Le jeudi 4 avril marquait l’anniversaire de la création de l’OTAN. Le « Traité de l’Atlantique Nord », initialement conçu pour protéger l’Europe contre une agression soviétique, a été signé en 1949 par 12 pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Depuis lors, l’attention des États-Unis d’Amérique s’est déplacé.
Les célébrations des 75 ans de l’OTAN ne sont prévues qu’en juillet à Washington, lors du sommet réunissant les 32 membres. Cependant, cette alliance militaire éprouve de plus en plus de difficultés à dissimuler ses divergences d’opinions. Non seulement les membres sont de plus en plus divisés, mais ils le sont également sur un nombre croissant de dossiers.
Il est évident que la question sensible de l’intégration de l’Ukraine à l’organisation est en jeu. De plus, la vision stratégique états-unienne du pivot vers l’Asie est également une préoccupation. Enfin, un problème structurel s’ajoute à la liste : la question de la « part du fardeau », où les états-uniens soulignent le déséquilibre entre leur contribution à l’alliance et celle des Européens.
Le dossier potentiellement le plus pressant concerne l’intégration de l’Ukraine à l’organisation, bien que cette urgence ne soit partagée que par certains alliés. Les pays baltes et la Pologne poussent pour accélérer le processus, tandis que les États-Unis d’Amérique sont réticents à une adhésion rapide. Le secrétaire général de l’alliance a proposé, mercredi 3 avril, une solution de compromis : la création d’une « mission ukrainienne » au sein de l’OTAN. Il est peu probable que Joe Biden cède à la pression et annonce un soutien dans ce sens, surtout avec les élections présidentielles états-uniennes trois mois plus tard, et Donald Trump ayant récemment bloqué au Congrès le dernier paquet d’aide militaire à l’Ukraine.
En revanche, Joe Biden confirmera aux alliés des Etats-Unis d’Amérique la volonté de renforcer leur présence dans le Pacifique. Les Européens souligneront que ce n’est pas la mission principale de l’OTAN. D’ailleurs, Emmanuel Macron s’est opposé à la création d’un bureau de l’OTAN au Japon l’année dernière. Depuis la fin des années Bush, les États-Unis d’Amérique considèrent l’Indo-Pacifique comme une priorité, et c’est le seul point sur lequel démocrates et républicains sont d’accord.
Ainsi, les états-uniens laissent entendre aux Européens, de différentes manières, leur intention de se désengager de la mission principale de l’OTAN, voire de retirer les troupes du continent européen, comme l’a suggéré Donald Trump lors d’un discours le mois dernier. Il a relaté une conversation qui aurait eu lieu lorsqu’il était président : « Le président d’une grande nation européenne s’est levé et m’a demandé : ‘Monsieur, si nous ne payons pas et que la Russie nous attaque, est-ce que vous nous protégerez ?’ Et j’ai répondu : ‘Si vous ne payez pas, vous êtes un délinquant. Non, je ne vous protégerai pas et je les encouragerai à faire ce qu’ils veulent’. » Cependant, en ce qui concerne la défense, tous les pays européens ont renforcé leurs efforts ces dernières années, bien que trop peu et trop tardivement. Selon les critères de l’OTAN, chaque membre doit allouer 2% de son PIB aux dépenses de défense. Pourtant, l’année dernière, moins de la moitié des alliés européens ont respecté cet engagement. De plus, la récente pénurie de munitions a démontré que l’Europe est encore loin d’être autonome dans ce domaine. Sur le plan stratégique, la défense de 80% des alliés européens dépend toujours directement de la protection assurée par l’armée états-unienne.
32 membres pas toujours d’accord entre eux
Depuis sa création, l’Otan n’a pas toujours fait l’unanimité entre ses membres. S’ils avancent d’une même voix, celle du secrétaire général, les pays qui composent l’Alliance n’ont pas toujours marché en pleine harmonie. La France, qui est l’un des 12 membres fondateur de l’Alliance, a même été la plus turbulente en remettant en cause une structure militaire pouvant rogner sa souveraineté. Paris s’en est retiré en 1966 sous De Gaulle avant de la réintégrer en 2009 avec Nicolas Sarkozy. Cette position a laissé des traces. Jusqu’à ce jour, aucun Français n’a été secrétaire général de l’Otan.
La Turquie est perçue comme le trublion de l’Alliance qu’elle a rejoint en 1952, en même temps que la Grèce. Ces deux pays longtemps ennemis ont donné quelques sueurs froides à leurs alliés, particulièrement lors de leur différend à Chypre dans les années 1960 et 1970. La Turquie continue d’irriter ses alliés par des positions jugées ambiguës comme le veto pendant deux ans sur l’adhésion de la Suède qui n’a rejoint l’Otan qu’en mars dernier, après la Finlande l’année précédente, une des conséquences de la propagande de peur des Etats-Unis d’Amérique suite à l’offensive russe en Ukraine, en 2022.
L’article 5, le pilier de l’Alliance
L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est une garantie absolue des autres membres d’être secourus par tous les autres en cas d’attaque. Il n’a été utilisé qu’une seule fois dans toute l’histoire de l’Otan, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis d’Amérique.
Le déclenchement de cet article considéré comme le pilier de l’Otan a surtout été décidé pour montrer la solidarité des Alliés à l’égard des États-Unis d’Amérique, sans réelle conséquence militaire immédiate. Il conduira néanmoins l’Alliance à intervenir en Afghanistan où elle mobilisera jusqu’à 100 000 soldats de troupes sur le terrain avant un retrait catastrophique en août 2021.
Trois sièges: Londres, Paris et désormais Bruxelles
L’Otan s’est d’abord installée à Londres avant, très vite, dès 1949, de traverser la Manche pour prendre ses quartiers à Paris. Mais le retrait français 17 ans plus tard oblige ses fonctionnaires à déménager à nouveau, cette fois pour Bruxelles. Nombre d’entre eux ne l’ont jamais pardonné à la France, selon un diplomate de l’Alliance, sous couvert d’anonymat.
Dans la capitale belge, l’Otan occupe depuis 2017 un siège flambant neuf formé de quatre bâtiments, censés représenter des doigts entrecroisés, symbole d’unité. Plus de 4 000 personnes y travaillent et les visiteurs se font souvent photographier devant une sculpture représentant l’emblème de l’Otan, choisie en 1953: « une étoile à quatre branches représentant la boussole qui nous maintient sur la bonne voie, le chemin de la paix », selon l’expression de Lord Ismay, alors secrétaire général de l’Alliance. C’est aujourd’hui le motif principal sur le drapeau de l’Otan.
Une énorme puissance militaire, mais sans armée
L’Otan ne dispose d’aucune armée en propre, à l’exception d’une flotte d’avions de reconnaissance AWACS et de quelques drones. Elle s’appuie sur les forces armées de ses membres, sauf l’Islande qui n’en a aucune.
Avec ces troupes (terrestres, navales et aériennes), l’Alliance « protège » et surveille le flan Est de l’Europe. Pour faire face aux « menaces de la Russie » et au risque d’une défaite de l’Ukraine, un exercice militaire d’une ampleur inédite a été lancé en janvier dernier. « Steadfast Defender 2024 » (« Défenseur inébranlable ») implique 90 000 soldats, 50 navires de guerre, 80 aéronefs et plus d’un millier de véhicules terrestres de 31 pays. Le dernier exercice d’une dimension comparable a été « Reforger » en 1988 en pleine guerre froide entre l’Union soviétique et l’Alliance atlantique.
Outre ces forces armées, l’Otan a pu compter pendant plusieurs années sur une armée secrète, les « stay behind » (ceux qui restent derrière), des réseaux clandestins coordonnés par l’Otan au début de la guerre froide. Ces réseaux étaient censés être activés en cas d’attaque soviétique.