L’ex-président bolivien, Evo Morales, a affirmé, ce dimanche 27 octobre, que « des hommes encagoulés » avaient tiré 14 coups de feu contre son véhicule et blessé son chauffeur, à Cochabamba, dans le centre de la Bolivie. « Des agents d’élite de l’État bolivien ont tenté de m’assassiner aujourd’hui », a-t-il écrit sur le réseau social « X ». (Source : AFP)
L’ancien président de Bolivie, Evo Morales a affirmé, ce dimanche 27 octobre, avoir été visé par une quinzaine de coups de feu, tirés sur son véhicule et qui ont blessé son chauffeur, dénonçant une tentative d’assassinat par des « agents de l’État bolivien ».
« Je dénonce de manière urgente » devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) que des agents d’élite de l’État bolivien ont tenté de m’assassiner aujourd’hui », a déclaré l’ancien président (2006-2019) sur le réseau social « X ».
« La voiture avec laquelle je suis arrivé a reçu 14 balles. Moi, ça m’a surpris. Heureusement, aujourd’hui, nous sommes en vie[…]. Ce sont des hommes encagoulés qui ont tiré […]. C’était planifié, c’était pour tuer Evo », a-t-il déclaré dans un entretien avec la station de radio « Kawsachun Coca », à Cochabamba, son fief. L’attaque s’est produite dans cette ville du centre de la Bolivie, a-t-il précisé.
Le président Luis Arce « a détruit la Bolivie, et maintenant il veut éliminer notre mouvement en en finissant avec la vie d’Evo. On va voir comment on va se préparer […]. Un état de siège est en marche », a-t-il aussi lancé.
Des doutes sur un « auto-attentat »
Dans une vidéo diffusée par la radio, on peut voir trois trous dans le pare-brise d’une camionnette où Evo Morales est assis sur le siège passager, vraisemblablement dus aux coups de feu. Le chauffeur a la tête en sang et une femme lui demande de « se dépêcher ».
« Nous avons aussi des images selon lesquelles, après ce qui s’est passé, un hélicoptère de l’aéroport de Chimoré [à Cochabamba] emmène six personnes […]. Nous ne savons pas s’il s’agit de militaires ou de policiers, mais la seule chose qu’ils veulent vraiment, c’est assassiner Evo Morales », a déclaré à l’AFP Anyelo Céspedes, un député proche de l’ancien président.
« Hier, il y a eu un changement de haut commandement militaire et aujourd’hui on essaie de tuer Evo Morales », a-t-il insinué, faisant référence à la nomination par le président Luis Arce d’un nouvel état-major de l’armée, samedi.
Le chef de l’État a annoncé, dans la nuit de samedi à dimanche, ce remaniement en demandant aux nouveaux dirigeants militaires de « préserver les plus hauts intérêts du pays comme la sécurité de l’État et le rétablissement de l’ordre public ».
La mobilisation des syndicats
Le vice-ministre en charge de la Sécurité, Roberto Ríos, a déclaré que les autorités allaient enquêter sur le signalement de l’attaque armée, bien qu’elles envisagent également la possibilité qu’il s’agisse d’un « auto-attentat ». « En tant qu’autorités publiques, nous sommes tenus d’enquêter sur toute allégation, qu’elle soit vraie ou fausse, concernant l’existence d’un auto-attentat », a déclaré Roberto Ríos à la presse.
Selon un communiqué du « Mouvement vers le socialisme » (MAS), le parti fondé par l’ancien président, les faits se sont produits à l’entrée d’une caserne militaire de Cochabamba, où des individus munis « d’armes longues et entièrement vêtus de noir » ont tiré sur les véhicules qui composaient le cortège de Evo Morales.
« Luis Arce, tu as franchi la ligne rouge. Nous en appelons à une mobilisation. Si c’est possible, nous allons nous emparer des aéroports », a déclaré, en conférence de presse, Vicente Choque, le dirigeant du syndicat CSUTCB, qui avait été l’un des meneurs des actions de protestation en janvier de cette année contre la décision de justice disqualifiant Evo Morales en vue de l’élection présidentielle d’août 2025.
Evo Morales veut tout de même se présenter et tente, avec l’appui d’une aile de son parti, d’y parvenir devant les tribunaux.
« Persécutions judiciaires »
Evo Morales est visé par une enquête pour « viol, trafic et traite d’êtres humains » en raison d’une relation qu’il aurait eue avec une adolescente de 15 ans, avec laquelle il aurait eu une fille en 2016. Ses avocats affirment que l’affaire a déjà été examinée et classée en 2020. Le bureau du procureur a annoncé, il y a quelques semaines, qu’il émettrait un mandat d’arrêt à son encontre, mais n’a pas fait de déclarations depuis.
Evo Morales estime être victime d’une « persécution judiciaire » orchestrée par le gouvernement de Luis Arce, son ex-allié et désormais rival pour la candidature du parti au pouvoir à la prochaine présidentielle.
Les partisans du premier indigène à avoir dirigé la Bolivie (2006-2019) bloquent les principales routes depuis le 14 octobre. Depuis cette date, des affrontements entre les soutiens d’Evo Morales et les forces de l’ordre ont fait 14 blessés parmi les policiers et 44 civils ont été arrêtés, selon le gouvernement.
Au total, plus de 20 barrages ont été signalés, la plupart dans l’État de Cochabamba. Selon les autorités, plus de 1 700 policiers et 113 véhicules ont été déployés vendredi pour débloquer les routes.
Joseph Kouamé