L’ancienne membre de l’administration Obama a renoncé au poste d’économiste en chef de la Direction générale de la concurrence, qu’elle devait occuper à partir du 1er septembre prochain.
Fiona Scott Morton a été nommée à un poste au sein de l’UE, malgré une rare dérogation qui n’avait jamais été utilisée auparavant pour un poste de ce niveau, étant donné que les fonctionnaires européens doivent normalement être ressortissants d’un État membre de l’UE. Ses compétences ont été vantées par plusieurs économistes de renom, dont le Prix Nobel Jean Tirole. Cependant, le fait qu’elle soit états-unienne soulève des questions, d’autant plus que l’UE a récemment adopté une nouvelle régulation numérique visant principalement les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Sa nomination a également été critiquée en raison des possibles conflits d’intérêts liés à ses consultations passées pour des entreprises telles que Microsoft, Apple, Amazon ou Pfizer.
“Fiona Scott Morton m’a informé de sa décision de ne pas accepter le poste d’économiste en chef de la concurrence. Je l’accepte avec regret”, a déclaré la vice-présidente de la Commission européenne chargée du numérique et de la concurrence. Ce mercredi 19 juillet, sur Twitter, Margrethe Vestager a partagé un message de l’états-unienne indiquant renoncer à cette fonction “étant donné la polémique politique”.
Son arrivée prévue le 1er septembre à la Commission avait en effet suscité un tollé parmi de nombreux eurodéputés. Dans une lettre commune, les présidents des groupes PPE (conservateurs), S&D (sociaux-démocrates), Renew (centristes) et des Verts avaient fait part de leur incompréhension “que des candidats non européens soient pris en considération pour un poste aussi stratégique et de haut niveau”. En 2011 et 2012, Fiona Scott Morton avait notamment été responsable de l’analyse économique au sein de la division antitrust du ministère états-unien de la Justice. La polémique était également liée à ses anciennes activités de consultante auprès de grands groupes états-uniens de la tech, tels qu’Amazon, Apple et Microsoft. Des entreprises auxquelles des amendes de parfois plusieurs centaines de millions d’euros pour abus de position dominante ont été infligées en Europe.
Certains commissaires européens – Thierry Breton, Josep Borrell, Paolo Gentiloni, Nicolas Schmit et Elisa Ferreira – avaient par ailleurs demandé le réexamen de la décision de recrutement. En marge du sommet UE-Celac, Emmanuel Macron s’était quant à lui déclaré “dubitatif” à propos de la nomination de Fiona Scott Morton. “Si nous n’avons aucun chercheur [européen] de ce niveau pour être recruté par la Commission, ça veut dire que nous avons un très grand problème avec tous les systèmes académiques européens”, avait-il souligné mardi 18 juillet. Défendant une “autonomie stratégique” pour l’Europe, il estimait que cette embauche n’était “pas forcément la décision la plus cohérente à cet égard”.
Didier Maréchal