Tennis : Ce qu’il faut savoir sur l’affaire de dopage impliquant Jannik Sinner, numéro 1 mondial, innocenté par un tribunal indépendant

Le joueur italien a été déclaré positif au clostébol, une substance interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA), lors d’un test réalisé en mars. Ce n’est que ce mardi 20 aout, que l’affaire a été révélée. (Avec Franceinfo)

En mars 2024, lors du « Masters 1000 » d’Indian Wells, le joueur de tennis italien Jannik Sinner, numéro 1 mondial, a été contrôlé positif, à deux reprises, au clostébol, un stéroïde anabolisant synthétique dérivé de la testostérone, substance interdite par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA). D’après le rapport de l’Agence internationale pour l’intégrité du tennis (ITIA), chargée de la lutte antidopage sur le circuit, les tests urinaires ont été réalisés les 10 et 18 mars 2024,

« [Jannik] Sinner a fourni un échantillon en compétition lors de l’événement ATP Masters 1000 d’Indian Wells, aux Etats-Unis, le 10 mars 2024, qui contenait la présence d’un métabolite du clostébol à de faibles concentrations. Un autre échantillon, prélevé hors compétition huit jours plus tard, s’est également révélé positif pour le même métabolite toujours à de faibles concentrations », écrit l’ITIA dans un communiqué publié ce mardi 20 août.

Face aux résultats positifs au clostébol, l’Italien rejette toute intention de dopage et invoque une contamination involontaire. Jannik Sinner affirme que cette substance est entrée dans son organisme par voie cutanée, après avoir été exposé à un spray contenant du clostébol utilisé par son physiothérapeute, Giacomo Naldi, pour traiter une blessure. Naldi aurait utilisé le spray entre le 5 et le 13 mars, période pendant laquelle il a également effectué des massages quotidiens à Sinner, entraînant une contamination transdermique non intentionnelle, selon l’ITIA.

Roger Rua, médecin du sport et expert auprès de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), remet en question ce récit. Il explique que pour détecter des produits comme le clostébol dans un contrôle urinaire, il faut généralement une absorption significative. Darren Cahill, entraîneur de Sinner, a déclaré dans une interview à la chaîne télévisée sportive états-unienne « ESPN » que le spray en question est couramment utilisé en Italie et a cité un cas similaire impliquant Mariano Tammaro, un espoir du tennis italien qui avait été testé positif en 2021 après que son père lui ait appliqué le même spray sur une plaie.

Quelles conséquences pour Sinner

D’après le Code mondial antidopage, un contrôle positif aux stéroïdes entraîne automatiquement une suspension provisoire de l’athlète concerné. Pour autant, Jannik Sinner n’a pas été empêché de jouer après ses deux tests positifs. « Le joueur a le droit de demander à un président de tribunal indépendant nommé par « Sport Resolutions » [qui dépend de l’ITIA] de lever cette suspension provisoire. A chaque fois, Sinner a fait appel avec succès de la suspension provisoire et a pu ainsi continuer à jouer », précise encore l’Agence internationale.

Le joueur s’est vu retirer ses points ATP et ses cachets de matchs obtenus lors du « Masters 1000 » d’Indian Wells [il avait perdu en demi-finale face à Carlos Alcaraz]. Contactée par « franceinfo: sport », l’ITIA a expliqué que le joueur avait « admis une violation des règles antidopage ». « Le jury a décidé que les règles avaient été enfreintes, mais que le joueur n’était pas en faute. Ainsi, puisqu’une substance prohibée a bien été détectée dans son organisme lors de ce tournoi, il perd les points gagnés et le cachet. Comme il n’était pas en faute, il n’y a pas d’autre sanction », a répondu l’ITIA. Le tribunal indépendant, qui a innocenté et non blanchi le joueur, a considéré qu’en absence totale de faute et de négligence, il ne serait pas suspendu. Toutefois, son contrôle positif demeure toujours, étant donné qu’il a joué Indian Wells sous l’effet d’un produit interdit.

Sollicité par Jannik Sinner, le tribunal indépendant a innocenté le joueur dans sa décision rendue ce lundi 19 août. Toutefois, l’affaire n’est pas close pour autant. L’Agence italienne antidopage (NADO Italia) peut faire appel, de la même manière que l’Agence mondiale antidopage, dont le rôle est de réguler et de superviser la lutte antidopage au niveau international, comme elle l’a confirmé à « franceinfo: sport » : « Nous allons réexaminer la décision afin de nous assurer qu’elle est conforme aux règles. Et nous nous réservons le droit de faire appel auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS) si cela s’avère approprié. Nous prendrons donc une décision à ce sujet dans les prochains jours et les prochaines semaines », a-t-elle assuré. L’ITIA a déjà précisé, quant à elle, qu’elle ne ferait pas appel de la décision.

« L’AMA se saisira de l’affaire uniquement s’ils ont des preuves suffisantes pour la positivité du dosage. Dans ce cas, il y aura des expertises et des contre-expertises », souligne Roger Rua. Toutefois, dans les affaires de dopage, et même dans les cas de contamination involontaire, le sportif reste responsable de ce qui se trouve dans son organisme. Si Jannik Sinner venait à être blanchi, il pourrait demander la réattribution de ses points et de son « prize-money » (cachet » en français – ndlr). « Et peut-être même des compensations », ajoute Roger Rua.

Kevin Negalo

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