Cinéma : L’actrice Anouk Aimée, héroïne du film « Un homme et une femme », est morte à l’âge de 92 ans

L’actrice Anouk Aimée est décédée ce mardi 18 juin au matin, a annoncé sa fille sur « Instagram ». Elle était notamment célèbre pour son rôle principal dans le film « Un homme et une femme » de Claude Lelouch, sorti en 1966.

L’actrice Anouk Aimée est morte, a annoncé sa fille sur Instagram. « Avec ma fille, Galaad, et ma petite fille, Mila, nous avons l’immense tristesse de vous annoncer le départ de ma maman Anouk Aimée. J’étais tout auprès d’elle lorsqu’elle s’est éteinte ce matin, chez elle, à Paris », a écrit Manuela Papatakis, ce mardi 18 juin. Connue notamment pour son rôle dans Un homme et une femme de Claude Lelouch, sorti en 1966, elle est morte à l’âge de 92 ans. Elle avait obtenu une reconnaissance internationale pour son rôle d’Anne Gauthier dans « Un homme et une femme » de Claude Lelouch, rôle pour lequel elle a reçu un Golden Globe et une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice en 1967.

Anouk Aimée a souvent incarné des personnages énigmatiques et ambigus : la jeune fille apparemment glaciale qui succombe soudainement au plaisir dans « Le Rideau cramoisi » (1953) d’Alexandre Astruc, d’après Barbey d’Aurevilly ; l’épouse dont le mari se demande si elle n’est pas la prostituée la plus célèbre de Rome (« Le Rendez-Vous », de Sidney Lumet, 1969) ; la sœur apparemment folle d’un frère probablement incestueux (« Le Saut dans le vide », de Marco Bellocchio, 1980, qui lui a valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes). Et bien sûr, l’héroïne de Lawrence Durrell, perçue comme une érotomane compulsive, qui se révèle à la fin du « Quatuor d’Alexandrie » être une militante politique dont la solitude devient une sorte de rédemption (« Justine », de George Cukor, 1969). Federico Fellini, amusé et admiratif de cette dualité permanente, l’a engagée deux fois. Elle a incarné, telle Janus, le vice dans « La Dolce Vita » (1960) et la vertu dans « Huit et demi » (1963). « Son visage, disait-il, évoque la même sensualité que ceux de Greta Garbo, Marlene Dietrich et Joan Crawford, ces grandes reines pleines de mystère. »

Au début de la deuxième guerre mondiale, ses parents, comédiens, ont isolé la jeune Nicole Dreyfus en Charente pour échapper aux rafles de Juifs à Paris. Après la « Libération », ils l’ont envoyée en Angleterre pour prendre des cours de comédie et de danse. Dans un restaurant où elle déjeunait avec sa mère, le cinéaste Henri Calef a repéré cette adolescente de 14 ans : elle a pris le pseudonyme du prénom de son personnage dans « La Maison sous la mer » (1947) : Anouk. Et c’est Jacques Prévert, sur le tournage de « La Fleur de l’âge » (1947), le film inachevé de Marcel Carné, qui lui a trouvé ce nom difficile à porter, mais qui lui a porté chance : Aimée. Nico Papatakis, son premier mari (elle a également épousé Pierre Barouh, le parolier des chansons d' »Un homme et une femme », et le comédien Albert Finney) lui a fait découvrir les artistes qui hantaient le Saint-Germain-des-Prés de l’époque, notamment Pablo Picasso et Jean Genet, qui adorait sortir avec elle car sa beauté attirait le regard des hommes qu’il tentait ensuite de séduire.

Très vite, Anouk Aimée est devenue l’égérie de la pré-Nouvelle Vague, avec « Les Mauvaises Rencontres » (1955) d’Alexandre Astruc et « La Tête contre les murs » (1959) de Georges Franju. Par la suite, elle a fait partie de l’âge d’or du cinéma italien et du début du déclin de Hollywood, multipliant, avec une apparente indifférence, les come-backs inattendus et les erreurs fatales : elle a par exemple refusé « L’Affaire Thomas Crown » de Norman Jewison avec Steve McQueen, un rôle écrit pour elle, pour tourner avec Yves Montand dans « Un soir… un train » d’André Delvaux où, curieusement, elle n’avait qu’un second rôle…

Bien sûr, son film le plus célèbre reste de loin « Un homme et une femme ». Toute la France de 1966 chantonnait « da bada bada » en voyant Jean-Louis Trintignant courir vers elle, au ralenti, sur la plage de Deauville. Claude Lelouch, qui l’a souvent fait tourner (pas toujours avec succès), a signé deux suites à ce triomphe mondial inattendu : le catastrophique « Un homme et une femme : vingt ans déjà » en 1986, et le tendre et pâle « Les Plus Belles Années d’une vie » en 2019.

Mais c’est Jacques Demy qui l’aura rendue immortelle. Avec elle, il a inauguré sa galerie d’héroïnes insolentes, fantasques et vulnérables. En 1961, elle est devenue « Lola », « celle qui rit à tout propos, celle qui dit “l’amour, c’est beau” »… Lola qui, dans les coulisses d’un cabaret de Nantes, directement sorti de l’univers de Max Ophuls, l’un des maîtres du cinéaste, attend sans faillir le marin de sa vie. Lola que l’on retrouve quelques années plus tard, abandonnée et perdue, dans un « Model Shop » de Los Angeles, face à un soldat en partance pour le Vietnam où, comme toujours chez Demy, « le soleil et la mort voyagent ensemble »…

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