France : Saisie des avoirs russes, soutien politique, adhésion à l’UE… Que contient la résolution sur l’Ukraine débattue à l’Assemblée Nationale de ce mercredi 12 mars?

Ce mercredi 12 mars, l’Assemblée Nationale française examine une proposition de résolution visant à renforcer le soutien de la France à l’Ukraine dans le cadre du conflit avec la Russie. Le texte aborde plusieurs points controversés qui risquent de diviser les députés, dont la saisie des avoirs russes gelés, l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, et la présence éventuelle de soldats français sur le sol ukrainien en cas d’accord de paix.

Un débat sous haute tension

Le texte sera examiné à 15h30, dans un contexte géopolitique particulièrement sensible, marqué par l’accélération des négociations de paix et l’accord récent de l’Ukraine à une proposition américaine de cessez-le-feu de 30 jours avec la Russie. Cette résolution arrive après un premier débat sur la guerre en Ukraine la semaine dernière et permettra aux députés de débattre sur les prochains axes de la politique française en la matière.

Le cœur du texte réside dans le soutien à l’Ukraine face à l’agression russe. Il aborde plusieurs sujets à la fois militaires, économiques et politiques, qui vont de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE à l’utilisation des avoirs russes gelés en passant par la question des soldats français en Ukraine.

Les points essentiels de la résolution

Renforcement du soutien à l’Ukraine

La résolution appelle à poursuivre et accroître le soutien de l’Union européenne (UE), de l’OTAN, ainsi que des autres alliés de la France, en matière de soutien politique, économique et militaire à l’Ukraine face à l’agression russe.

Elle évoque également des points plus clivants, comme le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, un sujet sensible pour certains députés, qui est abordé dans le texte par l’idée de “faciliter” l’entrée du pays dans l’Union européenne. Ce passage pourrait être modifié en “accompagner”, pour apaiser les inquiétudes des opposants à une adhésion trop rapide.

Présence militaire française en Ukraine

La résolution mentionne la possibilité d’une présence de soldats français sur le sol ukrainien dans le cadre d’un éventuel accord de paix. Cette idée, bien que non explicite, soulève de vives interrogations, en particulier sur les implications militaires et diplomatiques d’une telle décision.

Fin de l’importation de gaz russe par l’UE

Un autre point de la résolution appelle à mettre fin à l’importation de gaz russe par les pays de l’UE, une question cruciale dans le contexte de la guerre et des sanctions économiques contre la Russie.

Le point de friction : la saisie des avoirs russes gelés

Le sujet qui attire particulièrement l’attention est celui des avoirs russes gelés en Europe, qui s’élèvent actuellement à environ 235 milliards d’euros.

Le texte invite l’UE à utiliser ces actifs russes gelés pour soutenir la résistance ukrainienne et la reconstruction du pays, mais il reste une question de savoir si cette approche pourra être légitimée par le droit international.

Une proposition d’amendement ambitieux

Un amendement co-signé par des députés du groupe Ensemble pour la République (EPR), dont le ministre Gabriel Attal, propose d’aller encore plus loin en utilisant ces avoirs pour renforcer les capacités de défense de l’Europe, ce qui pourrait inclure des financements pour la défense collective de l’UE.

Cependant, le gouvernement français a exprimé son opposition à une saisie directe des avoirs russes. Le ministre des Finances, Éric Lombard, a averti qu’une telle mesure risquerait de menacer la stabilité financière de l’Europe.

Des arguments juridiques et diplomatiques

Le rapporteur de la résolution, le député Laurent Mazaury (Liot), a évoqué que cette saisie pourrait être juridiquement justifiable en vertu du droit coutumier, mais que les contre-mesures doivent être directement liées au conflit qu’elles sont censées résoudre. Ce point suscite une forte controverse, certains députés affirmant que la saisie irait à l’encontre du droit international.

Erwan Balanant (MoDem) a exprimé des réticences en soulignant que la Russie pourrait répondre par des représailles économiques, puisque les deux pays détiennent des avoirs réciproques importants.

Des oppositions sur plusieurs fronts

Le Rassemblement National (RN) et La France Insoumise (LFI)

La saisie des avoirs russes est largement soutenue par les socialistes, les écologistes et le mouvement Horizons, mais elle se heurte à l’opposition du Rassemblement national (RN) et de La France Insoumise (LFI).

• Marine Le Pen (RN) a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne voterait pas en faveur de la résolution, en raison notamment du soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Le texte invite en effet l’UE à faciliter ce processus d’adhésion.

• LFI a déposé un amendement pour supprimer la mention de l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et propose une réécriture complète de la résolution.

Les enjeux du vote

La majorité pourrait être difficile à atteindre sur certains aspects du texte, en particulier sur la question de la saisie des avoirs russes. Les députés d’Ensemble pour la République (EPR) joueront un rôle clé dans le positionnement final, et le résultat du vote pourrait marquer une orientation importante pour la politique européenne à l’égard de la Russie et de l’Ukraine.

Un débat crucial pour l’avenir de la France et de l’UE

Bien que cette résolution ne soit pas contraignante, elle représente un moment clé pour la politique française vis-à-vis du conflit ukrainien. Les députés français se retrouvent face à un choix délicat entre soutenir de manière plus agressive l’Ukraine ou prendre en compte les risques économiques et diplomatiques que certaines mesures pourraient entraîner. L’issue de ce vote influencera non seulement l’avenir du conflit, mais aussi le rôle de la France et de l’UE dans l’ordre mondial du XXIe siècle.

Didier Maréchal

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