C’est la première fois qu’un pays membre de l’UE ouvre une ambassade dans ce petit pays des Caraïbes qu’est le Guyana, situé à proximité de la Guyane française et abondant en pétrole.
La France va ouvrir une ambassade au Guyana, «une première pour un pays membre de l’Union Européenne», a annoncé le Quai d’Orsay dans un communiqué, lors d’une visite, ce lundi 25 mars, du chef de la diplomatie française Stéphane Séjourné. «Dans une volonté de rapprochement entre pays voisins et amis, le Guyana et la France ont décidé d’écrire un nouveau chapitre de leur histoire en ouvrant une ambassade de France à Georgetown en 2025», a quant à elle confié une source proche du gouvernement guyanien.
Stéphane Séjourné a eu des discussions «sous le signe des grands sujets de crises internationaux (Haïti, Ukraine, Proche-Orient)» avec le président guyanien Irfaan Ali et son homologue guyanien Hugh Todd, selon le communiqué français. «Le ministre sait qu’il peut trouver dans le Guyana un interlocuteur pour faire avancer les efforts de la communauté internationale pour résoudre ces crises», insiste le Quai d’Orsay, qui précise que c’est la première fois qu’un ministre français des Affaires étrangères se rend au Guyana.
Le Guyana, petit pays riche en réserves pétrolières et proche de la Guyane française, préside la Communauté des Caraïbes (Caricom), en pleine crise sécuritaire et politique en Haïti. Il est aussi membre élu du Conseil de Sécurité de l’ONU. Cette décision «s’inscrit aussi dans le réarmement diplomatique de la France», précise le Quai d’Orsay, après les annonces concernant «une ambassade au Samoa, un consulat général à Mossoul et à Melbourne et la création de 700 postes supplémentaires d’ici 2027 pour la diplomatie française».
Actuellement, l’ambassade de France au Suriname, une ancienne colonie néerlandaise située entre la Guyane française et le Guyana, assure également la représentation diplomatique pour le Guyana, où un chargé d’affaires est en poste. Avec une population de 800 000 habitants, le Guyana a gagné en importance suite à la découverte de vastes réserves pétrolières, ce qui en fait le pays avec les plus grandes réserves de pétrole par habitant au monde. Le Guyana et le Venezuela sont en conflit concernant la région disputée et riche en pétrole de l’Essequibo.
Il est indéniable que le Guyana, ce petit pays qui est devenu ces dernières années un géant dans le secteur pétrogazier, suscite beaucoup d’intérêt. En premier lieu, celui de son grand voisin, le Venezuela. Le président Nicolas Maduro cherche à affirmer la souveraineté de son pays sur l’Ouest de l’Essequibo, représentant les deux tiers du territoire guyanais. Cela lui permettrait de contrôler les vastes réserves pétrogazières du pays, évaluées à plus de 11 milliards de barils équivalents pétrole (soit 1% à lui seul des ressources pétrolières mondiales mais pourrait passer à 5% de celles-ci dans le cas d’une pleine exploitation de ce pétrole).
Depuis 2015, les découvertes de pétrole se multiplient, avec notamment l’entreprise américaine ExxonMobil très active dans ce domaine. Les États-Unis d’Amérique jouent un rôle de premier plan au Guyana. Le directeur de la CIA, William Burns, s’est rendu au palais présidentiel la semaine dernière, ce qui a provoqué une vive réaction de la part de Caracas qui accuse, depuis des années, et à juste titre, le Guyana d’être à la solde des grandes compagnies pétrolières états-uniennes. Aujourd’hui, mardi 25 mars, l’ancien président Bill Clinton inaugurera un forum d’affaires. Cependant, le Guyana cherche à diversifier son économie afin de ne pas devenir dépendant du pétrole.
Le Guyana accueille favorablement le monde entier. Les besoins en infrastructures de transport, nouvelles technologies et agriculture ont été clairement exprimés par le président Irfaan Ali. Consciente de ces opportunités, la France a finalement ouvert un bureau avec un chargé d’affaires résident l’an dernier. L’ouverture d’une ambassade témoignerait de la volonté d’approfondir les liens avec ce pays voisin de la France, la Guyane se trouvant à seulement 600 kilomètres à « vol d’oiseau ».
Didier Maréchal