Les iraniens accusent la Turquie de détourner les nuages et de voler leur pluie

Cette nouvelle théorie circule abondamment sur le web iranien, étayée par des photos. En observant le ciel nuageux et les montagnes enneigées en Turquie, comparés au ciel dégagé et aux reliefs secs en Iran, la conclusion semble évidente : Les turcs auraient détourné les nuages iraniens.(Source : « Forbes »).

Le magazine états-unien « Forbes » a examiné l’origine et la crédibilité de cette hypothèse étonnante que la Turquie détournerait les nuages iraniens pour leur voler leur pluie, comme cela s’affirme par tant d’iraniens, sur les réseaux sociaux. Est-il techniquement envisageable de détourner des nuages? Et dans l’affirmative, les Turcs l’ont-ils réellement fait?

On peut effectivement essayer de déclencher la pluie en utilisant des programmes d’ensemencement des nuages, qui consistent à introduire des particules de sel ou d’iodure d’argent. Cependant, cette méthode ne contribue pas à augmenter la quantité d’eau dans l’atmosphère ; elle fait plutôt tomber l’humidité existante. Cette approche soulève des préoccupations, car elle pourrait être considérée comme un détournement de l’humidité atmosphérique, au détriment des pays voisins, comme l’explique la chercheuse Kathryn Sorensen au journal français « Le Monde ».

«L’effet négatif le plus important [de l’ensemencement de nuages] est que l’on puisse soupçonner qu’un pays voisin essaye de voler sa pluie ou peut-être de mener une guerre environnementale secrète», précise James Fleming, historien des sciences et spécialiste de l’atmosphère et du climat au Colby College (université privée états-unienne située dans le Maine).

Par ailleurs, les cumulus et autres nimbus restent rarement au même endroit. Un nuage ensemencé en Turquie pourrait très bien libérer sa pluie au-dessus de l’Iran. Bien que plusieurs pays disposent désormais de programmes d’ensemencement des nuages, l’agence météorologique iranienne s’est jusqu’ici montrée, contrairement à certains de ses compatriotes, plutôt dubitative quant à l’exactitude de cette hypothèse.

«En Iran [qui connaît une grosse vague de sécheresse depuis le courant de l’année 2023, ndlr], la situation résulte de décennies de mauvaise gestion des ressources [en eau], de construction excessive de barrages et de pratiques agricoles inefficaces, exacerbées par le changement climatique», conclut « Forbes ». Mais il est toujours plus facile d’accuser le voisin que de balayer devant sa porte.

Didier Maréchal

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