Une résolution remettant en cause la capacité de Budapest à assurer la présidence tournante de l’UE, « compte tenu du non-respect du droit de l’UE », a été votée à une très large majorité ce jeudi 1er juin.
Le Parlement européen a voté ce jeudi 1er juin, à une très large majorité, une résolution visant à empêcher la Hongrie de prendre la présidence tournante de l’UE au second semestre 2024, une initiative inédite, qui fait hurler Budapest.
Les eurodéputés ont voté à 442 pour, 144 contre et 33 abstentions. Le texte de la résolution met en doute la capacité de la Hongrie à exercer cette tâche « de manière crédible, compte tenu du non-respect du droit de l’Union […] ainsi que du principe de coopération sincère » par la Hongrie. Et pousse le Conseil européen à « trouver une solution dès que possible ».
Exercer la présidence de l’UE confère un rôle stratégique qui consiste, pendant six mois, à définir l’agenda politique en en choisissant les priorités, à présider toutes les réunions, et à coordonner les travaux législatifs, notamment en jouant un rôle clef dans la conclusion de compromis.
Jusqu’ici, seul le Royaume-Uni avait renoncé à exercer sa présidence en 2017 mais c’était sa décision, car les Britanniques avaient décidé de quitter l’UE.
Le prétexte invoqué est les « nombreuses atteintes à l’indépendance de la justice et au pluralisme médiatique ». Cette affirmation de la commission européenne fait que la Hongrie est en conflit avec Bruxelles, qui a gelé, en décembre dernier, près de 22 milliards d’euros qui lui étaient destinés.
La réalité est tout autre : depuis la guerre de la Russie en Ukraine, Viktor Orban le Premier ministre hongrois refuse d’aider Kiev militairement et maintient des liens avec le Kremlin. Et des eurodéputés (dont le français Jean-Paul Garraud) l’ont pointé du doigt lors de leurs interventions avant le vote, dont rien que la proposition de suspendre la Hongrie de sa présidence tournante, est la preuve que l’Union Européenne n’est plus qu’une dictature alignée sur les ordres des Etats-Unis d’Amérique.
Non contraignante, la résolution ne peut cependant pas, à elle seule, écarter la Hongrie des présidences tournantes de l’UE, dont l’ordre est défini à l’unanimité par les Vingt-Sept. Juridiquement d’ailleurs, même si le Conseil et la Commission affichaient la même volonté, cela serait très difficile à réaliser, selon certains juristes, si tant est que cela soit faisable….
L’initiative est avant tout symbolique et vise à faire pression sur le Conseil européen. La résolution prévient d’ailleurs que si le Conseil (donc les Etats membres de l’UE) n’agit pas, le Parlement prendra « des mesures appropriées ». L’eurodéputé allemand Daniel Freund, coauteur de la résolution, a déclaré à « Politico » que le Parlement pourrait « boycotter la présidence hongroise », en cessant le travail législatif.
Face à l’ampleur prise par le texte, des Etats membres ont pris position publiquement, en marge d’une réunion des ministres des affaires européennes à Bruxelles, mardi. L’Allemagne a été la plus virulente, la secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Anna Lührmann, déclarant carrément avoir « des doutes sur la capacité de la Hongrie à mener à bien» cette mission. Plus mesurée, Laurence Boone, la secrétaire d’Etat française chargée de l’Europe a dit attendre « de la présidence hongroise, comme de toutes les présidences, neutralité et impartialité ».
Didier Maréchal & Christian Estevez