L’Arabie Saoudite réalise un macabre record en décapitant 81 personnes, le même jour… sans réaction des Occidentaux !

La peine capitale infligée à 81 personnes, dans la seule journée du 12 mars 2022, suscite l’effroi dans le monde entier.

La guerre en Ukraine, et la hausse du prix du pétrole qu’elle provoque, rend le régime saoudien incontournable aux yeux des pays occidentaux, inquiets pour leur approvisionnement en carburants. Les récentes exécutions massives passent dcon au second plan, l’horreur était admissible par l’Occident lorsque cela sert ses propres intérêts..

L’Arabie saoudite, qui a l’un des taux d’exécutions les plus élevés au monde, a généralement recours à la décapitation pour mettre à exécution les peines capitale. Ce samedi 12 mars, ce sont 81 personnes condamnées à mort qui ont été décapitées dans cette seule journée. Alors que la guerre entre l’Ukraine et la Russie fait l’actualité, ce record macabre est passé relativement inaperçu.Le royaume n’a jamais exécuté autant de prisonniers de façon simultanée. En un seul jour, c’est plus que sur toute l’année 2021 (67 exécutions).

Ces prisonniers étaient majoritairement Saoudiens (on ne comptait parmi eux que 8 étrangers : 7 Yéménites et un Syrien). Selon l’agence de presse officielle du royaume, ils s’étaient rendus coupables d’attaques contre des sites saoudiens, « d’enlèvements, de torture, de viols et de contrebande d’armes », responsables de crimes qui « ont fait un grand nombre de morts parmi les civils et les forces de l’ordre ». Sans plus de détails.

La moitié de ces condamnés à morts étaient chiites, une minorité qui représente 10 à 15% de la population. Une minorité discriminée dans le pays pour ses liens supposés avec le grand ennemi voisin, l’Iran. Leur principal crime était surtout d’avoir participé à des manifestations contre le gouvernement en 2011 et 2012.

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU accuse Riyad de les avoir transformés en criminels alors qu’ils usaient seulement de leur liberté d’expression. Des ONG dénoncent, quant à elles, des procès inéquitables et l’absence d’information aux familles qui n’ont pas été autorisées à récupérer les corps. L’European Saudi Organisation for Human Rights n’hésite pas à parler de « massacre ».

La presse saoudienne, elle, parle de ces exécutions comme d’un « succès époustouflant pour mater le terrorisme » ou d’une « source de fierté qui vaut respect et admiration ». “Il n’y a pas d’islam sans communauté, et de communauté sans foi, et de foi sans obéissance. Et si un groupe ou un individu se dresse contre le détenteur de l’autorité, il subit ce qu’a prévu pour lui [la charia]”, a déclaré, à la télévision, le chef de la police religieuse, qui évoque une mesure “nécessaire pour préserver l’ordre et l’unité”.

Dans les chancelleries étrangères, les réactions restent rares. L’Union Européenne s’est dite « fermement opposée à la peine capitale, quelles que soient les circonstances » et se préoccupe d’une « augmentation inquiétante dans la tendance à recourir à la peine de mort en Arabie Saoudite ». Une condamnation timide.

L’Arabie Saoudite, elle, affiche un message sans ambiguïté : il s’agit de montrer aux Saoudiens et à la communauté internationale que le régime est fort, que personne ne lui dicte ses pratiques.

Premier producteur de pétrole au monde, le pays est le seul à pouvoir freiner l’envolée des prix provoquée par la guerre en Ukraine, en augmentant sa production. La crise énergétique a rendu à l’Arabie Saoudite la toute-puissance et le pouvoir qu’elle avait perdu après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Or jusqu’à présent, Riyad n’a ni condamné la Russie, ni ouvert le robinet. La semaine dernière, les journaux arabes rapportaient même que MBS ne prenait plus le président américain Joe Biden au téléphone.

La situation économique est tellement critique que le Premier ministre britannique Boris Johnson envisage de se rendre à Riyad cette semaine pour convaincre MBS d’agir. Tant pis pour les 81 exécutions. Tant pis pour les atteintes aux droits de l’homme. Une fois de plus, le pétrole saoudien suffit à acheter le silence du monde.

Dirigeant de facto du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane a lancé des réformes sociales et économiques depuis 2017, mais il a, dans le même temps, réprimé toute dissidence. Monarchie absolue, l’Arabie saoudite est dotée depuis 1992 d’une Loi fondamentale assimilée à une Constitution, reposant sur la charia, la loi islamique. L’homicide, le viol, les attaques à main armée, la « sorcellerie » (sic), l’adultère, la sodomie, l’homosexualité et l’apostasie y sont passibles de la peine capitale.

Les exécutions annoncées samedi interviennent au lendemain de la libération du blogueur et militant des droits humains Raif Badawi, condamné à dix ans de prison pour avoir plaidé pour la fin de l’influence de la religion sur la vie publique dans le royaume. Sa peine purgée, l’ancien lauréat du prix Reporters Sans frontières pour la liberté de la presse, âgé de 38 ans, est toutefois interdit de quitter le territoire saoudien pendant les dix prochaines années.

Dans le cadre des réformes, l’Arabie saoudite a annoncé, en 2020 qu’elle mettait fin à la peine capitale pour ceux condamnés pour des crimes commis alors qu’ils avaient moins de 18 ans. Mais samedi, un Saoudien condamné à mort pour des crimes commis alors qu’il était mineur a été hospitalisé après avoir commencé une grève de la faim, selon sa famille et Reprieve.

En 2017, alors âgé de 14 ans, Abdallah al-Howaiti a été arrêté et accusé de vol à main armée et du meurtre d’un policier dans la province septentrionale de Tabouk. Il a été condamné à mort pour la deuxième fois plus, tôt ce mois, après que la Cour Suprême a annulé un premier verdict prononcé en 2019 et ordonné un nouveau procès.

Les faits présumés « ont eu lieu alors que Howaiti n’avait que 14 ans, ce qui montre que les autorités saoudiennes continuent d’appliquer la peine de mort aux mineurs », selon l’organisation de défense des droits humains ALQST basée à Londres.

Joseph Kouamé

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