Colombie : le président Gustavo Petro sollicite la protection de la justice interaméricaine face à des craintes de coup d’État

Le président colombien, Gustavo Petro, ancien guérillero marxiste élu en 2022 avec la promesse de combattre les inégalités qui minent le pays latino-américain, affirme être la cible d’une tentative de “coup d’État” orchestrée par les élites conservatrices du pays. (Source : AFP)

Le ministère colombien des Affaires étrangères a sollicité, mercredi 16 octobre, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) pour assurer la protection du président Gustavo Petro, suite à l’ouverture d’une enquête par l’autorité électorale concernant un dépassement des dépenses de campagne, que ce dernier considère comme une tentative de “coup d’État”.

« L’affaire est déjà devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Nous demandons des mesures conservatoires pour le citoyen président Gustavo Petro », a déclaré, lors d’une conférence de presse, Jorge Rojas, vice-ministre des Affaires étrangères.

Ces mesures conservatoires de la justice interaméricaine exhortent « les États à défendre des individus ou des groupes face à une situation grave et urgente ».

L’autorité électorale colombienne a ouvert, mardi, une enquête administrative sur un possible dépassement des comptes de campagne du président Gustavo Petro lors de la présidentielle de 2022. Le chef de l’État et des dirigeants de son équipe « sont accusés d’avoir prétendument violé le plafond des dépenses » de 880 000 dollars, selon le président du Conseil national électoral (CNE), César Lorduy. Le premier président de gauche de l’histoire de la Colombie encourt des sanctions financières. Cependant, selon les experts, le CNE pourrait transmettre son enquête à la Chambre basse du Parlement qui pourrait s’en saisir et engager une procédure de destitution.

« Le coup d’État a commencé », a lancé M. Petro qui estime le CNE partial et accuse certains de ses magistrats d’être proches des partis d’opposition de droite. Il a ensuite lancé un appel à la mobilisation de ses partisans. Mercredi, il a reçu le soutien de la nouvelle présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, qui a fait part de sa « solidarité avec le président Petro », présent à son investiture début octobre. « Toujours notre soutien et notre solidarité quand il y a une injustice », a-t-elle ajouté.

Ce n’est pas la première fois que Petro demande une telle protection. En 2013, l’économiste et ancien guérillero a été destitué de son poste de maire de Bogotá et a reçu une interdiction d’exercer des fonctions publiques pendant 15 ans en lien avec une affaire sur la réforme du système de collecte des ordures de la ville. Quelques mois après, il a bénéficié de mesures conservatoires de la CIDH, et un tribunal de la capitale a décidé en faveur de sa réintégration en tant que maire.

Juan Manuel Morales, doctorant en science politique de l’Université de Montréal, qui travaille sur la Colombie, relève que l’évocation par le président d’un possible coup d’État « cadre bien » avec son récit habituel voulant qu’il livre bataille, au nom du peuple, à des élites rétives à tout changement. Cette rhétorique passe sous silence, dit-il, des informations crédibles suggérant que ses dépenses de campagne ont largement dépassé le plafond autorisé, notamment en raison de l’apport non déclaré d’importants syndicats.


Ricardo Ávila, analyste politique rattaché au quotidien « El Tiempo », l’un des plus importants du pays, note que l’enquête fait suite notamment à d’embarrassantes révélations touchant de proches collaborateurs du président. L’un de ses fils a notamment été éclaboussé, l’année dernière, par les sorties de son ex-conjointe, frustrée d’une infidélité, qui l’a accusé d’avoir détourné des fonds de campagne pour son père provenant de narcotrafiquants.

Des enregistrements dans lesquels l’ambassadeur de Colombie au Venezuela exprimait son mécontentement d’avoir été négligé et menaçait de révéler des informations sur le financement de la campagne, pouvant mener « tout le monde en prison », ont également provoqué un tollé.

M. Ávila souligne que ces affaires ont terni l’image de Gustavo Petro, qui avait dénoncé la corruption de la classe politique durant sa campagne. Son taux d’approbation a chuté de près de moitié en deux ans, atteignant 30 %.

Mme Lizarazo estime que cette baisse reflète aussi les difficultés rencontrées par le président pour mettre en œuvre son programme de réformes « maximalistes ».

Joseph Kouamé

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