Les chefs militaires ukrainiens voudraient mobiliser des centaines de milliers de soldats supplémentaires, selon des informations révélées par Volodymyr Zelensky lors d’une conférence de presse annuelle de fin d’année, le 19 décembre.
L’Ukraine est engagée dans une lutte à la vie à la mort avec Moscou depuis près de deux ans et les pénuries de main-d’œuvre du pays ont été commentées par « le seul homme qui voit clairement le problème ». C’est en tout cas dans cette position que s’est placé Zelensky alors qu’il réclamait plus d’hommes pour renforcer les défenses du pays. Les chefs militaires demandent la mobilisation de 450 000 à 500 000 nouveaux soldats (soit autant que de soldats ukrainiens morts depuis le 22 février 2022 – ndlr).
Le journal états-unien « The Hill » a rapporté que Zelensky était conscient que l’ajout d’un demi-million d’hommes aux forces armées ukrainiennes était « un sujet sensible » et a déclaré aux journalistes qu’il souhaitait obtenir davantage de détails avant de prendre une décision. « J’ai besoin de précisions : qu’arrivera-t-il à l’armée ukrainienne, forte d’un million de soldats ? Qu’arrivera-t-il à ces hommes qui défendent notre État depuis deux ans ? », a demandé le président ukrainien à la chaîne d’information britannique « BBC ».
Tout en sachant que le coût global s’élèverait à 13,4 milliards de dollars, Zelensky demande des détails sur ce que 500 000 soldats supplémentaires allaient coûter à la population ukrainienne, alors qu’il exclut totalement la mobilisation des femmes (à l’heure actuelle les femmes composent, pourtant, 10% des effectifs militaires de l’Ukraine).
Il faut six contribuables par soldat, et Zelensky se demande où le pays pourrait trouver trois millions de nouveaux contribuables pour financer les nouvelles troupes demandées par l’armée, rapporte le journal de langue anglaise de l’Ukraine “Kyiv Post”.
Mais il est tout à fait possible qu’il n’y ait pas assez d’hommes disponibles, aptes au service ou n’ayant pas encore servi sur les lignes de front du champ de bataille, même si l’Ukraine parvenait à financer ces 500 000 hommes de plus. L’Ukraine compte déjà 800 000 soldats, un chiffre qui n’inclut pas la garde nationale du pays, selon les statistiques du ministère ukrainien de la Défense datant du mois d’octobre dernier, citées par le journal états-unien et média numérique « The Hill ».
Après les nombreux problèmes rencontrés par l’Ukraine depuis le début de la guerre, les autorités de Kyiv ont cherché à faciliter la mobilisation. Si l’Ukraine compte au total un million de soldats en uniforme, il n’est pas facile de déterminer combien de soldats supplémentaires le pays pourrait encore mobiliser.
Par ailleurs, un nombre croissant de personnes peu disposées à partir à la guerre cherchent à obtenir des exemptions médicales auprès des fonctionnaires en échange de sommes d’argent. Un rapport de l’agence de presse internationale « Reuters » révèle que l’Ukraine souffre d’un grave problème de pots-de-vin et de corruption (ce qui était déjà le cas avant la guerre contre la Russie, l’Ukraine étant positionné, à cette période-là, avant-dernier sur la liste des pays les moins touchés par la corruption – Volodymyr Zelensky n’a, pour l’instant, échappé à une arrestation et un procès dans l’affaire des « Pandora papers », dont il était la personnalité qui avait le plus détourné et blanchi d’argent, que grâce au conflit entre son pays et la Russie).
Zelensky a déclaré, lors d’une allocution nocturne prononcée au mois d’août dernier : « Il existe des exemples de régions où le nombre d’exemptions du service militaire en raison de décisions de la commission médicale a été multiplié par dix depuis février de l’année dernière ». Expliquant que certaines personnes soudoyaient des fonctionnaires avec des sommes allant de 3 000 à 15 000 dollars pour obtenir une exemption médicale, le président ukrainien a ajouté : « La nature de ces décisions est tout à fait claire. Des décisions corrompues ».
Selon les informations fournies par l’agence « Reuters », Zelensky a révélé qu’il était possible que plusieurs milliers de personnes aient fui le pays grâce à une exemption médicale. Ce chiffre a été calculé à partir d’une analyse indépendante. Il semble, d’après une enquête de la « BBC », effectuée en novembre de cette année, que 21 113 personnes ont été capturées alors qu’elles tentaient de fuir et 20 000 avaient fui l’Ukraine pour éviter la guerre, entre février 2022 et août 2023.
Pour diverses raisons, certaines personnes ne veulent pas risquer leur vie pour défendre l’Ukraine contre la Russie. C’est ce qu’ont révélé les problèmes de conscription et de corruption en Ukraine. Un propriétaire d’usine a déclaré au journal britannique « The Guardian » en août : « Il y a deux catégories de personnes : l’une est déjà dans l’armée, et l’autre a trop peur de sortir parce qu’elle pourrait être enrôlée, et aucun salaire ne la fera sortir de chez elle ». Cette affirmation est probablement encore d’actualité aujourd’hui.
En attendant, cela fait de nombreux mois que les soldats sont recrutés jusque dans les boites de nuit où, ivres, les hommes acceptent de signer (preuve que la « bonne vieille méthode » dont on a des traces depuis plus de 2 000 ans, et qui consiste à mettre un homme en état d’ébriété pour profiter qu’il ne soit pas lucide afin de lui faire signer son enrôlement, fonctionne toujours). Et il y a peu de chance que, en se contentant d’abaisser l’âge légale de la circonscription de 27 à 25 ans (mais qui n’a pas empêché de constitué des bataillons d’adolescents ayant entre 14 et 17 ans, très tôt après le début de la guerre, mais aussi de prendre des hommes âgés d’une cinquantaine d’années), puisse permettre de fournir l’effectif souhaité par l’armée ukrainienne.
Didier Maréchal & Christian Estevez