Trois associations sont chargées de récupérer et redistribuer les surplus alimentaires non consommés au village olympique et sur les différents sites. Ceux-ci ont été d’une tonne par jour!
Les JO de Paris 2024 ont également stimulé l’activité des associations caritatives. Avec des milliers d’athlètes, d’officiels et de bénévoles, une grande quantité de nourriture est restée non consommée. Pour minimiser le gaspillage, « Paris 2024 » a établi un partenariat avec trois organisations réputées : « le Chaînon manquant », « les Restos du cœur » et la Banque alimentaire. Ces associations sont chargées de récupérer les denrées non utilisées et de les redistribuer à leur réseau d’organismes partenaires, qui se chargent ensuite d’aider les personnes dans le besoin.
« Les sites olympiques ont été répartis entre nous trois. Chacune a ses spots et organise ses opérations de ramasse », indique François Gras, président de la Banque alimentaire de Paris-Île-de-France (Bapif). Celle-ci dispose de deux sites de stockage dans la région, un dans le Sud, à Arcueil (Val-de-Marne), avec son siège, et un autre sur le port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). La Bapif a justement hérité des parts du lion : le Village olympique et le Stade de France.
Les denrées à récupérer enregistrées sur une plate-forme en ligne
« Les quantités récupérées sont colossales », constate Nicolas Dubois, le responsable de l’entrepôt de Gennevilliers. « Une plateforme de communication permet de connaître la situation et les quantités disponibles dans les sites olympiques. Nous n’allons pas partout systématiquement. Depuis le début des épreuves d’escalade par exemple, les équipes du Bourget (Seine-Saint-Denis) nous préviennent s’ils ont quelque chose. » À l’inverse, les enceintes plus petites où il y a un nombre à peu près prévisible de spectateurs, comme le stade Yves-du-Manoir, à Colombes (Hauts-de-Seine), arrivent à cibler au plus juste les quantités de nourriture à préparer.
En revanche, le village olympique, avec ses plus de 14 000 sportifs et accompagnants, est un passage obligé quotidiennement. Et aussi noble soit la cause, il faut montrer patte blanche. « Nous avons dû effectuer les démarches pour obtenir des accréditations pour nos bénévoles et nos camions frigorifiques afin d’accéder aux différents sites », rappelle François Gras. Le scénario est immuable. À 22h30, les bénévoles et les chauffeurs se retrouvent à l’entrepôt du port avant de se diriger sur le Village, la Stade de France et les autres sites.
Le bilan définitif n’est pas encore chiffré mais chaque soir, les surplus du Village olympique remplissent totalement un camion. « Le village olympique, c’est quasiment une tonne par jour. Au total, sur Arcueil et Gennevilliers, on a ramassé plus de 30 tonnes de vivres depuis le début des JO », analyse Nicolas Dubois.
« Ça rassure les volontaires de voir qu’on ne gaspille pas »
Ce sont donc des monceaux de fruits, de légumes, mais aussi de plats préparés et des milliers de sandwichs et autres « wraps » ou viennoiseries qui transitent par le hangar du port équipé d’une immense chambre froide. Ici, c’est logiquement la date limite de consommation qui dicte sa loi. « Ce sont toujours des produits de grande qualité. La particularité de l’opération est qu’on récupère de gros volumes, des boîtes de 5 kg de carottes râpées ou de salades de fruits par exemple ! On a eu quelques surprises comme du porridge pour le petit déjeuner ou de grandes quantités de houmous… » énumère François Gras.
Comme beaucoup d’institutions ou d’organismes, la Bapif a dû se réorganiser cet été et renforcer ses troupes, quitte à décaler les congés de ses bénévoles et ses permanents. Marc, 65 ans, fait partie de la petite armée depuis peu. Il a rejoint les rangs de la Banque alimentaire en mai dernier. « Quand on arrive, on ne sait jamais avec quoi on va remplir le camion, dit-il. Quand j’ai eu mon accréditation plastifiée et tous les sésames, je me suis dit là, on y est. De toute façon, je voulais participer aux JO d’une manière ou d’une autre. Ce jeudi soir, on est reparti du Stade de France, avec 250 kg de sandwichs. On a aussi parfois des trucs plus exotiques… »
Les camions pleins, les tonnes de vivres qui ne font que transiter par le port de Gennevilliers ont de quoi laisser songeur le tout jeune retraité. «On se rend compte des besoins incroyables des associations, soupire-t-il. Il y a un vrai problème alimentaire. Quand on va sur les sites olympiques, les volontaires de Paris 2024 sont contents de nous voir : cela les rassure de voir qu’on ne gaspille pas toute cette nourriture. »
Parmi les associations caritatives qui se fournissent auprès de la Bapif, « Refugee Food » qui forme et emploie des réfugiés dans les métiers de la restauration. « On récupère ces vivres, on les cuisine, les améliore et on sert cela à des personnes dans le besoin », résume Usman, le directeur du développement de « Refugee Food ». Les « bacs gastro », ces boîtes de plusieurs kilos de nourriture sont donc une aubaine.
« D’habitude, sur nos cinq dispositifs mis sur pied avec la Ville de Paris et « Emmaüs Solidarité », on prépare environ 800 repas à Paris chaque jour pour les sans-abri. Grâce au partenariat avec la Bapif, « le Chaînon manquant » et « Paris 2024 », on peut monter à 1 300 ! »
Après la fin des JO et deux semaines d’accalmie, la même organisation reprendra du service pour les Jeux paralympiques.
Joseph Kouamé