Cinquante ans après sa légalisation, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) demeure un droit fondamental en France, désormais inscrit dans la Constitution. Malgré des avancées significatives, l’accès à ce droit reste marqué par des disparités régionales et des défis persistants.
Le 29 novembre 1974, la loi Veil légalisait l’IVG, révolutionnant les droits des femmes en France. Depuis, ce cadre légal s’est élargi : le délai pour avorter est passé à 14 semaines en 2022, les méthodes médicamenteuses se sont généralisées, et la prise en charge s’est diversifiée, notamment grâce à la téléconsultation. Pourtant, l’accès à l’IVG reste inégal selon les territoires, comme le souligne un récent rapport de l’Institut national d’études démographiques (Ined).
Évolution de la pratique et des méthodes d’IVG
En 2023, plus de 240 000 IVG ont été réalisées, un chiffre en légère augmentation depuis les années 1990. Le recours est particulièrement élevé chez les femmes de 20 à 30 ans, tandis qu’il diminue chez les mineures grâce à une meilleure prévention et à la gratuité de la contraception.
Les méthodes utilisées ont profondément changé : quatre IVG sur cinq sont désormais médicamenteuses, contre une sur deux il y a dix ans. La moitié de ces IVG médicamenteuses sont réalisées hors des hôpitaux, par des sages-femmes ou en médecine de ville.
De fortes disparités régionales
Cependant, les données montrent des écarts importants entre départements. Le taux d’IVG varie de 9,9 pour 1 000 femmes en Mayenne à 48,9 en Guyane, où la prise en charge inclut des femmes venues de l’étranger. Ces disparités s’expliquent par des différences dans les réseaux de soins, les structures médicales locales et les normes sociales.
Enjeux et défis pour l’avenir
Malgré l’inscription de l’IVG dans la Constitution en 2024, l’accès reste fragilisé par plusieurs facteurs : clauses de conscience des praticiens, monopole d’un laboratoire sur les médicaments abortifs, et inégalités dans l’offre entre méthodes chirurgicales et médicamenteuses. Magali Mazuy, chercheuse à l’Ined, souligne l’importance de renforcer les réseaux ville-hôpital et de garantir le choix aux femmes sur le type d’IVG.
Alors que ce droit est contesté dans certains pays, la France doit continuer à œuvrer pour une égalité d’accès à l’IVG, afin que cette liberté, conquise il y a 50 ans, reste possible pour toutes.
Clara Höser