Etats-Unis d’Amérique : une municipalité musulmane interdit le drapeau LGBT – quand la croyance woke prend la réalité en pleine face

De nombreux libéraux ont célébré l’élection d’un conseil à majorité musulmane à Hamtramck, dans le Michigan, en 2015, mais un vote pour exclure les drapeaux LGBTQ + de la propriété de la ville a détérioré les relations. (Avec L’express).

En moins de dix ans, la ville états-unienne de Hamtramck est passée de symbole du multiculturalisme à berceau du communautarisme religieux.

En 2015, la presse progressiste chantait les louanges de la petite ville de Hamtramck (Michigan), qui venait de se doter du tout premier conseil municipal états-unien à majorité musulmane. Dans cette municipalité voisine de Détroit, rassemblant immigrés d’Europe de l’Est, Bangladais, Yéménites ou noirs états-uniens, un magasin de saucisses polonaises pouvait côtoyer paisiblement une grande boutique yéménite et une autre de vêtements bengali, et les cloches des églises résonner en même temps que l’appel à la prière islamique. La preuve, pour une partie de la gauche états-unienne, que le multiculturalisme n’était pas qu’une utopie progressiste, alors que Donald Trump amorçait une campagne ouvertement hostile à l’immigration musulmane.

En 2023, la fable semble avoir pris du plomb dans l’aile. Le 13 juin dernier, le conseil municipal de la ville de 28 000 habitants, désormais exclusivement musulman et socialement conservateur, a adopté une loi interdisant l’affichage de drapeaux ethniques, religieux, raciaux et politiques, à commencer par le drapeau LGBTQ + sur les propriétés publiques de la ville.

Selon le journal britannique « The Guardian », le conseiller municipal chargé de cette résolution, Mohammed Hassan, aurait assuré à des soutiens de la cause LGBTQ + « travaille [r] pour le peuple, pour ce que la majorité du peuple veut ». Le conseil municipal soulignant que cette décision n’avait rien de discriminatoire, mais visait au contraire à refléter le « caractère international de la ville ». Après le vote du 13 juin, certains internautes sont allés jusqu’à saluer sur les réseaux sociaux une « ville sans pédés (sic) »…

Cet épisode intervient en plein « mois des fiertés » (mois de mise en avant et d’honneur pour tous les LGBT, selon la doxa dite « progressiste » – ndlr), alors que la Human Rights Campaign a récemment déclaré l’état d’urgence pour les personnes LGBTQ + aux États-Unis, une première en plus de quarante ans d’existence, citant « un pic sans précédent et dangereux d’agressions législatives anti-LGBTQ + dans les Chambres des Etats fédérés cette année ».

Sans surprise, la décision a suscité l’ire d’une partie des résidents de Hamtramck, et au-delà certains états-uniens tançant sur les réseaux sociaux une « décision stupide et à côté de la plaque ». « Il y a un sentiment de trahison », a déclaré l’ancienne maire d’origine polonaise de la ville, Karen Majewski. « Nous vous avons soutenu lorsque vous avez été menacés, et maintenant nos droits sont menacés, et c’est vous qui nous menacez. »

Illusion de « majorité »

Il semble loin le temps où la BBC encensait, dans un article publié en 2021, « l’harmonieuse ville des Etats-Unis dirigée par des Américains musulmans », alors que son nouveau maire, Amer Ghalib (le premier maire yéménite états-unien du pays) venait d’être élu. Comment cette petite ville qui, en 2005 alors que le conseil municipal était majoritairement chrétien avait adopté une ordonnance autorisant la diffusion de l’appel à la prière musulman depuis les mosquées de la ville cinq fois par jour, en est-elle arrivée là ?

Hamtramck est l’exemple même des dérives provenant de la confusion entre « majorité religieuse » et « majorité politique ». Statistiquement, les immigrants, en grande partie musulmans bangladais et yéménites, sont effectivement devenus majoritaires par rapport à ceux d’Europe de l’Est à partir de 2013. Mais, en considérant la « communauté musulmane » sous un prisme identitaire, comme étant tout entière prompte à faire de sa religion une priorité politique, la ville a servi de terreau au communautarisme, avec l’assentiment passif d’une partie de la gauche. La municipalité s’est ainsi accommodée de la faible représentation féminine dans les instances municipales. Le soir de l’élection, le nouveau maire Amer Ghalib a été encensé par un rassemblement yéménite-états-unien de plus de 100 partisans lors d’une fête post-électorale exclusivement masculine (aucune des six femmes yéménites qui composaient alors son conseil n’était présente). Aujourd’hui, le conseil municipal n’est plus composé que d’hommes.

C’est dans ce contexte de grande confusion entre inclusion, diversité, identitarisme et essentialisation des citoyens que le conseil municipal a par exemple approuvé, l’année dernière, une ordonnance permettant le sacrifice d’animaux dans les arrière-cours, malgré le fait que certains habitants de la ville s’en sont émus. Et tandis que la gauche confondait multiculturalisme et communautarisme, de surprenantes alliances se sont nouées. D’autres villes états-uniennes ont adopté des interdictions similaires pour les drapeaux arc-en-ciel, mais celles-ci sont en grande majorité politiquement conservatrices. Le conseil municipal d’Hamtramck a d’ailleurs reçu le soutien de républicains de la ville proche de Dearborn, qui, l’année dernière, avaient tenté d’interdire des livres avec des thématiques LGBTQ +. A Dearborn, de nombreux musulmans conservateurs s’étaient alors joints à la droite chrétienne lors d’une manifestation durant laquelle des orateurs avaient qualifié les hommes homosexuels de « pauvres types et pédophiles », assimilant leur sexualité à de la… zoophilie.

La preuve qu’en sacrifiant ses idéaux sur l’autel du communautarisme, la gauche devient la meilleure alliée des réactionnaires.

Joseph Kouamé

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