En Turquie, la consommation d’alcool contrefait liée à la hausse des taxes a provoqué la mort de 33 personnes en seulement quatre jours. Cette tragédie relance un débat houleux sur les conséquences sociales et sanitaires des politiques fiscales du gouvernement.
Une vague d’empoisonnements
Trente-trois morts en quatre jours et 29 personnes en soins intensifs : la crise des empoisonnements à l’alcool frelaté frappe Istanbul, révélant les conséquences tragiques d’une taxation excessive sur les boissons alcoolisées. Selon les médias locaux, des hommes ayant acheté de l’alcool contrefait dans un restaurant turkmène pour 30 livres turques (0,80 euro les 50 cl) figurent parmi les victimes.
En comparaison, le raki, alcool anisé traditionnel, coûte environ 1 300 livres (35 euros) le litre dans un pays où le salaire minimum atteint 600 euros. Ces prix exorbitants, supérieurs à ceux observés dans l’Union européenne, favorisent une production clandestine dangereuse.
Un débat hautement politique
Les taxes, qui représentent près de 70 % du prix d’une bouteille d’alcool, suscitent de vives critiques. Mustafa Adigüzel, député du CHP (social-démocrate), s’insurge : « Nous perdons au moins 500 personnes par an à cause de l’alcool contrefait. C’est un massacre, une tuerie de masse, et ce sont des morts causées par les taxes ! »
Le montant de ces taxes, introduites après l’arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan, a augmenté de 2 500 % depuis 2010. Pour Çagin Tan Eroglu, co-coordinateur d’une association de surveillance des politiques publiques, cette politique fiscale « irresponsable et idéologique » alimente la mortalité. En 2024, Istanbul a déploré 48 décès liés à l’alcool frelaté.
Une division socioculturelle croissante
Avec seulement 12,1 % des Turcs déclarant consommer de l’alcool, la hausse des prix est indolore pour la majorité. Cependant, les consommateurs se sentent marginalisés. « La mauvaise politique du gouvernement est entièrement responsable de la mort de citoyens, traités comme des citoyens de seconde classe », estime Özgür Aybas, président de l’association des revendeurs d’alcool.
Le président Erdogan, musulman pieux, promeut l’ayran – boisson à base de yaourt – comme symbole national et critique régulièrement les « ivrognes ». Ce discours, selon l’historienne Emine Evered, accentue les divisions culturelles et politiques en Turquie.
Des mesures sévères contre la production illégale
Les autorités ont annoncé l’arrestation de plusieurs individus impliqués dans la fabrication et la vente d’alcool frelaté. Le gouvernorat d’Istanbul a affirmé que ces actes criminels sont comparables à des actes terroristes.
Clara Höser