Anthropologie : une étude révèle que les chasseurs-cueilleurs ont eu une fin violente en Europe

Une analyse du génome des populations de l’âge de pierre, au Danemark, indique que l’arrivée des premières communautés d’agriculteurs a eu des conséquences tragiques pour les populations locales de chasseurs-cueilleurs. Plutôt que d’être une transition pacifique, ce passage entre deux modes de vie s’est conclu par l’éradication de l’ensemble d’une population.(Source : Futura-Sciences).

La fin de l’âge de pierre est marquée par l’invention des premières pratiques agricoles. Deux populations se côtoient alors : les groupes mésolithiques, qui vivent encore uniquement de la chasse, de la pêche et de la cueillette, et les premiers groupes de fermiers néolithiques, qui élèvent du bétail et commencent à cultiver des céréales. Ces derniers se développent principalement dans le Sud-Ouest de l’Asie, avant d’entamer des migrations dans les autres régions du continent, notamment vers l’Europe.

Jusque-là, on pensait que la rencontre entre ces premières communautés d’agriculteurs et les chasseurs-cueilleurs établis depuis longtemps en Europe s’était produite sans heurt. Une nouvelle étude montre cependant que l’arrivée des premiers fermiers se serait faite tout simplement par l’extermination des populations locales de chasseurs-cueilleurs !.

Un remplacement total de la population il y a 5 900 ans

Il y a 11 000 ans, le Sud de la Scandinavie est peuplé par des communautés de chasseurs-cueilleurs. Plusieurs cultures florissantes vont se succéder dans cette région du Nord de l’Europe, alors que l’Europe centrale commence à être marquée par l’arrivée des premiers fermiers. Il y a 5 900 ans, l’apparition de certains outils suggère le début d’échanges avec ces nouvelles sociétés désormais installées au Sud de la mer Baltique.

Mais les choses vont visiblement se gâter lorsque ces communautés d’agriculteurs vont décider de continuer leur migration plus au Nord. L’analyse du génome de plusieurs dizaines de chasseurs-cueilleurs dont les restes ont été retrouvés au Danemark révèle que pendant la période allant de 11 000 à 5 900 ans environ, la population de la région dérivait quasi exclusivement des tout premiers colons chasseurs-cueilleurs venus d’Europe de l’Ouest. À partir de cette date, les choses vont toutefois changer de manière dramatique.

Les données archéologiques attestent de l’arrivée de nouveaux groupes dans la région avec l’apparition d’outils caractéristiques des communautés d’agriculteurs. On pourrait penser que les différentes populations se sont alors mélangées et que l’héritage génétique des chasseurs-cueilleurs a été incorporé dans le génome des nouveaux arrivants. Les nouvelles données montrent que cela n’a pas été le cas. Les analyses ADN révèlent en effet un remplacement total de la population. Les restes d’individus retrouvés à partir d’il y a 5 900 ans possèdent en effet un génome proche de celui des premiers fermiers d’Anatolie, avec une contribution génétique extrêmement limitée des chasseurs-cueilleurs locaux.

Les premiers fermiers eux-mêmes victimes de l’arrivée de nouveaux colons

Que s’est-il donc passé ? La disparition soudaine de la signature génétique des chasseurs-cueilleurs suggère que ces populations locales n’ont pas été tranquillement intégrées aux nouvelles communautés d’agriculteurs. Y a-t-il eu extermination volontaire de cette population par les nouveaux arrivants ? Ou les chasseurs-cueilleurs ont-ils succombé à l’importation de nouvelles maladies contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés ? Pour les chercheurs, les deux hypothèses sont vraisemblables.

Après la disparition des derniers chasseurs-cueilleurs, le sort va cependant se retourner contre les communautés d’agriculteurs. Seulement 1 000 ans après leur arrivée sur les terres scandinaves, cette population va en effet connaître le même destin que ses prédécesseurs. Il y a environ 4 850 ans, un groupe semi-nomade descendant des éleveurs de bétail du Sud de la Russie arrive à son tour dans la région. À nouveau, les analyses génétiques révèlent une disparition soudaine et certainement violente des premiers agriculteurs, en lien également avec l’introduction de nouveaux pathogènes.

Les nouveaux arrivants vont s’installer durablement dans la région et vont être rejoints par des peuples néolithiques en provenance d’Europe de l’Est. Aujourd’hui, le profil génétique de ces deux dernières communautés est largement dominant dans la population danoise, sans aucune trace des précédentes populations d’agriculteurs ou de chasseurs-cueilleurs. Ces résultats ont été publiés dans la célèbre revue de référence scientifique « Nature ».

Angèle Reiner

Laisser un commentaire