Théâtre : interview de la comédienne Aurélie Laffont pour « L’île des esclaves », de Marivaux, le 23 mars prochain au théâtre Clavel (Paris)

Le 23 mars prochain, nous couvrirons la représentation d’un grand classique du théâtre français, à savoir « L’île des esclaves », de Marivaux, au théâtre Clavel (19e arrondissement de Paris). Mais, en attendant, pour vous donner l’envie d’assister, vous aussi, à cette représentation, nous vous proposons un premier article, qui est l’interview que nous avons réalisée de la comédienne Aurélie Laffont, fondatrice de l’association culturelle « Kinorama 77 », qui porte cet événement.

Marivaux est un auteur français des plus célèbres de l’histoire, et sa pièce ‘L’île des esclaves », est l’un des plus grands classiques du répertoire classique français – à juste titre. Alors, quand nous avons appris que l’association « Kinorama 77 » en proposait une représentation le 23 mars prochain au théâtre Clavel, dans le 19e arrondissement de Paris, avec, à la mise en scène, Christian Pélissier, ayant à son actif des pièces de Ionesco, Hugo, Tchekov (bien que surtout connu par le grand public pour être la voix du capitaine Haddock dans la série animée des « Aventures de Tintin », mais aussi la voix de Yao dans les deux Mulan de Disney, ou encore dans des films en tous genres, allant de « Bloodsport », avec Jean-Claude Van Damme, à « Little Miss sunshine, en passant par « Evil dead 3″ et la saga de ‘L’histoire sans fin »), nous ne pouvions pas ne pas souhaiter assister à cette représentation et, dans un premier temps, vous en parler afin de vous encourager à y assister également, avant d’en proposer un article-critique, après la représentation.

Pour se faire, quoi de mieux que de, d’abord, vous proposer, pour éveiller votre envie de vous rendre à la représentation, qu’une interview – en l’occurrence, celle de la comédienne Aurélie Laffont, qui est également à l’initiative de ce travail, et fondatrice de l’association culturelle « Kinorama 77 », qui porte lad production de ladite représentation de « L’île des esclave »?

Mais, juste avant , il est important de rappeler de quoi parle ce grand classique de Marivaux.

L’Île des esclaves, écrite par Marivaux en 1725, parle de personnes qui ont fait naufrage sur une île où les rôles sont inversés : les maîtres deviennent esclaves et les esclaves deviennent maîtres. Cette inversion offre à Marivaux un prétexte parfait pour critiquer les abus de pouvoir et explorer les thèmes de l’égalité, de la justice et de l’humanité

Mais, aussi, ce qui est récurant dans son œuvre et qui nous le rend si essentiel comme auteur, est qu’il démontre que tous les humains ont la même nature, aucun n’étant « bon » ou « mauvais » par essence, les circonstances conduisant les uns et les autres à être ce qu’ils sont. Il n’y a donc pas de « bourreau » ni de « victime » par essence. Une vérité dont nous sommes, plus que jamais, à notre époque, très loin de reconnaître.

La comédienne et fondatrice de « Kinorama 77 », Aurélie Laffont

Christian Estevez : Aurélie, bonjour.
Aurélie Laffont : Bonjour.


C.E. : Pouvez vous vous présenter juste brièvement ?
A.L. : Je m’appelle Aurélie Laffont, je suis comédienne, et je suis également la fondatrice de l’Association artistique et culturelle « Kinorama 77 ».


C.E. : D’accord. Vous voulez nous parler un petit peu de « Kinorama 77 » ?
A.L. : Absolument. Kinorama 77 a été créé en 2017 pour porter le premier événement qui est un festival de création de courts-métrages inscrit dans le mouvement international « Kino », qui a pour objectif de réunir tous les différents parts de métier de l’audiovisuel dans le but d’écrire, tourner, monter et projeter des courts-métrages en ouverture au public.
Par la suite, j’ai développé les activités de cette association en intégrant un événement qui est une compétition de court-métrage auto-produits, qui a lieu annuellement, qui s’appelle « La nuit du court-métrage ». Et tout récemment, j’ai inclus la création théâtrale grâce à ce spectacle que j’ai choisi « l’Île des Esclaves » de Marivaux, qui est une comédie classique qui dure une heure, et qui est absolument fascinant à interpréter.


C.E. : On va parler justement spécifiquement de Marivaux. Donc concernant Marivaux, la raison du choix ?
A.L. : Alors, la raison du choix, il y en a une première qui est toute simple et qui est factuelle, c’est que c’est un texte qui est au programme du bac de français. Et comme notre association a obtenu le référencement « adage » du passe-culture, ça me semble être une opportunité pour pouvoir la diffuser et présenter un intérêt aussi bien pour les lycéens et les étudiants que pour notre association qui a besoin de manger comme tout un chacun.
Et la deuxième raison, qui est fondamentale, est que c’est un texte qui me paraît d’une actualité formidable et fascinante, puisque c’est une satire humaniste qui met en relief l’injustice des différences entre les êtres humains en fonction de leur statut social. Et donc c’est un thème qui me paraît d’une actualité folle puisque nous voyons dans notre pays de plus en plus de pauvres et de plus en plus de très peu, très très riches. Donc cette différence des classes sociales qui se creuse de plus en plus m’a vraiment poussée à mettre en lumière cette œuvre qui a traversé les siècles et qui se retrouve à notre époque d’une contemporanéité incroyable.


C.E. : On arrive au grand humaniste qu’est Marivaux, parce qu’il va dans l’Humain, il ne va pas dans la généralité, dans l’essentialisation.
Vous pouvez nous en dire aussi deux mots de cet humanisme qui ressort dans « l’île des esclaves » ?
A.L. : Exactement. L’humanisme qui ressort dans « l’île des esclaves » est au travers du fait que l’être humain ne se rend pas compte des privilèges dont il jouit avant d’y être confrontés et les défavorisés on peut être également des difficultés à s’apercevoir que s’ils étaient nés de l’autre côté peut-être auraient-il les mêmes comportements… si ce n’est pire.
Donc l’humanisme de ce spectacle met vraiment en exergue qu’il n’y a qu’une espèce humaine.


C.E. : Oui, et qu’on est bien égaux, autan en « bien » qu’en « mal », en fait.
A.L. : Nous sommes tout à fait égaux en bien et en mal à partir du moment que nous sommes tous des êtres humains.
Alors il y a cette possibilité d’agir, de conscientiser de nier ou pas le mal que nous portons tous en nous et le bien que nous portons tous en nous.


C.E. : Tout à fait. Maintenant on va passer un petit peu au niveau technique. On va parler déjà de la troupe. C’est une troupe que vous avez rassemblée ? Des interprètes d’horizon divers ?
A.L. : Alors c’est une troupe que j’ai rassemblée d’horizon divers, en effet, mais qui ont comme point commun, selon ma perception d’être des êtres humains d’une profondeur, d’une intelligence et d’une brillance éblouissante. C’est mon point de vue. Et c’est pour cela que je les ai rassemblés et que cette troupe fonctionne aussi bien.


C.E. : Et pour la distribution des rôles, comment avez-vous décidé ? Vous aviez déjà les personnes fixés, attribués, avant de jouer la pièce ?
A.L. : Je n’ai pas décidé des personnes avant de jouer la pièce. J’ai décidé de manière extrêmement intuitive. Je n’ai pas fait de casting. Ça a été immédiatement des personnes choisies qui me sont apparues comme une évidence.


C.E. : D’accord. Et donc, c’est une « troupe qui vient d’horizon divers », cette troupe qu’il n’en est pas mais qui se forme un peu.
A.L. : Partiellement. Parce qu’il y a, en tout cas, Baptiste Cerruti qui joue le rôle d’Arlequin et Marie-Béatrice Roy qui joue le rôle d’Euphrosine qui sont des amis de longue date et que j’ai rencontré en même temps. Donc, ce sont les deux premiers que j’ai convoqués sur cette pièce. Il y a également Nathalie Charade qui tient le rôle de trivelin, la chef de l’île, qui est une femme extraordinaire avec qui j’ai fait mes premiers pas au théâtre du Nord-Ouest, il y a maintenant près d’une dizaine d’années et qui est une femme qui pour moi est absolument merveilleuse qui a des qualités théâtrales assez exceptionnelles à mon sens. Et aussi Rémy Sallé, qui est un jeune homme que j’ai rencontré dans le cadre d’un stage de direction d’acteurs organisé par « les films du Faubourg » et c’est une histoire de coup de foudre artistique. Et j’ai vraiment senti une « proximité d’âme », si je peux me permettre d’employer ce terme-là, entre, particulièrement, Baptiste et Rémi.

Concernant le metteur en scène, c’est Marie-Béatrice Roy qui m’a suggéré Christian Pellissier. Je ne le connaissais pas. Donc c’est Marie-Béatrice Roy qui m’a suggérée de le rencontrer. Dès la première rencontre ça a été une évidence et Christian Pellisier a une expérience qui dépasse ma naissance dans la mise en scène et est un homme absolument extraordinaire, d’une fantaisie et une drôlerie d’une inventivité extraordinaire – qui a beaucoup pratiqué le clown – et qui, du coup, nous aide énormément chacun à trouver en nous l’endroit de drôlerie et de gravité qui met en valeur le texte merveilleux de Marivaux.

La « troupe » qui interprète « L’île des esclaves » – avec son metteur en scène en haut, à gauche.


C.E. : Comment avez-vous commencé à travailler sur cette pièce ? Comment vous y travaillez, d’ailleurs, toujours ? Comment vous avez commencé à mettre en place, à travailler la mise en scène ?
A.L. : Il faut savoir que cette pièce a d’abord eu une première équipe sur laquelle je faisais moi-même la mise en scène. Mais moi je ne suis absolument pas metteuse en scène. Je n’en ai pas les compétences. En outre, c’est particulièrement difficile de tenir le poste de metteur en scène en plus d’un personnage. Ajoutez de la responsabilité de la production ainsi que la responsabilité de la diffusion. Tout cela est trop lourd pour donner un spectacle de qualité.


C.E. : C’est un rôle que vous connaissiez ? Chacun avait déjà eu l’occasion d’interpréter cette pièce ? C’est une nouveauté pour certains, une nouveauté pour chacun ?
A.L. : ce n’est pas du tout une nouveauté que de connaître cette pièce puisqu’elle est extrêmement connue de tous les comédiens professionnels. Et puis, étant donné qu’elle est au programme du Bac, ça fait partie des pièces de théâtre classiques les plus connues en France.


C.E. : Comment se passent les répétitions ? Déjà : combien de répétitions ? Quand avez-vous commencé à répéter ? Jusqu’à quand, et combien, au total, de répétitions ?
A.L. : On a commencé par une lecture avec cette « troupe ». Après cette lecture, au tout début de l’année scolaire, on a programmé des dates de répétition. Nous en sommes, jusqu’à maintenant, à une quinzaine. Et il nous en reste, avant la représentation qui approche à grand pas, ce dimanche 23 mars, à 16h, au théâtre Clavel, à Paris, 19ème arrondissement, 11 dates de répétitions avant le grand jour.


C.E. : Donc plus de répétitions au fur et à mesure que l’on approche de la représentation ?
A.L. : Absolument ! On intensifie les répétitions à l’approche de la date de représentation.


C.E. : D’accord. Et ce sont combien d’heures, à chaque fois, ces répétitions ?
A.L. : C’est toujours par tranche de quatre heures de répétitions. Mais, là, sur la dernière semaine ce seront des journées de huit heures.


C.E. : Vous prévoyez combien de représentations?
A.L. : alors pour l’instant on n’en a qu’une seule, étant donné que le passe culture a subi une coupe budgétaire assassine qui ne nous permet plus de la proposer dans les collèges et lycées. Mais, grâce à cette date, on espère pouvoir la programmer dans d’autres théâtres ou peut-être la vendre dans des collèges et lycées privés qui ont la chance d’avoir des enveloppes budgétaires que l’école publique ne possède pas.


C.E. : alors, justement vous rappeliez que « L’île des esclaves » est au bac. Vous semblez être très portée sur le fait de la présenter à jeunesse.
A.L. : Absolument ! Parce que la jeunesse c’est l’avenir et qu’on construit l’avenir en connaissant le passé, me semble-t-il.


C.E. : En le connaissant et en ne jugeant pas.
A.L. : En ne jugeant pas. En le comprenant. En l’analysant. En en tenant compte et en y réfléchissant.


C.E. : Et cette pièce y aide beaucoup. Et, à vous, qu’est-ce qu’elle vous a apportée personnellement, cette pièce ?
A.L. : Alors, personnellement, cette pièce, d’un point de vue de comédienne, me nourrit énormément parce qu’elle est d’une grande richesse…et elle est capable, étant donné que le personnage que j’interprète, Cléantis, de passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel émotionnel : la colère, la fureur, la réjouissance absolue, la frustration, et le désir.


C.E. : C’est déjà beaucoup de choses ! Et ça épuise quand même !
A.L. : Ca épuise autant que ça nourrit. C’est un cercle vertueux


C.E. : Ca c’est joli ! j’aime beaucoup !
On va laisser les gens s’intéresser à venir directement constater tout cela. Je vous laisse les inviter et leur donner les bons renseignements pour venir.
A.L. : Alors, messieurs dames, je vous invite à réserver votre place sur le site billetreduc.com pour « L’île des esclaves », dimanche 23 mars, à 16h, au théâtre Clavel, Paris 19e, Métro « Pyrénées ».
C’est un spectacle qui dure une heure et qui coûte entre 16,50€ pour tous les bénéficiaires de réduction et 18,50€ en plein tarif.
il est également possible de demander un tarif préférentiel en contactant directement l’association « KINORAMA 77 » par mail, qui fera une réduction à 15€ par personne à partir d’un groupe de 5.


C.E. : que des avantages ! De gros avantages ! Aucune raison de pas y aller !…
A.L. : Aucune raison de ne pas venir. Et vous feriez de moi une comédienne extrêmement satisfaite en remplissant cette salle. C’est peut-être un peu égoïste mais je pense que vous aurez à y gagner tout comme nous.


C.E. : Et bien merci. Je pense que le message est passé.
A.L. : merci beaucoup de m’avoir écouté.


C.E. : Et puis on se retrouve, nous, le 23 mars.
A.L. : Rendez vous le 23 mars, à 16h, au théâtre Clavel. Merci !

Interviewée réalisée le 11 mars 2025 à Paris

Crédit photo-vitrine : Alexandre Guerin

Lien direct de réservation sur billetreduc.com

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