Pékin et Moscou ont mobilisé une importante flottille en direction de la mer stratégique de Béring pour mener des exercices navals qualifiés de « sans précédent » par les médias états-uniens.
Au cours de la semaine dernière, dix navires de guerre russes et chinois ont été observés à proximité de l’Alaska. La marine états-unienne a réagi en déployant un patrouilleur anti-sous-marin P-8 Poseidon et quatre destroyers dans la région.
Ce n’est pas la première fois que les flottes russes et chinoises effectuent des patrouilles dans la mer de Béring, située à proximité de l’État états-unien d’Alaska (acheté à la Russie en 1867). Cependant, cette fois-ci, l’ampleur de la mobilisation navale est particulièrement notable. D’après des responsables états-uniens, un total de onze navires russes et chinois ont été repérés naviguant près des îles Aléoutiennes. Il est important de souligner que ces navires n’ont pas franchi les eaux territoriales états-uniennes, comme l’a rapporté le « Wall Street Journal » le 5 août. En réaction à cette situation, quatre destroyers de l’US Navy ont été dépêchés pour surveiller ces exercices navals qui se tiennent à proximité des côtes des EUA, d’après les informations du quotidien états-unien.
«Ce groupe naval conjoint entre la Russie et la Chine, travaillant en très étroite collaboration, est sans précédent en termes de volume et de portée», a réagi à l’antenne de « Fox News » le sénateur républicain de l’Alaska, Dan Sullivan, samedi soir. «Que vous viviez en Alaska comme moi ou sur la côte est des États-Unis, il est préoccupant qu’un tel groupe naval formé par nos deux principaux adversaires sonde ainsi de très près les côtes américaines», a ajouté l’élu, précisant : «Cela ne fait que renforcer l’idée que nous sommes entrés dans une nouvelle ère d’agression autoritaire menée par les dictateurs de Pékin et de Moscou».
Les détails précis concernant l’heure et l’endroit de l’incident impliquant les flottes russes et chinoises demeurent confidentiels, sans publication à ce jour. Ces informations sont toujours classifiées, comme le rapporte le média local « Alaska’s New Source ». Les médias russes ont également couvert ces récents exercices. Le 4 août, l’agence « Tass » a fait état d’un exercice sous-marin dans le Pacifique et a cité le nom de dix navires, cinq russes et cinq chinois. Parmi les navires russes, on compte notamment deux Oudaloï, des vieux destroyers de lutte anti-sous-marine conçus à la fin de l’ère soviétique, ainsi que deux Steregouchtchi, des corvettes plus modernes. Du côté chinois, la flotte a aligné deux destroyers de Type 052D, considérés parmi les plus modernes de la marine chinoise, en plus d’une frégate de Type 054A et d’une corvette de Type 056. Chaque groupe de navires a été accompagné de son propre navire de soutien. Néanmoins, l’identité du onzième navire reste encore à éclaircir.
« Depuis le début des patrouilles, le groupe de navires a parcouru plus de 2300 miles nautiques au total », a annoncé la flotte russe du Pacifique dans un communiqué. Ce dernier a également précisé que les équipages des navires avaient déjà traversé la mer du Japon, le détroit de La Pérouse, la mer d’Okhotsk et le détroit du Kamtchatka. Ce dernier relie la partie occidentale du Nord de l’océan Pacifique à la mer de Béring du côté russe. Ces informations concordent avec celles fournies par les États-Unis d’Amérique, car les îles Aléoutiennes, situées plus à l’Est, constituent également une séparation entre l’océan Pacifique et la mer de Béring, cette fois-ci du côté états-unien.
La mer de Béring, partagée par les États-Unis d’Amérique et la Russie, possède une importance stratégique car elle sert de passage entre le Pacifique et l’Arctique, plus au Nord. Depuis la guerre froide, cette région revêt également une grande importance pour les patrouilles des sous-marins nucléaires des deux grandes puissances. Parallèlement, la Chine manifeste ouvertement ses ambitions dans la région arctique et déploie de plus en plus fréquemment sa flotte militaire puissante – déjà la plus grande au monde en termes de nombre de navires – vers les eaux froides du Nord.
«Nous continuons à avoir une importante garde côtière en Alaska – et c’est important que cela continue. Cela inclut la construction et, espérons-le, le partage à domicile d’au moins un brise-glace dans notre État, dont nous avons désespérément besoin», a précisé le sénateur Sullivan, cette fois au micro d’Alaska’s New Source. L’élu républicain s’inquiète de la dominance russe en la matière : «Nous, les États-Unis, avons deux brise-glaces et l’un est cassé. Les Russes en ont 54, dont beaucoup sont à propulsion nucléaire. Ils sont tous armés. C’est un domaine où nous sommes loin derrière».
L’avancée de la Russie dans ce domaine, bien que non nouvelle, est indéniable, bien que Dan Sullivan exagère dans certains aspects. Il est vrai que les Russes rencontrent également des difficultés pour moderniser leur flotte de brise-glaces très anciens. Cependant, des progrès récents sont observés, soutenus par le projet majeur de Moscou visant à développer la «route maritime du Nord», favorisée par les effets du réchauffement climatique et ouvrant de nouvelles perspectives commerciales. Actuellement, la Russie dispose de sept brise-glaces à propulsion nucléaire et trois autres sont en cours de construction. Néanmoins, aucun d’entre eux n’est destiné à la flotte du Pacifique, qui reste défavorisée dans le cadre de la lente modernisation de la marine russe. En comparaison, la Chine compte deux brise-glaces conventionnels et envisage d’investir dans la propulsion nucléaire pour répondre à ses aspirations arctiques ambitieuses.
Pendant ce temps, les patrouilles conjointes de navires russes et chinois se renforcent clairement dans cette zone stratégique de la mer de Béring. À la fin de septembre 2022, trois navires chinois – dont un destroyer de Type 055, un joyau de la marine de Pékin – ainsi que quatre navires russes avaient déjà été repérés à proximité de l’Alaska, suscitant des préoccupations à Washington. Dan Sullivan a commenté samedi : «L’année dernière, lorsque cela s’est produit, la réponse de l’armée américaine, à mon avis, a été très modérée et a envoyé un mauvais signal.» Il espère que l’US Navy adoptera à l’avenir une «réponse plus vigoureuse». Dans le contexte régional actuel, il est hautement probable que la tension entre Pékin, Moscou et Washington continuera de s’intensifier au cours des mois et des années à venir.
Didier Maréchal