L’Arabie saoudite à la manœuvre pour contrer le plan Trump et proposer une alternative pour Gaza

L’Arabie saoudite intensifie ses efforts diplomatiques pour élaborer une alternative au plan controversé de Donald Trump sur Gaza. Sous la houlette de Riyad, plusieurs pays arabes, dont l’Égypte, la Jordanie et les Émirats arabes unis, travaillent sur une proposition visant à reconstruire l’enclave dévastée sans en expulser la population palestinienne. Parmi les pistes envisagées figurent la création d’un fonds de reconstruction financé par les monarchies du Golfe et la mise en place d’un mécanisme pour écarter le Hamas du pouvoir.

Une opposition ferme au projet Trump

Le plan défendu par l’ancien président américain, qui prévoit de transformer Gaza en une “Riviera du Moyen-Orient” après avoir déplacé ses deux millions d’habitants vers l’Égypte et la Jordanie, a suscité une indignation unanime dans le monde arabe. Le Caire et Amman ont immédiatement rejeté cette hypothèse, la jugeant profondément déstabilisante.

Riyad, de son côté, voit dans cette proposition une menace directe à sa stratégie diplomatique, qui repose sur une normalisation progressive des relations avec Israël en échange d’une feuille de route claire vers la création d’un État palestinien. Pour l’Arabie saoudite, toute solution pour Gaza doit s’inscrire dans une approche plus large du conflit israélo-palestinien, et non pas se limiter à une éviction de la population locale.

Un plan alternatif en préparation

Selon plusieurs sources, un projet soutenu par l’Égypte est actuellement en discussion. Il inclut la création d’un Comité national palestinien pour gouverner Gaza sans le Hamas, un programme de reconstruction soutenu par la communauté internationale et un engagement vers une solution à deux États.

Ce plan, qui sera débattu à Riyad dans les semaines à venir, devrait être présenté officiellement lors du sommet de la Ligue arabe le 27 février. Son objectif principal est d’offrir une alternative crédible à la vision de Trump, tout en garantissant la sécurité d’Israël et la stabilité de la région.

Le rôle clé de Mohammed ben Salmane

Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, joue un rôle central dans ces négociations. Autrefois proche de l’administration Trump, il semble aujourd’hui chercher un équilibre entre les exigences américaines et les intérêts stratégiques de son pays.

Son principal levier de pression reste la normalisation des relations avec Israël, un processus que Washington pousse activement dans le cadre des Accords d’Abraham. Toutefois, Riyad insiste sur le fait que cette normalisation ne pourra se faire qu’en échange d’un engagement clair vers un État palestinien, une position qui s’est encore renforcée après l’intensification des hostilités à Gaza.

Selon plusieurs sources diplomatiques, l’émissaire américain Steve Witkoff a présenté à Riyad un calendrier de trois mois pour finaliser un processus de normalisation. Mais la proposition de Trump de vider Gaza de ses habitants a profondément choqué les autorités saoudiennes, qui jugent cette approche inacceptable.

“Ils sont scandalisés. Ce n’est plus de la frustration, c’est à un autre niveau”, a confié Aziz Alghashian, un analyste saoudien proche des cercles du pouvoir.

Un sommet Trump-Poutine à Riyad ?

Dans un contexte déjà tendu, une autre initiative diplomatique prend forme en parallèle : Witkoff a confirmé qu’il se rendra en Arabie saoudite pour des pourparlers sur la guerre en Ukraine.

Accompagné du conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz, il participera à une réunion stratégique à Riyad. Selon certaines sources, cette rencontre pourrait aboutir à l’organisation d’un sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Arabie saoudite, un événement aux implications majeures pour l’avenir du conflit ukrainien.

En attendant, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a mis la pression sur Riyad : “Pour l’instant, le seul plan existant est celui de Trump. S’ils ont une meilleure proposition, c’est le moment de la présenter.”

Un casse-tête diplomatique

L’avenir de Gaza après la guerre reste une équation complexe. Israël refuse catégoriquement que le Hamas ou l’Autorité palestinienne aient un rôle politique ou sécuritaire dans l’enclave. De leur côté, les pays arabes et les États-Unis rejettent l’idée d’un déploiement militaire sur place.

Les pays du Golfe, qui ont déjà financé plusieurs reconstructions de Gaza par le passé, hésitent aujourd’hui à investir à nouveau sans garanties solides sur la stabilité à long terme de la région.

Le projet égyptien propose plusieurs mesures concrètes, dont la création d’une zone tampon et la construction d’une barrière pour empêcher les tunnels reliant l’Égypte à Gaza, ainsi que l’établissement de vingt zones de vie temporaires après le déblaiement des gravats. Une cinquantaine d’entreprises seraient mobilisées pour ces travaux.

Un test pour l’Arabie saoudite

Avec ces différentes initiatives, Riyad s’impose comme un acteur incontournable de la diplomatie régionale et mondiale. À travers sa médiation sur le dossier palestinien et son rôle potentiel dans la guerre en Ukraine, le royaume cherche à renforcer son poids sur l’échiquier international, tout en naviguant prudemment entre les intérêts américains, russes et israéliens.

Le sommet de la Ligue arabe du 27 février sera un moment clé : l’Arabie saoudite devra y dévoiler ses cartes et convaincre ses alliés de soutenir un plan qui, à la fois, respecte les aspirations palestiniennes, apaise les tensions régionales et préserve ses propres ambitions stratégiques.

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