Les diplomates français appelés à faire grève pour la première fois depuis vingt ans.

Les personnels du Quai d’Orsay sont appelés à faire grève pour protester contre une série de réformes qui mettent en danger, selon eux, l’efficacité et le prestige de la diplomatie française.

« Fatigués », « inquiets pour leur avenir » et « en manque de considération », les personnels du Quai d’Orsay sont appelés, ce jeudi 2 juin, à faire grève pour protester contre une série de réformes qui mettent en danger, selon eux, l’efficacité et le prestige de la diplomatie française.

C’est un mouvement rarissime au Quai d’Orsay. Pour la première fois depuis 20 ans, les diplomates et personnels du ministère des Affaires étrangères sont appelés à faire grève à l’appel de six syndicats et d’un collectif de 500 jeunes diplomates.

Si le mouvement de grogne couvait depuis plusieurs années, la réforme de la haute fonction publique voulue par le président Emmanuel Macron et qui aura des conséquences sur les carrières diplomatiques, a mis le feu aux poudres.

« L’empilement des réformes, la baisse continue des moyens, aboutit à une fatigue et un désarroi des personnels », lance le diplomate et syndicaliste CFTC Olivier Da Silva, en estimant que « la colère est à un niveau particulièrement élevé » dans le réseau.

Un mouvement, fait inédit, qui est soutenu par de nombreux diplomates de haut rang : ambassadeurs, directeurs de régions… Depuis quelques jours, ils affichent leur soutien au mouvement sur Twitter sous le dièse #diplo2métier. Les ambassadrices du Koweït, Claire Le Flécher ou Véronique Aulagnon à Oman ont annoncé qu’elles feront grève. Philippe Errera, le directeur des affaires politiques du Quai d’Orsay a, de son côté, republié sur le réseau social la tribune du collectif des jeunes diplomates. Des rassemblements sont même prévus devant le ministère à Paris et à Nantes, où se trouve le centre des archives diplomatiques.

Pourquoi cette grogne ? La réforme de la haute fonction publique a créé un nouveau corps d’administrateurs de l’État et prévoit que les hauts fonctionnaires ne seront plus rattachés à une administration spécifique mais seront, au contraire, invités à en changer régulièrement tout au long de leur carrière. Pour les diplomates (environ 700 directement concernés par la réforme) cela se traduit par une fusion puis « mise en extinction » progressive d’ici à 2023 des deux corps historiques de la diplomatie française, ministres plénipotentiaires (ambassadeurs) et conseillers des affaires étrangères. Soit, estiment nombre d’entre eux, « la fin de la diplomatie professionnelle » française, troisième réseau international derrière les États-Unis d’Amérique et la Chine.

« L’inquiétude est réelle, les personnels sont fatigués ».

« Avec cette réforme, les Français vont être représentés par des gens pas formés aux codes de la diplomatie, ou pas prêts. Être consul, ce n’est pas seulement un rôle honorifique comme je l’entends dire. C’est aller reconnaître le corps d’un compatriote à la morgue, annoncer un décès… Il faut conserver la professionnalisation de notre diplomatie », estime un ambassadeur sous couvert de l’anonymat.

Un diplomate de haut rang également anonyme se dit lui très préoccupé par « la fatigue des personnels face à la pression constante combinée avec un déclin des moyens ». « Certes il y a des ors au Quai d’Orsay, mais la vérité est qu’il y a de moins en moins de moyens », dit encore cet ambassadeur.

De son côté, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Christian Cambon (LR), a dit « comprendre l’émotion » des diplomates français. « On comprend l’émotion des fonctionnaires qui ont choisi de consacrer leur vie à la France alors que se multiplient les crises internationales (…). C’est une maladie française de casser un outil qui fonctionne ! », a-t-il déclaré en dénonçant une « vision purement technocratique de penser que les fonctionnaires sont interchangeables».

Catherine Colonna, la nouvelle ministre des Affaires étrangères, hérite de ce dossier dès son arrivée. Diplomate de carrière, elle assure avoir « noué un dialogue social de qualité » avec toutes les organisations syndicales. « L’inquiétude est réelle, les personnels sont fatigués », reconnaît-on au ministère en soulignant que le mouvement social intervient dans un « contexte très difficile » : plus de deux années de Covid, successions de crises, des évacuations de Kaboul après la victoire talibane en août 2021 en passant par la guerre en Ukraine, les expulsions de diplomates par la Russie, la crise avec le Mali… Maintenant place à la négociation.

Didier Maréchal

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