Le vendredi dernier, le nouveau Premier ministre du Canada, Mark Carney, a fait une annonce choc en abrogeant la taxe carbone mise en place par son prédécesseur Justin Trudeau. Cette décision marque une rupture nette avec les politiques écologiques de l’ancien gouvernement et a provoqué une réaction vive, notamment de la part des experts du marché du carbone, comme la directrice actuelle en intérim de Coop Carbone, qui a exprimé sa profonde tristesse face à ce choix.
Une mesure phare du gouvernement Trudeau abandonnée
La taxe carbone était l’une des mesures écologiques les plus emblématiques du gouvernement Justin Trudeau. Mise en place en 2019, elle avait pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) en imposant une taxe progressive sur les combustibles fossiles. Dès le 1er avril, cette taxe sera partiellement supprimée, conformément aux engagements de Carney, qui a justifié sa décision en déclarant :« Quand je vois quelque chose qui ne fonctionne pas, je le change. »
La taxe carbone comprenait deux volets : un impôt payé par les consommateurs de combustibles fossiles et une tarification pour les grandes industries. L’impôt sur les consommateurs devait atteindre environ 20 centimes canadiens par litre d’essence à partir du 1er avril, et les recettes étaient redistribuées sous forme de chèques directs aux citoyens. Pour les entreprises, la taxe restait plus stricte, appliquant des frais aux émissions dépassant un certain seuil, avec la possibilité de vendre des crédits carbone.
Des inquiétudes sur les conséquences pour le Québec
Bien que le Québec dispose de son propre système de tarification du carbone, certains s’inquiètent des effets secondaires de la suppression de cette taxe au niveau fédéral. Le Québec a été exempté du système fédéral, car son propre modèle est jugé plus stable et pertinent. Cependant, la suppression de la taxe fédérale pourrait avoir des conséquences indirectes sur le système québécois.
L’un des principaux risques est que les entreprises québécoises, notamment celles qui sont proches des frontières provinciales, puissent être tentées de délocaliser leurs activités dans d’autres provinces, moins strictes en matière de taxes sur le carbone. Cette situation pourrait perturber la décarbonation amorcée par le Québec et affecter les avancées climatiques du province. De plus, la taxe fédérale jouait un rôle crucial pour renforcer l’acceptation du système québécois auprès des entreprises, en ajustant le coût du carbone à un niveau acceptable.
L’impact économique et social de la taxe
L’un des arguments avancés par les partisans de l’abolition de la taxe est que le coût de la vie est déjà trop élevé et que demander aux citoyens de financer la lutte contre le changement climatique en plus des autres charges serait injuste. Pourtant, il faut rappeler que les revenus de la taxe carbone étaient redistribués directement aux citoyens sous forme de chèques, rendant cette mesure relativement neutre pour la majorité des Canadiens. En effet, 90% des recettes étaient redistribuées, permettant à de nombreuses familles de compenser la hausse des prix de l’essence par des incitations écologiques (véhicules électriques, vélos, etc.).
Pour l’écoanxieuse qui travaille à la lutte contre la crise climatique, l’abolition de cette taxe représente un recul inquiétant. C’est une mauvaise décision politique, surtout en période de crise climatique, où des solutions concrètes et efficaces sont plus que nécessaires.
Le Québec doit-il suivre la même voie ?
Une question récurrente depuis l’annonce de la suppression de la taxe est de savoir si le Québec devrait suivre cette décision et abandonner son propre système. Si l’abolition de la taxe fédérale n’affecte pas directement le Québec à court terme, il est essentiel que la province conserve son système de gestion des émissions de GES pour maintenir ses avancées climatiques et protéger ses programmes de décarbonation.
Le modèle québécois a prouvé qu’il est efficace et que la tarification du carbone est l’un des moyens les plus puissants pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. L’abolition de la taxe fédérale au Canada pourrait encourager d’autres provinces à abandonner leurs propres systèmes, ce qui compromettrait les efforts collectifs pour atteindre les objectifs climatiques fixés à l’échelle internationale.
Une politique climatique compromise ?
Pour beaucoup, la taxe carbone était l’une des meilleures solutions pour lutter contre les changements climatiques. Les programmes de subventions et d’incitations, bien qu’importants, ne peuvent rivaliser avec l’impact de la tarification carbone, qui pénalise directement les pollueurs et récompense les entreprises qui réduisent leurs émissions. L’abandon de cette politique est perçu par certains comme une mauvaise gestion des priorités climatiques et une régression dans la lutte contre la crise environnementale.
La gestion des messages autour de cette taxe et la rupture avec les priorités écologiques du précédent gouvernement sont des éléments clés qui rendent cette décision encore plus difficile à accepter pour les défenseurs de l’environnement. Les propositions alternatives ne semblent pas à la hauteur de l’urgence climatique.
L’avenir incertain du Canada face à la crise climatique
L’abolition de la taxe carbone marque un changement de cap dramatique pour le Canada, qui, sous Justin Trudeau, avait pris des mesures ambitieuses pour se positionner en leader de la lutte contre les changements climatiques. Alors que l’écoanxiété gagne de plus en plus de citoyens, cette décision du Premier ministre Mark Carney est perçue par beaucoup comme une reculade face à l’urgence climatique.
Le Québec, de son côté, doit veiller à maintenir son système de tarification du carbone et à continuer de jouer un rôle actif dans la transition écologique, en s’opposant à toute tentation de suivre la voie tracée par le gouvernement fédéral.
Ainsi, la gestion de cette taxe pourrait bien définir l’avenir de la politique climatique au Canada et, à terme, influencer le futur des relations climatiques internationales.