Vendredi dernier, Hakan Fidan a exhorté la France à “prendre en charge ses propres citoyens” et à “les transférer dans ses propres prisons” pour qu’ils y soient jugés, en faisant référence aux jihadistes français détenus en Syrie. (Source : AFP)
« La France devrait rapatrier les jihadistes français emprisonnés en Syrie », a affirmé ce vendredi 10 janvier le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan, rappelant que Washington est le seul interlocuteur d’Ankara dans le nord-est syrien où la Turquie menace de lancer une opération militaire contre les combattants kurdes.
« Si la France a quelque chose à faire, c’est de prendre ses propres citoyens, de les amener dans ses propres prisons et de les juger », a-t-il affirmé en référence aux jihadistes français emprisonnés en Syrie.
Le chef de la diplomatie turque a par ailleurs accusé la France de ne pas prendre en compte la sécurité de la Turquie en confiant la détention des jihadistes étrangers aux Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les combattants kurdes. « Ils ont une telle politique qu’ils n’amènent pas les prisonniers » du groupe jihadiste « État islamique dans leur propre pays. Mais ils ne se soucient pas de notre sécurité. (…) Ils mettent toujours en avant leurs propres revendications », a-t-il affirmé.
Jusqu’en 2022, la France rapatriait les familles de jihadistes au cas par cas, en ramenant des enfants orphelins ou des mineurs dont les mères avaient accepté de renoncer à leurs droits parentaux. En 2022 et en 2023, elle a procédé à des rapatriements plus importants de femmes et d’enfants qui étaient détenus dans des camps du nord-est de la Syrie.
« Nous parlons à l’Amérique »
En réponse à une question sur un appel des forces kurdes au déploiement des troupes françaises dans le nord-est syrien, Hakan Fidan a précisé que les États-Unis d’Amérique sont les seuls interlocuteurs de la Turquie à ce sujet. « Nous ne prêtons franchement pas attention aux pays qui utilisent la puissance de l’Amérique et se cachent derrière elle pour faire avancer leurs propres intérêts. Notre interlocuteur sur cette question est l’Amérique. Nous parlons à l’Amérique. Pas avec les pays qui se cachent derrière », a-t-il affirmé.
Le renversement du président syrien Bachar al-Assad le mois dernier a ouvert la voie à une possible intervention directe de la Turquie en Syrie contre les forces kurdes YPG. Ankara accuse les YPG, qui constituent l’ossature des Forces démocratiques syriennes (FDS) et sont considérées par l’Occident comme cruciales dans la lutte contre l’État islamique (Daesh/ISIS), d’entretenir des liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation interdite en Turquie car classée comme « terroriste » par ce pays.
Joseph Kouamé