Si vous utilisez Facebook, vous avez sûrement croisé ce message relayé par de nombreux internautes ces derniers jours, en réaction à l’annonce récente de Meta sur le lancement d’un abonnement payant permettant aux utilisateurs d’éviter les publicités. Comme 99,99% des publications de ce type qui circulent depuis des années sur les réseaux sociaux, celle-ci est inutile et même absurde.
Un message rapidement devenu viral pose en préambule : « Je n’ai rien signé avec Meta. La nouvelle règle Facebook/Meta commence demain où ils peuvent utiliser vos photos. N’oubliez pas que la date limite est aujourd’hui ! ».
Dans le détail, est écrit aussi : « Je n’autorise pas Facebook ni aucune entité associée à Facebook à utiliser mes photos, informations, messages ou publications, passés et futurs. Avec cette déclaration, j’avise Facebook qu’il est strictement interdit de divulguer, copier, distribuer ou prendre toute autre mesure contre moi sur la base de ce profil et/ou de son contenu. La violation de la vie privée peut être punie par la loi. »
La Cnil : « Chaque année il revient ! Et chaque année nous rappelons que ce type de message n’a aucune valeur juridique ».
S’ensuit également un tutoriel pour les moins aguerris, signe de l’urgence du partage… « Maintenez votre doigt enfoncé n’importe où dans ce message et « copier » apparaîtra. Cliquez sur « copier ». Ensuite, allez sur votre page, créez un nouveau message et placez votre doigt n’importe où dans le champ vide. « Coller » apparaîtra et cliquez sur coller. Cela contournera le système… Qui ne fait rien consent. »
Depuis son émergence, de nombreux utilisateurs repartagent ce message sans remettre en question son utilité, incitant leurs contacts à faire de même. Cependant, cela n’a aucun sens pour une raison évidente : ce message ne détient aucune validité juridique, car seules les conditions générales d’utilisation prévalent légalement. Pour ceux soucieux de leur confidentialité, il est plus judicieux de régler leurs paramètres de confidentialité plutôt que de simplement recopier ce message sur leur mur, ce qui risquerait d’agacer certains contacts noyés sous ce flot de partages répétitifs.
« Chaque année il revient ! Et chaque année nous rappelons que ce type de message n’a aucune valeur juridique », écrivait, déjà, en 2017 la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), citée par le journal « Le Parisien ». Le site Clubic rappelle, lui, que ce message est un classique du genre. Il avait déjà été partagé, sous une forme un peu différente, par de nombreux internautes il y a quelques années. Là aussi pour inviter les utilisateurs à protester contre un risque de voir Facebook devenir payant. Comme un mythe persistant.
Bien évidement, cette pratique pulsionnelle de s’alarmer de cette publication en la prenant au sérieux, sans la moindre hésitation, sans même réfléchir que aucune date précise n’est donnée par le texte, se contentant de simples « demain » et « aujourd’hui », termes volontairement totalement vagues, comme c’est le cas de toute rumeur, est la triste démonstration que notre espèce est, dans une très large part, incapable d’user de Raison, même la plus élémentaire. Mais elle est aussi une preuve de notre époque schizophrène puisque l’immense majorité des personnes utilisant les réseaux sociaux ne savent même pas mettre de frontière, de mur, entre leur vie privée et même intime, déballant tout d’eux-mêmes et de leurs proches, en continue sur la toile, mais arrive tout de même à s’indigner qu’un réseaux social utiliserait leurs données et, de fait, violeraient leur vie privée, alors qu’ils ne cessent de la violer, volontairement, eux-mêmes, par pur égotisme.
Il est donc primordiale de rappeler que, d’user de la Raison plutôt que de se laisser aller à ses pulsions, est le seul moyen d’être un Etre Humain libre.
Joseph Kouamé & Christian Estevez