Présidentielle US : Jill Stein, la candidate écologiste, menace Harris

En plus de Kamala Harris et Donald Trump, cinq autres candidats participent à l’élection présidentielle états-unienne de ce 5 novembre. Parmi eux, Jill Stein, écologiste et pro-palestinienne, qui pourrait siphonner des voix à la candidate démocrate, favorisant ainsi la victoire de son rival républicain. (Avec RFI)

Dans une élection présidentielle largement dominée par le face-à-face entre Trump et Harris, Jill Stein ne semble avoir qu’un impact limité : environ 1% selon les sondages. Néanmoins, la candidate du « Green Party » (parti écologiste) se présente dans tous les États où la victoire pourrait se jouer, à l’exception du Nevada. Les quelques milliers de voix qu’elle pourrait récolter pourraient s’avérer coûteuses pour Kamala Harris dans un scrutin qui s’annonce plus serré que jamais. Cela est particulièrement vrai en Pennsylvanie, au Wisconsin et au Michigan, trois États clés de la « Rust Belt », où l’avance de la démocrate sur son rival républicain est réduite à moins d’un point.

Cette situation évoque, pour les démocrates, le souvenir douloureux de la présidentielle de 2016, lorsque Jill Stein avait recueilli 31 072 voix au Wisconsin et 51 463 au Michigan, des chiffres supérieurs aux 22 748 et 11 000 voix qui avaient permis à Donald Trump de l’emporter dans ces deux États – et finalement de gagner l’élection – face à Hillary Clinton. Un scénario similaire s’était déjà produit seize ans plus tôt, lorsque Ralph Nader, le candidat du « Green Party » de l’époque, avait privé le démocrate Al Gore d’une victoire dans les États clés du New Hampshire et de la Floride, permettant ainsi à George W. Bush de remporter l’élection de justesse.

Anti-guerre

D’après une étude réalisée en août par le « Conseil des relations américano-islamiques » (CAIR), Jill Stein devancerait même Kamala Harris au sein de l’électorat arabo-musulman du Michigan et du Wisconsin, très critique à l’égard du soutien inconditionnel apporté par l’administration Biden à Israël dans sa guerre à Gaza et au Liban. « Les démocrates ne peuvent pas gagner sans le soutien de la communauté musulmane. Cette communauté est sortie de leur giron et n’y retournera pas, à moins que les démocrates décident qu’il est plus important pour eux de remporter l’élection que de perpétrer un génocide », considère l’ancienne médecin de 74 ans dans une interview au magazine « Newsweek », alors que Kamala Harris appelle au cessez-le-feu tout en refusant de stopper les livraisons d’armes à l’État hébreu.

Son discours vaut d’ailleurs à Jill Stein le soutien de David Duke, ex-dirigeant de l’organisation suprémaciste blanche « Ku Klux Klan ». « Elle est la seule candidate qui s’oppose clairement à la guerre au Moyen-Orient et en Ukraine », a-t-il estimé en début de semaine dans son émission de radio, jugeant que cette position nuisait au « pouvoir juif ». L’intéressée a aussitôt rejeté cette alliance contre-nature, qualifiant David Duke de « troll raciste » en manque d’attention.

Mais la candidate du Parti vert, engagée en « faveur de l’environnement et de la justice sociale », séduit au-delà de l’électorat arabo-musulman. «C’est vers elle que sont susceptibles de se tourner des électeurs plutôt jeunes, ancrés très à gauche, critiques du soutien de Washington à Israël et de la politique économique de l’administration Biden, et déçus du manque d’avancées en matière de droits civiques. C’est-à-dire ceux qui ont manifesté sur les campus au printemps», développe Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des États-Unis d’Amérique à Sciences Po Lyon. Et si elle renvoie républicains et démocrates dos-à-dos, les qualifiant de « profiteurs de guerre à la solde de Wall Street », c’est bien contre la vice-présidente que la diplômée de Harvard concentre ses attaques, relève le » New York Times ».

Même s’il est impossible d’affirmer avec certitude que les électeurs de Jill Stein se tourneraient vers Kamala Harris en cas de désistement de leur candidate, le camp démocrate a décidé de passer à l’offensive pour récupérer ces voix précieuses qu’il accuse Jill Stein de vouloir siphonner. Depuis le 12 octobre, les téléspectateurs de Pennsylvanie, du Wisconsin et du Michigan, ainsi que ceux abonnés aux chaînes câblées nationales, peuvent voir un spot du « Comité national démocrate » qui met en garde contre le vote pour Stein – le premier ciblant un candidat tiers dans cette campagne électorale. Dans ce clip de 30 secondes, le visage de l’écologiste se transforme en celui de Donald Trump, tandis qu’une voix off déclare : « Une voix pour Stein est en réalité une voix pour Trump. »

Pour sensibiliser les jeunes électeurs, l’organisation « Voters of Tomorrow » a de son côté publié, sur TikTok, deux vidéos accusant Jill Stein d’avoir offert la victoire à Donald Trump en 2016 et de vouloir réitérer cette année. « Alors qu’elle prétend être une défenseuse du climat, Jill Stein se moque éperdument d’avoir fait entrer à la Maison Blanche quelqu’un dont l’administration est revenue sur plus de 100 règlements environnementaux et est sortie de l’Accord de Paris », reproche la jeune femme qui apparaît à l’image, traitant la candidate écolo d’« escroc ».

Dénonçant le duopole exercé par les partis républicain et démocrate sur la vie politique états-unienne, le « Green Party » défend son droit à exister. « Un vote pour Jill Stein n’est pas un vote pour Donald Trump, a protesté sur NBC son directeur de campagne. C’est un vote en faveur de ce que les Américains réclament – utiliser nos impôts pour répondre aux besoins urgents de la population, et non pour financer une guerre sans fin et un génocide. »

De son côté, Donald Trump ne peut que savourer. « Jill Stein, je l’aime beaucoup, déclarait l’homme d’affaires, narquois, lors d’un meeting à Philadelphie en juin dernier. Vous savez pourquoi ? Elle leur prend 100%.»

Didier Maréchal

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