Australie : des requins ont vécu 20 ans dans l’étang d’un terrain de golf, avant de disparaître

En Australie, dans les années 1990, des requins bouledogues se sont retrouvés coincés dans l’étang d’un terrain de golf. Ils y ont prospéré pendant des décennies, avant de disparaître. Les scientifiques tentent désormais de comprendre pourquoi.(Source : « Géo »).

Des chercheurs partagent une histoire fascinante dans la revue « Marine and Fishery Sciences », dévoilant le mystère entourant une population singulière de requins bouledogues en Australie. Dans les années 1990, un groupe de jeunes requins s’est retrouvé piégé dans un étang artificiel d’un parcours de golf après avoir été isolé par la baisse des eaux de crue. Ces animaux ont prospéré là-bas pendant environ deux décennies, avant de disparaître.

À la différence d’autres espèces de requins, le requin bouledogue possède la remarquable capacité de vivre aussi bien en eau de mer qu’en eau douce, faisant de lui l’un des rares poissons à pouvoir s’adapter ainsi. Il se trouve le long des côtes de toutes les mers tropicales et subtropicales du globe, ainsi que dans les rivières. S’il peut nager au large, il préfère de loin les eaux peu profondes, qu’il apprécie particulièrement lorsqu’elles sont boueuses. Il y est un chasseur tout aussi redoutable, grâce à une ouïe et un odorat très développés. Il peut ainsi rester des mois dans de l’eau douce, parfois à des centaines de kilomètres de la mer. Les femelles de cette espèce viennent en majorité donner naissance à leurs petits dans les rivières.

Mais aucun requin-bouledogue, avant les individus étudiés, n’avait jamais passé toute sa vie uniquement dans de l’eau douce.

Comme l’explique l’étude, le Carbrook Golf Club, au Sud-Est de Brisbane, à moins de 10 kilomètres de la côte à l’intérieur des terres,, est directement adjacent aux rivières Logan et Albert. « Les tempêtes estivales entraînent parfois des précipitations qui débordent des berges de ces rivières, inondant la plaine inondable environnante. Les requins se sont retrouvés dans l’étang, qui était le vestige d’une exploitation minière de sable, entre 1991 et 1996. Au cours de cette période, trois inondations ont brisé les berges des rivières et ont balayé l’intérieur des terres, entraînant les requins avec elles. Lorsque les eaux se sont retirées, les requins se sont échoués. »

Malgré la taille relativement petite de l’étang (21 hectares pour 14 mètres de fond maximum), le nombre de requins n’a jamais été établi formellement, ni leurs habitudes alimentaires. Mais les squales étaient souvent visibles, s’approchant du rivage. Ils sont vite devenus la mascotte de l’établissement.

Eux qui étaient sûrement des juvéniles au moment de leur arrivée ont finalement atteint les trois mètres de long. Les scientifiques pensent qu’ils ont pu prospérer grâce à des espèces de poissons probablement introduites dans l’étang lors d’inondations, leur fournissant suffisamment de nourriture.

« Si les requins peuvent obtenir la nourriture dont ils ont besoin, être dans ces environnements à faible salinité peut être extrêmement bénéfique car il y a moins de prédateurs, a déclaré Michael Heithaus, biologiste des requins à l’Université internationale de Floride, à « Live Science ». Les bébés de certaines nurseries peuvent passer des années dans de l’eau pratiquement douce, il n’est donc pas surprenant qu’ils survivent, tant qu’il y a suffisamment de nourriture. »

Que sont-ils devenus ?

Les requins ont été vus pour la dernière fois en 2015. Plusieurs hypothèses ont été émises sur ce qui aurait pu leur arriver. Les auteurs de l’étude suggèrent qu’une autre inondation en 2013 aurait pu permettre à certains de s’échapper dans les cours d’eau adjacents. Mais il est aussi possible que d’autres soient morts et aient coulé au fond de l’étang. Une carcasse a ainsi été récupérée par le personnel du golf alors que les requins étaient encore actifs.

Même si l’étendue d’eau semble désormais dépourvue de squales, cette histoire illustre l’adaptabilité de ces prédateurs primitifs et leur tolérance aux milieux d’eau douce, conclut l’étude.

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