Joe Biden maintient sa candidat aux présidentielles malgré une énorme gaffe quelques minutes avant une conférence de presse importante

Joe Biden, dont la survie politique est en jeu à chaque apparition publique, a donné une conférence de presse dans laquelle il a tenté de rassurer son électorat, malgré un débit de parole lent et un nouveau lapsus très « grave ». (Avec : AFP)

Le président états-unien a appelé « président Putin » au lieu de mentionner le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors du sommet de l’OTAN à Washington, ce jeudi 10 juillet. Plus tard dans la journée, lors d’une conférence de presse très attendue, le démocrate de 81 ans a déclaré qu’il restait la « personne la plus qualifiée » pour se présenter comme candidat du parti républicain aux élections présidentielles de novembre prochain.

Joe Biden n’avait pas besoin de cette situation, à une heure d’une conférence de presse cruciale pour sa survie politique. Alors que les interrogations sur sa capacité à se présenter pour un second mandat se multiplient depuis son débat manqué contre Donald Trump il y a deux semaines, le président états-unien a commis une gaffe majeure, ce jeudi 11 juillet, au sommet de l’OTAN, en appelant le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, « président Putin ».

Le dirigeant du parti démocrate a rapidement tenté de corriger son erreur, mais celle-ci était de mauvais augure avant une conférence de presse très attendue où il a fait preuve de combativité, malgré quelques hésitations et nouvelles gaffes. Lorsqu’un journaliste lui a demandé si sa vice-présidente, Kamala Harris, serait une bonne candidate, il a répondu qu’il n’aurait pas choisi « la vice-présidente Trump » s’il ne pensait pas qu’elle était qualifiée pour être présidente. Joe Biden n’a pas rectifié sa réponse.

Le président Biden s’est malgré tout montré plus assuré durant cette conférence de presse que lors du débat catastrophique du 27 juin passé face à son prédécesseur du parti républicain, Donald Trump. « Je n’entends pas mes alliés me dire “Joe, ne te représente pas”, je les entends me dire, “Joe, tu dois gagner” », a-t-il balayé. « Je suis déterminé à être candidat, mais je pense qu’il est important d’apaiser les peurs », a-t-il reconnu, en promettant de faire campagne activement. M. Biden a répété qu’il était « la personne la plus qualifiée » pour battre Donald Trump et aider l’Ukraine à gagner contre la Russie. Insistant sur son expérience, notamment sur la scène internationale, il s’est enorgueilli d’avoir permis l’élargissement de l’OTAN avec l’adhésion de la Suède et de la Finlande et d’avoir réuni une coalition de 50 personnes pour soutenir l’Ukraine.

« J’ai battu [Donald Trump] une fois et je le battrai encore », a encore affirmé le président états-unien, assurant qu’il ne représentait pas « pour [préserver] mon héritage [politique]. Je le fais pour finir le travail que j’ai commencé ». « Il y a d’autres gens qui pourraient aussi battre Trump mais c’est terriblement difficile de partir de zéro », a-t-il lancé, à quatre mois du scrutin présidentiel.

Joe Biden a rejeté les rumeurs, relayées par la presse états-unienne, selon lesquelles il avait désormais demandé à se coucher à 20 heures. «Ce n’est pas vrai », a-t-il démenti, reconnaissant toutefois qu’il « serait plus intelligent pour [lui] de ralentir un peu la cadence ». Le démocrate a aussi déclaré que tous les examens neurologiques auxquels il avait été soumis avaient montré qu’il allait « bien ». « J’ai eu trois examens neurologiques intenses et conséquents » menés par un neurologue, le dernier « en février », a-t-il rappelé, et « ils disent que je suis en bonne forme ».

A la question de savoir si les délégués à la convention du Parti démocrate en août étaient libres de leur vote, qui doit le désigner officiellement candidat à la présidentielle, Joe Biden a répondu oui. « Si, à la convention, ils veulent choisir quelqu’un d’autre, c’est le processus démocratique », a-t-il concédé. « Mais cela ne va pas arriver », a-t-il ajouté, sur le ton de la confidence.

La piste Kamala Harris

Côté démocrate, nombreux sont néanmoins ceux qui doutent que le président de 81 ans puisse encore sauver sa candidature, à quelques semaines de la convention d’investiture qui se tiendra du 19 au 22 août, à Chicago. « Ni la conférence de presse de ce soir ni l’interview prévue pour lundi [sur la chaîne NBC] n’offriront au président le salut politique qu’il recherche », a assené, cinglant, dans un communiqué Ritchie Torres, élu de New York.

Selon le « New York Times », l’équipe de campagne de Joe Biden et de sa colistière, Kamala Harris, a commencé à mener discrètement des sondages sur les chances de la vice-présidente, âgée de 59 ans, face à Donald Trump. La principale intéressée, première femme mais aussi première personne d’origine afro-américaine et asiatique dans ce rôle, est jusqu’ici d’une loyauté sans faille.

« Nous savions que cette élection serait difficile. (…) Mais s’il y a une chose que nous savons à propos de notre président Joe Biden, c’est qu’il est un battant ! » a-t-elle dit, ce jeudi, pendant un meeting en Caroline du Nord, en promettant, dans un discours énergique : « Nous allons continuer à nous battre. ».


Depuis qu’il est président, Joe Biden a donné 36 conférences de presse, selon la chercheuse Martha Joynt Kumar, citée par Axios. Parmi ses six derniers prédécesseurs, seul le républicain Ronald Reagan avait fait moins.

Des ratés spectaculaires

Le démocrate, ancien bègue, n’a jamais été un orateur flamboyant, en particulier lorsqu’il improvise. Avec l’âge, ses prises de parole sont de plus en plus laborieuses. Il a aussi une histoire de ratés spectaculaires. En février de cette année, il avait parlé coup sur coup de l’ancien président français François Mitterrand, décédé en 1996, au lieu d’Emmanuel Macron, et évoqué feu Helmut Kohl à la place de l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel.

Dans un sondage Ipsos diffusé ce jeudi par le « Washington Post » et la chaîne de télévision « ABC », 67 % des personnes interrogées estiment que le président états-unien devrait retirer sa candidature. Parmi les seuls électeurs démocrates, c’est aussi l’opinion majoritaire, à 56 %.

Seulement 24 % des électeurs jugent que Joe Biden est « mentalement vif », tandis que près du double (58 %) jugent que c’est le cas pour Donald Trump. Une dizaine d’élus démocrates à la Chambre des représentants et un sénateur ont désormais appelé ouvertement leur candidat à abandonner.

Didier Maréchal

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