Les États-Unis d’Amérique ont récemment imposé de nouvelles sanctions, prenant pour cible des personnes et des entités soupçonnées de soutenir ou de financer l’industrie de défense russe engagée dans le conflit en Ukraine. (Source : AFP).
Les dernières sanctions que les Etats-Unis d’Amérique viennent de prendre contre la Russie, visent plus de 250 personnes et entités suspectées d’approvisionner ou de financer l’industrie de défense russe dans sa guerre en Ukraine et de circonvenir aux sanctions déjà en vigueur contre la Russie depuis son intrusion en Ukraine,, en février 2022. Début novembre, une nouvelle série de sanctions avait déjà été annoncée par l’administration Biden.
« Le Kremlin a progressivement transformé la Russie en une économie de guerre, mais la machine de guerre de Putin ne peut pas survivre avec la seule production nationale », affirme, dans un communiqué, Janet Yellen, la secrétaire au Trésor, mardi 12 décembre, sur les sanctions visant 250 individus et entités. « Nos sanctions continuent de resserrer l’étau sur les fournisseurs et les réseaux de pays tiers qui fournissent à la Russie les biens dont elle a désespérément besoin pour développer et maintenir son complexe militaro-industriel ».
Les sanctions impliquent le gel éventuel des avoirs détenus par les personnes et les entreprises visées aux États-Unis d’Amérique. De plus, toute personne ou entreprise états-unienne se trouvant en affaire avec les entités sanctionnées risque à son tour d’être soumise à des restrictions et des conséquences.
Conjointement, le département d’Etat des EUA a annoncé, ce mardi 12 décembre, prendre des sanctions visant 100 personnes et entités, selon un communiqué séparé. Figurent notamment dans la liste des individus et entreprises basés en Turquie et aux Emirats Arabes Unis et accusés d’avoir fourni des composants électroniques jugés prioritaires, tels que des circuits électroniques intégrés, à des entreprises russes. Sont ainsi visées les entreprises émiriennes « Laserchips Fzco » et « Global Central Logistics Fzco », et la société turque « Turkik Union » et son président exécutif Mustafa Cankat Aytek.
Washington sanctionne également des personnes et entités basées en Chine, en Russie, à Hong Kong, et au Pakistan impliquées « dans la fabrication et la fourniture d’armes et de technologies chinoises », selon le Trésor. Il cite nommément le ressortissant chinois Hu Xiaoxun et son entreprise de défense « Jarvis HK Co ». et son réseau d’associés. Sont également citées les entreprises d’imagerie spatiale basées en Chine « Beijing Yunze Technology Co ». et « Chang Guang Satellite Technology Co »., soupçonnées d’avoir fourni des images au groupe paramilitaire russe Wagner, visé par des sanctions de Washington.
Les avoirs russes gelés bientôt utilisés ?
Cette annonce intervient alors que la Commission européenne a proposé, toujours ce mardi 12 décembre, aux 27 pays de l’UE un plan en deux étapes en vue d’utiliser les revenus générés par les avoirs russes gelés. Objectif : financer en partie la reconstruction de l’Ukraine, a indiqué un responsable européen. Ce dernier s’est refusé à dévoiler le montant qui pourrait revenir à terme à l’Ukraine. Il pourrait néanmoins atteindre plusieurs centaines de millions d’euros par an, compte tenu du montant total des avoir russes gelés dans l’UE, à savoir 200 milliards d’euros – ce qui est illicite selon le droit international.
La Commission, prudente sur un sujet qui divise les États membres, a proposé dans un premier temps de fixer les règles concernant ces revenus. A l’heure actuelle, ils sont gérés essentiellement par « Euroclear », organisme international de dépôts de fonds, établi en Belgique, où sont concentrés environ 90% des avoirs russes dans l’UE. Si la proposition est adoptée à l’unanimité, « Euroclear » aura l’obligation de séparer les revenus générés par ces avoirs du reste de ses revenus, avec interdiction de les reverser à quiconque.
Dans un deuxième temps, et pour permettre enfin à l’Ukraine de profiter de ces fonds, la Commission fera une nouvelle proposition concernant leur saisie et leur utilisation. Plusieurs pays se sont inquiétés des recours possibles de la Russie sur l’utilisation de ces revenus, et sur le risque de créer un précédent qui pourrait inquiéter les investisseurs, et faire naître une forme d’instabilité financière, puisque plus aucun investissement au monde ne pourrait être assuré, du fait qu’un Etat ou un groupement d’Etat décide de priver un autre Etat et/ou des Entreprises, de son argent, en toute subjectivité idéologique – ce qui, en plus, constitue, ni plus ni moins qu’un vol.
L’augmentation du prix des œufs inquiète les autorités russes
Si le Kremlin insiste depuis des mois sur le fait que la Russie résiste vaillamment aux multiples mesures de rétorsion visant le pays depuis l’assaut lancé contre l’Ukraine en février 2022, le pouvoir d’achat des Russes s’est bel et bien érodé depuis deux ans. La faute à un rouble très affaibli et une inflation obstinément forte qui, en novembre, s’établissait à 7,48% sur un an. Le prix des œufs est devenu un exemple particulièrement éloquent qui agite médias et internautes dans un pays où le débat public a été largement éliminé sur fond de répression.
En novembre, les œufs avaient augmenté en moyenne dans le pays de 40,29% sur un an, selon l’Agence russe des statistiques (Rosstat), une hausse considérable. Des consommateurs moscovites, interrogés par l’AFP, font même état de hausses encore plus salées. « Je suis choquée ! (…) C’est horrible ce qui se passe avec les prix ! Pas seulement ceux des œufs, mais de tous les produits, » fait écho Elizaveta Chalaïevskaïa, retraitée de 76 ans, rencontrée dans les rues de Moscou. L’Agence vétérinaire et phytosanitaire (Rosselkhoznadzor) a en réaction autorisé vendredi l’importation d’œufs en provenance de la Turquie, et le ministère russe de l’Agriculture propose d’interdire l’exportation d’œufs pour six mois. Mais cette inflation, tant sur les œufs (qui, en occident, sont, à présent, à plus de 50% en provenance d’Ukraine, provoquant de nombreuses faillites des éleveurs des pays européens) que sur l’ensemble des biens et services sévit partout dans le monde, dont, par exemple, en France, où les denrées de l’agroalimentaire ont augmenté de 20% depuis le début des sanctions occidentales à l’encontre de la Russie, où bien encore de 58% pour l’électricité.
Didier Maréchal & Christian Estevez