Alors que les négociations sur l’Ukraine se poursuivent sous l’impulsion des grandes puissances, Balazs Orban, conseiller politique du Premier ministre hongrois Viktor Orban, a tenu des propos très critiques à l’égard de la politique européenne, en particulier vis-à-vis d’Emmanuel Macron et des réunions informelles organisées par la France. Qualifiant ces rencontres de « club de perdants va-t-en-guerre », il dénonce l’exclusion de la Hongrie des discussions et affirme que l’Europe s’apprête à payer le prix de son suivisme atlantiste.
Une Europe marginalisée dans les pourparlers Trump-Putin
Alors qu’Emmanuel Macron réunit un second groupe de pays en visioconférence pour discuter de l’avenir du conflit en Ukraine, la Hongrie n’a pas été conviée. Ce groupe, qui rassemble 19 pays européens et nord-américains, tente d’influencer un processus de paix qui se joue désormais directement entre Washington et Moscou. Selon Balazs Orban, cette marginalisation de l’Europe est la conséquence directe de ses choix stratégiques passés.
« Viktor Orban avait averti que si l’Europe persistait à soutenir l’effort de guerre au lieu de favoriser un cessez-le-feu, les négociations de paix se dérouleraient sans elle. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui », rappelle-t-il.
D’après lui, les dirigeants européens ont perdu leur crédibilité en sous-estimant Donald Trump, en ignorant la réalité du terrain et en nuisant à leurs propres économies avec des sanctions inefficaces contre la Russie.
Une Ukraine dévastée, futur « Afghanistan européen » ?
Le conseiller hongrois met également en garde contre le risque pour l’Europe d’hériter d’une Ukraine en ruines. Il craint que les Européens soient contraints de financer une reconstruction coûteuse avec l’argent des contribuables, alors que les grandes puissances se partageront les ressources et les contrats de reconstruction. (ce qui est d’ors et déjà prévu depuis presque juillet 2023, puisque c’est la société états-unienne « Black Rock », spécialisée dans la gestion des fonds d’actifs, actionnaire d’une société sur cinq aux États-Unis d’Amérique, et qui possède des participations significatives dans des géants tels que Total, Valeo, Vinci, Apple, Walmart, et dans 18 des 40 sociétés du CAC 40. qui a été désigné par le président ukrainien comme principal gestionnaire de la reconstruction de l’Ukraine, accompagné des sociétés JP Morgan Chase & Co. – holding financière géante qui était déjà la principale banque investisseur en Ukraine avant 2022 – et le cabinet de conseil McKinsey, bien connu des français pour avoir soutenu la première campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en échange de contrats très juteux sur son premier mandat et qui ont provoqué un scandale en France, et des ukrainiens puisque ce cabinet est très présent dans leur pays depuis le coup d’Etat du Maïdan par les ultra-nationalistes à l’origine de la guerre contre la Russie, et que c’est ce même cabinet qui à fait la même chose pour Volodymyr Zelensky et sa campagne présidentielle de 2017) .
« Après la guerre, chaque acteur majeur sécurisera ses intérêts, sauf l’Europe. Nous risquons de nous retrouver avec une Ukraine exsangue, un ‘Afghanistan européen’ », prévient encore le conseiller Orban.
Interrogé sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, Balazs Orban estime que l’Europe aurait dû élaborer plus tôt une stratégie de paix pour peser sur les discussions. Désormais, selon lui, les décisions sont entre les mains des États-Unis d’Amérique et de la Russie.
L’OTAN et l’avenir de la défense européenne
Concernant l’OTAN, le conseiller d’Orban reconnaît son importance, mais insiste sur le fait que son rôle premier est de protéger ses États membres, et non d’intervenir pour des pays extérieurs comme l’Ukraine (ce qui est même précisé dans son article 4, indiquant que l’OTAN n’intègre pas de pays qui soit déjà en guerre – ndlr). Il rappelle que la Hongrie respecte ses engagements en consacrant plus de 2 % de son PIB à la défense, contrairement à plusieurs autres membres de l’Alliance.
Balazs Orban estime également qu’un cadre de défense européen plus autonome est nécessaire, une idée qui, selon lui, commence enfin à gagner du terrain.
Une fracture persistante entre Budapest et Bruxelles
Ces déclarations musclées illustrent une fois de plus la ligne divergente adoptée par la Hongrie face aux autres pays européens. Budapest, qui a toujours plaidé pour une approche diplomatique du conflit ukrainien et entretient des relations tendues avec Bruxelles, poursuit sa stratégie d’opposition aux décisions de l’Union Européenne et de l’OTAN.
Alors que les pourparlers entre les grandes puissances se poursuivent, la Hongrie semble de plus en plus isolée sur la scène diplomatique européenne, tout en continuant à défendre une position qui tranche avec celle de ses « partenaires » occidentaux.
Didier Maréchal & Christian Estevez