Iran – Afghanistan : La question de l’eau au cœur des tensions

À la suite des crues soudaines sur la rivière Harirud en mars 2024, les tensions sur la gestion de l’eau entre l’Iran et l’Afghanistan refont surface. Le barrage de Pachdan, en voie d’achèvement dans la province d’Hérat, devient un point de crispation majeur. Voici un témoignage de Jonathan Piron, historien spécialiste de l’Iran, sur cette « guerre silencieuse » autour de l’eau.

Le 3 janvier, Téhéran a exprimé officiellement son inquiétude face à une « restriction disproportionnée » de l’eau provenant de l’Afghanistan en raison du barrage de Pachdan sur la rivière Harirud. 5 jours plus tard, Kaboul a dénoncé ces préoccupations comme « irresponsables ». Cette tension reflète des relations hydriques complexes entre les deux pays.

Un contexte géopolitique et historique complexe

Jonathan Piron explique que l’échange d’eau entre l’Afghanistan et l’Iran concerne deux rivières principales : l’Helmand au sud, régie par un traité signé en 1973, et l’Harirud au nord, dépourvue de toute coopération formelle. Cette discordance aggrave les tensions, le débit de l’Harirud fluctuant sans cadre réglementaire.

« Concernant l’Helmand, les Iraniens disposent de mécanismes institutionnalisés pour protester. Sur l’Harirud, tout repose sur une coopération informelle », précise l’historien.

Un barrage longtemps entravé

Le barrage de Pachdan, encore en construction, illustre les défis structurels de l’Afghanistan. Inachevé depuis des décennies en raisn des conflits, il a récemment progressé sous le contrôle des talibans, qui cherchent à asseoir leur pouvoir en investissant dans des infrastructures locales. Ce barrage est destiné à irriguer 13 000 hectares et à produire deux mégawatts d’électricité, tout en favorisant le développement touristique dans la région d’Hérat. Cependant, il inquiète l’Iran, qui dépend du débit de l’Harirud pour des régions cruciales comme Machhad, déjà confrontée à des pénuries d’eau.

Les répercussions environnementales et climatiques

La problématique du réchauffement climatique s’ajoute aux tensions. « Les cycles de sécheresse s’intensifient, les bassins ne se régénèrent pas, et la demande en eau augmente, notamment pour des cultures exportatrices comme le safran », souligne Jonathan Piron. L’Iran, en proie à un stress hydrique généralisé, souffre aussi de tensions internes liées à la gestion inéquitable de ses ressources. Les affaissements de sols à Téhéran et Ispahan, liés à l’épuisement des nappes phréatiques, prouvent l’ampleur du problème.

Des tensions aux risques de violence

Sans accord structurant, les disputes pourraient dégénérer. En 2021, des échanges de tirs avaient éclaté sur l’Helmand, causant des morts. Le discours des talibans, déclarant que « rien ne remplace l’eau », reflète une volonté affirmée de préserver cette ressource stratégique.

Un avenir incertain

La reprise des discussions entre Kaboul et Téhéran semble compromise par la méfiance mutuelle et l’absence d’intermédiaire neutre. Des acteurs comme la Chine, qui entretient des relations avec les deux pays, pourraient jouer un rôle dans la pacification. Néanmoins, sans résolution durable, la compétition pour l’eau risque de devenir un facteur plus préoccupant que jamais, à la fois à l’échelle locale comme régionale.

Clara Höser

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