Pour un candidat à la Maison-Blanche, le choix du colistier vise souvent à attirer de nouveaux électeurs ou à pallier des faiblesses perçues en termes d’image ou de programme. À quatre mois de l’élection présidentielle, la nomination de J.D. Vance ne fait pas exception à cette règle. (Avec AFP)
Pourquoi Donald Trump a-t-il choisi J.D. Vance, un homme blanc riche comme lui et sénateur de l’Ohio, un État où il était déjà bien positionné pour gagner ?
Même si son rival octogénaire, Joe Biden, souffre davantage de son âge avancé, Donald Trump sait qu’à 78 ans, il n’est pas non plus tout jeune. En cas de retrait éventuel de Biden au profit de sa vice-présidente Kamala Harris, Trump deviendrait le candidat le plus âgé et serait donc sous surveillance accrue.
C’est là que J.D. Vance, 39 ans, se révèle intéressant, apportant un équilibre d’âge au duo. Si Trump est élu, cet ancien militaire et auteur à succès, issu d’un milieu modeste et ayant fait carrière dans la Silicon Valley, deviendra le troisième plus jeune vice-président de l’histoire des États-Unis d’Amérique, insufflant un vent de jeunesse à la Maison-Blanche.
Un fidèle de la famille « MAGA«
Bien qu’il ait critiqué Donald Trump par le passé, J.D. Vance a fait volte-face pour devenir l’un des plus fervents défenseurs du milliardaire et de son idéologie « MAGA » (« Make America Great Again » – « Rendre sa grandeur à l’Amérique », en français). Après avoir effacé et renié ses anciens tweets, ce conservateur populiste a adopté avec enthousiasme les idées trumpistes, prônant une lutte radicale contre l’immigration et un protectionnisme économique strict. Il a prouvé sa loyauté à Trump en défendant ardemment sa thèse de l’élection volée en 2020.
Samedi dernier (13 juillet), quelques heures après les tirs visant Trump, Vance a accusé Joe Biden d’avoir, par sa rhétorique sur les dangers du trumpisme, « directement causé cette tentative d’assassinat ». Pour Trump, qui se méfie des élites politiques de Washington, choisir un candidat antisystème, très proche de son fils Donald Jr., était tentant. Le septuagénaire a surtout été échaudé par sa mauvaise expérience avec son précédent vice-président, Mike Pence, qui, après des années de loyauté, avait refusé d’obtempérer, le 6 janvier 2021, quand Trump lui a demandé de refuser de certifier l’élection de Biden.
« Trump a choisi J.D. Vance comme colistier car il fera ce que Mike Pence a refusé le 6 janvier : se plier en quatre pour Trump et son programme extrémiste MAGA, même si cela implique de violer la loi et peu importe les préjudices causés aux Américains », a accusé Jen O’Malley Dillon, la directrice de campagne de Joe Biden.
Opération séduction de la « Rust Belt »
Si Donald Trump devrait logiquement remporter l’État de l’Ohio, il fait le pari que J.D. Vance pourrait l’aider à gagner les États voisins du Michigan et de la Pennsylvanie, ainsi que le Wisconsin. Trois États clés, ayant souffert de la désindustrialisation, susceptibles chacun individuellement de faire basculer le résultat du scrutin présidentiel du 5 novembre prochain. Donald Trump y cimenterait ainsi une base électorale solide.
Dans une récente interview sur « Fox News », le milliardaire républicain avait d’ailleurs inscrit l’élargissement de sa base électorale parmi ses critères pour choisir son vice-président, une fonction destinée avant tout à remplacer le président en cas de décès ou de démission. Il faut « quelqu’un qui nous aidera à nous faire élire », avait affirmé Donald Trump.
À noter que l’ex-magnat des affaires n’a pas eu que la présidentielle en tête pour guider sa décision. L’Ohio est le terrain d’une joute très disputée pour un siège de sénateur et les républicains comptent sur cet État pour enfin reprendre le contrôle de la chambre haute du Congrès.
Didier Maréchal