Japon : dans les écoles un élève virtuel contredit les réponses pour enseigner aux autres à exprimer des désaccords

Afin de promouvoir la pensée critique en opposition à la culture du consensus au Japon, un enseignant a développé un élève virtuel qui encourage activement le débat en classe.(Source : Franceinfo).

Au Japon, certaines écoles intègrent un étudiant virtuel dans leurs salles de classe. Cet étudiant n’est pas un hologramme représentant un élève étranger, mais plutôt une tablette dotée d’un avatar visant à inciter les élèves à débattre plus en détail des questions de société. L’objectif est d’introduire un élément perturbateur qui remettra systématiquement en question le consensus.

Un expert en technologies éducatives à l’université de Fukui, le professeur Keita Kobayashi, a conçu cette application. Il explique avoir cherché pendant des années un moyen de susciter des débats dans les salles de classe japonaises, où les divergences d’opinions ne sont généralement pas encouragées. La société japonaise valorise traditionnellement le consensus en raison d’une culture d’interdépendance harmonieuse où il est crucial de ne pas se démarquer. Cette norme s’observe dans les entreprises, la politique et même dans les salles de classe, comme s’il était essentiel de ne pas se distinguer pour éviter toute sanction. Par conséquent, lorsque les enseignants posent des questions, surtout sur des sujets sociaux, un élève un peu plus audacieux que les autres fournira une réponse, et généralement, le reste du groupe le suivra sans oser exprimer un point de vue différent.

La nouvelle application vise à briser ces habitudes en contestant l’avis adopté par le groupe. Appelée « Virtual Transfer Student », elle est accessible sur tablette ou ordinateur. Cet étudiant « transféré virtuel » est représenté par un chat blanc avec des traits humains. Il écoute les conversations et intervient en proposant un point de vue différent. Il ne s’agit pas d’intelligence artificielle, mais plutôt de phrases pré-enregistrées validées par les professeurs.

Par exemple, lorsqu’on interroge les élèves sur leur réaction en cas de catastrophe naturelle et que le professeur demande comment ils réagiraient en son absence lors d’un séisme, si l’un des leaders étudiants propose d’attendre le retour du professeur, le groupe adoptera généralement cette réponse. À ce moment, l’étudiant virtuel, représenté par le chat, interviendra pour suggérer qu’il serait peut-être plus sûr de sortir de la classe sans attendre le professeur. Cela lance alors un débat où des élèves qui n’osaient pas s’exprimer prennent le risque de contredire le consensus établi.

Les enseignants ont favorablement accueilli cet étudiant virtuel. L’application a été introduite dans environ trente écoles du pays. Ceux qui l’utilisent expriment leur satisfaction, affirmant que le programme encourage les élèves les plus réservés à s’exprimer davantage.

Cela facilite un débat que, parfois, les professeurs eux-mêmes ne parviennent pas à encourager, étant donné qu’ils incarnent l’autorité qu’il est souvent délicat de remettre en question.

Joseph Kouamé

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