L’ancienne dirigeante du Comité Miss France, qui en avait pris seule la tête en 1981, avait quitté le Comité en 2015.
Geneviève de Fontenay, la dame au chapeau inflexible, décédée à l’âge de 90 ans, a mené les Miss France avec une détermination inébranlable, vivant sa vie tambour battant.
Geneviève de Fontenay est décédée à l’âge de 90 ans, annonce ce mercredi 2 août son fils Xavier, à TF1-LCI. L’ancienne dirigeante du Comité Miss France en avait pris seule la tête en 1981. Elle avait décidé de quitter la direction du concours de beauté en 2015, après plus de 60 ans de règne. Depuis 1954, Geneviève de Fontenay défendait farouchement la tradition des reines de beauté « ambassadrices de l’élégance et de la morale », selon ses préceptes. Ses chapeaux, son style désuet et son franc-parler ont fait d’elle une icône française, connue par une bonne partie des Français.
Toute sa vie, Mme de Fontenay a distribué des couronnes, mais elle a toujours arboré le même diadème : un chapeau de feutre blanc ou noir, au choix, devenu aussi célèbre que ceux de Maurice Chevalier ou François Mitterrand. Cette création de Daniel Masson, spécialement conçue pour la reine des Miss, a été baptisée logiquement « le Fontenay », et elle le portait fièrement comme le symbole d’une autorité incontestable sur la décence, la probité et le bon goût à la française. Elle a forgé ce rôle sur mesure au fil du temps, avec beaucoup de chance, un sacré caractère et une bonne dose de culot.
Geneviève de Fontenay, née Mulmann, a toujours été une personne singulière au sein de sa famille. Elle est l’aînée d’une fratrie de dix enfants, avec un père ingénieur et une mère au foyer. Ils vivaient dans un cadre strict, travaillant dans les aciéries de Longwy puis d’Hagondange, dans le Nord-Est de la France. Les règles étaient strictes : on ne parlait pas à table, on vouvoyait les parents, et on allait à la messe le dimanche avant la promenade en famille.
Geneviève prenait soin de ses frères et sœurs, mais se démarquait déjà par un caractère bien trempé. Elle osait souvent tenir tête à ses parents, et sa mère devait parfois frapper du pied pour obtenir son obéissance.
Geneviève préférait de loin découper des patrons et confectionner des robes plutôt que de suivre sa scolarité dans un pensionnat à Metz, où elle ne brillait pas beaucoup, ce qui désespérait son père. Toujours impeccablement habillée et déjà passionnée par les chapeaux, elle décide de suivre une formation à l’école hôtelière de Strasbourg, puis elle se lance dans une carrière d’esthéticienne à Paris, là où toutes les ambitions semblent possibles.
Dans les années 1950, elle se lance également dans le mannequinat, remporte le concours de Miss Élégance en cachette de ses parents et attire l’attention de Louis Poirot de Fontenay, le patron du comité Miss France depuis l’après-guerre. Ensemble, ils construisent une marque autour du concours de beauté à la française, en utilisant des procès impitoyables pour éliminer qui cherchent à les concurrencer.
Arpentant les villes à bord d’une grosse cylindrée blanche, arborant fièrement le fanion brodé d’or du comité, le duo sillonne les bourgades, préside les élections locales, rencontre les élus et participe aux galas des casinos côtiers pendant l’été, avant de terminer l’année par l’élection nationale. Ils se présentent comme les gardiens d’une morale tricolore, même si, en privé, ils vivent en concubinage et fondent une famille hors mariage. Lorsqu’une vieille tante de Geneviève apprend que sa nièce est enceinte sans être mariée, elle tombe dans une dépression si profonde qu’elle doit être hospitalisée.
Après avoir quitté l’organisation de Miss France, Geneviève de Fontenay, avait eu des propos très critiques envers le concours. « Il n’y a plus d’égalité entre les candidates qui ne sont pas habillées de la même manière. Je n’ai plus rien à voir avec ça. Avec nous, les filles portaient les mêmes robes, on mettait en avant les vrais costumes folkloriques des régions représentées », déplorait-elle par exemple à Ouest-France en 2020 au moment du centenaire du concours de beauté.
« J’ai 88 ans, c’est moi qui approche le centenaire maintenant. La disparition, je m’en inquiète, mais je sais qu’un jour je rejoindrai mon Louis avec qui j’ai marqué les esprits », avait-elle également confié à l’occasion de cette rencontre.
Maxime Kouadio