L’autodafé du Coran, fin juin, pourrait compromettre l’accueil de la Suède dans l’Otan

Cet acte qui a provoqué la colère du gouvernement turc une semaine avant le sommet de l’Alliance atlantique à Vilnius, semble avoir légèrement compromis l’accueil de la Suède parmi les nouveaux membres. (Avec AFP).

Protestations diplomatiques, indignation internationale, intrusion dans l’ambassade de Suède à Bagdad : la manifestation, au cours de laquelle plusieurs pages du Coran ont été brûlées devant une mosquée, à Stockholm, a de sérieuses répercussions.

La provocation, perpétrée par un réfugié irakien, a notamment été mal vue en Turquie, compromettant les chances de Stockholm d’intégrer l’OTAN. Plusieurs pays, tels que la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Irak, ont convoqué les ambassadeurs suédois. Le Maroc a même rappelé son ambassadeur, condamnant un acte « offensant et irresponsable ».

Le dernier autodafé du Coran en Suède, le 28 juin 2023, devant la grande mosquée de Stockholm, au premier jour de l’Aïd-el-Adha, continue de provoquer de vives protestations dans le monde musulman, risquant de retarder le feu vert de la Turquie à l’adhésion suédoise à l’Otan.

À une semaine du sommet de l’Alliance Atlantique à Vilnius, l’accueil de la Suède comme nouveau membre semble quelque peu compromis par cet acte qui a suscité l’ire d’Ankara, déjà peu enclin à accepter la candidature suédoise. «Il est inacceptable de permettre ces actes anti-islamiques sous prétexte de liberté d’expression» s’est emporté, sur Twitter, Hakan Fidan, le chef de la diplomatie turque. Réunie dimanche à Djedda, à la demande de l’Arabie saoudite, l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a condamné de son côté cet autodafé, appelant ses 57 États membres à «prendre des mesures collectives pour empêcher que des actes de « profanation » d’exemplaires du Coran ne se reproduisent». L’acte commis en Suède par un réfugié irakien qui a mis le feu à un Coran ranime le risque de sérieuses répercussions voire de représailles y compris violentes.

A moins de deux semaines du sommet de l’OTAN à Vilnius, les 11 et 12 juillet, la Suède ne pouvait imaginer pire scénario. Alors que le royaume scandinave a longtemps espéré participer à cette rencontre en tant que membre à part entière de l’Alliance Atlantique, les événements de ces derniers jours semblent avoir anéanti toutes ses chances de voir sa candidature ratifiée à temps. Jeudi 29 juin, à Ankara, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui continue de s’opposer à l’adhésion suédoise, a témoigné de son indignation à la suite de l’autodafé du Coran, perpétré la veille, devant la plus grande mosquée de Stockholm, au premier jour de l’Aïd-el-Kébir, par un réfugié irakien. « Nous allons finir par apprendre aux Occidentaux arrogants qu’insulter les musulmans n’est pas la liberté d’expression », s’est insurgé le président turc, lors d’une allocution télévisée.

Les autorités suédoises en ont d’autant plus conscience que le précédent cas d’autodafé de Coran, réalisé le 21 janvier près de l’ambassade de Turquie à Stockholm par le militant d’extrême droite dano-suédois Rasmus Paludan, a affecté son projet stratégique d’adhésion à l’Otan, bloqué par Ankara qui reproche par ailleurs à Stockholm l’accueil de Kurdes militants ou sympathisants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), groupe politique armé considéré comme terroriste par plusieurs pays et ennemi juré du régime turc. Le Premier ministre suédois l’a d’ailleurs rappelé le 30 juin, trois jours après que le réfugié irakien Salwan Momika a brûlé publiquement plusieurs pages du Coran dans le cadre d’une manifestation. « C’est difficile de savoir quelles en seront les conséquences. Je pense que nous devons aussi réfléchir en Suède. C’est une question sérieuse de sécurité, il n’y a pas de raison d’insulter des gens », a indiqué le dirigeant conservateur suédois Ulf Kristersson.

En dépit des risques engendrés par de tels actes, les autorités suédoises ont à chaque fois permis leur réalisation au nom de la liberté d’expression et de manifestation.

Le premier projet de manifestation au mois de février de Salwan Momika avait été refusé par la police en raison de risque de troubles à l’ordre public. Mais les manifestants ont fait appel et ont obtenu gain de cause devant le tribunal administratif, puis devant la cour d’appel administrative, au motif de l’absence de lien suffisamment clair entre les manifestations programmées et les risques avancés par la police.

Mercredi 28 juin dernier, à Stockholm, Salwan Momika, réfugié irakien en Suède âgé de 37 ans, n’a vraisemblablement pas choisi au hasard le lieu et la date de son geste : le jour de la fête musulmane de l’Aïd el-Kebir, devant la plus grande mosquée de la capitale suédoise. « Le fait de profaner quelque chose tenu pour sacré par quelqu’un d’autre est un acte d’hostilité aggravé », estime Sophie Gherardi co-fondatrice du Centre d’étude du fait religieux contemporain (Cefrelco).

En Suède, la manifestation autorisée du réfugié irakien Salwan Momika est désormais sous le coup d’une enquête pour « agitation contre un groupe ethnique » en raison de sa tenue à proximité d’une mosquée. « Je ne veux pas nuire à ce pays qui m’a accueilli et qui a préservé ma dignité», avait déclaré Salwan Momika à un journal suédois. Il précise qu’il souhaitait voir le Coran interdit en Suède.

Le précédent cas d’autodafé d’un exemplaire du Coran réalisé en Suède avait d’autres intentions politiques affichées selon son auteur : dénoncer les négociations suédoises avec Ankara sur l’Otan. Militant d’extrême droite à la tête du mouvement anti-immigration et anti-islam « Ligne dure », le Dano-Suédois Rasmus Paludan a fait de l’autodafé d’un exemplaire du Coran un mode d’action privilégié. En novembre 2020, il avait été arrêté en France puis expulsé. En Belgique, cinq autres militants ont été arrêtés, accusés de vouloir propager la haine en projetant de brûler des exemplaire du Coran à Bruxelles.

Didier Maréchal

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