeuse. Dans un passage frontalier classique, les mouvements de personnes relèvent de procédures régulières. À Zouj Bghal, ces ouvertures permettent plutôt de résoudre, au cas par cas, des situations qui peuvent avoir commencé plusieurs mois auparavant : arrestation, condamnation, fin de peine, identification, démarches consulaires, puis transfert.

Le précédent du mois d’avril permet de mesurer cette lourdeur administrative. Pour les 56 personnes remises à cette période, l’AMSV avait assuré pendant environ deux mois le suivi nécessaire à la transmission des documents d’identité et à leur prise en charge. Pour les 21 personnes transférées en mai, l’association évoquait un travail de coordination ayant duré trois mois.

Derrière les retours, des familles qui cherchent leurs proches

Le travail de l’AMSV ne se limite donc pas au transport des personnes jusqu’à la frontière. L’association affirme accompagner des familles à la recherche de proches disparus, suivre des procédures judiciaires et réunir les documents nécessaires à l’identification des personnes et à l’établissement de leur lien de parenté. Elle a récemment lancé un programme baptisé « Accompagnement et soutien » consacré notamment aux disparus, aux détenus et aux personnes placées en détention provisoire.

Le dossier dépasse d’ailleurs les frontières algériennes. En septembre, l’association a également signalé des demandes concernant des Marocains détenus ou placés en détention provisoire en Libye, sans avancer de chiffre précis.

Au Maroc, la question a également gagné le terrain institutionnel. Une question écrite adressée fin août au ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, demandait notamment quelles démarches étaient engagées pour accélérer le retour de ressortissants marocains bloqués en Algérie, alors que le chiffre de plus de 800 dossiers suivis par une association était avancé.

Une séquence migratoire plus large

Les parcours de ces jeunes ne peuvent pas être réduits à un simple trajet entre le Maroc et l’Algérie. Pour certains, le territoire algérien constitue une étape sur une route vers l’Europe ; pour d’autres, le parcours s’arrête après une arrestation ou une condamnation. Dans les deux cas, le passage par l’Algérie peut transformer une tentative de migration en une longue succession de procédures.

Les chiffres disponibles montrent surtout une continuité. En avril, mai et août, puis à nouveau en septembre, des groupes successifs ont été transférés par le même poste. Le nombre de 33 personnes annoncé cette semaine n’est donc pas seulement une nouvelle donnée à additionner : il constitue un épisode supplémentaire d’un dossier migratoire et consulaire qui dure depuis des mois.

Et derrière chaque groupe se trouvent des situations différentes : une personne qui rentre après une détention, une autre qui attend encore son transfert, une famille qui cherche un proche dont elle est sans nouvelles, ou encore des proches mobilisés pour fournir les documents nécessaires à une identification.

La répétition des remises pose désormais une question plus large : combien de temps faut-il pour transformer une arrestation liée à une migration irrégulière en un retour effectif au pays d’origine lorsque les relations entre les deux États sont dégradées et que leur frontière terrestre reste fermée ?

Les transferts de Zouj Bghal apportent une réponse partielle : les deux administrations peuvent encore régler certains dossiers individuels, malgré l’absence de relations diplomatiques normales. Mais le volume des dossiers évoqué par l’AMSV montre aussi que ces mécanismes ponctuels ne suffisent pas à eux seuls à résorber l’ensemble des situations signalées.

Les 33 Marocains remis en septembre sont donc la partie visible d’un dossier beaucoup plus vaste. Leur retour marque l’aboutissement d’une procédure pour chacun d’eux ; il ne clôt pas pour autant le problème.

Selon l’AMSV, plus de 800 dossiers restent suivis en Algérie. Derrière ce nombre, il y a des détenus, des personnes en attente de rapatriement, des familles à la recherche de leurs proches et des procédures qui peuvent durer plusieurs mois.

À Zouj Bghal, la frontière s’ouvre ponctuellement pour permettre des retours. Le dossier migratoire, lui, reste largement ouvert.

Celine Dou

Turquie : traque des militants LGBT ou opération judiciaire contre l’obscénité et la prostitution au nom de la protection de la famille ? La Boussole-Infos fait le point

Depuis le 12 septembre, la police et la justice turques ont multiplié les perquisitions, interpellations et procédures visant des militants, des associations, des établissements et des personnes liées à la communauté LGBT. Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, présente ces opérations comme une action judiciaire destinée à protéger les enfants, la famille et l’ordre public. Des organisations de défense des droits humains y voient, au contraire, une offensive beaucoup plus large contre l’organisation militante LGBT et les libertés publiques.

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Baptisée « Ma famille est en sécurité » (Ailem Güvende), l’opération concerne officiellement 162 suspects, neuf associations et 13 établissements répartis dans 15 provinces, selon le ministre turc de la Justice. Les autorités évoquent notamment des soupçons d’obscénité, de prostitution, de stupéfiants, de criminalité organisée et de financements provenant de l’étranger. Mais plusieurs responsables d’associations LGBT ont été placés en détention provisoire, des sites internet et comptes sur les réseaux sociaux ont été bloqués et des journalistes ont également été interpellés. L’affaire pose donc une question plus large : où s’arrête une opération judiciaire contre des infractions déterminées et où commence une restriction de l’activité associative, médiatique et militante ?

Une opération judiciaire dont l’ampleur dépasse les seuls établissements visés

Les premières opérations coordonnées ont été menées le 12 septembre dans plusieurs grandes villes turques, notamment Istanbul, Ankara, Izmir, Aydın et Mersin. Des policiers ont perquisitionné des locaux associatifs, des domiciles et des établissements fréquentés par des personnes LGBT.

Le ministre de la Justice Akın Gürlek a ensuite annoncé que les procureurs avaient engagé des procédures judiciaires contre 162 personnes, neuf associations et 13 établissements. Il a précisé que les opérations étaient conduites sous la coordination des parquets d’Istanbul, d’Ankara, d’Izmir, d’Aydın et de Mersin, avec la participation des forces de police et de gendarmerie.

Le ministre affirme que les enquêteurs ont utilisé des techniques de surveillance, des témoignages, l’examen de données numériques et des enregistrements vidéo. Il évoque également la saisie de stupéfiants et de matériel numérique. Sur le volet financier, Akın Gürlek affirme que des associations ont reçu des financements importants provenant d’organismes publics étrangers ou d’organisations internationales.

Ces éléments constituent la version officielle du dossier. Ils ne signifient pas que les 162 personnes font toutes l’objet des mêmes accusations, ni qu’elles ont toutes été arrêtées. Le chiffre annoncé par le ministre correspond aux personnes faisant l’objet de procédures judiciaires, distinction importante dans une affaire où plusieurs catégories de personnes sont concernées.

Ce que reprochent précisément les autorités turques

Les qualifications pénales citées dans les différentes procédures comprennent notamment l’« obscénité », l’incitation ou l’aide à la prostitution, ainsi que, selon les dossiers, des infractions liées aux stupéfiants, au financement ou à l’organisation d’activités illégales.

Le cas de la journaliste Tuğba Tekerek permet de mesurer la portée de certaines qualifications. Elle a été interpellée le 13 septembre puis transférée à Ankara pour être interrogée au sujet d’un article publié en 2024 sur le mouvement LGBT en Géorgie, sur le site Kaos GL. Les autorités lui reprochent une infraction d’« obscénité » prévue par l’article 226 du Code pénal turc.

Chez Kaos GL, l’une des plus anciennes organisations LGBT de Turquie, plusieurs responsables ont également été placés en détention provisoire. Selon Reuters, huit membres de l’organisation ont été incarcérés dans l’attente de leur procès, tandis que sept autres personnes, dont une journaliste, ont été libérées sous contrôle judiciaire. Les procureurs leur reprochent notamment la diffusion de contenus considérés comme obscènes et s’appuient sur leurs activités associatives et leurs publications numériques.

La nature exacte des preuves et leur appréciation par les tribunaux seront donc déterminantes. À ce stade, les accusations formulées par les autorités ne doivent pas être confondues avec des condamnations.

Une particularité juridique essentielle : l’homosexualité n’est pas interdite en Turquie

C’est un élément indispensable pour comprendre l’affaire.

L’homosexualité n’est pas, en elle-même, une infraction pénale en Turquie. Les procédures engagées en septembre ne sont donc pas officiellement fondées sur le simple fait d’être homosexuel ou de défendre les personnes LGBT.

C’est précisément là que se situe le débat.

Pour le ministère turc de la Justice, les poursuites portent sur des comportements ou activités considérés comme illégaux : obscénité, prostitution, stupéfiants, financement ou autres infractions. Le ministre Akın Gürlek rattache cette action à la responsabilité constitutionnelle de l’État de protéger les enfants, la famille et l’ordre social.

Pour Human Rights Watch, la multiplication des arrestations de responsables associatifs LGBT, le blocage de comptes et de sites internet ainsi que les poursuites visant des personnes en raison de leurs activités militantes constituent au contraire une attaque plus large contre les libertés d’association et d’expression. L’organisation affirme qu’au moins 112 personnes ont été arrêtées entre le 12 et le 14 septembre, dont 82 étaient encore détenues sur décision judiciaire au moment de son bilan du 18 septembre. Elle affirme également qu’au moins 24 des personnes détenues sont des militants LGBT, fondateurs ou responsables d’organisations ciblées.

Ces deux lectures ne portent donc pas sur le même niveau de la question : les autorités parlent d’infractions pénales précises ; les organisations de défense des droits contestent surtout l’usage de ces qualifications contre un ensemble d’acteurs et d’associations identifiés à la cause LGBT.

Pourquoi la famille occupe une place centrale dans le discours officiel

Le choix du nom « Ma famille est en sécurité » n’est pas anodin.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a lancé une politique baptisée « Décennie de la famille et de la population 2026-2035 ». Le ministre Akın Gürlek présente les opérations de septembre comme relevant de cette politique et de la responsabilité de l’État envers les enfants, les jeunes et la famille.

Cette orientation politique ne date cependant pas des opérations de septembre. Recep Tayyip Erdoğan critique régulièrement les organisations et manifestations LGBT et défend une conception de la famille centrée sur les couples hétérosexuels et la natalité.

La nouveauté de septembre tient davantage à l’ampleur du dispositif judiciaire déployé contre des associations, leurs responsables, certains établissements et des personnes liées à leurs activités.

Le gouvernement turc établit ainsi un lien entre protection de la famille, protection des mineurs, lutte contre certains contenus et répression d’activités qu’il considère comme illégales. Les organisations LGBT et plusieurs associations de défense des droits contestent précisément ce rapprochement lorsqu’il conduit, selon elles, à restreindre leur activité associative ou leur expression publique.

Les journalistes et les manifestants entrent à leur tour dans le dossier

L’affaire ne s’est pas limitée aux personnes directement visées par les premières perquisitions.

Le 15 septembre, des personnes se sont rassemblées devant le palais de justice de Çağlayan, à Istanbul, pour protester contre les arrestations. La police turque a interpellé plus d’une centaine de manifestants. Human Rights Watch évoque plus de 100 personnes maintenues en garde à vue pendant plus de 24 heures.

Deux journalistes qui couvraient le rassemblement, Sarya Toprak, du quotidien BirGün, et Şener Azak, de la chaîne ARD, ont également été interpellés. Sarya Toprak a ensuite été libérée avec d’autres manifestants. Les organisations internationales de défense de la liberté de la presse ont dénoncé ces arrestations.

Des restrictions ont également été imposées à plusieurs comptes sur les réseaux sociaux et à des sites internet appartenant à des associations LGBT, à des organisations de défense des droits humains et à certains médias. Human Rights Watch affirme notamment que les comptes turcs d’Amnesty International, du quotidien Evrensel, de la Media and Law Studies Association et de Hak İnisiyatifi ont été bloqués.

Le dossier dépasse ainsi progressivement la seule question des bars ou des associations visées par les premières perquisitions : il touche aussi à la liberté de la presse, à l’expression numérique et au droit de manifester.

Le véritable débat porte sur l’étendue de l’outil judiciaire

Réduire cette affaire à une opposition entre « défense de la famille » et « défense des LGBT » ferait perdre l’essentiel du dossier.

La première question est juridique : les personnes poursuivies ont-elles commis les infractions qui leur sont reprochées ? Les éléments saisis, les témoignages, les données numériques et les éventuels liens financiers devront être examinés par la justice. Une enquête ou une détention provisoire ne constitue pas une condamnation.

La deuxième question est institutionnelle : les qualifications pénales utilisées servent-elles uniquement à poursuivre des actes précis, ou permettent-elles également de viser l’activité associative, les publications et les prises de position de personnes LGBT ?

C’est sur ce deuxième point que les versions divergent fortement.

Le ministère turc de la Justice affirme agir contre des infractions et des réseaux qu’il considère comme dangereux pour les enfants, les familles et l’ordre public. Human Rights Watch, la Fédération européenne des journalistes et d’autres organisations estiment que les opérations vont au-delà de la recherche d’infractions individuelles et touchent l’exercice de libertés fondamentales.

La réponse ne pourra donc pas venir uniquement des déclarations politiques des uns ou des dénonciations des autres. Elle dépendra aussi des décisions des tribunaux, de la nature des charges finalement retenues, des preuves produites et du sort réservé aux associations et aux journalistes concernés.

C’est également ce qui explique les réactions européennes. Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a contesté l’utilisation de références à la « protection de la famille » ou des enfants pour justifier des restrictions aux droits fondamentaux.

Une affaire à suivre au-delà des premières arrestations

Les prochains développements judiciaires seront plus révélateurs que les chiffres des premières interpellations.

Il faudra notamment suivre le sort des responsables associatifs placés en détention provisoire, les procédures engagées contre les associations, les éventuelles décisions de fermeture, ainsi que les poursuites visant les journalistes et les manifestants.

La question centrale sera alors moins celle du nombre d’arrestations que celle de la base juridique exacte de chaque procédure et de la manière dont les tribunaux turcs apprécieront les preuves présentées par les enquêteurs.

La Turquie ne vient pas de criminaliser officiellement l’homosexualité. Les opérations de septembre reposent juridiquement sur d’autres qualifications pénales, que les autorités turques disent utiliser pour lutter contre l’obscénité, la prostitution, les stupéfiants, certains financements et des activités qu’elles considèrent comme dangereuses pour les enfants et la famille.

Mais l’ampleur des opérations, le nombre de responsables associatifs concernés, les restrictions numériques et l’interpellation de journalistes et de manifestants donnent à l’affaire une dimension qui dépasse les seuls établissements perquisitionnés.

Entre la justification officielle du gouvernement turc et l’accusation d’une offensive plus large portée par les organisations de défense des droits, le dossier reste donc à trancher sur le terrain essentiel : celui des faits établis, des preuves et du droit.

Celine Dou

États-Unis d’Amérique : 25 ans après le 11-Septembre, comment en est-on arrivé à discuter encore de la « résistance » face au terrorisme ?

Le 11 septembre 2001, 19 membres d’Al-Qaïda détournent quatre avions de ligne et les utilisent pour frapper New York et le siège du département de la Défense des États-Unis d’Amérique. Près de 3 000 personnes sont tuées. Vingt-cinq ans plus tard, alors que New York commémore les victimes, une autre bataille se joue : celle des mots, de la mémoire et de la manière dont une partie de la société occidentale regarde désormais le terrorisme islamiste.

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Le matin où le monde bascule

Le 11 septembre 2001 commence comme une matinée ordinaire sur la côte Est des États-Unis d’Amérique.

À 8 h 46, le vol 11 d’American Airlines percute la tour Nord du World Trade Center, à New York. Dix-sept minutes plus tard, à 9 h 03, le vol 175 de United Airlines s’écrase contre la tour Sud. Les images diffusées en direct montrent alors un incendie dans l’un des immeubles les plus connus du monde. Lorsque le second avion frappe la tour voisine, il ne reste plus de doute : les États-Unis d’Amérique sont victimes d’une attaque coordonnée.

À 9 h 37, un troisième avion, le vol 77 d’American Airlines, s’écrase contre le Pentagone, à Arlington, en Virginie. À 9 h 59, la tour Sud du World Trade Center s’effondre. La tour Nord tombe à son tour à 10 h 28.

Le quatrième appareil, le vol 93 de United Airlines, n’atteint pas sa cible. Des passagers et des membres d’équipage tentent de reprendre le contrôle de l’avion. Celui-ci s’écrase à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 h 03. Les quatre avions ont été détournés par 19 hommes formés par Al-Qaïda. Quinze venaient d’Arabie saoudite, deux des Émirats arabes unis, un d’Égypte et un du Liban.

Le bilan immédiat est de 2 976 morts, sans compter les 19 terroristes. Des milliers d’autres personnes sont blessées. Parmi les victimes figurent les passagers des quatre appareils, des employés des tours, des policiers, des pompiers, des secouristes et des personnes présentes dans les environs du World Trade Center et du Pentagone.

Le choc dépasse rapidement les frontières des États-Unis d’Amérique. Pour le pays, c’est l’attaque la plus meurtrière jamais commise sur son territoire. Pour le reste du monde, elle marque l’entrée dans une période dominée par la lutte contre le terrorisme islamiste.

Une attaque dont les conséquences ne s’arrêtent pas au 11 septembre

Les attentats ne constituent pas un événement isolé. Ils sont l’aboutissement d’une stratégie préparée pendant plusieurs années par Al-Qaïda et son chef, Oussama ben Laden.

L’organisation avait déjà frappé des intérêts des États-Unis d’Amérique, notamment lors des attentats contre les ambassades des États-Unis d’Amérique au Kenya et en Tanzanie en 1998, puis contre le navire militaire USS Cole au Yémen en 2000. Le 11 septembre 2001 constitue cependant un changement d’échelle radical.

La réponse étasunienne transforme à son tour le monde.

Les États-Unis d’Amérique envahissent l’Afghanistan pour chasser Al-Qaïda et renverser le régime taliban qui lui offrait un sanctuaire. Deux ans plus tard, l’administration de George W. Bush engage la guerre en Irak, en invoquant notamment la menace que représenteraient les armes de destruction massive détenues par le régime de Saddam Hussein. Elles ne seront jamais découvertes.

La « guerre contre le terrorisme » devient alors l’un des grands cadres de la politique internationale pendant plus d’une décennie. Les services de renseignement sont renforcés, les dispositifs de surveillance élargis, les frontières davantage contrôlées et les interventions militaires des États-Unis d’Amérique s’étendent bien au-delà de l’Afghanistan.

Avec le temps, le bilan devient beaucoup plus complexe. L’intervention en Afghanistan se transforme en guerre de vingt ans et s’achève par le retour des talibans au pouvoir en 2021. En Irak, la chute du régime de Saddam Hussein contribue à une longue période de guerre et de fragmentation dont profitent ensuite différents mouvements djihadistes. Des spécialistes du terrorisme considèrent aujourd’hui que l’enlisement dans ces guerres a également nourri de nouvelles formes de jihadisme.

Le 11-Septembre a donc produit deux histoires. Celle d’une attaque terroriste qui a tué près de 3 000 personnes en quelques heures. Et celle d’une réaction politique et militaire dont les conséquences se mesurent encore vingt-cinq ans plus tard.

Mais une autre transformation est plus difficile à mesurer

Le changement ne se trouve pas seulement dans les institutions ou dans les guerres.

Il concerne aussi la manière de parler du terrorisme.

En 2001, la qualification des attaques d’Al-Qaïda ne suscite pratiquement aucune controverse dans les démocraties occidentales. Des civils sont délibérément pris pour cibles. Des avions de ligne sont détournés et transformés en armes. Des milliers de personnes sont tuées. Le mot « terrorisme » s’impose.

Vingt-cinq ans plus tard, les frontières du vocabulaire sont moins nettes.

Le débat apparu après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 en fournit l’un des exemples les plus frappants. Une partie de la gauche radicale et de certains mouvements militants occidentaux a décrit cette attaque comme un acte de résistance palestinienne ou de lutte anticoloniale, tandis que d’autres y ont vu sans ambiguïté un acte terroriste. Les deux lectures ne sont pas équivalentes : qualifier un acte de terroriste ne revient pas à nier l’existence du conflit israélo-palestinien, pas plus que dénoncer la politique du gouvernement israélien ne revient à justifier les massacres commis par le Hamas.

Le plus troublant est peut-être que ces positions peuvent désormais coexister chez une même personne.

Une enquête Harvard CAPS/Harris menée en décembre 2023 auprès de 2 034 personnes âgées de 18 ans et plus montrait ainsi que 73 % des 18-24 ans considéraient l’attaque du 7 octobre comme un acte terroriste. Mais 60 % du même groupe estimaient que cette attaque pouvait être justifiée par les griefs des Palestiniens. La reconnaissance de la nature terroriste de l’acte n’empêchait donc pas une partie importante des jeunes interrogés de lui attribuer une justification politique.

Ce paradoxe mérite davantage d’attention que les slogans lancés de part et d’autre.

Il ne signifie pas que la jeunesse étasunienne ou occidentale serait devenue favorable au terrorisme. Les enquêtes disponibles ne permettent pas de soutenir une affirmation aussi générale. Une enquête HarrisX publiée en 2023 montrait au contraire que 68 % des 18-24 ans considéraient le Hamas comme une organisation terroriste désignée par le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Mais les écarts générationnels sont suffisamment importants pour poser une question sérieuse : comment une génération qui n’a pas vécu le 11-Septembre juge-t-elle aujourd’hui la violence politique lorsqu’elle est présentée comme une réponse à une oppression ?

Une génération qui n’a pas vu les tours s’effondrer

Pour ceux qui avaient 20 ans en 2001, le 11-Septembre appartient à leur histoire personnelle.

Pour les moins de 25 ans de 2026, il appartient essentiellement à l’histoire.

Ils ont grandi après les attentats, dans un monde où la guerre contre le terrorisme était déjà installée, où l’Afghanistan et l’Irak faisaient partie des programmes scolaires ou des informations, et où les réseaux sociaux ont progressivement remplacé la télévision comme principale source d’images et de commentaires pour une partie de la jeunesse.

Au Royaume-Uni, une enquête menée par More in Common en décembre 2023 avait montré une fracture particulièrement nette chez les 18-24 ans : 24 % des jeunes interrogés qualifiaient le Hamas de « combattants de la liberté », exactement la même proportion que ceux qui le qualifiaient de « terroristes ». 35 % déclaraient ne pas savoir comment le qualifier. Les générations plus âgées étaient beaucoup plus nombreuses à employer le terme « terroristes ».

Ces chiffres ne disent pas que les jeunes Occidentaux ont tous adopté une vision favorable au Hamas. Ils montrent autre chose : le mot « terroriste » n’est plus automatiquement la catégorie morale dominante chez une partie de cette génération lorsqu’il s’agit d’une organisation qui affirme combattre une puissance considérée comme occupante ou coloniale.

C’est un changement considérable par rapport à la mémoire politique construite après le 11-Septembre.

Le cas Mamdani : une cérémonie devenue bataille de mémoire

À New York, cette question a pris une dimension particulièrement visible à quelques jours du 25e anniversaire.

Le maire Zohran Mamdani a annoncé la création d’une journée municipale de commémoration et de service le 11 septembre, ainsi que de nouvelles mesures destinées à renforcer la préparation de la ville face aux futures menaces terroristes.

Mais sa présence aux cérémonies du 25e anniversaire a été contestée par des familles de victimes. Une pétition demandant qu’il n’y participe pas avait dépassé les 100 000 signatures lorsqu’elle lui a été remise à l’hôtel de ville le 8 septembre. Les signataires lui reprochent notamment certaines de ses positions politiques et la nomination de Ramzi Kassem comme conseiller juridique principal.

La polémique a pris une nouvelle ampleur après une cérémonie au cours de laquelle Mamdani a remis le stylo utilisé pour signer les décrets commémoratifs à Kassem. Celui-ci a auparavant représenté Ahmed al-Darbi, détenu à Guantánamo qui a plaidé coupable dans une affaire liée à Al-Qaïda. Al-Darbi était par ailleurs le beau-frère de Khalid al-Mihdhar, l’un des pirates de l’air du vol 77 qui s’est écrasé sur le Pentagone.

Il faut toutefois distinguer les faits : Kassem est un avocat qui a représenté un détenu lié à Al-Qaïda ; il n’est pas lui-même présenté comme un membre d’Al-Qaïda. Sa défense d’un accusé ou d’un condamné dans le cadre d’une procédure judiciaire ne constitue pas, en soi, une adhésion aux actes de son client.

La controverse autour du maire ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un quelconque renversement idéologique de la société étasunienne. Elle montre en revanche combien la mémoire du 11-Septembre reste chargée de tensions politiques, identitaires et morales.

Le 9 septembre, la commissaire de la police de New York, Jessica Tisch, a elle-même appelé à conserver une « clarté morale » entre les terroristes et ceux qui sont venus secourir les victimes, dans un discours prononcé lors de l’inauguration d’un nouveau mémorial consacré aux policiers morts des suites de leur exposition aux conditions toxiques de Ground Zero.

Le débat n’est donc plus seulement historique. Il porte sur la manière dont une société transmet la distinction entre victime, agresseur, résistance et terrorisme à ceux qui n’ont pas vécu l’événement.

Islamophobie : un autre combat, qu’il ne faut pas confondre avec celui-là

Cette évolution du vocabulaire ne doit pas conduire à une autre simplification.

Après le 11-Septembre, des musulmans vivant aux États-Unis d’Amérique ont subi des discriminations, des violences et une surveillance accrue. La lutte contre l’islamophobie répond donc à des faits réels et à une exigence légitime de protection des citoyens musulmans.

Mais dénoncer une discrimination visant des musulmans n’empêche pas de condamner l’islamisme armé. Les deux questions ne devraient pas être confondues.

Le problème apparaît lorsque le mot « islamophobie » devient une réponse automatique à toute critique d’une idéologie islamiste, d’une organisation terroriste ou d’une justification religieuse de la violence. À l’inverse, assimiler les musulmans à des terroristes en raison de leur religion constitue une autre forme de falsification des faits.

La difficulté, vingt-cinq ans après le 11-Septembre, consiste précisément à conserver ces distinctions.

Ce que nous avons peut-être perdu en chemin

Le monde de 2001 n’est plus celui de 2026.

Le terrorisme islamiste n’a pas disparu. Al-Qaïda a perdu une partie de sa capacité opérationnelle, mais ses branches régionales demeurent actives. L’État islamique a ensuite occupé une place centrale dans le jihadisme mondial avant de perdre son territoire. La menace terroriste s’est également diversifiée, avec la montée d’autres formes d’extrémisme violent.

Mais quelque chose d’autre a changé : la certitude morale avec laquelle l’Occident nommait autrefois certaines violences.

Le 11 septembre 2001, personne n’aurait sérieusement soutenu que détourner quatre avions de ligne, les précipiter contre des immeubles et tuer des milliers de civils constituait une forme de résistance.

Vingt-cinq ans plus tard, la discussion porte parfois moins sur les victimes que sur les circonstances censées rendre la violence compréhensible. Les causes d’un conflit sont alors utilisées pour expliquer un crime, puis parfois pour le justifier. La frontière entre les deux peut devenir dangereusement mince.

C’est peut-être là que se trouve l’une des questions les plus importantes de ce 25e anniversaire.

Une société peut-elle comprendre les causes d’une violence sans finir par l’excuser ?

Et surtout : que transmet-elle à une génération qui n’a pas vu les avions frapper les tours, qui n’a pas entendu les sirènes dans les rues de New York et qui connaît le 11-Septembre principalement à travers des images, des récits familiaux et les combats idéologiques du présent ?

Vingt-cinq ans après les attentats, les tours du World Trade Center ont disparu, Al-Qaïda n’est plus l’organisation qu’elle était et les guerres déclenchées après 2001 ont profondément transformé le monde.

Mais le débat sur le sens de cette journée est loin d’être terminé.

Le 11-Septembre n’est donc plus seulement une histoire de 2001. C’est aussi une question posée à 2026 : après un quart de siècle, sommes-nous encore capables de nommer les victimes, les terroristes et les actes de chacun sans laisser nos convictions politiques décider à leur place de la réalité des faits ?

Celine Dou

France : l’AGRIF porte plainte contre Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel pour des propos qu’elle qualifie d’injures à caractère racial envers les Blancs

L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF) a engagé, à Paris, deux procédures judiciaires contre des figures de La France insoumise. L’une vise Jean-Luc Mélenchon pour une déclaration prononcée le 18 mars 2026 lors d’une conférence consacrée à sa conception de la « nouvelle France ». L’autre concerne Imane Hamel, co-animatrice d’un groupe thématique de La France insoumise consacré à l’antiracisme, pour des propos tenus en octobre 2025 à Clichy-sous-Bois. L’association estime que ces déclarations sont susceptibles de constituer des injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une race.

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Les deux plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées le samedi 5 septembre 2026 devant le doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris. Elles ont été introduites par l’intermédiaire de Me Jérôme Triomphe. Pour Jean-Luc Mélenchon, l’AGRIF conteste une formule prononcée alors que le fondateur de La France insoumise développait son idée de « nouvelle France » et évoquait les origines africaines de l’humanité. Pour Imane Hamel, l’association s’appuie sur une déclaration faite lors d’une réunion de La France insoumise à Clichy-sous-Bois.

Deux procédures déposées le même jour

La procédure visant Jean-Luc Mélenchon porte sur une intervention publique du 18 mars 2026, retransmise en direct sur YouTube. Au cours de cette conférence, le responsable de La France insoumise développait sa conception de la « nouvelle France » et abordait notamment l’histoire du peuplement humain et l’origine africaine de l’humanité.

Il déclarait notamment : « Je veux dire, il a quand même bien fallu qu’il y en ait un jour un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez en train de faire les malins tout blancs, tout moches que vous êtes ».

C’est cette formulation, et particulièrement l’association entre la référence à la couleur de peau et le qualificatif « moches », que l’AGRIF porte devant la justice. L’association estime que les propos peuvent relever de l’infraction d’« injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à la race ».

La plainte ne porte donc pas sur une simple divergence d’interprétation politique de la notion de « nouvelle France ». Elle vise une séquence précise, une déclaration précise et une qualification pénale précise avancée par l’association plaignante.

Imane Hamel visée pour une déclaration faite en 2025

La seconde procédure concerne Imane Hamel. Les faits remontent au 16 octobre 2025, lors d’une réunion de La France insoumise organisée à Clichy-sous-Bois.

Co-animatrice d’un groupe thématique du mouvement consacré à l’antiracisme, elle avait déclaré : « Par une réécriture de l’histoire, le peuple français est réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée », avant d’ajouter : « nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire malheureuse est d’être né blanc ».

L’AGRIF considère également cette déclaration comme susceptible de constituer une injure publique envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à une race. Elle a donc engagé une procédure contre Imane Hamel sur le même fondement que celle visant Jean-Luc Mélenchon.

Les deux affaires présentent ainsi une particularité commune : l’association ne conteste pas seulement des positions politiques défendues par La France insoumise sur l’histoire, l’immigration ou l’antiracisme. Elle demande à la justice d’examiner pénalement des formulations dans lesquelles elle estime reconnaître une atteinte visant les personnes blanches en raison de leur appartenance raciale.

L’AGRIF revendique une stratégie judiciaire ancienne

Présidée par Yann Baly, l’AGRIF se présente comme une association engagée dans la lutte contre le racisme et dans la défense de l’identité française et chrétienne. Elle affirme depuis plusieurs années vouloir porter devant les tribunaux ce qu’elle considère comme des manifestations de racisme visant notamment les Français et les personnes blanches.

Dans son communiqué consacré aux deux plaintes, Yann Baly affirme que l’association ne souhaite désormais « plus rien laisser passer » et établit un lien entre les propos qu’elle poursuit et ce qu’elle décrit comme un climat de tensions autour des questions raciales et identitaires.

Cette stratégie explique également la multiplication des procédures engagées par l’association dans des affaires politiquement sensibles. L’une des prochaines audiences qu’elle met en avant concerne le procès de Majid Messaoudene, prévu le 11 septembre 2026 devant le tribunal judiciaire de Paris. L’AGRIF le poursuit notamment à la suite d’une publication datant de juin 2020 dans laquelle il écrivait : « Nous sommes antiracistes contre tous les racismes », avant d’ajouter une exception concernant le racisme anti-Blanc.

Le précédent de Crépol, un dossier encore juridiquement disputé

L’AGRIF invoque également l’affaire du meurtre de Thomas Perotto à Crépol, dans la Drôme, pour inscrire ces nouvelles plaintes dans une bataille judiciaire plus large autour de la reconnaissance du racisme visant les personnes blanches.

Mais le dossier de Crépol impose une nuance importante.

Le 23 juillet 2026, les juges d’instruction avaient retenu une circonstance aggravante de racisme dans leur ordonnance concernant les personnes mises en examen. Quelques semaines plus tard, dans son réquisitoire définitif complémentaire daté du 17 août, le parquet de Valence a demandé que cette circonstance aggravante ne soit pas retenue, estimant que les éléments recueillis ne caractérisaient pas suffisamment les faits de racisme.

Il existe donc, à ce stade, une divergence entre les magistrats instructeurs et le ministère public. La qualification n’est pas définitivement tranchée. Présenter l’affaire de Crépol comme une reconnaissance judiciaire définitive du « racisme anti-Blanc » serait donc juridiquement inexact.

Cette distinction est importante pour comprendre la portée des plaintes visant Jean-Luc Mélenchon et Imane Hamel : dans ces deux dossiers également, l’existence d’une plainte et la qualification avancée par l’association ne préjugent pas de la décision qui pourra être prise par la justice.

Une procédure judiciaire dans une année présidentielle

La plainte visant Jean-Luc Mélenchon intervient par ailleurs alors que le fondateur de La France insoumise s’est engagé dans la préparation de l’élection présidentielle de 2027. Sa conférence du 18 mars s’inscrivait déjà dans une réflexion politique autour de ce qu’il appelle la « nouvelle France ».

La procédure judiciaire ajoute désormais une dimension pénale à une séquence politique qui avait déjà suscité des réactions sur la manière dont Jean-Luc Mélenchon parle de l’histoire de France, de l’immigration et de la composition de la société française.

Pour autant, il convient de distinguer les différents niveaux du dossier. Une déclaration peut être politiquement contestée sans être pénalement répréhensible. À l’inverse, la liberté d’expression n’exclut pas, en droit français, l’existence d’infractions relatives notamment aux injures publiques commises en raison de l’appartenance réelle ou supposée à un groupe défini par son origine ou sa race.

C’est précisément cette frontière que l’AGRIF demande aux magistrats d’examiner.

La justice devra établir la qualification des propos

À ce stade, aucun jugement ne permet d’affirmer que Jean-Luc Mélenchon ou Imane Hamel ont été condamnés pour des injures à caractère racial. Les deux procédures résultent de plaintes déposées avec constitution de partie civile par l’AGRIF. La qualification pénale invoquée appartient désormais au débat judiciaire.

Pour Jean-Luc Mélenchon, le cœur du dossier réside dans la phrase prononcée le 18 mars 2026 et dans le sens qu’il convient de lui donner au regard de l’ensemble de son intervention. Pour Imane Hamel, les magistrats devront examiner les propos prononcés à Clichy-sous-Bois le 16 octobre 2025 ainsi que leur contexte.

La question posée par ces deux plaintes dépasse ainsi la seule personne des deux responsables de La France insoumise : elle porte sur les limites de la liberté d’expression lorsqu’un discours associe explicitement une caractéristique raciale à une appréciation dévalorisante, et sur la manière dont le droit français traite les propos visant un groupe défini par la race.

Le 5 septembre 2026, l’AGRIF a saisi la justice parisienne de deux affaires distinctes, mais fondées sur la même qualification pénale : des injures publiques qu’elle estime dirigées contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale. Jean-Luc Mélenchon est poursuivi pour une déclaration prononcée en mars 2026 lors d’une conférence sur la « nouvelle France » ; Imane Hamel l’est pour une intervention faite à Clichy-sous-Bois en octobre 2025.

Le débat est désormais judiciaire. Ni la qualification avancée par l’AGRIF, ni les réactions politiques suscitées par ces propos ne valent condamnation. Il appartiendra aux magistrats de déterminer si les déclarations visées dépassent le cadre de la liberté d’expression et répondent effectivement aux éléments constitutifs de l’infraction invoquée.

Celine Dou

FRANCE : l’interdiction du téléphone portable arrive dans les lycées, mais tous les établissements ne pourront pas l’appliquer dès la rentrée

À partir du 1er septembre 2026, l’usage du téléphone portable est interdit dans les lycées français. La mesure, déjà appliquée dans les écoles et les collèges, s’étend désormais aux établissements du second cycle. Sur le papier, le calendrier est fixé. Dans les lycées, en revanche, les modalités d’application restent encore à organiser.

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La rentrée scolaire ne se fera donc pas partout avec les mêmes règles. Le texte national interdit désormais aux élèves d’utiliser leur téléphone dans l’enceinte du lycée et lors des activités scolaires organisées à l’extérieur. Mais chaque établissement doit encore inscrire cette nouvelle obligation dans son règlement intérieur et définir les conditions de sa mise en œuvre. À quelques heures de la rentrée, certains proviseurs disposent déjà d’un dispositif, tandis que d’autres doivent encore achever les procédures nécessaires.

Une interdiction qui entre en vigueur le 1er septembre

La nouvelle règle résulte de la loi adoptée au mois d’août 2026. Elle étend aux lycées l’interdiction d’utilisation des téléphones portables et, plus largement, des équipements terminaux de communications électroniques par les élèves.

Le principe est national et s’applique à compter de la rentrée 2026-2027.

L’interdiction ne concerne toutefois pas tous les usages dans les mêmes conditions. Le cadre fixé par le ministère permet notamment de prévoir certaines exceptions lorsque l’utilisation de l’appareil répond à un besoin pédagogique, médical ou à une nécessité liée à la vie de l’établissement.

Les conditions précises doivent être inscrites dans le règlement intérieur. Celui-ci fixe également les règles relatives à la confiscation et à la restitution d’un appareil lorsqu’un élève ne respecte pas les dispositions prévues.

Les proviseurs doivent encore adapter leur règlement intérieur

C’est cette étape qui complique l’application immédiate de la mesure dans certains établissements.

Un proviseur ne peut pas modifier seul le règlement intérieur. La procédure implique la communauté éducative et doit aboutir à une adoption par le conseil d’administration du lycée.

La nouvelle réglementation ayant été publiée tardivement avant la rentrée, les chefs d’établissement disposent de peu de temps pour achever cette procédure lorsqu’elle n’a pas été anticipée.

Des représentants des personnels de direction ont d’ailleurs prévenu que tous les établissements ne seraient pas en mesure d’appliquer la nouvelle règle de façon identique dès le premier jour. Le délai laissé entre la publication du texte et la rentrée est notamment mis en cause.

Certains lycées avaient cependant commencé à travailler sur le sujet avant les vacances. Ils pourront donc accueillir les élèves avec des règles déjà arrêtées.

Que deviennent les téléphones pendant la journée ?

La loi fixe le principe, mais ne demande pas à tous les établissements de choisir le même système.

Un lycée peut demander aux élèves de conserver leur téléphone éteint et rangé dans leur sac. Un autre peut mettre en place des espaces de dépôt ou des pochettes individuelles. Le choix dépend notamment de l’organisation de l’établissement et des dispositions adoptées dans son règlement intérieur.

Le ministère recommande aux établissements d’organiser matériellement cette mise à l’écart lorsque cela est nécessaire. Les solutions peuvent aller des casiers individuels à des dispositifs de rangement collectif.

Cette organisation représente également une dépense. Dans les établissements qui choisissent les pochettes individuelles, il faut acheter le matériel, assurer son attribution et organiser sa restitution quotidienne.

La gestion des téléphones saisis en cas d’infraction constitue une autre question. L’établissement doit pouvoir conserver les appareils dans des conditions suffisamment sûres et déterminer précisément quand et à qui ils seront rendus.

Des exceptions restent possibles

L’interdiction n’est pas absolue.

Le règlement intérieur peut autoriser certains usages lorsqu’ils sont nécessaires aux apprentissages ou répondent à des situations particulières. Des dispositions spécifiques peuvent également concerner les élèves présentant un handicap ou un trouble de santé nécessitant l’utilisation d’un équipement électronique.

Le ministère prévoit par ailleurs des adaptations pour certains lieux ou moments de la vie scolaire, notamment lorsque le téléphone peut être nécessaire à une activité pédagogique.

Cette possibilité d’adaptation explique en partie pourquoi les règles pourront différer d’un lycée à l’autre.

Une mesure qui prolonge celle appliquée au collège

Le gouvernement présente l’extension aux lycées comme la suite logique de la politique engagée dans les établissements scolaires depuis plusieurs années.

L’objectif affiché est de limiter les distractions liées aux écrans, de favoriser les apprentissages et les échanges directs entre élèves et de mieux protéger les adolescents contre certains usages problématiques du numérique.

L’expérience des collèges constitue à ce titre un précédent important. Mais le lycée présente une difficulté supplémentaire : les élèves y sont plus âgés et disposent généralement d’une autonomie beaucoup plus importante dans leur vie quotidienne.

Le téléphone sert aussi à de nombreux usages pratiques. Les établissements doivent donc distinguer ce qui relève d’un usage interdit de ce qui peut être autorisé dans le cadre scolaire.

Une règle commune, des applications différentes

La France se retrouve ainsi avec un principe désormais commun à tous les lycées, mais avec des modalités susceptibles de varier selon les établissements.

Un élève pourra devoir déposer son téléphone à son arrivée dans un lycée, tandis qu’un autre devra simplement le maintenir éteint et rangé. Les horaires, les lieux concernés, les exceptions et les procédures de confiscation pourront également différer.

Cette souplesse permet de tenir compte des réalités locales. Elle risque aussi de rendre la nouvelle règle moins lisible pour les familles qui auront plusieurs enfants scolarisés dans des établissements différents.

Le ministère assume cette adaptation locale : l’objectif est d’imposer un cadre national tout en laissant aux établissements la possibilité de déterminer les modalités correspondant à leur fonctionnement.

Une rentrée sous surveillance

L’entrée en vigueur de la mesure ne devrait donc pas produire une situation uniforme dès le 1er septembre.

Dans les lycées qui ont anticipé la réforme, les élèves découvriront immédiatement le nouveau dispositif. Dans ceux qui n’ont pas encore achevé leur procédure interne ou leur organisation matérielle, la mise en œuvre pourra prendre davantage de temps.

Le principe, lui, ne fait plus débat sur le plan juridique : à compter de cette rentrée, l’utilisation du téléphone portable par les élèves est interdite dans les lycées, sous réserve des exceptions prévues par les textes et le règlement intérieur.

Reste à voir comment cette règle sera vécue au quotidien par les élèves, les enseignants et les personnels de direction. Car entre une interdiction inscrite dans la loi et une règle respectée dans plusieurs milliers de salles de classe, il y a toute une organisation à mettre en place.

Celine Dou

Cameroun : 74 jours d’absence, des rumeurs sur sa santé, des questions sur le pouvoir… Paul Biya est de retour, ce 20 août 2026

Pendant 74 jours, une question aura occupé une place singulière dans la vie publique camerounaise : où est Paul Biya ? Parti de Yaoundé le 7 juin pour ce qui avait été annoncé comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais n’est finalement rentré que ce jeudi 20 août. Entre-temps, son absence a dépassé le simple cadre d’un déplacement présidentiel. Elle a nourri des rumeurs sur son état de santé, provoqué des démentis officiels, suscité des interrogations sur l’exercice du pouvoir et replacé, plus tôt que prévu, la question de l’après-Biya au centre des conversations politiques.

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Paul Biya est de nouveau au Cameroun. À 93 ans, le chef de l’État a atterri jeudi après-midi à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, en provenance de Genève, avant de rejoindre le palais de l’Unité. Son retour met fin à la plus longue absence de son règne hors du territoire national. Il ne met cependant pas fin aux questions apparues pendant ces dix semaines : sur sa santé, sur la manière dont le pouvoir a fonctionné sans sa présence physique et sur le mécanisme appelé à organiser la succession du chef de l’État en cas de vacance.

Une absence qui devait être courte

Le 7 juin, lorsque Paul Biya quitte le Cameroun accompagné de son épouse Chantal Biya, rien ne laisse officiellement présager une absence aussi longue. Le séjour est présenté par les services de la présidence comme un déplacement privé de courte durée en Europe.

Les jours passent pourtant sans retour ni apparition publique du président. Genève devient progressivement le point de référence de ce séjour, tandis que les informations officielles sur son agenda restent rares. Une absence qui, au départ, pouvait encore être considérée comme une affaire privée finit ainsi par devenir une question publique.

À mesure que les semaines s’accumulent, le silence devient lui-même une information. Cinquante jours, puis davantage. Le record d’absence est dépassé. Dans un pays où Paul Biya exerce le pouvoir depuis 1982, où la présidence concentre une grande partie des décisions politiques et où le chef de l’État est âgé de 93 ans, cette durée ne pouvait rester sans conséquences sur le débat public.

Quand l’absence laisse la place aux rumeurs

C’est alors que les « mauvaises langues » entrent en scène.

Les spéculations ne portent plus seulement sur la date du retour. Elles touchent directement à l’état de santé du président. Des rumeurs d’hospitalisation circulent, puis des affirmations beaucoup plus graves vont jusqu’à annoncer sa mort.

Le gouvernement finit par sortir de son silence. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, assure début août que Paul Biya est vivant et affirme qu’il travaille depuis Genève. Il annonce également son retour prochain. Ces déclarations visent à mettre un terme aux rumeurs les plus alarmistes.

Le 18 juin déjà, René Emmanuel Sadi avait démenti l’information selon laquelle le président aurait été hospitalisé dans une clinique genevoise. Mais le démenti n’a pas suffi à faire disparaître les interrogations. L’absence prolongée, l’absence d’images publiques et la rareté des informations officielles ont continué à alimenter les discussions.

Il faut ici séparer les faits des rumeurs. Rien ne permettait d’établir que Paul Biya était mort ou incapable d’exercer ses fonctions. En revanche, il est établi que ces affirmations ont circulé et qu’elles ont contraint le pouvoir à les démentir publiquement.

C’est précisément cette différence qui compte. Une rumeur n’est pas une information. Mais lorsqu’une rumeur devient suffisamment persistante pour obliger un gouvernement à communiquer, elle devient un fait politique à part entière.

Le pouvoir, lui, continuait de fonctionner

L’autre pièce du puzzle est moins spectaculaire, mais beaucoup plus importante.

Pendant que Paul Biya demeurait en Suisse, des actes présidentiels continuaient d’être pris. Des décrets ont été signés à distance, notamment dans le domaine militaire. Le pouvoir camerounais entendait ainsi montrer que l’absence physique du président ne signifiait pas une absence du chef de l’État dans la conduite des affaires publiques.

C’est là qu’une distinction essentielle apparaît : être absent du territoire n’est pas constitutionnellement la même chose qu’être absent du pouvoir.

Le gouvernement soutenait que le président continuait à travailler. Ses opposants, eux, ont progressivement dénoncé un fonctionnement du pays « en pilote automatique » et demandé que la question de sa capacité à exercer ses fonctions soit examinée.

Le Conseil constitutionnel n’a finalement pas engagé de procédure d’intérim pendant cette période. Le pays a donc continué à fonctionner avec Paul Biya officiellement aux commandes, mais physiquement absent.

Une coïncidence institutionnelle difficile à ignorer

Il existe pourtant une autre pièce, antérieure au départ du président, qui donne à cette absence une portée supplémentaire.

En avril 2026, le Cameroun a réintroduit dans sa Constitution la fonction de vice-président. Le projet avait été présenté alors que Paul Biya, âgé de 93 ans, venait d’entamer un huitième mandat. Reuters avait déjà relevé que cette fonction pouvait notamment jouer un rôle dans la continuité du pouvoir en cas de décès ou d’incapacité du chef de l’État.

La réforme a ensuite été promulguée. Mais pendant l’absence de Paul Biya, le poste est resté vacant. Cette situation a donné une résonance particulière aux interrogations sur la succession : le pays venait précisément de modifier son architecture institutionnelle en prévision de la continuité du pouvoir, sans encore disposer d’un vice-président.

Il ne faut pas pour autant transformer cette réforme en preuve d’un scénario préparé. Elle constitue un élément du contexte, pas la démonstration d’une intention cachée.

Mais dans un pays dirigé par le même homme depuis 1982, où la question de sa succession revient régulièrement, le rapprochement était inévitable.

L’après-Biya s’est invité avant même son retour

Pendant que le président demeurait à Genève, la question n’était donc plus seulement : quand reviendra-t-il ?

Elle devenait : que se passerait-il s’il ne pouvait plus exercer ses fonctions ?

Des responsables de l’opposition ont appelé le Conseil constitutionnel à examiner la situation. Dans le même temps, les spéculations sur la succession se sont intensifiées. La création récente de la vice-présidence a donné une nouvelle dimension à ces débats, tandis que des rivalités et des positionnements autour de l’après-Biya ont été rapportés dans les cercles proches du pouvoir.

Même la vie interne du RDPC a été observée sous cet angle. Fin juillet, le parti au pouvoir a réuni plusieurs de ses hauts responsables alors que l’absence du président commençait à susciter des critiques croissantes. La réunion avait été présentée comme une séance de travail, sans que son agenda détaillé soit rendu public.

Ainsi, pendant que certains comptaient les jours avant le retour du président, d’autres commençaient déjà à regarder ce qui pourrait se passer après lui.

Et puis, Paul Biya est revenu

Jeudi 20 août, la réponse est finalement arrivée par l’image.

Paul Biya a atterri à Yaoundé-Nsimalen vers 16 h 45, en provenance de Genève. Il a ensuite quitté l’aéroport à bord de son cortège pour rejoindre le palais de l’Unité. Des militants du RDPC s’étaient massés le long du parcours pour saluer son retour. Le président, aperçu à bord de son véhicule, leur a fait signe à travers une vitre entrouverte.

Son retour est donc bien réel.

Il apporte une réponse très concrète à certaines des spéculations qui ont accompagné ces dernières semaines : Paul Biya n’est pas mort. Il est rentré au Cameroun et reprend physiquement place au sommet de l’État.

Mais il serait trop simple d’en conclure que les 74 jours précédents n’ont été qu’une parenthèse.

Car les questions soulevées par cette absence ne disparaissent pas avec le retour de l’avion présidentiel.

Ce que les 74 jours ont changé

L’épisode aura surtout montré à quel point, au Cameroun, la présence du chef de l’État reste intimement liée à la perception du fonctionnement du pouvoir.

Une absence prolongée peut être juridiquement compatible avec la continuité de l’État. Elle peut même être accompagnée de décrets et de décisions prises à distance. Mais lorsque cette absence se prolonge pendant plus de deux mois, dans un pays où la présidence occupe une place centrale dans l’architecture politique, elle crée inévitablement un espace pour les interrogations.

Et les interrogations ont trouvé trois terrains : la santé du président, la capacité du système à fonctionner sans sa présence physique et la succession.

Le premier point relève désormais largement de la communication présidentielle et de l’observation des prochains jours. Le deuxième concerne le fonctionnement réel des institutions. Le troisième, lui, dépasse déjà le seul épisode de Genève.

Paul Biya est rentré. L’après-Biya, lui, n’est pas rentré dans les tiroirs.

C’est peut-être la principale leçon de ces 74 jours : une absence peut se terminer en quelques heures, mais les questions qu’elle a fait naître peuvent durer beaucoup plus longtemps.

Celine Dou

Espagne : après 15 signalements d’agressions sexuelles à Ceuta, Madrid transfère 500 jeunes filles migrantes vers la péninsule malgré les appels au retour vers le Maroc

À Ceuta, la crise migratoire née de l’afflux massif de personnes venues du Maroc prend une dimension nouvelle. Depuis le 30 juillet, au moins 15 signalements d’agressions sexuelles ont été enregistrés, plusieurs concernant des mineures. Face à la vulnérabilité des jeunes filles isolées, le gouvernement espagnol prépare le transfert d’environ 500 d’entre elles vers la péninsule. Le choix de Madrid ne fait pas disparaître la question de leur retour au Maroc, réclamé par Rabat et soutenu dans son principe par l’Union européenne.

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Plus de 72 000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta les 30 et 31 juillet, selon les chiffres espagnols. Environ 70 000 ont depuis regagné le Maroc. Mais l’enclave conserve encore plusieurs milliers de personnes, dont des mineurs non accompagnés. Au 18 août, la police nationale en avait identifié 2 168. Pour les jeunes filles qui se retrouvent seules dans les rues ou sur les plages de Ceuta, la question n’est plus seulement celle du statut migratoire : leur sécurité est devenue une urgence.

Des jeunes filles exposées aux violences

Les premiers jours de la crise avaient surtout retenu l’attention par l’ampleur des arrivées. À Ceuta, les capacités d’accueil ont rapidement été dépassées et des migrants ont dormi dans des conditions précaires, parfois à proximité du centre d’accueil temporaire.

Les femmes et les jeunes filles se sont retrouvées parmi les personnes les plus exposées.

Depuis le début de l’afflux, 15 signalements d’agressions sexuelles ont été enregistrés. Plusieurs victimes sont mineures. Des femmes ont également été prises en charge pour des violences sexuelles.

Ces chiffres correspondent à des plaintes ou signalements faisant l’objet d’enquêtes. Ils ne permettent donc pas de présenter chacun de ces faits comme un viol définitivement établi par la justice. Ils donnent néanmoins une mesure de la situation à laquelle les autorités espagnoles doivent répondre.

La présence de jeunes filles isolées dans des lieux où elles ne disposent ni d’un hébergement adapté ni d’une protection suffisante a conduit Madrid à revoir leur prise en charge.

500 jeunes filles doivent quitter Ceuta

Le ministère espagnol de la Jeunesse et de l’Enfance prépare le transfert d’environ 500 jeunes filles migrantes non accompagnées vers la péninsule.

L’objectif est de les placer dans des structures capables d’assurer leur sécurité et leur prise en charge. Les autorités espagnoles envisagent notamment l’accueil par des organismes spécialisés dans la protection de l’enfance, afin de réserver les solutions les plus adaptées aux jeunes filles considérées comme les plus vulnérables.

La mesure répond à une situation précise : ces mineures sont seules, certaines ont été exposées à des violences et Ceuta ne dispose pas des capacités nécessaires pour assurer durablement leur accueil.

Le droit espagnol impose par ailleurs aux autorités de protéger les mineurs non accompagnés présents sur leur territoire jusqu’à leur majorité.

Le retour au Maroc reste pourtant demandé

Cette décision ne correspond pas à l’orientation défendue par Rabat depuis le début de la crise.

Le Maroc souhaite récupérer ses ressortissants encore présents à Ceuta. Madrid a déjà organisé le retour d’une grande partie des personnes entrées dans l’enclave lors de l’afflux de juillet.

La Commission européenne défend également l’application du droit européen en matière de retour des personnes en situation irrégulière. Bruxelles estime que les autorités espagnoles et marocaines doivent trouver les moyens de mettre en œuvre ces retours dans le respect des règles européennes.

Le cas des mineurs non accompagnés est cependant plus complexe.

Un enfant ne peut pas être traité comme un adulte en situation irrégulière. Avant un éventuel retour, les autorités doivent examiner sa situation individuelle, rechercher les garanties nécessaires à sa protection et tenir compte de son intérêt supérieur.

Pour les 500 jeunes filles concernées, Madrid choisit donc d’abord la mise à l’abri.

Une décision qui ne règle pas le sort des autres mineurs

Le transfert annoncé ne concerne qu’une partie des enfants présents à Ceuta.

Au 18 août, 2 168 mineurs avaient été identifiés par la police nationale depuis le début de la crise. Leur prise en charge représente une lourde charge pour l’enclave, dont les capacités d’accueil sont limitées.

Le gouvernement de Pedro Sánchez veut répartir cette charge avec les autres communautés autonomes espagnoles. Plusieurs d’entre elles refusent cependant d’accueillir de nouveaux mineurs.

Madrid a déjà accordé 25 millions d’euros à Ceuta pour faire face aux conséquences de l’afflux.

La question financière ne suffit toutefois pas à régler celle de l’accueil. Il faut encore trouver des places, assurer la protection des enfants et déterminer, pour chacun d’eux, quelle solution est compatible avec le droit espagnol et européen.

Entre protection et retour

Le dossier des jeunes filles de Ceuta concentre ainsi les deux exigences auxquelles l’Espagne est confrontée depuis la fin juillet.

D’un côté, Madrid veut réduire rapidement le nombre de personnes présentes dans l’enclave et maintenir la coopération avec le Maroc sur les retours. De l’autre, les agressions signalées et les conditions dans lesquelles vivent certaines mineures obligent les autorités à renforcer leur protection.

Le transfert des 500 jeunes filles ne signifie donc pas que l’Espagne renonce au principe du retour. Il signifie que leur statut de mineures isolées impose, dans l’immédiat, une prise en charge différente.

C’est toute la difficulté de la situation à Ceuta : contrôler les entrées et organiser les retours ne dispense pas l’État de protéger celles et ceux qui, une fois sur son territoire, sont particulièrement vulnérables.

Les 15 signalements d’agressions sexuelles ont donné un visage concret à cette contradiction. Pour ces 500 jeunes filles, Madrid a choisi de privilégier la sécurité. Pour les autres mineurs et pour les personnes encore présentes à Ceuta, le débat sur le retour au Maroc reste entier.

Celine Dou