Christine Angot a été élue à l’Académie Goncourt, au couvert numéro 5 que tenait Patrick Rambaud. Ce dernier avait démissionné à la fin de l’année dernière pour raisons de santé. (Avec AFP).
Celle qui a reçu le prix Médicis, en 2021, pour «Le Voyage dans l’Est», remplace Patrick Rambaud. Victime de viols incestueux, sujet de plusieurs de ses romans, cette femme siégera dès avril.
L’écrivaine Christine Angot a été élue, ce mardi 28 février, membre de l’académie Goncourt, qui remet chaque année le plus prestigieux prix de la littérature française, a-t-elle annoncé sur Twitter. Prix Médicis en 2021, pour son roman «Le Voyage dans l’Est», qui traite de la douleur liée au viol incestueux, sujet récurant de ses romans, Christine Angot, 64 ans, va succéder à Patrick Rambaud, 76 ans, et siéger à la prochaine réunion de l’académie Goncourt, le 4 avril. Par le biais de son attachée de presse, la principale intéressée se dit « très contente et très touchée ».
Née en 1959, elle a été élevée par sa mère, après l’échec du couple de ses parents, comme elle le raconte dans «Un amour impossible» (2015), porté à l’écran par Catherine Corsini, avec Virginie Efira.
Abusée par son père dès l’adolescence
Christine Angot, 64 ans, a raconté plusieurs fois dans ses livres comment son père, un homme jusqu’alors absent, est revenu dans sa vie à partir de ses 13 ans. Cet intellectuel polyglotte, fonctionnaire au Conseil de l’Europe, notable strasbourgeois, se révélera être un violeur qui abusera d’elle entre ses 13 et 16 ans, et la tiendra sous son emprise jusqu’à ses 26 ans. Austère, détestant se faire photographier et absente des mondanités, Angot a tour à tour subjugué, agacé ou suscité la raillerie, comme lorsqu’elle a raconté, par le menu, ses amours avec le chanteur Doc Gyneco dans « le Marché des amants » (Seuil, 2008).
Il faut dire que ces derniers temps, l’Académie Goncourt a elle-même été traversée par nombre de turbulences. L’ambiance était en effet tendue lors de la remise du prix à Brigitte Giraud pour « Vivre vite » (Flammarion), le 3 novembre dernier. Loin de faire l’unanimité, le livre avait été couronné après quatorze tours de scrutins, finalement tranchés par la voix compte double du président Didier Decoin. Or, la moitié de l’académie lui préférait « le Mage du Kremlin » (Gallimard) de Giuliano da Empoli. Peu de temps avant, un voyage perturbé au Liban avait déjà laissé apparaître des tensions. Et l’année précédente, « l’affaire » Camille Laurens, sur fond de soupçon de conflit d’intérêts et de règlement de comptes, avait aussi vivement bousculé le jury.
Selon les académiciens, l’ambiance s’est aujourd’hui apaisée. Decoin : « On est revenu dans des zones calmes. Notre réunion a duré une heure trente sans excitation et nous avons pu mener cette élection sereinement. Nous sommes contents d’avancer. » Christine Angot assistera à la prochaine réunion de l’Académie Goncourt, le 4 avril prochain. Si elle « lisait relativement rapidement et en avait le temps », comme l’espère le président du jury, elle pourrait participer au choix des prix Goncourt de la nouvelle, de la biographie et de la poésie, remis en juin prochain.