Haïti : quatorze corps retrouvés dans une banlieue de Port-au-Prince attaquée par les gangs

Ce lundi 18 mars, quatorze corps sans vie ont été découverts dans une banlieue huppée de Port-au-Prince, où des membres de gangs ont perpétré des attaques sanglantes dans deux quartiers de Pétion-Ville. Le couvre-feu, initialement instauré dimanche, a été étendu jusqu’à mercredi dans le département de l’Ouest, incluant la capitale. (Source : AFP).

Quatorze corps sans vie ont été retrouvés, lundi 18 mars, dans une banlieue aisée de Port-au-Prince attaquée dès l’aube par des membres de gangs, au moment où les Haïtiens attendent la mise en place d’autorités de transition dont la finalisation pourrait être imminente selon les États-Unis d’Amérique..

Un photographe de l’AFP a vu 14 dépouilles à Pétion-Ville, commune située en banlieue de Port-au-Prince. Deux habitants ont dit en avoir vu une dizaine, sans pouvoir dire dans quelles circonstances ces personnes avaient été tuées. Mais ils ont affirmé que des « bandits armés » semaient la terreur depuis l’aube à Laboule et Thomassin, deux quartiers de Pétion-Ville. Ils ont attaqué une banque, une station-essence et des résidences privées, ont-ils précisé. « Ils sont venus tous cagoulés dans leurs voitures, sur des motocyclettes, avec leur propre ambulance, puis ils ont massacré la population de Pétion-Ville », a raconté Vincent Jean Robert, un résident.

Parmi les maisons vandalisées figure celle d’un juge à la Cour des comptes, qui a pu évacuer les lieux de justesse grâce à une intervention policière, a dit l’un de ses proches à l’AFP. Des tirs étaient toujours entendus à Pétion-Ville lundi en début d’après-midi.

La capitale est à 80 % aux mains des gangs, accusés de nombreuses exactions, en particulier meurtres, viols, pillages et enlèvements contre rançon.

Un conseil présidentiel de transition

Haïti, qui vivait déjà une profonde crise politique et sécuritaire, est en proie à un regain de violences depuis le début du mois. Plusieurs gangs ont uni leurs forces pour attaquer des lieux stratégiques de Port-au-Prince dans le cadre d’une lutte contre le Premier ministre Ariel Henry. Très contesté, ce dernier n’a pas pu regagner son pays après un déplacement au Kenya. Il a annoncé sa démission le 11 mars dernier, affirmant que son gouvernement gérerait les affaires courantes jusqu’à la mise en place d’un conseil présidentiel de transition. Lors d’une réunion d’urgence le même jour avec des représentants d’Haïti, de l’ONU et des États-Unis d’Amérique, entre autres, la Communauté des Caraïbes et ses partenaires ont chargé des partis politiques et le secteur privé haïtiens de mettre sur pied ces autorités transitoires.

Mais les négociations pour former cet organe de sept membres votants ont pris du retard, butant notamment sur des dissensions internes. Après des discussions houleuses, les membres du collectif du 21 décembre, le groupe qui a soutenu Ariel Henry, ont réussi à se mettre d’accord sur le nom de l’ancien sénateur Louis Gérald Gilles pour les représenter au conseil, a indiqué à l’AFP une source impliquée dans les négociations.

Les pourparlers entre les partis haïtiens « progressent bien, avec la fragilité et les défis auxquels on peut s’attendre avec des groupes qui n’ont pas nécessairement eu à choisir un unique représentant par le passé », a dit à des journalistes la ministre jamaïcaine des Affaires étrangères, Kamina Johnson Smith, après avoir briefé le Conseil de sécurité de l’ONU sur Haïti lors d’une réunion à huis clos.

Le département d’État états-unien a affirmé que les parties prenantes en Haïti étaient « très proches de finaliser la composition » du conseil, disant « attendre des nouvelles de leur part dès aujourd’hui ». « Ce n’est pas impossible », a dit Kamina Johnson Smith. Mais « je ne mettrais pas la charrue avant les bœufs ».

Une situation « presque sortie d’une scène de ‘Mad Max' »

Le Kenya, qui doit déployer un millier de policiers en Haïti dans le cadre d’une mission multinationale d’appui à la sécurité, a annoncé suspendre l’envoi de ses hommes, mais a assuré qu’il interviendrait une fois un conseil présidentiel installé.

Dimanche, le couvre-feu a été prolongé jusqu’à mercredi dans le département de l’Ouest, qui englobe Port-au-Prince.

La police nationale haïtienne a mené vendredi soir une opération dans le fief d’un chef de gang surnommé « Barbecue » près de Port-au-Prince, qui a fait plusieurs morts chez les gangsters, a déclaré un responsable d’un syndicat policier à l’AFP.

Ce week-end, la directrice exécutive de l’Unicef a décrit la situation en Haïti comme « horrible » et « presque sortie d’une scène de ‘Mad Max' », film qui dépeint un futur post-apocalyptique. « Beaucoup, beaucoup, de personnes souffrent gravement de la faim et de la malnutrition, et nous ne parvenons pas à leur apporter suffisamment d’aide », a déclaré Catherine Russell sur la chaîne états-unienne CBS. La situation actuelle « est la pire que quiconque ait vue depuis des décennies », a-t-elle ajouté.

Joseph Kouamé

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