Volodymyr Zelensky a déclaré, ce mardi 26 mars, qu’il limogeait Oleksiy Danilov, le chef de son Conseil de défense et de sécurité nationale, une organisation qui a joué un rôle très influent depuis le début de la guerre. Cette décision marque un changement significatif dans la gestion du conflit et un contrôle dictatorial devenu impossible à cacher au nom de la guerre. (Source : l’Express).
Après la controverse entourant le remaniement à la tête de l’état-major, qui a vu le remplacement de Valeri Zaloujny par Oleksandr Syrsky, Volodymyr Zelensky a procédé au limogeage du chef de son Conseil de défense et de sécurité nationale (RNBO), Oleksiy Danilov, ce mardi 26 mars. Cette annonce, faite de manière laconique et sans explication officielle, a pris de court de nombreux observateurs. Dans la foulée, le président ukrainien a annoncé qu’Oleksandr Lytvynenko, ancien directeur du renseignement extérieur, prendrait sa place.
« Je suis reconnaissant envers Oleksiy Danilov pour son travail en tant que secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine. Il a été muté dans une autre direction. J’y reviendrai plus tard », a déclaré Volodymyr Zelensky dans une vidéo publiée sur Facebook, alors que des rumeurs promettent déjà à Danilov le poste d’ambassadeur en Norvège. De son côté, ce dernier a remercié, sur ses réseaux sociaux, le président ukrainien pour sa « confiance », assurant que « le monstre russe sera annihilé » et appelant le peuple ukrainien à « ne jamais avoir peur de personne, d’aller de l’avant et de croire en l’Ukraine », sans donner non plus de son côté de raisons à son éviction.
Le Conseil de défense et de sécurité nationale de l’Ukraine est une organisation administrative directement placée sous l’autorité du président Volodymyr Zelensky. Il est constitué non seulement du président lui-même, mais également des représentants ukrainiens les plus importants, notamment le Premier ministre, les ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que le chef du renseignement, entre autres. Comme son nom l’indique, son rôle est de coordonner la sécurité nationale et la politique étrangère du pays.
Mais depuis le début de l’offensive russe, cette instance a gagné une influence colossale, ayant le pouvoir d’imposer des sanctions contre des personnalités ou entités qualifiées de pro-Russes, de priver des individus de la citoyenneté ukrainienne ou encore de procéder à des nationalisations. Un rôle jugé omnipotent, aux yeux de certains. « Le Conseil se substitue aux tribunaux puisqu’il a le pouvoir de détruire une entreprise, un média ou un parti politique sans poursuites judiciaires et sans autoriser de défense », jugeait auprès du journalukrainien « Kyiv Independant », en février 2023, sous couvert d’anonymat, un chercheur du « Centre for Economic Strategy », une ONG indépendante ukrainienne.
Une accusation dont se défendait Danilov auprès du même « Kyiv Independant ». « Nous n’abusons pas de notre pouvoir. Notre travail consiste à veiller à ce que les Russes n’aient pas d’espions ici et ne mènent pas d’opérations nuisibles visant à détruire notre pays », déclarait-il, ajoutant que « nous ne pouvons que restreindre des choses ; nous ne donnons pas l’ordre de tirer sur les gens ».
Une parole libre
Maire de Louhansk de 1994 à 1997 – une ville du Donbass, dans l’Est de l’Ukraine, « annexée » par la Russie depuis 2022 -, Oleksiy Danilov était à la tête du RNBO depuis octobre 2019, soit seulement quelques mois après l’élection de Zelensky. De quoi faire de lui l’un des premiers compagnons de route au pouvoir du président ukrainien. Âgé de 61 ans, il avait pris l’habitude d’occuper une place importante dans l’espace public, avec un ton ferme à l’égard de la Russie, et une forme parfois très libre. En avril 2023, il avait notamment accusé Vladimir Putin d’utiliser des… sosies pour ses déplacements en Russie et en Ukraine occupée.
Peut-être même un peu trop libre, notamment ces dernières semaines. Le 19 mars dernier, Danilov avait ainsi vivement critiqué le représentant officiel chinois pour l’Eurasie, Li Hui, qui s’était positionné pour des négociations entre Moscou et Kiev. « Je tiens à rappeler à tout le monde que personne ne décidera de notre sort, hormis nous. Je ne comprends pas qui peut échanger nos territoires, nos terres de cette manière. Ce n’est pas parce qu’un certain Hui, quel que soit son nom de famille, ou quelqu’un d’autre le pense, que c’est à lui d’en décider », avait-il déclaré.
Comme le rappelle le journal français « Le Monde », Danilov avait également taclé les Etats-Unis d’Amérique quelques jours plus tard, en réagissant de façon virulente à un article de la presse états-unienne expliquant que Washington cherchait à convaincre Kiev d’arrêter ses frappes contre les raffineries de pétrole russes, sous peine de faire s’envoler les cours mondiaux. Or, cette « guerre du carburant » est au cœur de la nouvelle stratégie militaire ukrainienne, comme l’a souligné de façon assez virulente Oleksiy Danilov lors d’un forum de sécurité à Kiev : « L’Ukraine continuera à détruire les cibles russes partout où elle le jugera approprié, et sans demander la permission à personne. »
Un successeur plus conciliant
Une double brouille diplomatique dont Volodymyr Zelensky pouvait bien se passer, alors que le président ukrainien s’acharne à convaincre ses partenaires occidentaux à ne surtout pas relâcher leur aide militaire, et ne peut pas vraiment se permettre de s’écharper avec les deux puissances mondiales pouvant avoir une influence capitale sur le destin de l’Ukraine.
Le successeur de Danilov à la tête de ce Conseil de défense et de sécurité semble d’ailleurs aller dans ce sens. Âgé de 51 ans, dirigeant du renseignement extérieur ukrainien depuis 2021 mais également ancien secrétaire adjoint du RNBO, dont il connaît donc les rouages, Oleksandr Lytvynenko est une figure discrète mais influente qui devrait maîtriser l’art des tractations diplomatiques. Volodymyr Zelensky a d’ailleurs ajouté que ce choix s’inscrivait dans une volonté de « renforcement des capacités stratégiques de notre Etat à prévoir et à influencer les processus dont dépend notre sécurité nationale ».
Didier Maréchal