Une « capsule temporelle » datant de près de 3 millénaires a été mise au jour – L’ADN ancien du palais d’Assurnasirpal II révèle des informations sur sa biodiversité

Des chercheurs ont réussi à extraire de l’ADN ancien conservé dans une brique d’argile du palais assyrien de Kalkhu, dévoilant des informations uniques sur la biodiversité de la région lors du règne d’Assurnasirpal II en Mésopotamie .(Source : Géo).

Les chercheurs ont qualifié cette trouvaille d’une « capsule temporelle unique ». En effet, au sein d’une brique vieille de 2 900 ans provenant de l’ancien grand palais de la ville de Kalkhu (aujourd’hui Nimroud, en Irak), du roi d’Assyrie Assurnasirpal II, des chercheurs de l’université d’Oxford (Angleterre) et de l’université d’Aalborg (Danemark) ont fait une découverte extraordinaire, riche en enseignements.

Ils ont réussi à extraire de l’ADN provenant d’écosystèmes anciens, provenant de sept familles de plantes distinctes, préservé dans l’argile depuis des milliers d’années. Les résultats de leurs recherches ont été publiés dans le journal « Nature Scientific Reports » le 22 août 2023.

Dans la Haute Mésopotamie du premier millénaire avant l’ère commune, l’Assyrie ou royaume médio-assyrien s’étend à travers ceux qui sont aujourd’hui les territoires de l’Irak et du Sud-Est de la Turquie. Le roi Ashurnasirpal II, qui a régné sur ce vaste empire d’environ 883 à 859 av. notre ère, a joué un rôle essentiel dans son expansion, via de nombreuses campagnes militaires, notamment.

Il fait également entièrement reconstruire, près du Tigre, la cité de Kalkhu. Il en fait même sa capitale. Au rang de ville centrale du royaume, elle devient l’une des plus grandes métropoles de l’Antiquité dans la région, avant d’être supplantée par Dur-Sharrukin (Khorsabad) puis par Ninive.

De son temps, Ashurnasirpal II entreprend aussi de grands travaux de construction, essentiellement concentrés sur le site d’environ 20 hectares de l’acropole de Kalkhu, aujourd’hui située sur la colline de Nimroud surplombant le fleuve mésopotamien, à l’angle Sud-Est de la ville. Leurs étapes sont décrites dans la dite « Standard Inscription », un texte rédigé sur ordre de l’empereur.

Des temples et une ziggurat y sont construits. Mais parmi les nombreux édifices royaux sortis du sol dans la ville, le plus impressionnant reste sûrement le Palais Nord-Ouest, décoré de grandes statues de taureaux et de lions ailés à tête d’hommes, de bas-reliefs représentant des génies protecteurs ou des scènes de victoire des troupes assyriennes, d’orthostates (pierres dressées) et de peintures.

Si des sections des murs sculptés de l’ancien palais, ainsi que certaines de ses ruines, peuvent être observées dans des musées, seule une petite partie en est encore visible aujourd’hui. La bâtisse, en plus des effets du temps, a subi de nombreuses dégradations du fait des déstabilisations successives du Nord de l’Irak, puis des campagnes de destruction du patrimoine culturel de l’État islamique.

Les nombreuses tablettes cunéiformes, exhumées au cours des fouilles archéologiques réalisées dès les années 1840 et enregistrant les anciennes langues akkadiennes et sumériennes, donnent de précieux indices sur la vie et les rituels de la cité construite par Ashurnasirpal II.

Mais aujourd’hui, c’est une simple brique d’argile, autrefois préparée par « un briquetier […] pour la construction d’un nouveau palais consacré à son roi », qui apporte des informations d’un grand intérêt pour les scientifiques, notent-ils dans leur étude, avant d’ajouter : «[Ce briquetier] ne savait pas que près de 2 900 ans plus tard, cette insignifiante brique d’argile servirait de capsule temporelle unique, révélant des détails sur la flore de cette région et de cette époque spécifiques, grâce à l’enquête moderne sur l’ADN ancien caché et préservé pendant des milliers d’années.»

En effet, grâce à la biotechnologie moderne, les chercheurs sont parvenus à extraire du matériel génétique des murs du palais, protégé de la contamination par l’argile épaisse qui l’entourait. Le séquençage de l’aADN (ADN ayant une valeur historique ou archéologique) et son analyse leur ont permis d’identifier des espèces végétales de sept familles distinctes :

les Apiaceae, plantes herbacées parmi lesquelles 155 espèces sont représentées dans l’Irak actuelle ;

les Betulaceae, famille des bouleaux parmi laquelle l’espèce Betula pendula peut être trouvée dans le pays ;

les Salicaceae, arbres et arbustes dont le saule et le peuplier y persistent de nos jours ;

les Fagaceae, dont quatre espèces de chêne y persistent de nos jours ;

les Brassicaceae (Cruciferae), famille de la moutarde ou du chou parmi laquelle dix espèces sont endémiques en Irak ;

les Poaceae, famille des graminées parmi laquelle trois espèces sont endémiques dans le pays ;

les Ericaceae, famille très diversifiée des bruyères, parmi laquelle deux sous-familles (Ericoidae et Vaccinioideae) ont été identifiées dans les échantillons.

L’étude du « berceau de la civilisation » reposait jusque-là principalement sur l’investigation de sources écrites (notamment des milliers de tablettes d’argiles bien conservées) et de matériel archéologique, rappellent les auteurs de l’article. « Cependant, il a jusqu’à présent été difficile d’identifier les espèces végétales décrites dans la littérature cunéiforme ancienne, car les termes et concepts diffèrent des noms d’espèces appliqués par la science moderne », écrivent-ils.

Les informations obtenues ici grâce à l’aADN fournissent ainsi un aperçu inédit de la biodiversité de l’Irak d’Ashurnasirpal II. Ces connaissances de sa vie végétale pourraient aider les spécialistes à mieux comprendre des traditions médicales du passé, perdues depuis bien longtemps, ainsi que le développement de la domestication des plantes dans la région.

Ces recherches pourraient aussi les pousser à employer davantage cette méthode, afin d’améliorer toujours plus notre compréhension des civilisations anciennes.

Hélène de Branco

Laisser un commentaire