Guerre Russie-Ukraine : Jean-Louis Bourlanges demande à l’Etat Français de ne plus interdire à Kiev de frapper la Russie directement.

Le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Jean-Louis Bourlanges, appelle à un changement de doctrine de la part de la France, suivant l’exemple de Washington et de Londres, afin de ne plus interdire à Kiev de frapper la Russie directement. (Avec Le Figaro).

Face à l’avancée de la Russie au printemps, qui a agrandi son territoire de plus de 300 km² en Ukraine en un mois, notamment dans la région de Kharkiv, la position sur l’utilisation des armes occidentales fournies à Kiev commence à évoluer. Depuis le début du conflit, menés par Washington, les alliés de l’Ukraine avaient interdit à Kiev de frapper le sol russe afin de limiter les risques d’escalade face à une puissance nucléaire. Cela revenait à soutenir l’Ukraine sans attaquer la Russie… Mais en mai, Londres a donné l’autorisation explicite aux Ukrainiens d’attaquer le sol russe, notamment en fournissant des missiles de croisière « Storm Shadow ». La semaine dernière, les États-Unis d’Amérique ont suivi en laissant le libre choix à Kiev de le faire ou non.

Dans ce contexte évolutif, le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, le député « Modem » (allié du parti présidentiel) Jean-Louis Bourlanges, appelle, ce vendredi 17 mai, dans un communiqué la France «à sortir de sa réserve et à prendre une décision comparable à celle des Britanniques et des Américains». «Le moment paraît venu», estime le spécialiste des affaires internationales, qui rappelle que Paris «exprime depuis des mois sa volonté d’être aux avant-postes de la solidarité avec l’Ukraine et de la coordination interalliée».

« Le droit à la légitime défense exclut le droit à la sanctuarisation du territoire de l’agresseur. »

Selon Jean-Louis Bourlanges, « ce changement de doctrine est tout à fait légitime car il met fin à l’asymétrie inacceptable entre la situation de l’agressé et celle de l’agresseur ». En effet, militairement, tout le territoire de l’Ukraine est visé depuis le début de la guerre par les armes à longue portée russes, mais aussi par celles fournies à Moscou par ses alliés, notamment des missiles balistiques nord-coréens et des drones iraniens. Kiev riposte également en frappant la Russie dans la profondeur, mais jusqu’à présent, elle utilise des armes de fabrication locale, notamment des drones qui ont ciblé récemment des installations énergétiques.

«Au nom de quoi peut-on refuser aux Ukrainiens le droit de répondre coup pour coup aux attaques dont ils sont les victimes ?», demande le député de l’extrême-Centre. Et de répondre : «le droit à la légitime défense exclut le droit à la sanctuarisation du territoire de l’agresseur». Tout en précisant que «les États amis de l’Ukraine sont bien déterminés à rester non belligérants». «Il ne s’agit donc pas pour eux d’intervenir sur le théâtre des opérations», mais «de lever un tabou injustifiable».

Le président de la commission des Affaires étrangères du Palais Bourbon conclut en rappelant la principale difficulté, concrète, à laquelle les Occidentaux font face, celle de la dangereuse asymétrie, grandissante, entre l’Ukraine, qui peine à mobiliser et à s’armer, et la Russie, dont l’économie et la société se tournent peu à peu tout entières vers la guerre. «Face au redoublement d’agressivité de la Russie, seul le rééquilibrage des forces et la symétrie retrouvée des postures stratégiques peuvent être de nature à convaincre M. Putin de mettre fin à sa funeste entreprise.», ajoute Jean-Louis Bourlanges.

Depuis plusieurs semaines, le kremlin met en garde les chancelleries occidentales contre l’emploi d’armes livrées à l’Ukraine sur son territoire. Ce samedi 18 mai, le ministère russe de la Défense a notamment visé la France, affirmant que des bombes aériennes guidées françaises « Hammer » avaient été utilisées par Kiev pour viser la région russe de Belgorod, frontalière de l’oblast ukrainien de Kharkiv, où les Russes mènent une nouvelle offensive.

Didier Maréchal

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