Les rebelles touaregs du nord du Mali ont déclaré, mardi 21 janvier, qu’un Espagnol enlevé récemment à la frontière entre l’Algérie et le Mali avait été libéré grâce à leur intervention. Ils ont précisé que l’otage, en bonne santé, avait été remis aux autorités algériennes. Pour l’instant, les autorités espagnoles et algériennes n’ont fait aucun commentaire.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) affirme dans un communiqué que le ressortissant espagnol, nommé Gilbert Navarro, a été libéré « grâce à une opération menée par l’une de ses unités de sécurité, concomitamment à des tractations conduites par des personnes de bons offices ».
L’opération a eu lieu lundi après-midi et l’ex-otage a passé la nuit sous la protection des rebelles touareg, ont précisé préalablement ces derniers. L’Espagnol avait été enlevé le 14 janvier dans le sud de l’Algérie et transféré dans le nord du Mali par « ses ravisseurs affiliés à un réseau de crimes organisés opérant dans le Sahel et au-delà », dit le FLA, coalition de groupes séparatistes à dominante touareg qui ont repris les armes contre l’État central malien en 2023.
« En très bonne santé, (il) a pris contact avec sa famille avant d’être officiellement remis par les responsables du FLA aux autorités algériennes », dit le Front. Le FLA a ajouté avoir été en contact avec les autorités algériennes tout le long de l’opération. À aucun moment », la vie du captif n’a été mise en danger au cours de sa libération, a-t-il assuré.
Le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad, un des groupes composant le FLA, a rapporté que l’Espagnol avait été libéré dans la région de Ménaka (nord-est du Mali). Algérie et Mali partagent 1 300 kilomètres de frontière en zone désertique très difficile à surveiller.
« Pas d’autre motivation que l’argent »
L’enlèvement répondait à un « appel d’offres » de l’État islamique, offrant « de 100 jusqu’à 250 millions de francs CFA » par otage étranger, explique Wassim Nasr, journaliste de France 24 spécialiste des questions jihadistes. « Les ravisseurs n’avaient pas d’autre motivation que l’argent », poursuit-il, précisant que ceux-ci étaient au nombre « de sept, âgés d’une vingtaine d’années, et de nationalité algérienne et malienne ».
Pour récupérer le citoyen espagnol, « l’Algérie a demandé aux rebelles du FLA de passer à l’action, et d’entrer en contact avec les ravisseurs », ajoute Wassim Nasr. « Le but principal de l’intervention était d’empêcher les ravisseurs de transmettre l’otage à l’État islamique. »
Les négociations ont conduit les ravisseurs à abandonner l’otage en un lieu précis, à condition de ne pas être poursuivis. « Une des conditions des rebelles du FLA était que l’otage récupère son passeport, son téléphone et ses affaires personnelles. Cela lui a permis de contacter sa famille via Starlink depuis le désert malien », détaille le journaliste.
Une autre Occidentale toujours détenue
Madrid avait annoncé vendredi l’enlèvement d’un ressortissant espagnol en Afrique du Nord, sans plus de détails sur son profil, le lieu ni les circonstances du kidnapping.
La région frontalière entre Algérie et Mali est principalement le champ d’action des groupes rebelles touareg et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou Jnim suivant l’acronyme arabe), alliance jihadiste affiliée à Al-Qaïda. L’organisation État islamique est active dans la région de Ménaka.
L’enlèvement de l’Espagnol a suivi de quelques jours celui d’une autre Occidentale, une Autrichienne, dans le nord du Niger, autre pays sahélien, également frontalier du Mali.
Les kidnappings d’étrangers ou de nationaux sont l’un des aspects de la violence multiforme qui afflige le Mali et le Sahel depuis 2012. Les motivations, idéologiques ou crapuleuses, vont de la demande de rançon à l’acte de représailles en passant par la volonté de marchandage. Les ravisseurs déplacent communément les captifs d’un pays à l’autre.