Des images mettant en scène plusieurs responsables ultra-conservateurs se livrer à des relations homosexuelles ont envahi les réseaux sociaux iraniens. (Source France24).
Dans ce pays où l’homosexualité est passible de peine de mort, le régime iranien a tenté de nier et dissimuler les vidéos sexuelles d’ultra-conservateurs dévoilées via internet : une façon de “sauver la face” selon un ancien membre des autorités religieuses avec qui s’est entretenu la rédaction des Observateurs de France 24.
Le 18 juillet dernier, une vidéo publiée sur la chaîne Telegram “Gilan News” a dévoilé des images de Reza Seghati, le directeur général du bureau du ministère de la Culture de la province du Guilan, en train de s’adonner à des pratiques sexuelles. Sur l’enregistrement, on le voit avoir un rapport avec un autre homme. Reza Seghati ne semble pas réaliser qu’il est filmé.
L’homosexualité est illégale en Iran et peut-être passible de peine de mort.
Les bureaux du ministère de la Culture de chaque province sont chargés de délivrer des autorisations pour tout type de production culturelle ou artistique. Dans les faits, ces bureaux sont chargés de censurer les œuvres et de veiller à ce qu’elles soient conformes aux valeurs islamiques et à la charia (loi coranique- ndrl).
Reza Seghati est connu pour être un conservateur pur et dur, qui cherche régulièrement à accroître les restrictions sur les libertés des femmes. Il a par exemple mené une campagne de surveillance baptisée « hijab de quartier et chasteté vertueuse” dans la province de Guilan visant à faire respecter les lois sur le port du hijab obligatoire.
Ce dernier a été accusé d’hypocrisie sur les réseaux sociaux iraniens, la vidéo prouvant que celui que les habitants de la province de Guilan avaient surnommé le « champion des valeurs et de la famille islamiques » menait en réalité une double vie.
Selon des médias iraniens, Reza Seghati a été « remplacé » en tant que directeur général, sans motif. Sept autres hommes ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire, mais Reza Seghati n’a pas encore fait l’objet de poursuites judiciaires après la publication de la vidéo.
Le scandale est allé jusqu’aux plus hautes sphères du régime islamique de Téhéran. Selon Mohammad Bagher Qalibaf, président du parlement iranien, le Conseil national de sécurité de l’Iran l’aurait évoqué.
Toutefois, il semblerait que les autorités ne vont pas poursuivre Reza Seghati, mais qu’elles recherchent plutôt activement la personne qui a enregistré, divulgué et partagé ces vidéos. Mojtaba Zolnouri, vice-président du parlement de la République islamique, a ainsi déclaré que « le crime de ceux qui ont diffusé ces vidéos est plus grave que celui des fornicateurs ».
Reza Seghati ne s’est pas exprimé sur la vidéo.
Plusieurs jours après la diffusion des images, l’administrateur de la chaîne Telegram « Gilan News”, la première à avoir publié ces vidéos, a affirmé qu’il avait été menacé de mort et que des membres de sa famille avaient été arrêtés pendant plusieurs heures.
Le 21 juillet, de nouvelles vidéos à caractère sexuel sont apparues : l’une d’entre elles montre Mohammad Safari, membre très conservateur du conseil municipal d’Anzali, une autre ville de la province de Guilan. On le voit notamment fumer de l’opium et se masturber tout en regardant son téléphone portable.
Des appels vidéos explicites entre deux mollahs
Un nouveau scandale a éclaté le 30 juillet après que des captures d’écran d’une conversation vidéo entre deux mollahs ont été partagées sur les réseaux sociaux.
L’un des participants a été identifié comme Mahdi Haghshenas, ancien directeur du Bureau de la propagation de la vertu et la prévention du vice dans la province de Guilan. Le second serait son propre beau-frère, lui aussi un mollah. Bien que plusieurs médias iraniens diffusant depuis l’étranger aient pu vérifier et authentifier les images, la rédaction des Observateurs de France 24 n’a pas pu confirmer leur véracité de manière indépendante.
En Iran, le Bureau de la propagation de la vertu et la prévention du vice est l’une des principales agences auxquelles le régime a recours pour imposer l’application de la charia dans l’espace public. Le premier mollah, Mahdi Haghshenas, est connu pour son interprétation extrémiste de la charia, ses positions restrictives des libertés sociales, son hostilité à la science et son opposition à la vaccination contre le Covid-19.
“La République islamique tente de couvrir ces scandales pour sauver la face”
Javad Akbarein est un penseur iranien basé à Paris. Il avait fait des études pour devenir lui-même mollah, à Qom en Iran. Il souligne que ces “sextapes” ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
« Cette situation est le produit de quatre décennies sous le joug des préceptes de la République islamique. Ils l’ont approvisionnée financièrement, lui ont accordé du pouvoir et des prérogatives partout dans le pays. Il est donc normal que certaines personnes qui veulent jouir de ces privilèges les rejoignent, même si leur mode de vie ne correspond pas aux valeurs promues. Ils doivent ainsi mener une double vie en cachette.
En contrepartie, je peux vous assurer que la plupart de ces hommes n’a jamais touché ou approché une femme avant le mariage. La femme est un sujet tabou, elle représente le péché pour eux. Sous cette pression qui interdit tout rapport avec les femmes, interdisant même de penser à elles, les relations entre hommes deviennent alors plus accessibles. Il n’y a aucune pression ni surveillance concernant les amitiés masculines. Ces amitiés trouvent leur origine dans des petits groupes d’amis, au sein d’une communauté extrémiste, où la confiance règne. »
“C’est leur hypocrisie qui scandalise et non pas la sexualité de ces hommes”
« Je connais ces personnes, j’ai suivi mes études de religion à leurs côtés à Qom. Je peux confirmer que chaque année, beaucoup de cas similaires émergent, qui sont ensuite remontés au doyen. L’administration se contente d’ignorer l’affaire et d’essayer de la couvrir, parfois elle vire quelques personnes qui y étaient impliquées. Mais, il suffit que la police soit informée pour les jeter en prison. Cela peut même aller jusqu’à la torture et l’exécution, selon la charia.
Les Iraniens sont scandalisés par cette hypocrisie, et non pas par la sexualité de ces hommes. Ils prétendent être vertueux, ils ont imposé les strictes règles de la charia au peuple, le hijab aux femmes. Si l’Iran était autre chose qu’une théocratie, personne ne prêterait attention à leur cas, car ce sont deux adultes consentants.
Le régime tente de couvrir cette situation afin de sauver la face. Mais, je pense que le plus important est ailleurs : lorsque le peuple est remonté contre quelque chose, il fait sortir sa colère contre ceux qui l’ont provoquée, donc contre les mollahs et les islamistes.
Actuellement, les Iraniens n’ont comme armes que leur téléphone et les réseaux sociaux. Ils utilisent donc ces outils pour traquer et piéger ces gens-là. Je suis certain que ce n’est que le début. Je m’attends à ce que d’autres vidéos continuent à sortir.”
Ce n’est pas la première fois que des hauts représentants de la République islamique sont impliqués dans des affaires de mœurs. En 2016, Saeed Toosi, un réciteur de Coran mondialement réputé, a été accusé de molester de jeunes garçons sous sa tutelle. Bien que de nombreux témoignages des victimes soient remontés aux médias, Saeed Toosi n’a jamais été condamné par la justice.
Didier Maréchal