Suite à un signalement de la société minière Gemfields, l’agence britannique de lutte contre le crime organisé a appréhendé Romy Voos Andrianarisoa et le ressortissant français Philippe Tabuteau.
Le 10 août, à Londres, Romy Voos Andrianarisoa, directrice de cabinet d’Andry Rajoelina, a été arrêtée et accusée de « tentative de corruption » envers « Gemfields », une entreprise spécialisée dans les pierres précieuses. Confirmant une information du « Financial Times », l’Agence britannique anticriminalité (NCA) a annoncé, le 14 août, que Romy Voos Andrianarisoa, âgée de 46 ans, avait été arrêtée en compagnie de Philippe Tabuteau, un Français de 54 ans, qui a également été placé en détention à la suite de cette opération dirigée par la NCA à la suite du signalement de « Gemfields ».
La Malgache et le ressortissant français sont soupçonnés d’avoir tenté d’obtenir une commission de 225 000 livres (260 000 euros) ainsi qu’une participation de 5 % dans le capital de la société, d’après l’agence chargée de la lutte contre le crime organisé. Andy Kelly, responsable de l’unité de lutte contre la corruption internationale de la NCA, a exprimé sa gratitude envers « Gemfields » pour avoir signalé l’affaire et pour leur coopération durant l’enquête, selon les propos rapportés par le journal d’affaires.
Les deux individus mis en examen resteront en détention provisoire jusqu’à l’audience devant la cour de Southwark prévue le 8 septembre prochain. Conformément au « Bribery Act » de 2010, les chefs d’accusation, qui impliquent la « demande, l’acceptation ou la réception » d’un avantage financier ou autre, peuvent entraîner des amendes et des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à dix ans.
Gisements de pierres précieuses
Romy Voos Andrianarisoa a occupé le rôle de directrice de cabinet depuis mars et a fait partie du cercle rapproché du chef de l’État malgache. Avant cette nomination, sa carrière s’était déroulée principalement dans le secteur privé, notamment en tant que responsable pays de British Petroleum à Madagascar, puis au sein de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), une grande entreprise chinoise. Elle a également présidé récemment la commission de développement durable et d’éthique des affaires du groupement des entreprises de Madagascar (GEM).
Bien qu’il ne soit pas répertorié dans l’organigramme officiel de la présidence, Philippe Tabuteau fait partie du petit groupe de Français qui entourent Andry Rajoelina, aux côtés de Gérard Perceau, en charge du plan Emergence, et de Gérard Askinazi, recruté récemment pour améliorer l’image du président à l’étranger. Président de la société « Impact Capital », basée à Genève et spécialisée dans le conseil aux entreprises et aux gouvernements, Philippe Tabuteau entretient des liens avec Madagascar remontant à la fin des années 1990.
La NCA, qui a diffusé un communiqué officiel lundi matin, n’a pas fourni de détails supplémentaires concernant les éventuels contrats en discussion entre Gemfields et les deux individus accusés. Depuis longtemps, la société britannique manifeste un intérêt pour les abondantes ressources de Madagascar, sans toutefois avoir réussi jusqu’à présent à les exploiter. En 2008, elle avait acquis la société « Oriental Mining », qui détenait une quinzaine de licences d’exploration pour des gisements de saphirs, rubis, émeraudes et tourmalines dans les régions d’Antananarivo, de Fianarantsoa et de Tuléar. Cependant, le coup d’État survenu l’année suivante, portant Andry Rajoelina au pouvoir jusqu’en 2014, a plongé le pays dans une crise et l’a isolé sur la scène internationale. Un moratoire sur l’octroi de nouveaux permis miniers est entré en vigueur, n’étant levé qu’avec l’adoption en mai dernier d’un nouveau code minier, ce qui pourrait expliquer la reprise des pourparlers avec Gemfields.
Ce scandale intervient à moins de quatre mois du premier tour de l’élection présidentielle prévue le 9 novembre 2023. Andry Rajoelina n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature.
Didier Maréchal