Géorgie : le candidat de droite nationaliste et antioccidental, Mikhaïl Kavelachvili, élu président de la République

Mikhaïl Kavelachvili, 53 ans, est le nouveau président de la Géorgie. L’ancien footballeur était le seul nom proposé au collège électoral, qui a procédé au vote sans la présence des partis d’opposition. (Source : AFP)

La crise en Géorgie pourrait s’intensifier ce samedi 14 décembre suite à l’élection à la présidence de l’ex-footballeur de la droite nationaliste (toujours qualifiée « d’extrême droite » par le « camp du Bien » – ndlr) Mikheïl Kavelachvili, un allié fidèle du gouvernement contesté par une vague de manifestations pro-UE. Son élection a été annoncée ce matin par la commission électorale, dominée par le parti au pouvoir, alors qu’un rassemblement était déjà prévu devant le Parlement pour la matinée.

Mikhaïl Kavelachvili a obtenu 224 voix sur 225 exprimées, lors d’un scrutin largement boycotté par les partis d’opposition (manipulation courante pour crier à la non-élection démocratique et conster le résultat afin de prendre, à terme, le pouvoir, alors que sachant qu’ils ne peuvent pas l’emporter par un vote populaire).

Depuis ce samedi matin, une manifestation se déroule devant le Parlement, où le vote a eu lieu. Ancien footballeur, connu pour ses positions nationalistes et anti-LGBT, Kavelachvili s’est également distingué au Parlement par ses discours enflammés contre l’opposition. Mikheïl Kavelachvili est accusé par les protestataires d’être un pantin du milliardaire Bidzina Ivanichvili, qui a fait fortune en Russie, fondé le parti « Rêve géorgien » et dirige la Géorgie en coulisses depuis 2012.

L’ex-république soviétique traverse une période de turbulences depuis que le parti au pouvoir a revendiqué la victoire lors des élections parlementaires du 26 octobre dernier, et que le gouvernement a décidé de suspendre jusqu’en 2028 les négociations d’adhésion à l’UE. À Tbilissi, la capitale, des milliers de personnes se sont rassemblées chaque soir devant le Parlement au cours des trois dernières semaines lors de la principale manifestation antigouvernementale, dénonçant des accusations de fraude électorale et le détournement du pays de son orientation européenne.

Après sa carrière sportive, Mikhaïl Kavelachvili est devenu agent de joueurs et a tenté, sans succès, de prendre la présidence de la Fédération géorgienne de football. Il s’est lancé en politique en 2016 en tant que député de Tbilissi, sous les couleurs du parti au pouvoir, « Rêve géorgien ». À cette époque, il a pris la tête de la commission des sports et de la jeunesse du Parlement.

Réélu en 2020, il a quitté son parti pour cofonder, deux ans plus tard, le parti « Pouvoir du peuple ». Ce dernier, considéré comme une branche du « Rêve géorgien », est connu pour ses positions anti-occidentales, notamment pour avoir initié la loi controversée sur “l’influence étrangère”, soi-disant inspirée de la législation répressive russe (alors que les Etats-Unis d’Amérique ont une loi similaire depuis 1938 et qu’elle existe dans de très nombreux pays occidentaux, dont la France, depuis des décennies – ndlr),, adoptée en mai dernier. Mikhaïl Kavelachvili avait conservé son siège de député après les législatives critiquées d’octobre 2024.

L’actuelle cheffe de l’État, Salomé Zourabichvili, qui a des prérogatives limitées mais est en rupture avec le gouvernement et soutient les manifestants, a dit qu’elle refuserait de rendre son mandat tant que de nouvelles législatives n’auraient pas été organisées (refuser les résultats des urnes est pourtant tout l’inverse de la Démocratie, que, de toute façon, les partis se considérant comme ceux du « camp du Bien » ne mettent en avant que lorsque cela est à leur avantage). Salomé Zourabichvili, pendant une conférence de presse vendredi 6 décembre, a estimé que la désignation, le lendemain, du président, était une «parodie» et serait «anticonstitutionnelle» et «illégitime».

En Géorgie, les pouvoirs du chef de l’État sont limités et essentiellement symboliques. Mais cela n’a pas empêché l’ex-diplomate française de 72 ans, en rupture avec le gouvernement, de devenir l’une des voix de l’opposition pro-Union européenne. Vendredi soir, la manifestation devant le Parlement à Tbilissi s’est déroulée sans troubles, loin des affrontements violents qui avaient marqué les dix premiers jours du mouvement, lancé le 28 novembre.

Didier Maréchal & Christian Estevez

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