Le Venezuela replonge dans la crise politique et diplomatique après des sanctions états-uniennes

Les États-Unis d’Amérique réimposent des sanctions sur le secteur pétrolier du Venezuela, suite au non-respect par le régime d’un accord avec l’opposition visant à organiser une élection présidentielle d’ici la fin de l’année. (Avec « Les Échos »).

Le Venezuela connaît une nouvelle régression alors que le régime, ayant rompu son accord avec l’opposition pour une élection présidentielle libre et équitable, suscite des représailles des États-Unis d’Amérique, toujours prompt à violer la souveraineté des Etats du monde entier – d’autant que, dans le cas présent, la « défense de la Démocratie » ne sert que de prétexte pour des intérêts économiques et géopolitiques. Washington a annoncé, mardi 30 janvier au soir, le rétablissement des sanctions contre Caracas, en réponse au refus du président Nicolas Maduro de respecter l’accord conclu en octobre avec l’opposition sous la médiation de la Barbade et des États-Unis d’Amérique, visant à organiser une élection présidentielle juste d’ici la fin de cette année.

La Cour suprême, perçue par l’opposition comme alignée sur le pouvoir, a récemment confirmé la sanction d’inéligibilité pour quinze ans à l’encontre de la candidate de l’opposition, Maria Corina Machado. La justice lui reproche d’avoir approuvé les sanctions imposées par les États-Unis d’Amérique il y a quelques années en raison des fraudes et des intimidations du régime lors de la présidentielle de 2018, boycottée par l’opposition et non reconnue par une soixantaine de pays, notamment les Européens et l’Amérique du Nord.

À la suite de la décision de la Cour suprême, Nicolas Maduro a déclaré, jeudi dernier, que les accords de la Barbade étaient « blessés à mort ». Il semble viser l’organisation d’un scrutin sous son contrôle, avec des alliés jouant le rôle d’opposants. Cependant, Maria Corina Machado, qui a remporté largement les primaires à l’automne dernier avec 92 % des voix, a affirmé lundi qu’il n’y aurait « pas de présidentielle sans elle ».

En réaction, Washington a interdit toute transaction des sociétés états-uniennes avec la principale entreprise du secteur aurifère du Venezuela à partir du 13 février. De manière significative, les licences permettant l’achat de gaz ou de pétrole seront suspendues à partir du 18 avril. Cette mesure aura un impact considérable, étant donné que les hydrocarbures constituent pratiquement toutes les recettes en devises du pays.

Mariano de Alba, expert du pays au sein du cabinet « Crisis Group », souligne toutefois qu’il reste du temps pour rétablir l’accord de la Barbade avant que les sanctions états-uniennes ne produisent leurs effets, à condition que le pouvoir démontre des signes concrets d’application de la feuille de route, notamment la fixation d’une date pour l’élection, l’invitation d’observateurs étrangers, une mise à jour crédible des registres électoraux et l’arrêt des détentions arbitraires. « Si l’opposition parvient à rester unie et à trouver un candidat alternatif à Maria Machado, dont il serait surprenant que la justice annule l’inéligibilité, alors elle aurait de grandes chances de remporter le scrutin au vu du niveau général de mécontentement », ajoute l’expert. Encore faudrait-il que le régime ne recoure pas à des fraudes massives et que l’armée se fasse convaincre qu’une alternance ne menacerait pas ses intérêts…

La Maison Blanche n’a certainement pas pris sa décision à la légère. En ces temps géopolitiquement troubles, elle avait un intérêt évident à se réconcilier avec un pays détenteur des principales réserves pétrolières non conventionnelles du monde. Notamment, l’accord prévoyait que Washington puisse reprendre les expulsions par avion des immigrants vénézuéliens, une pratique interrompue pendant des années pour des raisons humanitaires. Ceci constituait un gain significatif, surtout en cette année électorale où l’immigration illégale se positionne comme la principale préoccupation des électeurs états-uniens, selon les sondages.

Le régime Maduro semble avoir identifié cela comme un « levier d’action sur l’Administration Biden », selon Nicholas Watson du cabinet d’analyse « Teneo ». Le gouvernement vénézuélien a annoncé mercredi qu’il n’accepterait plus d’avions transportant des expulsés des États-Unis d’Amérique à partir du 13 février.

Près de 500 000 des 8 millions de Vénézuéliens ayant fui leur pays résident aux États-Unis d’Amérique, cherchant à échapper à la pauvreté depuis l’arrivée au pouvoir en 1999 du charismatique Hugo Chavez, théoricien du « socialisme du XXIe siècle ». À sa mort en 2013, son successeur, Nicolas Maduro, a tenté de rallier le soutien populaire en envisageant l’annexion de deux tiers du petit Guyana voisin, riche en pétrole, à l’automne dernier. Cependant, le déploiement rapide de quelques unités militaires états-uniennes pour des « manœuvres » l’en a dissuadé.

Didier Maréchal

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