Salman Rushdie publie son nouveau roman et s’exprime, six mois après son agression

L’écrivain britannique Salman Rushdie sort un nouveau roman, six mois après avoir été poignardé aux États-Unis. « Victory City » est le « récit épique d’une femme » au XIVe siècle, qui va ériger une ville, subir l’exil et les menaces dans un monde patriarcal. (AFP).

Pour la première fois depuis qu’il a été agressé à coups de couteau aux États-Unis en août dernier, l’écrivain britannique Salman Rushdie confie, ce lundi 6 février, avoir beaucoup de mal à écrire et souffrir de stress post-traumatique.

« Victory City », comme une renaissance, est le nouveau roman de l’écrivain britannique Salman Rushdie. Sorti lundi 6 février, six mois après l’agression de l’auteur, il raconte la vie d’une femme au XIVe siècle, qui érige une ville et subit les menaces d’un monde patriarcal.

Achevé avant son agression au couteau, ce roman – sans doute l’un des plus attendus de l’année – de l’auteur d’origine indienne, est présenté comme la traduction de l’épopée historique de Pampa Kampana, une jeune orpheline dotée de pouvoirs magiques par une déesse, qui va créer la ville de « Bisnaga », littéralement « Victory City » (« La cité de la victoire », en français).

L’écrivain ne fera aucune promotion pour présenter son 15e roman qui sort ce mardi aux États-Unis et jeudi au Royaume-Uni, a prévenu son agent Andrew Wylie dans le quotidien britannique The Guardian », même « si sa guérison progresse » depuis l’attaque qui a failli lui coûter la vie le 12 août dernier.

Alors que « Victory City » a été achevé avant son agression, Salman Rushdie a déclaré dans le New Yorker, lundi, avoir « trouvé très, très difficile d’écrire ». « Je m’assois pour écrire et il ne se passe rien ; j’écris, mais c’est un mélange de vide et d’âneries, des choses que je rédige et que j’efface le lendemain », confie l’écrivain. « Je ne suis pas encore tiré d’affaire », souffle-t-il en prévenant son intervieweur : « Le PTSD existe, vous savez », employant en anglais l’acronyme définissant le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Un jeune homme s’était jeté sur lui armé d’un couteau alors qu’il s’apprêtait à prendre la parole lors d’une conférence à Chautauqua, dans le Nord-Ouest de l’État de New York, près du Grand Lac Erié.

Rushdie, naturalisé états-unien, et qui vit à New York depuis 20 ans, a perdu la vue d’un œil et l’usage d’une main, avait annoncé en octobre son agent. L’attaque avait choqué dans les pays occidentaux, mais avait été saluée par des extrémistes de pays musulmans comme l’Iran ou le Pakistan.

Depuis, l’auteur est resté éloigné des médias, mais a recommencé à s’exprimer sur le réseau social Twitter depuis décembre dernier, le plus souvent pour relayer les critiques de son nouveau roman publiées dans la presse.

Plusieurs évènements sont toutefois prévus pour accompagner la sortie de « Victory City », comme une conférence diffusée sur Internet avec les auteurs britanniques Margaret Atwood et Neil Gaiman.

Icône de la liberté d’expression depuis qu’il vit sous le coup d’une fatwa pour l’écriture du livre « Les Versets Sataniques » en 1988, Rushdie défend encore la puissance des mots dans « Victory City ». Avec pour mission de « donner aux femmes une place égale dans un monde patriarcal », selon le résumé de son éditeur Penguin Random House, son héroïne et poète Pampa Kampana, qui vivra près de 250 ans, sera aussi le témoin de « l’orgueil de ceux qui sont au pouvoir », et assistera à l’essor puis à la destruction de Bisnaga. Son héritage au monde restera cependant son récit épique, qu’elle enterre en guise de message pour les générations futures. Et le roman se conclut par cette sentence : « les mots sont les seuls vainqueurs ».

Dans le New York Times, l’écrivain états-unien Colum McCann, ami de Rushdie, affirme que l’auteur « dit quelque chose de très profond dans ‘Victory City' ». « Il dit ‘vous ne pourrez jamais enlever aux gens la faculté fondamentale de raconter des histoires’. Confronté au danger, même face à la mort, il réussit à dire que tout ce que nous avons, c’est le pouvoir de raconter des histoires ».

Né à Bombay en 1947, Rushdie a publié son premier roman « Grimus » en 1975 et a connu une célébrité mondiale six ans plus tard avec « Les Enfants de minuit » qui lui a valu le Booker Prize au Royaume-Uni (équivalent du Goncourt français – ndlr).

« Victory City » sortira en septembre prochain en France sous son titre original, a indiqué à l’AFP sa maison d’édition française, Actes Sud.

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